Chapitre XIV. — Poètes vulgariates: Tertsétis
rare succès faire refléter sur l'antiquité le type populaire de la Grèce moderne. Aux chants clephtiques il emprunte, avec la langue et le sentiment, aussi le rhythme du vers, qui est T Alexandrin non rimé.
Corinne et Pindare, Tune de ses plus belles compositions, a pour sujet Tun des cinq concours poétiques qui, au dire d'Aelien et de Pausanias, ont eu lieu entre le chantre de Thèbes et la belle Muse de Tanagra, c celle qui avait des roses sur les lèvres, des lys sur le^joues, et des rayons de soleil dans ses yeux noirs.» D'après notre poète, le thème à traiter était la puissance de lamouT et de la beauté. Pindare chante le premier, et raconte les aventures d'Hyménéos , un jeune Athénien qui, épris des charmes d'une fille d'Eleusis, la suivit, habillé en femme, à la procession de la grande Déesse, Tarracha aux mains des pirates et l'obtint en mariage en récompense de sa valeur. La description de la noce, qu'on dirait copiée à un bas-relief antique, peut tout autant avoir été empruntée à Tun des chants des montagnards daujoiurd'hui; tant Tertsétis s'étudie à relever adroitement les rapports étroits qui unissent le passé et le présent de la Grèce.
A la lecture de ce poème, ainsi que des noces d'Alexandre, on se sent comme devant une statue de Phidias que le poète aurait recouverte d'une tunique moderne, transparente et légère.
n esquisse la noce d'Hyménéos en ces termes:
«Lorsque la blonde étoile du soir commence à sein-
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tiller, et que la nuit est venue, le cort^ de la noœ arrive pour accompagner les deux époux. Mille flambeaux changent la nuit en jour. La jeune fiancée, les yeux baignés de larmes, marche à pas lents au milieu de ses compagnes ; des jeunes gens tiennent Tépoux par la main, et des garçons à la belle voix chantent: «Hymen ô hyménée.»
Après Pindare, Corinne prend la parole, et célèbre
l'amour conjugal d'Admète et d'Alceste, et redit comme
celle-ci s'est vouée à la mort pour sauver son époux.
«Mais soudain, sur la tombe où elle devait descendre apparut un héros, le fils d'une femme Argienne, né dans la ville de Thèbes. Il est armé d'un arc et d'un glaive, et brandit aussi un lourd javelot. Sur Taire pavée de marbre il a lutté contre la mort, et, lorsque le soleil se couchait, il lui fit plier le genou. H terrassa la mort, et la belle femme se releva, et la beauté de la vie rayonna de nouveau dans ses yeux.»
Ce passage reproduit à la fois les vers d'Euripide, qui racontent ce fait d'Hercule, et une des chansons clephtiques les plus connues, qui parait en être l'écho conservé à travers les siècles.
A l'issue du combat les juges sont incertains. Les deux rivaux ont mérité le prix à titre ^;aL II a fallu recommencer. Pindare chante ce qui suit:
<0 Vénus, non pas toi, déesse blonde, née de Técume, qui allumes les feux de Tamour pour des yeux noirs, pour des lèvres de corail et pour des joues de neige, mais toi, qui embrases les cœurs pour les grandes actions; Tu ne recherches pas le plaisir, la beauté du corps, ni les ornements dorés qui la relèvent; Tu es la