JARRY (MADELON
Voici dans quels termes La Croix du Maine s’exprime sur cet écrivain : « MADELON JARRY, sieur de Wrigny, au Maine, gentilhomme fort docte, grand poëte latin et francois, historien et orateur ; il a escrit et composé l’histoire de France, ou de l'origine des Francois, laquelle il a intitulée Des Faits des Francois. Elle n'est encore imprimée. Je desirerois que ceux entre les mains desquels elle sera parvenue la feissent imprimer ; Car je croy qu’elle sera pleine de belles et et doctes recherches (comme je peux juger par quelque fragment d'icelle, lequel j'ay escrit de sa main, contenant deux ou trois feuillets de minute) : mais ce que j'en ay, n'est que brouillart de sa copie. Il a davantage escrit en poësie latine et depuis traduit en vers
(1) Nous avons trouvé la plupart de ces renseignements biographiques dans un des cartons de Dom Housseau , conserves à la bibliothèque du Roi; daus lo carton XXX.
F. DE SARCÉ. * 399
francois plusieurs Cantiques ou Noels, Sonnets, Epitaphes, Epigrammes, et autres semblables choses, lesquelles ne sont en lumière. Il mourut en sa terre de Wrigny, près la ville de Sablé au Maine, l'an 1573, Agé de quarante ans. »
Le vœu formé par La Croix du Maine au sujet des Annales de Madelon Jarry n'a pas été réalisé : cet ouvrage n'a pas été imprimé. Quant à ses poèmes, on n'a conservé de lui qu'une épigramme latine sur le livre de P. Ayrault, intitulé Decretorum, ou Rerum judicatarum Petri Ærodii. Elle se trouve en tête de ce livre et dans la vie de P. Ayrault par l’abbé Ménage.
Gilles Ménage, dans la seconde partie de son Histoire de Sablé (1), donne sur les Jarry, seigneurs de Wrigny, quelques renseignements généalogiques. Il suppose que Madelon Jarry était fils de Pierre Jarry, anobli, au mois d'août 1494, par Charles VIII (2).
DE SARCÉ (r......).
Aucun des anciens bibliographes n’a parlé de ce F. de Sarcé, docteur en théologie et religieux minime, auteur de Cantiques de Noëls nouveaux publiés au Mans, en 1612, chez la veuve Hiérosme Olivier. La Croix du Maine ayant publié sa Bibliothèque Françoise en 1584, on ne peut lui reprocher cette omission, que sans doute il n'eut pas commise, soigneux comme il
(1) P. 167. (2) Mème ouvr., p. 52.
400 F. DE SARCÉ.
l'était de mentionner tous les écrivains nés dans sa patrie, même les moins notables.
Le recueil de F. de Sarcé se compose de huit Noëls ou cantiques d’un mérite très-contestable : c’est un de ces opuscules dont la rareté fait le prix. Voici quelques vers de notre Franciscain :
Si le flambeau du jour, au milieu de sa course, À fait alt’ autrefois, je m'en suis estonné.
Un miracle plus grand dont je ne scay la source Se présente à nos yeux dans le Verbe incarné.
Igaorant de ce fait la première origine, J'adore néantmoins la suprème bonté, Qui, pour nous racheter, à sa grandeur divine, Unist l’astre mortel de nostre humanité.
Si l'audace d'Adam causa ceste naissance, Capable je ne suis pour ce faict éplucher :
Sinon dedans le sein de l’éternelle essence, Ce mystère profond ne se peut rechercher.
De voller jusques là seroit brusler ses ailes Daus les rayons ardans du céleste brandon ; Sans fouiller plus avant il suflist aux fidelles Qu'un Dieu tout plein d'amour leur ait fait ce grand don.
Le Père ne pouvoit autrement satisfaire A l'amour infny de sa divinité, S'il ne nous eust donné propice et débonnaire Le Fils de son essence avant l'éternité.
Voulant naistre il a fait un estroit mariage D'une mère fœcond’ avec l'intégrité; Car la Vierge accouchont en l'avril de son aage Elle garde la fleur de sa virginité.
Dedans les flancs sacrés de la pucell’ enceinte Par neuf mois tous entiers il a fait son stjour :
MATAURIN SORIS. 401
Puis, comme un chast’ espoux, sort de sa couche saincte, Plus brillant mille fois que la lampe du jour.
La grâce et la douceur sur ses lèvres vermeilles Qu’embellissent la rose et le lys blanchissant Paroissent en tout temps , et, l'œuvre des abeilles, Il ressemble au ruisseau sans cesse renaissant.
Je me pers en voulant un abysme dépeindre, Abysme qui n'a point de rive ny de fond :
Mon crayon pourroit bien quelque ombrage se feindre, Mais non le vray portraict d’un torrent si profond.
Quittant donc ce crayon, j'implorerai la face Dont les bourgeois des cieux admirent la beauté, Pour qu'aidé des faveurs de sa divine grâce,
Je puisse mériter cette fœlicité.
Amen. Noel !
Ce ES
SORIS (MATHURIN).
MATHURIN SORIS, de SORIS, SORI, OU SOURI, né au Mans, dans la paroisse de St.-Jean de la Cheverie, en l’année 1642 (1), entra chez les religieux de Fontevrault. Il fut tour à tour visiteur de l’ordre et prieur du grand monastère. Il mourut en 1716. On a de lui: Dissertation Apologétique pour le bienheureux Robert d'Arbrissel, sur ce qu'en dit M. Bayle dans son Dictionaire Hist. et Crit.; Anvers, 1701, in-12 (2). Bayle
(1) Cartons d'Etienne Housseau. MSS. de la biblioth. du Roi, carton XXX.
(2) I ya, suivant M. Quérard, des exemplaires de la même édition qui portent ce titre : Apologie pour le B. Robert d’Arbrissel, sur ce qu'en dit M. Bayle dans son Dictionnaire.
Il 26
402 MATHORIN SORIS.
avait lu, dans le Clypeus nascentis Fontebraldensis ordinis, du P.%de La Mainferme , une copieuse dissertation sur les mœurs de Robert d'Arbrissel, et, sans accorder pleine confiance aux dires de Geoffroi do Vendôme et de Marbode, il avait néanmoins trouvé plaisant le récit des épreuves auxquelles se serait soumis, suivant la légende, cet ascète à nul autre pareil. La Dissertation de Soris, qui est fort longue, a pour objet de prouver qu'il faut rejeter comme calomnieuses toutes les -fables qui ont été débitées sur le compte du fondateur de Fontevrault, et qu'il no faut pas croire notamment à la célèbre anecdote des vierges. On trouve l'analyse de cette Dissertation dans les notes de la seconde édition du Dictionnaire de Bayle. Admettant toutes les preuves alléguces par Soris, Bayle s'exprime ainsi sur son ouvrage : «a C'est une apologie si bien tournée et si solide, que tout homme raisonnable y doit acquiescer. » On prétend que Soris avait écrit une Histoire de son ordre, et que, peu de temps avant sa mort, il en envoya le manuscrit à son frère, lieutenant d'artillerie , qui habitait Le Mans: on ajoute que l'existence de co manuscrit ayant été ré vélée à l'abbesse de Fontevrault, celle-ci demanda qu'on voulût bien le lui confier. Nous ne savons ce qu'il faut en croire : toujours est-il que cette Histuire de Fontevrault n'a pas été imprimée.
PHILIPPE DE RENUSSON. 403 RENUSSON (PHILIPPE DE).
La famille de Renusson est célèbre dans les annales de la ville du Mans. Felix de Reénusson exerçait avec éclat, au XVI: siècle, les fonctions d'avocat au siége présidial ; Gabriel de Renusson, son fils, avocat au même siége ct procureur de la commune, n’obtint pas de moindres succès. De son mariage avec Marguerite de Mauloré, il eut, le 11 septembre 1632, PHILIPPE DE RENUSSON , qui fit ses premières études au Mans, sa ville natale, et fut destiné, dès sa jeunesse, à la profession dans laquelle s'étaient distingués et son père et son aïeul. Dès qu’il fut en âge de prendre la robe, il quitta le Mans, avec son ami Claude Nouet. Nouet s'occupa du droit canonique et des matières beénéficiales ; Philippe de Renusson eut plus de goût pour le droit civil, et se fit recevoir dans l’ordre des avocats le 21 juillet 1653.
Il avait quarante-neuf ans et passait pour un des plus habiles jurisconsultes du Parlement de Paris, quand il publia le premier de ses ouvrages , sous ce titre: Traité des propres réels , répulés réels ou conventionnels; Paris, 1681, in-fol. On appelle propres les immeubles qui appartiennent privément, dans l'état de mariage, à l'un des conjoints. La jurisprudence des propres était fort obscure ; les Coutumes n’en donnaient qu'une connaissance imparfaite, et la plupart des auteurs, avant Philippe de Renusson, avaicnt négligé cette matière, ou ne l'avaient traitée que sommairement. Aussi son ouvrage fut-il bien reçu et réimprimé en 1700 , 1711, 1714 et 1743, in-4°. Son second livre