‹ Histoire littéraire de la Grèce moderneChapitre 32 sur 159 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ECRIVAINS. MINIATIS. MÉLÉTIUS.

Courbés sous la tyrannie triomphante, sans trouver en eux-mêmes la force de s'y soustraire ou dans les autres des cœurs qui les plaignissent ou des bras qui s'offrissent pour les secourir, les Grecs devaient détourner les yeux de cette terre d'esclavage et d'égoïsme, et d'un présent qui ne leur offrait que son calice d'opprobre et de larmes, pour les reporter vers un passé de gloire, et vers le ciel, où toute souffrance trouve une consolation. Voilà pourquoi, jusqu'à la fin du XVIP siècle, portant ce double caractère, la plupart des ouvrages écrits par des Grecs ne concernaient guère que la philologie ancienne ou des sujets religieux.

Au XVIIP siècle les conditions se présentent plus favorables. L'instruction devenant plus générale, les savants et les écrivains étant tenus en honneur, le champ de la littérature s'élargit, sans cependant changer encore

56 Livre IL — Retour à la vie, 1700—1800.

essentiellement de caractère: L'église et l'école continuent à en être les dépositaires presqu'excliisives. Andrée Papadopoiilos Vretos, auteur d'un catalogue des li- \Tes grecs qui ont été publiés depuis la prise de Constantinople jusqu'en 1821^), y signale pour le seul 18^ siècle 170 ouvrages traitant de sujets religieux, ou nécessaires au service de l'église. Nous y avons en outre compté 7 qui se rapportent à des études philosophiques, 1 1 (dont 2 traductions) consacrés à l'histoire, 6 (dont 3 traduits) traitant de mathémathiques. Il n'y figure que 16 ouvrages en tout, pour la plupart des traductions, qui appartiennent à la catégorie des belles - lettres.

Il y avait cependant des auteurs ecclésiastiques dont l'érudition embrassait un plus vaste horizon, et qui étendaient leurs activité littéraire audelà de leur vocation spéciale.

Parmi les plus savants il faut citer Cyrille Lucaris de Crète, qui a perfectionné ses premières études dans les hautes écoles de l'Italie, et plus tard dans celles de la Belgique et de la Grande-Bretagne, et fut six fois Patriarche. Doué d'une vaste intelligence, ardent controversiste et ennemi fougueux du Catholicisme, auquel il empêcha les protestants de Lithuanie de se rallier, il fut en butte à la haine et aux calomnies d'un parti alors

1) Ath. 1845. — Augmenté, 2 Vol. 1854 et 1857.

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