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La mortalité indiquée dans le tableau précédent, pour la même période de 1870, est plus élevée que celle donnée parce dernier tableau (différence 546). C'est que, dans ces jours de trouble, la mention du genre de mort n'a pas toujours été jointe à la déclaration du décès.
La mortalité comparative, dans chaque ambulance, ne saurait être établie sur aucune base sérieuse, en raison du grand nombre de données qu'il faudrait comprendre dans l'appréciation. Elle a atteint son maximum, presqu'également réparti, dans les grands établissements; dans les petites anibulances et les maisons particulières, elle a été moindre, parce que les cas ont été généralement moins graves, et que les malades, moins encombrés, y ont trouvé plus cle bien-être.
Inhumations et enfouisseptents. Les fâcheuses conditions dans lesquelles vivait la population de Met?, l'influence miasmatique régnant sur toute la ville par l'accumulation , dans ses murs, d'une quantité, considérable de malades et de blessés, avaient notablement augmenté la mortalité ; les hôpitaux et ambulances fournissaient, chaque jour, de nombreux décès; les combats meurtriers livrés autour de la place avaient laissé sur le terrain un grand nombre de morts; enfin, des cadavres de chevaux encombraient les camps et la ville.
Le service des inhumations et des enfouissements fut une des sérieuses préoccupations des autorités militaire et municipale.
Après quelques études de terrain on choisit, pour l'inhumation des morts dos ambulances, un espace triangulaire situé à Textrémité du cimetière Cham-
bière. On y creusa d'abord une fosse de 50 mètres de longueur, sur 5 mètres de profondeur et 2 mètres de largeur au fond, avec des parois latérales légèrement inclinées. Plus tard , on y creusa deux fosses semblables, parallèles à la première. Douze à quinze rangs de coi-ps étaient superposés dans cette fosse commune, de sorte que, sur une longueur de 2 mètres, on plaçait de 90 à 100 cadavres, formant une hauteur de 2'",80 à 3 mètres. — La profondeur étant de 5 mètres, il restait au moins 2 mètres de terre audessus du dernier corps. Mais après peu de temps un tassement prévu s'était opéré. On le combla en mêlant à la terre une grande quantité de chaux en poudre, et l'on éleva même le sol de 70 centimètres au-dessus de son niveau, par une sorte de tertre qui fut gazonné. Par ce procédé, aucune émanation ne s'échappa de ces fosses immenses, même pendant les plus grandes chaleurs. C'est sur ce tertre qu'un monument commémoratif a été élevé par la piété et le patriotisme des habitants de Metz.
« Entre tous les tristes tableaux que la guerre a fait passer sous nos yeux, dit M. Demoget \ il en est un plus horrible encore que tous les autres, c'est celui de la fosse commune; ce trou où venaient s'amonceler, dans une espèce de symétrie, ces masses de corps mutilés, hier encore pleins de vie, de jeunesse et de santé.
» Dans les premiers jours qui suivirent les grandes batailles livrées sous les murs de Metz, la mortalité, dans les soixante-cinq ambulances que renfermait alors la ville, fut fort grande ; elle variait entre 80 et
• Étude sMr la conslruclion des ambtdances iemporaiveuf 1871, in-8".
100 soldats par jour ', et on se trouva, par suite de Fencombrement, dans la dure nécessité d'envoyer en terre tous ces pauvres gens sans suaires; alors c'était un de ces spéciales que l'on ne saurait oublier, et qui laissent dans l'âme une impression forte et terrible, dont rien ne peut effacer la trace. Ces pauvres corps , couverts de blessures affreuses , conservaient sur le visage la trace de la dernière pensée que la mort était venue suspendre. Chez la plupart l'expression était calme ou triste, mais chez d'autres elle était menaçante ou souriante , de ce sourire étrange de la mort, accompagné de ce regard vide plus étrange encore *. >
Les soldats prussiens étaient inhumés avec les Français, dans la fosse commune; mais un ordre ultérieur du maréchal commandant en chef prescrivit la séparation.
On évalue à 8400 le chiffire des inhumations faites dans ce cimetière depuis le 15 août 1870 jusqu'au l®"" avril 1871. Ce totsd comprend 1197 soldats allemands 7203 militaires français. Ce dernier chiffre est supérieur à celui de la mortalité réelle des ambulances ; mais il faut tenir compte des décès à domicile et dans les ambulances privées. Il est certain aussi que des morts ont été apportés directement des champs de bataille voisins, notamment
* La mortalité journalière n'a atteint ou dépassé le chiffre ICO que deux fois, (Le S septembre, 103 soldats, 2 officiers, et le 11 du même mois, 104 soldats, 5 officiers.) Elle a atteint ou dépassé 80 une fois en août, sept fois en septembre.
' M, Armand, médecin«major de première classe, a publié dans le Recueil de mémoires de médecine militaire (t. m, 3^ sér. 4860), un article remarquable sur l'attitude des morts sur les champs de bataille.
de Ladonchamps et de quelques communes suburbaines.
Pour la population civile, les inhumations se firent dans les conditions habituelles, malgré le surcroît notable de mortalité.
Les pertes s'élevèrent aux chiffres suivants, pendant les cinq derniers mois de l'année 1870 :
Hommes.
Femmes.
Totaux.
Août
Septembre. . .
Octobre
Novembre . . .
Décembre . . .
L'accroissement de mortalité a donc été remarquable du premier au troisième mois ; elle a diminué, mais d'une manière moins sensible, dans les deux derniers. Les misères et les privations du siège rendent raison de cette marche, mais il faut compter aussi que les plus faibles, les plus disposés à mourir ayant été d'abord enlevés, la mortalité se trouvait en quelque sorte arrêtée dans sa source.
Les indigents figurent dans ces chiffres pour une proportion bien supérieure à leur nombre relatif. Comptant pour un cinquième dans la population totale, ils sont pour plus d'un quart dans laléthalité.
Les inhumations des officiers morts sur les champs de bataille ont été, autant que possible, faites dans les cimetières des villages voisins, où ils ont pu échapper à un oubli complet. Les soldats de l'une
et de l'autre armée ont été généralement inhumés sur place, soit isolément, soit par groupes; certaines fosses communes en renferment jusqu'à trois et quatre cents. Ces inhumations avaient été d'abord, pour la plupart, faites à la hâte, trop près de la surface du sol. Ça et la le cadavre même, à peine recouvert, laissait paraître ou soupçonner la forme du corps et des membres. Les populations s'émurent d'une telle situation qui les menaçait, au retour des chaleurs, de graves épidémies.
L'autorité allemande s'en émut aussi, et M. d'Arrest, médecin en chef de la garnison de Metz, reçut •l'ordre d'étudier avec soin cette grave question, d'appliquer ou provoquer toutes les mesures réclamées par l'hygiène. U comprit toute l'importance de sa mission et l'accomplit avec un zèle digne d'éloges. Des fosses plus profondes furent creusées partout où c'était nécessaire, en faisant usage des désinfectants les plus énergiques ; des tertres semés de gazon furent élevés sur chaque fosse, isolée ou commune. Grâce à ces précautions on a pu, cet été, parcourir impunément les champs de bataille sans y ressentir aucune odeur caractéristique, et il s'est si peu manifesté d'épidémies que, dans les villages voisins des engagements, les chiffres de mortalité n'accusèrent, cette année, aucune augmentation sur les chiffres des années précédentes. M. d'Arrest a rédigé à ce sujet un mémoire étendu, qui sera sans doute publié par les soins du gouvernement prussien.
Aujourd'hui, les environs de Borny, Gravelotte, Rezonville, Saint-Privat sont couverts au loin de tertres funéraires surmontés de croix blanches donnant au paysage un aspect profondément triste. Dans cette foule inconnue, reposant sous ces gazons ver-
ENFOUISSEMENTS. 91
doyants et fleuris, que de héros ! que d'espérances ravies ! que d'hommes appelés à soutenir leurs vieux parents, à protéger leurs jeunes sœurs, à fournir des citoyens utiles au pays, des grands hommes peutêtre ! Ces gazons ne représentent que le deuil pour une grande partie de TEurope. Ils recouvrent les victimes d'une cause dont peu se souciaient et sans qu'il eût régné entre ces victimes et leurs meurtriers le plus léger motif d'animosité personnelle *.
Le 24 septembre, je recevais la lettre suivante de M. le Maréchal commandant en chef :
« La question de l'enfouissement des chevaux, dont la mortalité commence à être considérable, me préoccupe vivement. Nous avons cherché les moyens de nous débarrasser le mieux possible de ce foyer d'infection qui ne peut qu'ajouter des germes de maladie à ceux que crée déjà la situation de la place de Metz. On a parlé de l'incinération des cadavres de chevaux dans des fours à chaux, mais cette opération n'a pas paru praticable. On a parlé de jeter à la Moselle les cadavres de ces animaux, mais la crainte d'empoisonner Thionville nous a arrêtés.
» J'ai décidé, en attendant mieux, que les cadavres des chevaux seraient enfouis dans de grandes fosses de 4 mètres de profondeur, dans lesquelles on jetterait de la chaux vive. Mais ces fosses ne peuvent être creusées qu'en dehors de nos lignes, sur nos fronts de bandière. J'ai pensé que pour éviter une
> M. Mussot, ex -dessinateur à TËcoIe d'application, a fait ]e relevé graphique des champs de bataille voisins de Metz , avec rindication de tous les tumulus et tombeaux particuliers qui circonscrivent remplacement et l'étendue de chacun d'eux. Que de familles consulteront ce document avec un douloureux intérêt !
ENFOUISSEMENTS.
contagion imminente, il était nécessaire de ne creuser ces fosses que sur des points déterminés à l'avance.
» Je viens donc, mon cher docteur, vous demander de me renseigner sur la direction des vents qui régnent le plus généralement dans les régions occupées par nos troupes et dans la saison actuelle. -
» Vous devez être très au courant de cette question qui intéresse trop la santé publique et l'hygiène de l'armée pour que je ne prenne pas votre avis et votre conseil.
» Il est évident qu'en mettant nos lignes à Tabri des miasmes qu'exhaleront ces immenses débris de chevaux enfouis, nous créerons en même temps à l'ennemi une situation mauvaise dont nous devons profiter. »
Le tableau ci-joint indique suffisamment le sens de la réponse que je m'empressai de faire :
Hiver ....
Printemps
Été
Automne^.
Année. . . .