Chapitre 11. — Ecrivains. — Miniatis
1er (jne c'est la Grèce qui avant totitc autre partie du monde fut éclairée de la lumière vivifiante de la vraie foi. C'est le peuple des Grecs qui le premier accueillit l'évangile de ton fils unique, ([ui le premier subit mille tortures plutôt qus de laisser arracher de son cœur fidèle ton nom vénéré. C'est de ses rangs que sortirent les grands précepteurs dont la parole dissipa les ténèbres, et inocula la vérité dans les âmes; les pieux pasteurs qui, à l'aide de la charrue céleste, et à la sueur de leur front, ont fait germer dans les cœurs la semence évangélique, et moissonné les âmes pour l'aire de l'immortalité. C'est le sang de ses martyrs qui teignit la pourpre de l'église. «Nous te conjurons donc, bienheureuse Marie, par la salutation angélique qui fut le présage de notre salut, par l'annonciation miraculeuse qui a annoncé la plus grande joie à la terre, rends à notre peuple son ancienne splendeur, relève-le de la fange de la servitude, replacele sur le trône royal dont il fut précipité, change ses chaînes contre un sceptre, son joug contre une couronne! Et si ces cris que nous élevons jusqu'à toi ne suffisent pas pour te fléchir, vois couler nos larmes. Et si même nos pleurs ne trouvent pas grâce devant toi, entends les prières et l'intercession des Saints qui s'élèvent de toutes les parties de la Grèce. Andrée t'implore de Crète, Ignace t'appelle d'Antioche, Denys élève sa voix d'Athènes, Polycarpe t'invoque de Smyrne, Catherine te solHcite d'Alexandrie, Chrysostome s'épanche en prié, res de la ville des Empereurs. Tous les Saints te sup-
6o Livre IL — Retour à la vie, 1700—1800.
plient de jeter les yeux sur la tyrannie Ottomane, et espèrent de ton intarrissable miséricorde la délivrance de de la nation grecque.»
Cette éloquente invocation peut en même temps servir à montrer quel a été le rêve éternel de tous les Grecs, quel était le vœu ardent qui remplissait leur cœur depuis le berceau jusqu'à la tombe, qui s'en exhalait comme l'encens aux pieds des autels. Ce fragment est même antérieur à Miniatis, qui l'a imité, et même en partie copié , sur un chapitre de la rhétorique de son maître Scouffo de Crète, un écrivain du milieu du 17^ siècle.
MELE T lus.
Le contemporain de Miniatis, Meletius de Jannina, évêque métropolitain d'Athènes , a aussi complété ses études aux universités d'Italie. Outre des sermons trèsestimés, une astronomie, et un grand nombre d'ouvrages de théologie, de littérature, de philosophie, et même de médecine, qui n'ont jamais vu le jour, on a de lui une histoire ecclésiastique en quatre volumes, écrite en grec ancien. On n'en connaissait jusque tout dernièrement qu'une assez mauvaise traduction en grec-moderne, faite et publiée vers la fin du dernier siècle^) par Polyzoï Lampanitzioti. C'est depuis peu que le manuscrit original a été retrouvé, et qu'une partie en a été publiée à Constantinople.
1) Vienne, 1783.