BAPT., LOUIS, G.VSP. ET MATH. DU TRONCQAY
Ce livre de Pierre Massé est précédé d*un opuscule de René Benoit , Angevin , curé de Saint-Eustacbe à Paris, intilulé : Peiii fragment catéchUUc dune plus am' pie caierhèse de la magie reprékeneible^ etc. , etc. : U est suivi d'un autre ouvrage du même auteur , et sur le même styel , dont le titre est : Traicté enseignant en bref les causes des maléfices , sarUlèges et tn^ ckanieries , tant des ligatures et nœuds JtesguH' leties^ etc., etc. L'éditeur de ces diverses dissertatioM anti- démoniaqties, parait avoir été im certain Jean de Lalllée , Angevin.
DU TRONOÏAY (baptisîte, louis, Gaspard et
mathurin).
La famille du Tronchay est célèbre dans les annale* littéraires du Maine et de l'Anjou. (1)
Voici ce que nous apprenons de La Croix du Maine sur BAPTISTE DU TRONCHAY : • Baptiste du Troncbay , sieur de Ballade , conseiller du roy au Mans , nasqnit en la ville de Sablé, au Maine, l'an 1508. U a composé plu* sieurs œuvres tant en prose qu*cn vers françois , non encore imprimez. Scauoir est une ode à Monsieur de I^ngey, contenant deux ou trois cents vers ; trois Hures d'amours ; traicté de la granmnaire fhinçoise, avec l'inuention daucims caractères nouueaux. Il moiutit aa
(1) On iroiiYe une f(/*nt^alogii^ de la famille «la Tronchay daos la «reonde fiartie de VUiMto&e de StMé , de Ménage. M^. de la M* bllotlièque du Mans.
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Mans, Tan 1557, le 21 de juin , âgé de cinquante ans ou environ. » Nous n'apprenons pas que ces opuscules aient été imprimés , et nous n'en connaissons pas les manuscrits.
Georges du Tronchay , fils aîné de Baptiste du Tron^ chay, poète , grammairien , politique, et le meilleur ami de La Croix du Maine , est né à Morannes (Maine-et- Loire), comme celui-ci nous le témoigne. Baptiste du Troncbay eut un autre fils , louis DU TRONCHAY > dont La Croix du Maine parle en ces termes : « Ledit Louis du Tronchay nasquit en la ville et cité du Mans , Tan 15/i5. Il esioit IVn dés plus doctes et plus sçauan'.s ieunes hommes de France^ et des plus affectionnez auK lettres. Il n'entendait parler d'aucun homme docte qu'il ne désirast d'entrer en sa cognoissance ; il n'en cognoissoit point de curieux d'auoir des liures escrits à la main^ qu'il ne les frequentasl, pour entrer en leur amitié, afin de les pouvoir voir , et en transcrire quelqtie chose. Somme, c'esioit le ieunc homme de la plus grande espérance qui fust de son temps , comme le pourroyent tesmoigner auec moy tous ceux qui l'ont cogneu , et j'ay for grand regret de ne l'auoir onques peu hanter pour apprendre auec luy : mais il y a quatorze ou quinze ans qu'il fut tué, s'estant absenté de son pays pour la religion. Ce quy lui auoit esté prédit par Jaques Viard, dit La Fontaine, astrologue et mathématicien, demeurant à Gouiz, près Durestal, en Anjou.Car il fut tué par aucuns soldats , au village nommé Thou , distant de la ville de la Charité (près Sancerre en Nivernois) de quatre lieues ou enuiron : lequel lieu fut depuis bruslé par ceux de la religion reformée, en indignation du meurtre commis à l'endroict de ce ieune homme , qui s'y estoit transporté
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pour y voir quelques choses de remarque, comme il es* toit des plus curieux de son temps eu toutes sortes de gentillesses. Il estoit ires-docie en grec , et escriuoit bien en latin, et quant à ses escrils François, encoresqall n'y en ait point en lumière, si ay-ie appris de George du Trouchay , sieur de Ballade , son frère aisné , qu'il aooil escrit une très-ample hisloire des troubles de France , pour le fait de la religion , laquelle il auoit escrtte sekm la vérité. Elle fut perdue et desrobée , lorsqull ftat tué près ladite ville de la Charité ; car il escriuoit ladite tus* toire selon les occurrences et les choses qui se présen* toyent pour escrire. Il a composé plusieiu^ poèmes françois, lesquels ne sont encores en lumière. U moural Tan 1569 , au grand regret de tous ses amis , fkgé de vingt-quatre ans. •
GASPARD ou GAZ AL DU TRONCHAY , frère de Baptiste du Tronchay , né à Mayenne , fut an médecin cél^re dans son temps. Nous lisons dans La Croix dn Maine : • Il a escrit en vers françois un liure de la Santé , autrement intitulé TAIIegresse , contenant onze cent huit vers de seize syllabes , non imprimé ; la Grammaire Françoise auec une orthographe nouuelle , inuent4'*e par Mit du Tronchay (l); Traiclé en vers de mesme sorte que les susdits , intitulé le Jour, lequel il a dédié au siMgneur Jean Antoine de Bayf , son intime amy ; Complainte à Dieu lors qu*il estoit malade de la fiebun* , (contenant deux c*(*nt soixantiMleux vers, dédié a Monsieur Pena , docteur en inedei*ine. Il a
(I) La CroU du Maine ne confonfl-il (las ici 1«^ Doms et le% œuTm d«^ Ihi Trunchav 1 Ot ouvraf^o qii*îl altrilHte à Gispanl IHi Troorhay , non» M^mlilp avoir bcancoiifi tl'analogio a\t'C un de rt*a& dont il fait liounour a Dapliste Du Truurli.i).
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escrit plusieurs autres liures desquels je n*ay pas cognoissance. Les susdits ne sont encores imprimez. Il florist à Renés , en Bretagne, y exerceant la profession de médecin, cette année 1586, âgé de plus de soixante ans. • La Croix du Maine, qui se réservait de parler dans sa Bibliothèque latine des ouvrages écrils en latin par Gaspard du Troncbay , nous apprend qu*un de ces manuscrits avait pour titre : De sanitate iuenda, JVous ajoutons à ces détails , sur la foi de Blondeau , que Gaspard du Troncbay passait pour bien savoir le grec ainsi que d'autres langues orientales, et qu'ayant d'abord exercé la médecine de Paris , il inspira une vive jalousie au célèbre Fernel , médecin de Henri II (1).
Gaspard du Troncbay eut un fils , hathurin DU TRONCHAY, dont La Croix du Maine parle en ces termes : « Matburin du Troncbay, gentilhomme du Maine, sieur de Vautorie, natif de Mayenne-la-Juhel. Il a composé en vers françois une Instruction des Princes et autres œuvres, tant en prose qu'en vers. Je ne scay s'il les a fait imprimer.Il estoit parent de Messieurs de Ballade, sieurs du Troncbay , en quoy l'on peult voir combien cette maison a esté fertile en bons esprits. Le sieur de Vautorie florissoit l'an 1580. »
(I) Portraits des hommes illustres de la province du Maine.
JOSSE (CDARLES).
CHARLES JOSSE est-il né ao Mans? nous ne le savons; mais nous apprenons de lui-même qu'il est né dans le Maine (1), dans les dernières années du XVP siècle ; qi:e ses ancêtres ont été attachés à la famille de Beaumanoir , et que notamment son bisaïeul , avocat au parlement de Paris , y a plaidé pour un seigneur de cette famille. Après avoir pris l*babit des religieux de saint François dans la maison du Mans, Charles Josse alla étudier la théologie en TUniversité de Paris. Reçu docteur , il revint au Mans. La date de sa mort nous est inconnue , mais II nous est prouvé qu*il vivait encore en 1630 (2).
Nous avons de Charles Josse un volume de sermons, intitulé : La dérouie de Bahylon , descrite par saint Jean en P Apocalypse; Paris , Laurent Sonnius , 1613, in-8*. La dédicace de ce livre , adressée à Charles de Beaumanoir , évéque du Mans , est datée de Paris , 20 août 1612. L autetir n'était alors que bachelier de la première licence en la faculté de Théologie.
Les sermons du P. Josse sont un des plus cnirieiix monuments de la littérature ecclésiastique du XVI* siècle, et Ton conçoit à peine que de pareilles facéties aient été récitées par ccmir , du haut d'une chaire , devant un public scM'ieux : il y a, dans Paniagruety des harangues moins divertissantes. Nous voudrions pouvoir diVrire
(1) /V /a Ik route de ttahylvn. Scrniou 18, p. 4â7.
(i) Parmi los ticHitMirs qui arcordrn^nt leur approhntum à la Secomte Hjoriutiou ilt» CJi. AiihiTl , an Mans , Ci. Oli\ii*r , iitTiO , M» lnmv«* F. C. Josm* , roIij;*i'U\ «Irs IN'tos Cliinlt- licrs vt iUkU'ut t*ii UiiHilo^ie iW la larulié de l*arb. Ces apprubaliou:» pKxrdciit I VpUre de Ch. Aubeil
les allures de cette éloquence vraiment grotesque, mais elles échappent à fanalyse. Les sermons du P. Josse sont lui commentaire de TApocalypse ; mais nous donnons à juger quelle doit être Tétrangeté dfe ce commentaire : Texorde du premier sermon est un éloge de Pbocîon ; il entre en matière, dans le second, par une comparaison anecdotique entre Tamiiié d'Alexandre pour Ephestion et celle de Jésus pour saint Jean ; dans le troisième, par une explication de plusieurs pages sur une phrase de Plutarque ; dans le quatrième , par le récit des douletirs de Priam assistant au massacre de tant de héros sous les murs de Troie ; dans le cinquième , par une apologie d'Aristide ; dans le sixième. . . . mais on nous saura peut-être gré de citer au hasard quelque fragment de notre auteur. Voici donc Texorde du sixième sermon ;
« n est Tral , audlteitfs , qu^aoïresfois je me suis gaussé des Puibes , Usant parmi les histoires qu'ils corobaltoient en fuianl : mais toutesfois , considérant leur générosité et qu^eux seuls ont résisté aux forces des Romains , reuenaol à moy , j'ay recognu que ieor foite estoit un subtil stratagème de guerre et non pas manque de courage , non plus que capitaine Josué dissimulant la foite pour attraper les habitants de Hay. Ne mesprisons donc ceste iotenUon de guerroyer en nos combats spirituels et particalièrement en la guerre que nous livre la chair : car le généreux Thésée n*est point blasmé de couardise pour auoir sacrifié à la Pceur aTanl que de combattre les Amazones. Craignons donc en ce combat et quittons plustost pour un temps la lice , comme le chaste Joseph qui demeura tainqueur en fuiant , sa maislresse le toolant importuner en sa pudicité. A son exemple :
I procul et longas carperc perge vias ; Nec quot Iransieris , sed quoi libi quaere supersunt Millia : nec maneas ut prope fioge moras....
comme dia lrè&-bien Ouidc, et, en eflecl, ubi eu mûca iaUrmactUi amversatio , dict S. Augustin « carnis non fdcile toUitur delectaiio. Tellement que pour surmonter les assaults de la femme , il ne fault pratiquer Taduis de Caton , qui conlraignolt ses soldats de regsrder d*un oeil assurément arresté son ennemy ; car l*bomme coorroit risque de sa vie , puisque la femme est de la nature da basilic qui tue de son seul regard. Et pour ce sujet sageneM le grand Aleiandre ne Touloit regarder la beauté des dames de Perse : dolores oeulorum « disait-il , tuntpertkœ pwtUa^ mâtgotm tanquam itatuat inanimée pertranteo. Autant en faisoit le mironêr de patience , Job. Pourquoi cela ? sinon quHls craignolent dVstre tuez par les regards mignards des femmes. Car non seolemeot entre les Triballes et Illiriens il se trouve de ces femmes qaï tuent les bommes , tant elles sont empestées; mais par tout oni- ▼ersellement on remarque que le regard lascif de la femme doeoe spirituellement le coup de la mort à Tame de celuy qui ea eU vtaement atteint : ou, à tout le moins, il en est abesti du tout, comme on dit entre les poètes qu*Actéon fut ebangé en cerf et maagé de ses cbiens, pour avoir vu fortuitement Diane se baigner*.
» Premièrement il n*y a pas de Tice au monde qui aporte taat d*amerturoes et de déplaisirs que la paillardise : aussi ne Toit-oa pas de roses sans espines , et pour ce si^et les anciens Romains auaient conjoint ensemble Angerone et Volupie , qui estoienl les déesses du plaisir et de la tristesse. C*est pourquoy sagement mi plûlosopbe rcspondit à cette paillarde Laîs, qui luy demandoit une grosse somme d*argent pour Tasiouuissement de ses pbistrs: Tanti pamUere non emo, Samson , pour n'auoir esté si prudent que ce pbilosopbe , a esprouué la rigueur de ce Tice par une bonteasc captiYité. Justement donc salnct Jean , en son Apocalypse , représente la malice de la luxure par une femme qui est pompeusement babillée de pourpre et d*écarlatle , et toute coitferte de clinquans et dbprée de riches pierreries , tenant en sa main use coupe estoffee d or et esmaillée de pierres prétieuses , mais •• dedans il n'y a que du Ycnin et est toute remplie d*abomlnatioM : de quoy elle rnyurc les rois et grands fie la terre , qui ne se deffient de ce poison , voyant qu*il est présenté d*unc si belle main.
Ainsi dit-on que la panthère eoapore de son corps une odeur si soœfue et odoriférante , que pour ce sujet elle est suivie de tous les autres animaux , qui achètent bien chèrement ce peu de plai-^ sir; car se retourtiant vers eux d^un courage félon, elle lesdéuore. Ou bien disons que la femme est semblable à Paspic , duquel la {Hcqnewre chatoiliUe da commencement , puis elle endort ; mais ce léthargique sommeil est suiui de la mort... Prend donc bien esgard àtoy, mondain , et ne te laisse aborder par ces charmeuses beautés ; ne ùuenderis/aliaciœ muiieris ifavus etdm ilUUms labia meretriàê . ei nkidius oieo guUur ejus ; novissima autem ejus amara sicut abtffntknm. Ne te trompe donc pas, ie te prie ; car ce miel te coustera la fureur des abeilles. Que dis-jc abeilles , mais plus tosl des gocspes , car elles n*ont du miel qu*en apparence ,
Vtmu nquidem e$t UUcebrom volupias , etc. , etc.
La suite du sermon est la paraphrase de i exorde. Nous ne reproduisons pas toute cette déclamation ; non seulement parce quelle est fort longue , mais encore parce que , dans certains passages , elle est écrite avec cette liberté que Ion a reprochée quelquefois même à Montaigne. Ce n'est pas , du reste , on peut l'apprécier , que notre sermonnaire manque d*esprii ; il en a beaucoup, trop peut-^tre : mais quelle méthode et quel goût ! Se représente-t-on bien un prédicateiu* , dans le lien saint , eniouré de femmes , de jeunes filles et de graves vieilhrds , leur débitant cette burlesque harangue stu*le ton le plus solennel? Les œuvres parénéliques de Charles Josse ont été publiées en 1612 , quinze ans avant le jour natal de Bossuet. OùleXVIP siècle n'a-t-il pas introduit la réforme littéraire? Disons mieux : entre la Déroute de Babylon et le Petit- Carême ^ il y a puisqu'une réforme, il y a toute une
révolution accomplie.
N*ufii€ilons pas , avant de quitter ce volame de Charles Josse , d'en expliquer le litre allégorique. Babylone est , suivant la définition de Tapôtre , magna maier formicmêiimum et aèominaiwnum ierrœ ; c*esl-idire luie cité maudite conme le sanctuaire de toaslas crimes. Mais queUe est cette ville? Parmi les Pères, qudques*ims ont pensé que l'apôtre avait sans doMe voulu désigner la capitale du monde romain , le siège des Césars , la ville de Néron et de Domitien. Suivant les docteurs de Técole protestante , saint Jean , éclairé par Tesprit du Seigneur a révélé les futures destinées de la monarchie papale, Tambition de ses représentants « leurs coupables envahissements sur le domaine des princes, leurs simonies, leurs débauches» leurs attentats aux libertés de réglise,et, pour conclure, leur honteuse déchéance. Telle n*est pas sans doute Tinterprétatioa du R. P. Josse : s*il fout Feu croire , la Babylone de IV pôtre est une cité mystique, qui n*est autre que h eam* ffrégaiiam des peekeyr$ : les sept montagnes , sur lesquelles est b&tie cette ville, sont les sept pèches mortels; les dix rois qui la gouvernent, sont les infractions aux dix commandements de Dieu (!) : d'où il suit que mettre Babylone en déroute, c'est , en d'autres termes, combattre et vaincn* le péchi*.
Dans un Avertisse ment au lectair, qui précède 1rs Sermons dont nous venons de parier, Charles Jomc annonce que si le succès de ce livre répond à son attente, il publiera d'autres opusctiles non moins dignes d'intérêt : • Si ce (*aup d'essay te plaist , après avoir prins trêve du reste du temps qu'il mi* faut employer à