‹ Histoire littéraire de la grèce modernChapitre 90 sur 256 · Chapitre III. — Histoire moderne, I · texte numérisé non relu

Chapitre III. — Histoire moderne, I

il occupa en Grèce, pendant la révolution et après, les postes les plus éminents, et la représenta plus tard dignement auprès des grandes cours de TEurope. Il débuta en littérature par un poème non rimé, intitulé Détnos^ un écho des chants clephtiques, après lequel il fit preuve d'un jugement sain en renonçant à la poésie pour des compositions plus sévères. Les postés qu'il occupa , et le rôle qu'il joua lui-même, lui ont fourni les meilleurs documents pour son histoire de la guerre de l'indépendance. Aussi familier avec les historiens de l'antiquité qu'avec ceux des temps modernes, il sut profiter de leurs qualités et marcher sur leins traces. Là clarté et le charme poétique de son style, qui, malgré quelques d6ûillances dues à l'époque où il écrivait, est presque toujours aussi animé que pittoresque, l'entraînante beauté du récit, la chaleur de l'exposition, l'appréciation modérée et impartiale des faits, qualité si rare dans un asteur qui a été lui-même un des acteurs du grand drame qu'il décrit, toutes ses brillantes qualités font de cet ouvrage, composé de quatre gros volumes, un monument qui honore la littérature de la Grèce moderne. N. Cotzias de Psara, et le Colonel Carpos ont écrit pour relever des inexactitudes dans quelques détails de son exposé. Avant Tricoupis, le poète J. Rizo Néroulos avait composé pendant son séjour en Suisse en français, et dans un style vigomeux, digne des meilleurs auteurs de la France, lliistoire du commencement de la révolu-

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tion'). —Alexandre Sourzo, sur lequel nous aurons à revenir, a traité la même période également en français. Son histoire respire la poésie, et touche par plus d'un côté au roman*).

Une autre histoire de la révolution, en 4 volumes, par le vicaire Phranzês, ainsi que les mémoires, en 3 volumes, de N. Spêliuadés, ancien ministre de l'intérieur sous le Président Capodistrias, et ceux de Germanos, évêque de Fatras, le premier qui ait déployé et béni le drapeau de l'indépendance, ont l'avantage commun d'être racontés par des témoins oculaires. Mais cette circonstance même est cause que les faits y sont souvent défigurés en passant par le prisme des opinions ou des passions des auteurs, et il est rare que ce défaut soit racheté par le mérite du style.

J. PHmÉMON de Constantinople, ancien secrétaire de D. Ypsilanti, et fondateur du journal le BikcU^ Tun des plus estimés de son temps, quHl a rédigé avec talent pendant quarante ans, a trouvé aussi le loisir pour s'occuper de travaux historiques. Il a écrit Xhiatoire curieuse de VHétérie^ dont la révolution grecque est édose, et dont il avait été lui-même un des membres actifs. Son plus grand ouvrage est son histoire de la révolution grecque, en 6 volumes, qui ne perd rien pour être venue plusieurs années après celle de Tricoupi. Le même esprit d'ardent et honnête patriotisme anime les deux au-

I) Gen^ 1827. — *) Parii, F. Didot, 1829.

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teuis; mais leur point de vue difière. Pendant sa lutte suprême, la Grèce avait dans sa faiblesse les yeux fixés sur les grandes puissances, auprès desquelles elle espérait trouver un appui. Les idées et les sympathies étaient partagées: Les uns étaient sûrs que ce concours viendrait de l'Est) de la Russie coreligionnaire, les autres l'attendaient de TOuest, des grandes puissances vouées au culte de la liberté. C*est ainsi que prirent naissance en Grèce les partis^ qui, souvent exploités par Tintrigue et par l'intérêt personnel, bien que nés d'un sentiment patriotique ; n'ont pas peu nui à la cause de ce petit pays et à son développement. Même les hommes les plus dévoués au bien public se voyaient souvent forcés de s'y rattacher, car en dehors das partis, nulle action politique n'était alois possible; mais les meilleurs patriotes se faisaient une tâche de les iaire profiter au pays. Tricoupi appartenait au parti anglais, Philémon défendait dans son journal le parti russe. Les deux ouvrages historiques se ressentent de la divergence des vues de leurs auteurs. Les mêmes faits leur apparaissent souvent sous des aspects différents ; plus souvent encore l'un prête de l'importance à des détails que l'autre croit inutile de relever. C'est ainsi qu'ils se complètent mutuellement. Sous le rapport littéraire, le style de Philémon plus correct et plus châtié, est moins simple et moins entraînant que celui de Tricoupi.

La guerre de l'indépendance a aussi été décrite dans deux volumes ût Mémoires^ laissés par Chr. Perilebos,

I ç6 IL Partie. — Litfre L — ProMtewrê.

l'historiographe de Souli, qui paya bravement de sa personne pendant l'insurrection, et reçut du Roi Othon le grade de général. Ce second ouvrage, bien qu'intéressant sous plus d'un rapport pour les détails qu'il raconte, est écrit avec plus de recherche, et n'a pas ce même cachet de naïve sincérité qui fait le charme du premier. — El. Photinos du Péloponnèse a décrit les événements par lesquels la révolution grecque a débuté, et dont la Valachie a été le théâtre.

Plusieurs monographies, telles que Vhfstoire de CaraUkaki par le savant Sénateur G. Aenun; une autre du même et de Marc Botsaris par Tépirote G. Gazés, colonel et secrétaire privé du premier; les biographies de CapodUtrias et de Coraï par le philologue N. Dou- CAS; la vie et les exploits de Papaphlessa par Ch. PHOTAKOS, aide de camp de Colocotroni, qui a aussi écrit des Mémoires; l'histoire des troiê îles (Hydra, Spezzia et Psara) par l'ancien maire du Pirée Skylizzi Homérd>e; et, spécialement celle de Spezeia par Ch. Anargyros, à!* Hydra et des batailles navales pendant la révolution par An t. Muouus, le fils du célèbre amiral, les Hydratca^ ou recueil de documents offideb pour servir à l'histoire d'Hydra, publiés par la municipalité de cette lie; Vhistoire de V armée régulière par le colonel Chr. Byzantios; celle d'* Athènes pendant la guerre de l'indépendance par le notaire Sourméli; de Crète à la même époque par C. CRrroBOULmÉs; de V école hellénique de Dimitzana sous les Turcs, par le professeur

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£. Castorchis, tout en contenant souvent des renseignements précieux, n^ont pour la plupart que la valeur de matériaux dont l'historien ne peut pas toujours faire usage sans les avoir soumis à une sévère critique. On en doit dire autant de V histoire du si4ge de Mieeolanghi par L. ZoRPAS; de celle des otagea aux prisons de Tri' politsa par Th. Zaphiropoulos ; des biographies de Catsantom par £. Phrangista, et de Chatzichristos par T. Sporidés; de Canaris par N. A. Marathonius; de la correspondance de Thanos Canacaris avec ses fils. £m. Xanthos, l'un des fondateurs de VHétérie^ en a aussi écrit les mémoires. C'était un homme de trop peu d*instruction pour que son ouvrage, intéressant d'ailleurs, ait un mérite littéraire.

Nous devons reconnaître une portée supérieure à Tœuvre de M. Oeconomos du Péloponnèse, qui pendant toute la durée de la guerre fut le secrétaire privé de Colocotroni, le fameux chef qu'on a surnommé l'Aratus moderne. Homme lettré et d'un esprit cultivé, Oeconomos tenait des notes et conservait des documents sur les événements qui se passaient sous ses yeux. H en tira plus tard un gros volume, écrit dans un style sans art et sans apprêt, et nu comme la vérité. L'ouvrage manque de plan et d'unité dans l'exposition. Il est aisé de voir qu'entre des notices sur des événements secondaires, traités avec de grands développements, sont souvent intercalées fort en abr^é les parties les plus im-

IçS //. Partie, — Livre L — Proeatatrê.

portantes de Thistoire, qui ne servent qu^à les relier. D. Criézis Ta réfiité sur quelques points.

Un travail de longue haleine est celui des Vïeê p€krallèleê du D*^ N. Goudas, qui n'ont de commun avec Tœuvre immortelle de Plutarque que le titre. Ce sont des biographies dliommes marquants de la Grèce moderne, pleines de détails inconnus, laborieusement recueillis par Tauteur. L'ouvrage entier devait être en lo gros volumes. — Papazaphiropoulos a aussi écrit des vies parallèles de quelques uns des hommes d'Etat grecs; et une médaille d'honneur a été décernée par l'association pour Tencouragement des lettres grecques à Pouns pour son étude sur les Grées modernes.

Les souvemrs historiques de N. Dragoumis sont une œuvre qui marque dans la littérature. Ils traitent siutout de l'époque qui a suivi de près la révolution. L'auteur, homme de lettres des plus distingués, avait occupé une place dans la chancellerie du Président Capodistrias, et des postes importants sous le Roi Othon; il a même fait partie de son dernier ministère, qui ne fut que de courte durée. Lié d amitié ou de rapports officiels avec tous les hommes les plus considérables de son pays, il connaît une foule d'anecdotes curieuses et piquantes, sur leur vie publique et privée, et sait les raconter avec une grande finesse d'esprit et un grand charme de style, qui rendent la lecture de son livre des plus attrayantes. Sa langue est classique; il y a pett

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