‹ Histoire littéraire de la Grèce moderneChapitre 71 sur 159 · Chapitre IV. — Poéde. — lliyas · texte numérisé non relu

Chapitre IV. — Poéde. — lliyas

de même (lUc la race chantante des oiseaux sent approcher Taurore à la brise cjui la précède, et la salue de ses accents joyeux, ainsi à l'activité haletante (jui s'était emparée de toutes les classes du peuple, à plusieurs signes imperceptibles à l'œil nu, le génie avec sa seconde vue prophétique voyait au milieu des horreurs de l'esclavage la liberté arriver à plein vol, et, d'avance, la poésie s'épanouissait à sa lumière.

Nous l'avons vue jeter de pâles lueurs sous la domination modérée et chrétienne des Vénitiens, et illuminer de clartés vives mais sauvages les sommets abrupts des montagnes, où la liberté s'était réfugiée, armée du fusil du Pallicare.

Vers la fin du siècle précédent, le hospodar Alexandre Mavrocordatos, petit fils du premier prince de ce nom, renonçant aux grandeurs de son rang presque souverain pour fuir la servitude qui en était le prix dégradant, se réfugia en Russie, où il put à son aise caresser le rêve de la délivrance de son pays. Un volume de poésies qu'il y publia sous le titre de t> Bosphore au Borysthènea contient plus d'une tirade contre l'oppression des Musulmans , plus d'un vœu pour la délivrance des Grecs , et fait plus d'honneur au patriotisme qu'au talent poétique de l'auteur.

RIGAS.

Mais la Grèce vit en tressaillant approcher la réalisation de son rêve éternel , lorsque son grand citoyen,

Rangabé, Littérature néo • hellénique. 8

I 1 4 Livre II J. — Renaissance. - De 1800 à 1821.

RiGAS de Phérœ., ayant respiré l'ardeur de la révolution française, eut entrepris de soulever sa patrie. Son œuvre héroïque mais prématurée échoua; et, livré aux Turcs, il périt du dernier supplice. Cependant la Grèce sentit que le jour de son affranchissement n'était pas loin, et la poésie en salua gaiement Taurore. Le premier héros de la liberté et son premier martyr fut en même temps son premier poète. Rigas publia des hymnes patriotiques, respirant la poésie du noble sentiment qui remplissait son cœur. Ils ne se distinguent ni par l'élégance du style, ni par la recherche des images; mais ils ont par des accents vigoureux excité chez les Grecs la haine des tyrans ; ils les appelaient à la vengeance et à la liberté, ils répondaient aux cordes qui tressaillaient dans leurs cœurs. Cela a suffi pour leur assurer la plus grande popularité, et jusqu'aujourd'hui encore, la jeunesse de Thessalie et de Macédoine, lorsqu'elle s'assemble loin des yeux de ses dominateurs, chante avec enthousiasme: ^Jusqu'à quand, braves Hellènes, vivrons- nous dans les fers, ou serons-nous traqués, comme des bêtes fauves, dans les cavernes et dans les bois? Une heure de vie libre est plus précieuse que quarante années de captivité. A quoi te servent les grandeurs dégradantes que t'offre le tyran ? Il tient dans sa main ton honneur et ta vie. Venez, frères; les yeux levés au ciel, jurons sur la croix: Je jure, ô Roi de l'univers, de ne jamais me courber sous le joug des tyrans, de les combattre aussi long-temps que je vis, de ne déserter en aucune circonstance ma

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