LIVRE X
vaillant homme. Balde, tournant la veuë vers ce jeune homme, recognoist son espée au pommeau, qui estoitdoré, et se resoult de l'avoir, quant il devroit en perdre la vie. a Hastons-nous vistement, dit-il, ô Cingar, nous avons moyen d'eschapper : en voilà un qui porte mon espée à sa ceinture, je la veux avoir : elle est à moy de droict; suismoy, chemine. » Mais Gingar retient dextrement la furie de cet homme, et luy dit : « Va, sois asseuré que tu auras Tespée. »
Ils se mettent à suivre ce jeune homme, et regardent si d'adventure il sortira de la ville, pour eschapper avec luy, et recouvrer l'espée. Mais iceluy entra en une hostellerie avec tous ses gens. Gingar le suit, et, donnant son manteau grisa l'hoste, le prie de luy vouloir bailler une chambre et un lict. Léonard avoit trois beaux chevaux et Gingar prend garde en quelle escurie ils estoient. Le premier estoit d'Espagne, nommé Rochefort; le plus puissant et le plus membru estoit Frison, et le tiers estoit Tuic, et l'appelloit-on Parde. L'hoste accoustre incontinent le souper, et Léonard commande de servir. Ghacun s'assiet à table : au haut bout d'icelle estoit Léonard, lequel après le souper se délibère de chercher Balde. Les soldats avoient posé çà et là leurs armes, comme ils ont de coustume, quand ils veulent bien remplir leur panse. Balde, qui estoit en une chambre près celle où souppoit Léonard, regarde par la fente d'une porte. 0 que la face de Léonard luy sembloit belle! Il ne s'amuse pas le à regarder seulement, mais prestoit aussi l'oreille à leurs propos.
Gependant Gingar peu à peu dérobboit de ces armes, et les apportoit en sa chambre. Puis ils se dépouillent de leurs habits de fratres, et s'arment depuis les pieds jusques à la teste, comme un jeune cheval que nous appelions poulain, après avoir esté nourry de son et d'orge, voudroit bien sortir hors de sa triste estable en rompant son licol, ne pouvant plus se contenir en icelle ; ainsi estoit Balde, lequel, lequel sorti nagueres de prison, et se voyant à présent armé de toutes pièces, petilloit d'envie qu'il avoit pour sortir hors, et se fourrer à bon escient par la ville, et, mettant par terre testes et boyaux, aller jetter Jupiter hors de son siège, ruiner le pays infernal, et renverser la maison Stygiale; mais, pour le respect de Gingar, il réprime la puissance de son courage, et l'ardeur de sa cholere. Or ie
m HISTOIRE MAGCARONrQUE.
retentissement de l'horrible bataille, qui se feit cy-après, n'est pas une charge propre pour tes espaules, ô Comine; il faut un plus grand secours ; ferme le flascon ; car tes vins me sentent le mpisi,