Chapitre VI. — Bernardakis
noudès, composé ces poèmes en trimètres , et a dû, comme lui, et même à im plus haut degré, en sentir le danger, qui consiste à entraîner et à faire déborder la pensée, surtout une pensée aussi riche que celle du poète.
De la satire Bernardakis s'éleva bientôt à la narration poétique, et se montra non moins doué pour la poésie sérieuse. Il a écrit deux poèmes en ce genre, qui tous les deux rivalisent par la pureté et l'élégance de la langue, par la beauté de la versification et par la richesse des images, avec ce que la littérature grecque moderne a encore produit de plus digne d'être signalé.
Le premier de ces poèmes, intitulé Planes (aussi V Errant)^ raconte les aventures chevaleresques d'un jeune Grec, et ses amours avec la fille d'un Pacha, qui sa trouve être sa propre sœur. Cette intrigue n'a rien de bien nouveau ni d'irréprochable; et le poète, qui paraît avoir été le premier à s'en apercevoir, a laissé son œuvre inachevée. Il n'en a paru que des fragments, dont les rares mérites font regretter que l'ensemble soit resté incomplet. Voici l'un de ces fragments:
.... «J'en-ais sur une montagne. La chevelure des chênes flottait dans un fleuve de lumière, et la voûte profonde de l'éther resplendissait de reflets dorés.
"Soudain je vis sur un rocher une fille habillée de bleu, ayant des cheveux d'or. C'était elle, celle que j'aimais, mon étoile polaire.
«Je la vis venir vers moi d'un pas rapide. Elle s'approcha de moi, lorsque le soir projetait sa lumière magique.
I 20 //. Partie. — Urre II. — F:k:ii.
«Elle s'approcha de moi: fatiguée, eUe a{^mya son btas de neige sur la jMene. et s'anêia toute pâle.
cSes longues boucles dorées ondoyaient sur son cou. et la sueur de son front tombait en gouttes sur letns anneaux, qui exhalaient des ar&mes.
cOe fixa sur moi son regazd. Ses yeux bleus étaient humides. semUables à deux sources Hmpides. La pâleur de ses joues était grande.
cHle resta un instant silencieuse: pms. desserrant les lèvres. «Courage, mon ami. dit-dle. Mon cœur est tocyours à toL9
«fêtais immobile. Je craignaL e '^e ne
penfit une de ses syOabes, mes ye is.
Mon âme fut transpcHtœ par ces doue-
«Fuis, me dît-elle. Tes jours me s ^
le sort s'est montré hostile jusqu'à ce ; rage; mon coeur est à toi.
«Cet orage ne sera que passager; mais si le calme ne revient point, les vdules éthâées nous seront tocgoiiis ouvertes, ô Planés.
«C'est là que > Mais la parole lui édiappe; un
sanglot Tétouffe, et des larmes obscurcissent ses yeux.
«EUe me présente un bouqtiet de lys qn'dk tenait danQ sa main. 9 Prends, dit-^e. ce b?:""?'. Cest un gage d'amour étemeL
cMais fuis; il en est temps. E t tu t'exposes.
Prends ce souvenir de mon ."r. . -?tance. et âoigne-tcn.
«Adieu. Ranès. adieu9 . . . çu avant
pour pressa* sa main Uanche contre ir ts brû-
lantes, pour m'emparer du bouquet de h
«Qucfle déception! C'est à im phantôt . tiids