LIVRE XV
lise tous les jours par les Dieux, et les re-^oil tous joyeusement, et ne sort de luy jamais qu'une bonne chère, tant envers les pauvres, qu'envers les riches. Quelquefois (et pourquoy non?) un Dieu est offensé par un autre. Vulcan se plaint de Mars, et dit que Venus est une Ribaude. Juno regarde de travers Ganimede. Cerès pleure sa fille ravie par Pluton, et chaque Déesse accuse Priape de ce qu'il s'es- Lat avec les Nymphes tout nud. Jupiter les escoute tous de l'une et l'autre oreille, et comme juge oit l'une et l'autre cloche sonnant, entre lesquelles il prononce enfin un jugement equitable. Si toutesfois il se trouve importuné de ces Dieux, il commande d'apporter son foudre, et commande aux tonnerres de bombarder, estonnant par ce moyen grandement les hommes, lesquels estiment lors le ciel tomber. Mais, quand Ganimede se présente, et luy baise le visage et le regarde d'yeux mignards, et qu'il luy présente sa coupe d'or pleine do doux Nectar, incontinent sa cholere se passe, le desdain s'enfuit de son cœur, il descharge le ciel de nues, le Soleil paroist tout nouveau, et la fleur penchée par la pluye se redresse à la clarté du Soleil. Ainsi quelquefois les grands personnages, les grands maistres et Roys sont quelquefois plus esmeuz par la beauté d'une jeunesse, que par le docte avis d'un sçavant Caton.
11 y a des degrez grands et magnifiques, montans jusques au haut, faits de coral, et de marbre, et de jaspe. Chascun d'iceux a nouante marches, par lesquelles montent et descendent, vont et reviennent les Dieux et Déesses, passant par des chambres d'or et sales d'or : le plancher desquelles n'est point fait de bois; mais les soliveaux et carreaux sont d'or et d'argent, et y void- on reluire plusieurs Saphyrs. Gà et là les serviteurs des Dieux et servantes des Déesses sèment et couvrent de diverses fleurs les licts bien accomodez, lesgarnissansde beaux linceux blancs, et de riches couvertures tissues, bordées et enrichies par les Nymphes avec un merveilleux artifice. Car Minerve, née du cerveau de Jupiter, tient là des escholieres pour apprendre lo mestier de l'aiguille et de la quenouille.
Il reste maintenant à parler de Saturne, qui est situé en la plus loingtaine region. Iceluy a une femme, laquelle a eu trois enfans ensemble, et tels, qu'il se plaignoit de les avoir engendrez. Car ils coupperent à leur propre père ses parties génitales, et luy enlevèrent par force le sceptre de
2i8 HISTOIRE MACCARONIQUE.
son Royaume. Iceluy est de corpulence fort maigre, vieil, et bave tousjours, et a la roupie pendue au nez. 0! qui est plus maladif que luy? Qui est plus pourry que luy? Ses mâchoires n'ont pas une seule dent, et avec sa mauvaise et puante haleine il infecte un chascun. Sa barbe grise mal peignée est vilaine et pleine de poux. Sa teste, avec le poil hérissé, est chargée de lendes. 11 marche tout voûté, s'appuyant sur un baston, comptant ses pas, et de pas en pas ne fait que toussir et cracher de gros flegmes. Il aies yeux tous chassieux, et l'ordure n'en bouge. Il se couvre le corps jusques aux talons d'une grande robbe fourrée, et en tout temps est tousjours tremblant. Sa maison basse pleure sans cesse d'une humidité fâcheuse : les murailles y pleurent, les planchers y pleurent, tout ce qui est de luy pleure, et n'y a rien plus Saturnien que luy. Toutes ses viandes sont moisies ; car en icelle ApoUo n'envoyé jamais ses beaux rayons. La nuict y apporte tousjours ses noires ténèbres. En icelle resident les chouettes, les chat-huans, les chauves-souris, qui n'aiment que la nuict, durant laquelle on y oit aussi les matoux chanter gnao, gnao. La tristesse demeure avec luy, la maigreur, toute espèce de maladie, le mal de costé, la squinancie, la fiebvre quarte, l'epidemie, l'apostume, le charbon, la male-peste, le flegme, Tapoplexie, l'hydropisie, les vers, la colique, la pierre, le chancre, les glandes, les pustules, la grosse vérole, la cague-sangue, la petite vérole, la foiblesse de cerveau, la rage frénétique, la rage de chien, les doux, la douleur des dents, les escroûelles, les fistules, l'hernie enflée du coiiillon pendant, la teigne, la ladrerie, l'asthme, la goutte, les fiebvres phthisiques. Je ne sçaurois nommer toutes les maladies, lesquelles sont ordinairement avec Saturne, et lesquelles l'accompagnent et luy font service, mais avec peu de fidélité, car elles vuident tous les jours sa bourse, et c'est ce que les médecins aiment. Saturne donc commande au plus haut ciel, duquel tombant il se puisse rompre lecol.Nous avons descritles sept cieux, lesquels ont esté mal déchifrez par les anciens, et plus mal par les modernes, soit Aristote, soit Higine, soit Macrobe. Il reste que nous venions au huictiesme Cercle. « Mais qu'est-ce que je voy ? Vous ne voyez pas ? Voyez là ! » Comme Gingar disoit ce mot, on crie du haut de la gabie : « Fustes ! » Ce sont fustes. Aussi-tost on court aux armes : l'Astrologue Cingar dit : «Il faut autrement astrolo-