BELON (PIERRE
Un des hameaux les plus humbles du Maine, le hameau de La Soultière, dépendant du bourg d'Oizé,
(4) Biblioth. impériale, cartons de D. Housseau, cart. xxx.
a été, par un jeu bizarre du sort, la patrie de deux hommes également célèbres, mais à divers titres, de Pierre BELoN et de Marin Mersenne. L'année 1517 paraît être la date de la naissance de Belon; un portrait qui se trouve en tête d'un de ses livres, publié pour la première fois en 1553, nous le représente alors âgé de trente-six ans. Son premier protecteur fut René Du Bellay, prélat de belle humeur et de mœurs douces, dont nous ferons connaître la passion pour les jardins. Les goûts de cet évêque étaient ceux du jeune Belon, qui commençait alors, dans les campagnes du Maine, les recherches d'histoire naturelle qu'il devait dans la suite conduire si loin.
Du Mans Belon se rendit à Paris. Il partit ensuite pour l'Allemagne, appelé dans la ville de Wittemberg par les succès d’un jeune professeur de botanique et de pharmacie, Valerius Cordus, en allemand Eberwein, fils du docte Euricius. Comme ils étaient du même âge et avaient le même zèle pour l'étude, ils s’attachèrent bientôt l’un à l'autre, et entreprirent ensemble une excursion scientifique dans les différentes parties de l'Allemagne. C'est au retour de ces voyages que Belon fut arrêté dans les murs de Thionville, qui, faisant alors partie du duché de Luxembourg, était aux mains des Espagnols: jeté dans un cachot comme prisonnier d'État, Belon en fut tiré par un gentilhomme nommé Duhamme ou Dchamme, qui lui prêta la somme réclamée comme prix de sa rançon.
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Qui lui avait envoyé ce libérateur ? On raconte, et ce récit mérite créance, que Duhamme, partisan enthousiaste de la nouvelle école française, ayant appris qu'un des compatriotes, et, disait-on, un des amis de Ronsard et du comte d'Alsinois venait d'être incarcéré, courut lui présenter sa bourse, voulant offrir ce gage d'estime aux jeunes réformateurs du langage français. « Ainsi, dit un biographe, après la désas- « treuse expédition de Sicile, plusieurs Athéniens « durent leur liberté aux pièces d'Euripide , dont ils « récitaient les plus beaux morceaux à leurs mai- «tres (1). » Il n’y avait pas lieu de faire ce rapprochement inexact et précieux : cependant il faut tenir compte, avec M. de Musset-Pathay, de cet hommage rendu par un étranger, dans les premières années du xvi* siècle, à la science et aux lettres françaises (2). Rendu à la liberté, Belon revint à Paris, où les cardinaux de Tournon et de Lorraine, ainsi que l'évêque de Clermont, Guill. Duprat, lui firent un excellent accueil. Mais ce fut le cardinal de Tournon qui ui témoigna le plus d'intérêt. Belon était pauvre; il lui fit donner un logement à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, et le traita comme un client distingué dont il avait à cœur d'être appelé le Mécène (3).
(1) Eloges historiqg., par M. Poté, 1816.
(2) Biogr. univ. au mot Belon.
(3) C’est ce que Belon nous apprend lui-même dans plusieurs de ses dédicaces adressées au cardinal de Tournon. Nous lisons dans
Quand Belon eut formé le projet de ce long et périlleux voyage aux rives orientales, dont il se promettaitet qui devait avoir de si grands résultats, les frais de cette entreprise scientifique furent couverts par le généreux cardinal (1). Il partit en l’année 1546.
Il alla d'abord à Candie, où 1l séjourna quelque temps ; il se fit ensuite transporter à Constantinople, où la Franceétait représentée par un ambassadeur, depuis que Soliman IT avait accepté l'alliance de François I°r. Reçu dans cette ville avec l'accueil que l'on devait au protégé des principaux seigneurs de la cour, Belon n’y demeura pas longtemps: il était impatient d'aller visiter Lemnos, l’île des volcans, le mont Athos, qui projette jusqu'à cette île, au déclin du jour, l'ombre de ses cimes glacées, et les nobles ruines de l’antique Salone. De là il se rendit en Égypte, visita la cité d'Alexandrie et Le Caire, où il se trouva dans la compagnie de gentilshommes et de savants français ; puis il parcourut la Terre sainte , la Syrie, et revint à Constantinople par l’Anatolie. Il était de retour en France en l’année 1549 (9).
celle du traité De admirabili operum antiquorum præstantia : « Ego in tuam familiam accersitus ab ineunte adolescentia, ita sum apud te educalus, quo potissimum tempore in aula Francisci, non minus sapientis quam magnanimi regis, versabaris, ut non longe a te discedens aliquem ego ex tuisillis pene divinis sermonibus fructum referre possum. »
(1) Dédicace des Observations.
(2) Ibid.
C'est à l'occasion de ce voyage, que Belon reçut de Ronsard une épitre en vers, dont nous devons citer quelques strophes :
Hardi qui premier le sapin Vit ès montagnes et le pin Inutiles sur leur recine, Et qui, les tranchant en maint tronc, Les laissa sécher de leur loug Dessus le bord de la marine;
Puis secs des rayons de l’été Les'scia d'un fer bien denté, Les transformant en une hune, En mat, en tillac, en carreaux, Et les envoya sur les eaux Servir de charrette à Neptune.
Sous la conduite de Tiphys L'entreprise, Ô Jason, tu fis D’acquérir la laine dorée, Avec quarante chevaliers En force et vertus les premiers De toute la Grèce honorée.
Les Tritons qui s’ébahissaient De voir ta navire, poussaient Hors de la mer leurs têtes blondes ; Etles Phorcydes, d’un long tour, En carolant tout à l’entour, Conduisaient ta nef sus les ondes.
Orphé dessus la proue était, Qui des doigts son luth pincetait
Et répondait à la navire,
Laissant des aiguillons ardents
Aux cœurs de ces preux, accordans L’aviron au son de la lyre.
Or si Jason a tant reçu De gloire, pour avoir deçu Une jeune infante amoureuse, Pour avoir d’un dragon veillant Charmé le regard sommeillant Par une chanson monstrueuse ;
Et pour n'avoir passé sinon Qu'un fleuve de petit renom, Qu’une mer qui va de Thessale Jusqu’aux rivages Médéens,
A mérité des anciens Un honneur qui les dieux égale;
Combien Belon, au prix de lui, Doit avoir en France, aujourd’hui, D’honneur, de faveur et de gloire, Qui a vu ce grand univers Et de longueur et de travers,
Et la gent blanche et la gent noire;
Qui de près a vu le soleil Aux Indes faire son réveil, Quand de son char il prend les brides; Et l’a vu de près sommeiller Dessous l'Occident, et bailler Son char en garde aux Néréides?
Qui lui a vu faire son tour En Egypte, au plus haut du jour ;
Puis l’a revu dessous la terre
Aux Antipodes éclairer,
Quand nous voyons sa sœur errer Dedans le ciel qui nous enserre?.. {1).
L'abbé Renouard prétend que Belon, ayant traduit en français les traités de Dioscoride, reconnut alors l'insuffisance des livres anciens, et partit pour l'Orient, dans le dessein d'étudier, de comparer et de recueillir les plantes décrites par cet auteur (2). Nous apprenons de Belon qu'en l'année 1553 il se préparait à publier une traduction de Dioscoride, qui n'a jamais vu le jour et dont la perte est regrettable (3); cependant rien ne prouve qu'il ait fait cette traduction avant son voyage. Il n’est pas d’ailleurs exact de dire que l'étude des plantes de l'Égypte, de la Grèce et de l'Arabie ait été l’objet spécial du voyage entrepris par Belon. Jaloux de pénétrer bien plus avant dans les secrets de la nature, il ne devait négliger, dans ses laborieuses recherches, aucune des branches de l'histoire naturelle. Aussi, dès qu'il fut de retour en France, crut-il devoir d'abord donner au public un mémoire sur les poissons : L'Histoire naturelle des étranges poissons marins, avec la vraie peinture et description du dauphin et de plusieurs autres de son
(1) Œuvres de Ronsard, p. 564 de l'édit. de 1623, in-fol.
(2) Annuaire de la Sarthe, 1809, page 30.
(3) Dédicace des Observations. Il avait aussi fait une version de l’Hist. des Plantes de Théophraste, qui a été également perdue.
espèce; Paris, R. Chaudière, 1581, in-4°, fig. Ce mémoire, si curieux qu'il soit, n’est pas le plus estimé des ouvrages de P. Belon; il le considéra lui-même comme très-incomplet.
Belon, revenu de Constantinople, fit un voyage en Angleterre. Il y était en l'année 1550, et il y rencontrait le Vénitien Daniel Barbaro, dont ïl se conciliait l'amitié. De retour en France il publiait : Les observations de plusieurs singularités et choses mémorables trouvées en Grèce, Asie, Judée, Égypte, Arabie, et autres pays étranges, rédigées en trois livres; Paris, G. Cavellat, 1553, in-4°., fig. Le privilége, au nom de G. Corrozet, porte la date du 145 mars 15592. Il n'y a pas, même de nos jours, un naturaliste qui ne parle avec estime des Observations de Belon; il n'y a pas un géographe, pas un historien, qui n'y puisse trouver d’utiles renseignements sur la topographie, les usages, les mœurs des pays divers explorés et décrits par notre célèbre voyageur. Cet ouvrage a été souvent réimprimé; Paris, Corrozet, 1554, 1555 et 1588, in-4°; Anvers, Plantin, 1555, in-8°. Le scrupuleux abbé de Saint-Léger ne croit pas, il est vrai, à l'existence de toutes ces éditions de Paris, quelque crédit que méritent le témoignage du P. Niceron et celui de David Clément ; il suppose que Gilles Corrozet ou Guillaume Cavellat ont, en 4554 et en 1555, au lieu de donner deux éditions nouvelles, changé le
titre et la date de l'édition de 4553 (1). N'ayant sous les yeux qu'un exemplaire des Observations, nous ne pouvons intervenir dans ce débat entre bibliographes également estimables. Les Observations ont été traduites en latin par Ch. de L’Ecluse (Clusius), médecin d'Arras, et cette traduction, publiée d'abord à Anvers, chez Plantin, en 1589, in-12, a été insérée dans le volume des OŒuvres de Ch. L'Ecluse qui parut à Anvers, en 14605, in-fol. On en trouve encore une traduction allemande dans le Recueil de Paulus qui porte ce titre: Sammlung der meikwurdigsten Reisen in der Orient (Recueil des plus célèbres voyages en Orient). Un extrait des Observations, concernant les mines de Siderocaspa, en Macédoine, a été publié par Gobet, dans ses Anciens minéralogistes du royaume de France, 1. I, p. 58.
Un des ouvrages les plus curieux de Belon est son traité sur les monuments funéraires des anciens, sur les usages observés dans les sépultures et sur les substances employées en Égypte pour conserver les cadavres. En voici le titre : Petri Bellonti, Cenomani, de admirabili Operum antiquorum et rerum suspiciendarum præstantia liber; Paris, G. Cavellat, 1553, in-4. Le privilége, au nom de G. Corrozet, est du 21 juin 14553. Gronovius a réimprimé ce traité dans le tome VIII de ses Antiquités grecques. Belon raconte
(1) Notes manuscrites sur La Croix du Maine, à la Biblioth. impériale.
qu’il forma le dessein d'écrire celivre, quand il enten-
dit un jour le cardinal de Tournon, allant assister aux obsèques de Paul ITT, recommander à son apothicaire de lui procurer au plus vite de la momie. On appelait ainsi certaine composition de poix et d’asphalte, qui avait, disait-on, la propriété de rendre les chairs incorruptibles. Ayant déjà lu, dans Pline et dans Pomponius Méla, que les Arabes désignaient par ce terme de momie ou mummie, non pas un onguent, mais un cadavre desséché, conservé, Belon n'’oublia pas, lorsqu'il fut en Égypte, de recueillir tous les renseignements que les gens du pays purent lui fournir à ce sujet; à ces renseignements il ajouta, lorsqu'il parcourut la Grèce et l'Italie, d’autres observations non moins intéressantes, à l'aide desquelles il put redresser beaucoup d'erreurs accréditées par les interprètes des anciens auteurs. Voilà la matière de son ouvrage. On le lit encore, et avec fruit.
On consulte moins souvent son traité sur les arbres conifères : De arboribus coniferis, resiniferis aliisque nonnullis sempiterna fronde virentibus; Paris, G. Cavellat, 1553, in-4°, fig. Belon a dédié cet ouvrage au chancelier François Olivier, sieur de Leuville, un de ses bienfaiteurs.
Les critiques au long nez, nasutuli (4), ne manquèrent pas de signaler les lacunes qui se trouvaient
(1) Dans la dédicace du livre De admirabili operum antiquorum præstantia.
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dans le traité de Belon sur les poissons. Il leur fit la plus modeste et la plus sage des réponses ; il reprit ce traité, pour le rendre au public complet et corrigé, sous ce titre: De Aquatilibus libri duo, cum iconibus ad vivam ipsorum effigiem, quoad ejus fieri potuit, expressis ; Paris, Ch. Estienne, 1553, in-8° oblong. Réimprimé à Zurich, chez Froschover, en 1558, in-fol., et à Francfort, en 1604, avec quelques écrits de Guillaume Rondelet et le livre IV de l'Historia animalium de Conrad Gesner (4). Il y a trois éditions de cet ouvrage traduit en français, et ces trois éditions sont de la même année : il ne faut pas les confondre, car, entre les unes et les autres, il y a des différences notables. En voici les titres : La nature et diversité des Poissons, avec leurs portraits représentés au plus près du naturel, en 2 livres; Paris, Ch. Estienne, 1555, in-8° oblong : De la nature et diversité des Poissons, avec leurs descriptions et naïfs portraits, en 7 livres; Paris, 4555, inol. : L’Histoire des Poissons, traitant de leur nature et proprietes, avec les portraits d'iceux ; Paris, 1555, in-4°, en français et en latin. | Après avoir suffisamment traité des poissons, Belon s'occupa des oiseaux : L'Histoire de la nature des ‘ (4) Conradi Gesneri Historiæ animalium liber IV, qui est de piscium et aquatilium natura...; Gulielmi Rondeletii quoque et Petri Bellonii, Cenomani, medici hoc tempore Lutetiæ eximii,
De Aquatilium singulis scripta ; Francofurti, A. Cambierus, 1604,
Oiseaux, avec leurs descriptions et naïfs portraits retires du naturel, écrite en sept livres; Paris, G. Corrozet, 1555, in-fol. (1). Dans la dédicace de ce livre, adressée par l'auteur à Henri IT, nous lisons la phrase suivante: « Et maintenant, Sire, que par votre grâce « m'octroyez que je soie nombré entre vos écoliers, « désirant m'acquitter de mon devoir envers vous. « al entrepris vous faire voir à part, en sept livres, « ce qu'ai trouvé ès oiseaux digne de récit, l'ayant « rendu en notre langue presque en même ordre et « sentence de ce que (Dieu aidant) vous présenterai « en latin. » Il y a deux notes à faire sur cette phrase. Belon nous dit ici qu'il était au nombre des écoliers de Henri IT; ailleurs, il s’applaudit d’être, en outre, compté parmi les écoliers du garde des sceaux, François Olivier (2): cela signifie qu'il était pensionnaire de la chancellerie de France et de la cassette du roi. I] recevait du roi deux cents écus de gages (3). L'autre note est relative au texte latin de l'Histoire de la nature des oiseaux : il n'a jamais été imprimé et paraît être perdu. Buffon faisait le plus grand cas de cette Histoire, et il l’a souvent citée.
Vient ensuite le livre intitulé : Portraits d'oiseaux, animaux, serpens, herbes, arbres, hommes et femmes d'Arabie et d'Egypte; Paris, G. Cavellat, 1557, et
(1) Il a des exemplaires au nom de Benoist Prévost. (2) Dédicace du livre De admirabili, etc., etc, (3) La Croix du Maine, au mot P. Belon.
1618, in-4°. C'est l'abrégé du livre précédent. On a licu de croire que cet abrégé n’est pas l'œuvre de Belon, mais d'un de ses éditeurs, Cavellat ou Corrozet. Cavellat semble se l’attribuer dans une épître dédicatoire qu'il a signée de son nom, et où, s’adressant au roi Henri II, il s'exprime en ces termes : « Et combien que les oiseaux soient assez amplement « décrits ès sept livres qu’avons jà imprimés, toute- « fois, en si grande variété de volonté et esprits, il « s’en trouve une partie qui aime brièveté; auxquels « voulant donner occasion de se contenter, nous « avons rédigé cet abrégé en moindre volume. Et, « en attendant le retour de leur auteur, maintenant « enserré au prochats de son instauration de l'agri- « culture, par les plaines et montagnes d'étrange « pays où l’avez envoyé, avons écrit aucuns quatrains « français... » Quelquefois, il est vrai, les éditeurs prenaient sur leur compte ces sortes de compilations, afin que l’auteur ne parût pas avoir lui-même mutilé son livre pour le mieux vendre. Tels étaient les scrupules du vieux temps.
Le dernier, mais non pas le moins célèbre, des ouvrages de Belon qui aient vu le jour, est son traité sur l’agriculture : Les Remontrances sur le défaut du labour et culture des plantes, et de la connaissance d’icelles, contenant la manière d'affranchir et apprivoiser les arbres sauvages; Paris, Cavellat, 1558, in-8. Les progrès de la science n'ont pas encore
fait oublier ces Remontrances. Dans ce livre Belon donne la liste des arbres étrangers qu'il était curieux de voir acclimater en France, et invite le collége des médecins de Paris à fonder un établissement pour l'éducation des plantes. L'évêque du Mans, René Du Bellay, avait déjà réalisé, dans ses jardins de Touvoie, sous la direction de Belon, quelque chose de ces grands projets (4); mais c'était à Paris, dans la métropole des sciences, qu'il importait surtout de donner au public des leçons de culture, et de faire connaître les produits des plages lointaines dont la naturalisation devait procurer tant d'avantages au prix des moindres efforts. Le cardinal de Lorraine recommanda le plan de Belon à Henri Il, et peut-être eût-il été dès lors exécuté si les finances de l'État s'étaient trouvées dans une situation meilleure. C’est Richer de Belleval qui ouvrit, à Montpellier, le premier établissement public consacré à la culture des plantes. Ch. de L'Écluse a traduit aussi les Remontrances de Belon, sous ce titre : De neglecta plantarum cultura atque earum cognitione hbellus. Cette traduction se trouve dans l'édition des œuvres de ce médecin publiée à Anvers en 1865.
Quand Belon eut renoncé tout à fait aux voyages,
(1) « C’est aux bienfaits de Belon et de Du Bellay que les provinces du Maine, de l’Anjou et de la Touraine ont dû le bonheur d'être les premières en France qui aient cultivé avec succès les arbres à fruits de toute espèce. » (Renouard, Annuaire de 1809.)
il étudia la médecine. Il fut reçu bachelier en cette faculté le 45 octobre 1537 ; licencié, le 20 mai 1560, en même temps que Jacques Charpentier, Jean Liébaut, Nicolas Piètre et Etienne Gourmelen. Il comptait sans doute vivre désormais à Paris, pratiquant la médecine. Si toutefois il forma ce dessein, il n'y persista pas. À la mort de Henri IT, Charles IX, appréciant l'intelligence et le savoir de Belon, l'avait accueilli dans son château de Madrid, ou, comme on disait alors, de Maldric, au bois de Boulogne. C'était un somptueux édifice, bâti par François [°' sur le plan du palais habité par les rois d'Espagne. Belon était donc un des hôtes privilégiés de cette royale demeure, lorsqu’au mois d'avril de l'année 1564, revenant de Paris, où il avait été rendre visite à son ami Jacques Du Breul, religieux de Saint-Germain, et traversant vers le soir les hautes futaies du bois de Boulogne, il fut assassiné par une main inconnue. Hazon veut qu'il ait été surpris ettué par des voleurs, tandis qu'il recherchait dans ce bois des plantes médicinales (4). C'est assurément une mise en scène plus dramatique ; mais le récit d'Hazon n'appartient pas à l'histoire.
Georges Abraham Mercklin, dans son Lindenius Renovatus, attribue à notre P. Belon, d'après Vander-Linden, deux volumes in-fol. de Consultations
(1) Hazon, Nofice des hommes les plus célèbres de la faculté de médecine de Paris, p. 61.
médicales. Ces consultations sont d’un autre Pierre Belon, médecin, qui n'était pas inconnu à Jean Liron (4). Corrigeons une autre erreur. M. Quérard met au compte de P. Belon, du Mans, des Œuvres de chiromancie dont il désigne une édition nouvelle, publiée à Liége, chez Streel, 1705, in-12. Nous avons lieu de croire que cet ouvrage est une réimpression de l'Instruction pour apprendre les sciences de Chiromancie, etc., etc., ouvrage de Jean Belot, publié pour la première fois à Paris, en 1649, in-8°.
Pierre Belon, l'ami de Ronsard et de César Scaliger (2), le protégé des personnages les plus considérables du royaume, le client, le pensionnaire du roi, fut dénoncé, quelque temps après sa mort, comme n'ayant été qu'un misérable plagiaire, qui s'était procuré par un larcin des titres frauduleux à la célébrité.
(1) Singularités hist. et lill., t. I, p. 455. (2) Liron cite cet éloge de Belon par Scaliger :
Est multa dignus commendatione, qui
Diu multo labore perfunctus, modum Nostræ expectationi statuit ac spei, Confertis commentariis, puro stylo, Compendiosa mole, sincera fide,
Velut fecit Bellonius ; qui dum suæ
Vitæ suisque commodis tua commoda Meaque anteponit, genium defraudans suum, Haud parcens sumptui, haud metuens periculi, Evertit maria, effodit aridas Syrtes,
Arabiæ monstra pinxit, et rerum novas Etfigies nobis, veteres quæ fuerant, facit :
Dignus cui magnam debeamus gratiam.
Après ce qu'ont dit à ce sujet Jean Liron et le P. Niceron, nous pouvons nous abstenir de développer les preuves qui confondent la calomnie. Dans sa préface de l'Histoire des animaux d'Elien, Gesner avait raconté que Pierre Gilles, célèbre voyageur, passait pour avoir laissé d'intéressants manuscrits. Or qu'étaient-ils devenus? on disait qu'ils avaient été dérobés par des gens curieux de se faire valoir sous les plumes d'autrui: Ab hominibus ambitiosis substractæ sunt, quos aliena pro suis usurpare, dum gloriam sibi aucupentur, non pudet. Voilà le texte : voici maintenant le commentaire. De Thou (1), prêtant une oreille trop facile à de méchants propos, dit qu'étant valet de Gilles, et l'ayant accompagné dans ses voyages en cette qualité, Belon avait été l’auteur du vol dénoncé par Gesner. Scévole de Sainte- Marthe, dans son éloge de Pierre Gilles (2), ajouta quelque chose encore aux propos recueillis par de Thou. De là cette calomnie passa dans le livre de Thomasius, De Plagio litterario, dans l'Appendice de Corneille Tollius à l'ouvrage de Pierius Valerianus De Infelicitate litieratorum, et dans divers autres traités bibliographiques. Pour enlever tout crédit à cette fable, il suffit de rappeler que Pierre Gilles mourut à Rome en 1555, et qu'à cette époque Belon
(1) Hist. univ., liv. XVI.
(2) Elogia. |