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de panade, de chappons escorchez, de viandes délicates, et s'en fait enfin un gros et gras plaisanteur.
« L'autre fille de Nature, qui est certes bonne femrae, est l'Esté. Icelle aime à suer soubs le travail. Elle ne porte aucune robbe, mais est toute nuë en chemise, de peur de brûler par la trop grande chaleur du Lion. Icelle, en travaillant, remplit les greniers de fruit, et sans icelle les hommes n'auroient du pain. Elle fait suer à bon escient les villains poltrons, et toulesfois ce travail est agréable à tels marrouffles, car, combien que l'eschine d'un asne se plaigne pour la charge ordinaire des poches, et que la peau du larron vienne à s'estendre, toutesfois ils endurent tout, se ressouvenans qu'au temps froid la neige ne donne peint de pain, et la glace ne leur apporte aucune fouace. Icelle travaille à la chaleur d'Apollon, devenant toute haslée et noire, et appaise souvent sa soif avec la bouteille, pendant que le soleil la brûle, pendant qu'elle abat les bleds avec la faucille, pendant qu'avec le ileau elle bat les gerbes pleines de bled, et pendant que les cigales ne cessent de chanter, estans perchées sur les verges des vignes. Lors le vent esttousjours débile, et ne voit-on aucune feuille esbranlée par aucun vent, tant petit soit-il; et les herbes ne se peuvent tenir droictes, n'ayans aucune humeur qui les substente et abreuve. Nous avons assez dit du temps et de la grand'chaleur : faut à présent parler du troisiesme filz de Nature.
« Les anciens souloient appeler l'Automne Silence, la teste duquel ils disent avoir esté parles taons picquée. Iceluy a la superintendance des maisons et de toute la famille de Bacchus, lequel autrement nous appelons Receveur, et plusieurs le nomment Procureur et Facteur. Et, parce que le Soleil boit volontiers du vin doux, le voyant au matin estre chargé de vin rouge, il aime Bacchus et son receveur. Ce Silence a une certaine Nymphe pour sa femme, laquelle a la teste grande comme un tonneau, et la panse grosse comme une cuve : tousjours sent le vin, dont a esté dite Vendange. Tous deux sont si gras et si pleins, qu'un pourceau mis à l'auge ne sçauroit devenir plus gras, et semblent devoir crever, tant ils paroisseut estre enflez de vents. Ils ont tousjours à l'entour d'eux, devant, derrière et à costé, mille flascons, bouteilles et barils sonnans, avec lesquels, marchans, sautans, dansans et chantans, ils se recréent et emplissent Ipu^s ^stes de plusieurs fumées. |ls s'^ccdustn-
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ment aussi à chanter plusieurs sonnets, et, à chaque sonnet achevé, ils avalent une gorgée de vin ; après avoir beu, ils dansent; après la danse, ils vuident les pots, et continuans en ceste façon, et renouvellans souvent ceste practique, ils s'onyvrent à bride abbatuë, et lors ils volent environ les montagnes, sont transportez en plusieurs maisons et païs; non pas qu'ils aillent ainsi tournans, mais il leur est advis qu'icelles choses tournent et courent si fort, qu'elles lasseroient des chevaux barbes. Ils ne cessent do boire et trinquer, et cejusques à ce qu'ils ayent mis toutes les bouteilles renversées coitre terre. Le sommeil enfin se présente, lequel s'il ne lioit leurs membres, iceux, plus cuits que cruds, moieunant qu'ils poussent s'aider des jambes, prendroient une partie du ciel. Sur iceux nuds, mille enfans nuds font la garde, pendant qu'ils reposent ronflans comme pourceaux. Ces jeunes enfans chantent, dansent, font plusieurs moresques, estans grassets, propres et habiles à pastisser. Chascun d'eux porte la teste droicte, la couronnent de pampre ; chascun tient en sa main des grappes de raisins ; chascun a pendu à son coslé un petit flascon. Ils se delicatent, ils rient, ils célèbrent en l'honneur de leur père la feste du vin, puis eux-mesmes s'enyvrent soubs les treilles chargées de raisins. La mere est yvre, le père est yvre, aussi sont les enfans, et estans ainsi tous y vres, chascun ronfle à bouche ouverte. Or Bacchus a un grand Palais à part, auquel y a cent tonneaux, pippes, cuves, et autres vaisseaux arrangez soubs terre comme chevaux en une escuyrie. Là vous voyez tousjours relier plusieurs grands tonneaux, et resserrer de grandes cuves; et là se vuident, de vaisseaux en vaisseaux, des vins dignes de la table des Dieux ; car icy se viennent charger les mulelrs d'iceux. Les formis ne vont et reviennent si souvent, quand ils ont rencontré un monceau de mil, s'esmouvans fort et ferme à porter de gros fardeaux pour remplir leurs greniers. Ainsi fait-on en ce Palais de ce Roy porte-vin, y venans souvent plusieurs lacquais et garçons avec pots vuides, s'en retournans chargez les uns sur le dos avec hottes, autres sur leurs espaules avec barils pendus devant et derrière, remplis de bons vins muscats, grecs et autres, ïcy aucuns mettent bas les charges, autres en remplissent les cuves, autres foulent la vendange avec les pieds, et entonnent le vin pissant par la canelle fort loing; puis, on
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pressure le marc sous la pesanteur du fust du pressoir, pour en tirer le plus gros vin, lequel communément on vend aux pauvres. L'Automne y est present, lequel, vestu de sa camisoUe souillée et marquée de taches de vin, commande à tout cet ouvrage, et tasche à contenter les Dieux par le commandement du patron. Les AUemans disent iceux estre leurs patrons, et les Lansquenets ne recognoissent point d'autres Dieux. Si tu ne le veux croire, l'effect t'en monslrera la preuve. Regarde, quand ils s'emploient à la table garnie de vivres, comme ils vuident le verre à chaque morceau qu'ils mangent : lors tu verras comme Mangeguerre se rue par les bouteilles et gobelets, et comme il se fait un grand fracassement des vaisseaux pleins de bon vin. L'eau ne s'apporte point à telles tables ; laquelle, en estant bannie, ne sert qu'à laver les pieds des saules, et est par entre eux un vieil proverbe : Meschancelé est des- Irangler le vin. Après qu'ils ont vuidé le baril, ils donnent furieusement sur iceluy coups de pieds et coups de poing, et le mettent en tel estât, qu'il n'y a moyen de le racoustrer. Ils se choquent l'un à l'autre le front du cul du verre, jettant de leurs gorges des rots puans, et parlans sans cesse et plus qu'ils ne faisoient avant boire : mais leur devis n'est que de vin ; car l'Allemand ne songe qu'après le vin et ne parle que d'iceluy, engage sa picque, son espée, ses chausses, pour du vin, les vend, et soy-mesme aussi : et si, de toutes ses armes il veut garder quelquechose, ce sera son morion pour s'en servir de tasse à boire, pendant qu'ils font trincq. Se levant de table pour s'en aller, ils ne peuvent, leur ayant esté mis par le vin des fers aux piedz. Vous ne les verrez gueres abandonner les murailles : ils se montrent semblables au soleil, quand il se levé le matin, tournant les yeux flambans en la teste, et ont cent mille pensées au cerveau. Et, combien qu'ils soient debout, ils ne peuvent remuer les jambes : ils ne sont conduits par aucune raison, et vont tastonnans, comme nous faisons, marchans de nuict; et, encore qu'il n'y ait en leur chemin aucune pierre ny aucun bois, ils ne laissent neantmoins do trebuchei", et enfin se prennent des mains à la muraille, ou à uu banc, ou à un bois, ou à quelque pilier, jusques à ce qu'ils se soient couchez sur de la paille, ou contre terre, ou dedans dé la fange, se veautrans comme pourceaux.
« Or maintenant voicy l'Hyver, le dernier fils de Nature,
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et, pendant que je discourray d'iceluy, donne-moy, Boccal, ma robbe fourrée, car sans doute la glace me galeroit à bon escient, moy qui suis maigre. L'hyver est maigre, et le Garesme n'est plus maigre que luy : il n'a aucune humeur en ses veines, et a un rasteau attaché à l'eschine; a les joues creuses et le col délié, et, depuis les pieds jusques à la tête, on luy compteroit les os, comme Gonnelle faisoit à sa cavalle. Il a tousjours les yeux humides cachez dans le front. Il est pasle et comme mort, estropiât, et si mélancholique, qu'il semble tousjours pleurer. La glace luy pend de son menton gelé, et les glaçons souvent pendent à ses cheveux : sa chair maigre se hérisse par le trop grand froid, et luy sert peu d'avoir deux fourrures. Si l'Esté et l'Automne ne luy donnoient, l'un à manger, et l'autre à boire, le miserable mourroit de maigre faim. Il est tousjours auprès du feu, estendant ses cuisses, et n'a l'esprit de tirer après soy sa chaire : il attize le feu, et fait bouillir le pot; il va en paresseux et bien ceint de sa ceinture. Quand il se met à l'air, lors se tient si serré, qu'il pourroit passer par le trou d'une aiguille. Sa maison est tousjours couverte de frimas blancs, et du bas de la couverture pendent des chandelles de glace. Il ne prend gueres de plaisir, sinon quand paresseux il gratte sa gale avec ses ongles pointus. Toute la bande des oyseaux qui ont accoustumé de chanter mélodieusement le refuit, comme aussi fait tout ce qui depend de la Primevère. Il est seulement accompagné des corneilles chantans qua^ qua, et des corbeaux avec leur cro, cro, et aussi des choucas. En ce temps, le prevoiant formi ne sort de sa maison; le limace s'enferme en sa coque et muraille son entrée; les abeilles ne bougent de leurs ruches; vous n'y verrez promener les petites lézardes; les bergers gardent leurs troupeaux reclus en leurs bergeries ;^ seulement, sevoyent les gueux en ce temps froid, conlrefaisans les tremblans, n'estans couverts d'aucun habillement. liCS heures toutesfois de l'flyver sont agréables aux escholiersi ayant par le moyen d'icelles plus grand repos durant si longues nuicts.
« La famille du Soleil s'exerce par ces quatre maisons, esquelles se fait tous les ans grande despence pour tant de bouches qu'il faut contenter.
« Mais, ô Leonard! je voy, par tes yeux que le sommeil te veut venir : lu as mal dormy ces trois nuicts ; et toy,