Épilogue
Appendice. — Liste des personnes qui ont concouru
au service des ambulances- 394
Avant la guerre j'étais attaché à la place de Metz ■comme médecin de FÉcole impériale d'application de Fartillerie et du génie. Dès le début des hostilités je compris que mon rôle allait devenir bien insignifiant et sans utilité réelle; comme nul, au milieu des événements qui se préparaient, ne pouvait rester inactif, je sollicitai l'honneur d'être placé à Tune des armées en voie d'organisation. Mais le ministre de la guerre avait admis en principe qu'il ne serait pas touché au personnel des places frontières du nord-est, et l'on me répondit que Metz m'offrirait amplement l'occasion d'être utile.
' En écrivant cette préface je n^'ai pas cédé au puéril désir de parler de moi ; mais il convenait que je fisse connaître les circon^;tances qui, m'appelant à la direction du service médical de la place de iMetz, ra^ont imposé l'obligation de rendre compte d'une situation qui a éveillé h un si haut degré TinténU de la France et de TEuropo. J'-aurais voulu même ne laisser paraître, dans ce livre, aucune trace de personnalité, mais tout en usant du moi avec toute la réserve possible, le rôle que j'ai été appelé à jouer dans ces terribles événements, ne m'a pas permis de m'y soustraire entièrement.
Lorsque réminent chef du service médical de l'armée du Rhin, M. l'inspecteur baron Larrey, fui arrivé à Metz, je m'empressai de me mettre à sa disposition et de prendre ses ordres pour les fonctions qu'il pourrait avoir à me confier. Son accueil fut pour moi un nouveau témoignage d'une bienveillance que j'avais dès longtemps appréciée; mais rien ne fut arrêté sur le poste qui pourrait m'être assigné ; les * événements attendus devaient seuls en décider.
Le 14 août la bataille de Borny, commençant la guerre sous Metz, jetait dans la place quelques milliers de blessés, et obligeait à convertir en ambulance la caserne d'infanterie de Coislin. On m'offrit et j'acceptai la direction de ce service.
Trois jours plus tard s'ouvrait à l'Ecole d'application une nouvelle ambulance, spécialement consacrée aux officiers blessés. Ce poste m'appartenait de droit, et je cumulai les deux services. Jusqu'au 21 je pratiquai, dans l'un et dans l'autre, de nombreuses et urgentes opérations.
Mais j'avais reçu le 20, de M. le Commandant supérieur de la place en état de siège, une lettre de service qui me nommait médecin en chef des hôpitaicx civils et militaires et des ambulances de Metz y intrà et extrà-muros *.
Je dus dès lors renoncer à toute pratique individuelle pour me consacrer tout entier aux graves et laborieuses fonctions qui m'étaient confiées : assurer
' En exécution du règlement sur le service de santé en campagne.
rexécution d'un service fort compliqué dès l'origine, mais qui bientôt devait prendre une extension telle que jamais, assurément, médecin ne s'est trouvé en présence d'attributions aussi multiples, au milieu de conditions si exceptionnellement difficiles *.
Ma tâche était ardue ; mais grâce au bienveillant concours du commandement et de l'administration * de la place, bien des difficultés ont été aplanies. Tout ce qui, dans le monde officiel, était possible pour nos malades et blessés, a été fait. Si le nécessaire a trop souvent manqué, ce n'est point ici qu'il faut jeter le blâme; chacun de nous en a gémi, mais a dû subir
' Mon premier acte fut de demander à MM. Isnard, médecin en chef de l'ambulance du Polygone, et Ehrmann, de ThOpital minutaire, les renseignements suivants, qui m'étaient nécessaires pour la répartition du personnel et des moyens de secours , ainsi que pour me mettre en mesure de rendre compte à l'autorité militaire de la situation médicale de la place :
i" Le nombre de lits existants dans chacun de ces deux établissements ;
â** Le chiiïre des malades et, par conséquent, le nombre de lits disponibles;
^ Le chiffre des médecins attachés ou détachés ;
4° Le nombre de boîtes d'opérations mises au à mettre en service.
' Je ne saurais trop me féliciter du bon esprit qu'ont apporté dans nos relations les fonctionnaires de l'intendance. lis ont singulièrement favorisé la bonne exécution du service médical, en évitant toute immixtion dans la direction du personnel et ne s'arrôtant point aux motifs de susceptibilité qui devaient naître, à chaque instant, de positions mal définies et d'infractions forcées à de mauvaises dispositions réglementaires. Sans cet esprit de conciliation ,. oue j'ai trouvé notamment chez M. le sous-intendant militaire Pérot (aujourd'hui intendant), dans nos rapports incessants , que d'obstacles se seraient dressés devant nous, à notre grand ennui» au grand préjudice des malades !
les malheurs d'une situation à laquelle il n'avait pas contribué, et dont il faut chercher l'origine loin de Metz. Sans la bienfaisance publique , que serionsnous devenus, hélas !
Combien suis-je heureux, aussi, d'exprimer à mes collaborateurs et camarades toute mon admiration pour le zèle, le dévouement absolu qu'ils n'ont cessé de montrer dans ces douloureuses épreuves; non moins heureux de les remercier des marques nombreuses d'affection et de sympathie qu'ils m'ont accordées. Je me rappellerai toujours ces hommes loyaux , au cœur largement ouvert à tout noble sentiment, qui constituent le fond du personnel d'élite auquel j'ai eu si longtemps l'hwmeur d'appartenir.
La capitulation de Metz rompît douloureusement mes relations avec le commandement et me fit passer sous l'autorité des nouveaux maîtres de la place. Ils me reconnurent et me maintinrent dans mes fonctions, que je dus continuer malgré mon désir, souvent exprimé, de rentrer en France. Si j.e n'eus pas toujours à me louer, surtout au début, de mes rapports avec les vainqueurs , j'espère du moins , par une tenue ferme et réservée, empreinte du désir d'éviter tout froissement réciproque, avoir justifié le peu d'influence qu'ils voulurent bien m' accorder et dont profitèrent, dans maintes circonstances, nos^ malades et nos médecins.
Mes attributions s'étaient compliquées par l'évar-
cuation sur Metz de tous les malades et blessés
traités, jusqu'à ce jour, dans quelques ambulances des corps d'armée, à Vallières, à Montigny, à Longeville ; ainsi que par l'envoi, dans nos établissements, d'un nombre considérable de malingres jugés impropres à supporter les fatigues d'un long voyage et les misères de la captivité. Mais ce qui, plus peutêtre que le chiffre élevé des malades , me créa de nouveaux embarras, après la pénurie de médecins, ce fut leur nombre exagéré et dépassant les besoins réels. Le placement des uns, le rapatriement des autres , le soin des intérêts de tous , au milieu du malaise moral et de la surexcitation des esprits, devaient faire naître chaque jour, pour moi, de nouvelles difficultés.
Ma carrière active s'est terminée avec Tinsurreclion de Paris. Médecin en chef de l'armée de réserve placée sous le commandement du général Vinoy, j'ai fait avec cette armée la guerre des barricades *. Là encore j'ai trouvé, chez tous mes camarades, dont plusieurs étaient mes vaillants compagnons de Metz, un concours dévoué qui resserre les liens qui m'uniront toujours à la médecine militaire. Cette carrière^
'• Ainsi s'explique pourquoi ce livre paraît si longtemps après le» événements dont il fait l'historique à un point de vue spécial. Je n'ai pu en réunir les matériaux qu'après être rentré chez moi , au milieu de mes notes et à portée de renseignements qu'il m'était nécessaire de compléter. H en perdra quelque peu de mérite d'actualité; j'espère, cependant, qu'il pourra, en tout temps, ôtre li* avec intérêt et offrir quelques enseignements utile».
belle par ses moyens et son but, est à mes yeux. Tune des plus enviables, quoique bien souvent ingrate par le fait d'une organisation qui ne répond ni à ses besoins, ni, ce qui est plus grave, aux besoins de l'armée. Telle qu'elle est, je l'aime par-dessus toute autre, et je puis dire avec un héros de Corneille :
Je le feriis encore, si j'avais à le faire.
L'âge réglementaire de la retraite a sonné pour moi. Je rentre sans amertume dans la vie civile; nous devons savoir céder à de plus jeunes des positions qu'ils occuperont mieux que nous, s'ils savent profiter d'une expéritnice que nous avons péniblement acquise et que nous sommes heureux de leur transmettre.
COUP D'ŒIL ËTIOLOGIQUE.
Les affections qui ont sévi à Metz, soit sur la population, soit sur les troupes rassemblées dans Tintérieur du camp retranché, appartiennent toutes à un ordre de causes parfaitement déterminées, dont on pouvait prévoir Faction, dont on devait même redouter une plus active manifestation. Ce sont, sans exception, des causes débilitantes, asthéniques, dont les chefs principaux appartiennent à la constitution atmosphérique, aux fatigues, à Talimentalion, à l'agglomération, à la dépression morale ; les unes et les autres à la fois déterminantes ou simples prédispositions.
Le 41 août, l'armée, violemment refoulée de la frontière, se repliait et venait prendre position au sud de Metz, entre les forts de Queuleu et de Saint-Julien. Mais, depuis les jours où nous l'avions vue déliler dans nos murs, pleine d'entrain, d'espérance et de fierté, courant à la rencontre de l'ennemi, que de fatigues n'avait- elle pas endurées! que d'alertes, que de marches, de contre-marches, les unes nécessitées par les circonstances, les autres semblant accuser des ordres mal donnés, mal exécutés, trahissant, en
8 COUP i/œil étiologique.
apparence au moins, Tabsence de tout plan coordonné et réfléchi. Ces fatigues, jointes à la douleur de la défaite, avaient affaibli les hommes et, bien que r état général de la santé fût bon, on voyait poindre, cependant, une disposition maladive inquiétante. Les dispenses de service devenaient chaque jour plus nombreuses dans les corps de troupes; les entrées à Thôpital, bien que ne dépassant pas une proportion normale pour une telle armée, augmentaient dans la môme mesure. Devaiton compter sur quelque repos devant Metz? Assurément non, car Tarmée ne s'était pas réfugiée sous ses murs pour rester inactive et s'abandonner aux douceurs du repos, mais pour y trouver un refuge assuré au milieu de sa mobilité sur place. Ce sont des alertes continuelles, des attaques, heureuses ou malheureuses, de grandes batailles avec des succès balancés. En somme, fatigues sans aucun de ces résultats qui surexcitent le moral du soldat et Tempéchent de songer à sa misère. Je ne rappellerai point la série de ces mouvements incessants; ils sont connus de tous ; il m'a suffi de les mentionner dans leur ensemble. Puis arrivent, croissant chaque jour, les inquiétudes de la situation, des alternatives d'espoir et de désespérance. Un cercle de baïonnettes s'étend autour de Metz et menace de nous étouffer. Pourra-t-on le forcer? Un secours, toujours et en vain attendu, viendra-t-il modifier la passivité de notre position? Une triste certitude fait, enfin, place à la confiance ; nous ne pouvons compter que sur nous. Les sorties, de plus en plus rares, cessent entièrement. Les troupes s'engourdissent dans leurs campements froids, humides, boueux; elles réfléchissent et l'horizon s'assombrit à chaque instant.
tout* d'œil étiologique. 9
Les jours s'écoulent en de mortelles angoisses, après lesquels on ne voit plus qu'un funeste dénoûment. L'affliction et le découragement s'emparent de l'armée. L'ennemi est, désormais, sûr de sa proie; il ne se presse pas et nous laisse nous consumer par le désœu\Tement, le froid, la faim et les maladies qui en sont la souveraine expression. Les hôpitaux s'emplissent insensiblement et toutes les affections, répétons-le, démontrent clairement un même ordre de causes, que nous venons d'indiquer sous une forme générale.