‹ Histoire maccaronique de Merlin Coccaie, prototyoe de RabelaisChapitre 224 sur 228 · LIVRE XXV. ?i · texte numérisé non relu

LIVRE XXV. ?i

nouvelast les sainctes ordonnances de l'Eglise, desquelles nous avons fait perdre l'usage, et qui voulust remettre en son vray poinct ce qui est corrompu en icelle. Vouscognoissez, il y a long-temps, quels Peres saincts l'Eglise a eu quelquefois; comme ils ont esté dignement sacrez; comme ils sont bien pansez, combien ils sont jolis, comme ils sont parez, comme ils sont vrays bufles d'entendement, comme ils sont sçavans aux cartes, et comme ils sont coustumiers de nourrir et entretenir des garces qu'ils appellent leurs sœurs, de nourrir des bastards qu'ils nomment leurs nepveux, de se parfumer de bonnes odeurs, de porter cappes à l'Espagnolle, et faire bouffer le velours à leurs chausses; nourrir oiseaux de proye, des chiens, des esperviers, des braques! Et cependant l'Eglise, deschiréeet mal accommodée, pleure, ainsi qu'on peut veoir : car, entrant en icelle, on n'y voit que toute ordure, ressemblant plutost à un toict à porcs, qu'à un temple. La paille et ordure y sont jusques au genoûil, et la pluye passe à travers les voultes, estans les murailles parées de longues aragnées. Le crucifix aura faute d'un bras ; et au haut de sa teste, la souri, le rat, ou le chathuant, fera son nid et rongera une si noble figure. La saincte Hostie, pour la laisser trop envieillir, engendrera des vers, s'estant par humidité du lieu attachée au verre ou au bois. Car des ciboires d'or ne sont gueres en usage, pour estre sujets au larrecin. Il n'y a aucune lampe pleine d'huille pour ardre en l'honneur de Dieu; car l'huille, ordonnée pour cet effect, est tournée en usage de la poisle et sert plus à fricasser des lampreons qu'à faire honneur au corps de Jesus-Ghrist. Il n'y a aucun tapis sur l'autel, ou ce ne seront que lambeaux, qu'à grand'peine serviroient d'une couverture de cheval. Le clocher sent l'urine des Prestres, et en iceluy on fait venir les commères pour les ouyr en confession. Bien souvent il n'y a point de corde, ou icelle n'est composée que de longes des licols de la mule nouez bout à bout. Que me servira de reciter tout? Vous sçavez tous comme je suis habile et accorte à mes entreprinses. Pour ces causes et considerations, je soustiens que je suis preferable à mes sœurs, et qu'Alccto me doit céder. »

Geste-cy ayant achevé d'ainsi parler, soudain Alecto, putanesque de maleUouche, toute en cholorO; se levé de sa chaire, se tient debout, jette infinies ordures et puanteurs de sa bouche, puis retirant une horrible haleine de l'estomach ;

H3S HISTOIRE MACGARONIQUE.

« Je ne suis, dit-elle, pas moins digne que toy -pour estre eslevéc en la chaire triomphale, avec l'applaudissement de tout le peuple, ayant fait espandre parmy le monde plus de sang que la mer ne reçoit d'eau en soy, et plus qu'il n'y a en elle de sablon. J'ay cy-devant conceu, et esté grosse (estant la putain du diable, Faulseté),'et avois le ventre merveilleusement enflé, lors qu'approchant le temps et mesme l'heure d'accoucher, la femme de Lucifer, lameredeLupasse, la putain de Satan, vindrent à nioy pour me secourir à mon accouchement et recevoir mon part. Pendant qu'elles travailloyent par-devant à le recevoir, comme est la coustume, sortirent par la villaine et sale bouche de mon derrière deux enfans avec une très-puante odeur, lesquels, à grand'peine estans à demis sortis, commencèrent à se donner l'un à l'autre des coups de poing, et se deschirer les joues avec leurs ongles. Je me resjouissois enmoy-mesme, je le confesse, de ce que caste laide semence pronosticquoit desja devoir estre la ruine des Rois du monde. Je les ay tousjours nourris de laict de serpens, et les ay faict succer les mammelles d'un baselic; et lors ils combattoient l'un contre l'autre à qui auroit la droite ou la gauche, se donnans de grands coups de pied; l'un se nommoit Guelphe et l'autre Gibelin. Iceux, ayant atteint l'aage de douze ans, ne cessoient jour et nuict de se quereller. Il advint, un jour, qu'ils se tindrent aigrement à beaux ongles et avec belles dents de chien. Guelphe, avec ses dents trenchantes^ coupa net le pouce à Gibelin; et pour triomphe le portoit partout, pour en faire plus grand'honte à son frère. Mais iceluy, se revenuhant, coupa aussi avec les dents à Guelphe le doigt d'auprès le pouce, et le dévora, portant seulement la semblance d'iceluy, pour marque de sa vengeance: dont vient que Guelphe, avec le pouce de sa main droicte, tue les puces; et Gibelin lèche et essuyé les mortiers avec le doigt d'auprès le pouce de sa main gauche. Avec tels soldats j'ay renversé tout le monde, et par telles boucheries j'ay infecté toute la terre de sang. Dites-moy, que vaudroit à present ceste compagnie de Guelphes et Gibelins, si ce n'estoyent mes enfans, ayant icelle tel pouvoir qu'elle rompt, qu elle deschire, et qu'elle met sans dessus dessous tant de villes et tant de pays? Le Guelphe veut porter son pennache à droit; au contraire le Gibelin le veut porter à gauche. L'un veut coupper en travers tout ce qu'il fautcoupper; l'autre veut

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