CHAPITRE XII
quelques corps avaient eu la gloire de conserver. Dans cette déplorable situation, le commandement en chef, dont le roi de 'Naples se trouvait revêtu , n'était plus qu'un titre illusoire qui ne donnait aucune puissance réelle sur les hommes débandés de l'armée française. L'autorité du quartier-général se réduisait à marquer la direction de la fuite de cette masse désorganisée , dont les pertes augmentaient de jour en jour, par l'intensité du froid qui se soutenait constamment de aS à 27 degrés au-dessous de la glace.
Le i[\ novembre, l'armée française quitta Smor- I goni et continua sa retraite sur Wilna. Son ar- j rière-garde , poursuivie par le général Tschaplits ' jusqu'à Roudzicz, perdit encore sept canons et 1,200 prisonniers. L'amiral Tschichagof vint à Benitsa, et le comte Wittgenstein à Rechki.
Le 25, l'armée ennemie dépassa Ochmiany. Elle s'attendait à y recevoir des distributions qui n'avaient pas eu lieu depuis Orcha; mais les magasins d'Ochmiany avaient été détruits par un parti de kosaques commandé par le colonel Kaïssarof^ qui avait fait une irruption dans cette ville dans la nuit du 23 au 24. Le général Tschaplits poursuivant l'arrière - garde ennemie, la détruisit entièrement et entra à Smorgoni, après avoir pris vingt-cinq canons et 3 mille prisonniers. L'ami-
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rai avec l'armée arriva aussi à Smorgoni. Le comte Wittgenstein séjourna à Bechki. Le quartier-gé-
j néral du maréchal Koutousof séjourna aussi à
l Radochkowiczi.
Le 26, le général Tschaplits poursuivit vigoureu-
\ sèment, de Smorgoni à Ochmiany, les ennemis qui, privés de la protection de leur arrière-garde, fuyaient pêle-mêle sur la grande route. Le gé-
' néral russe profitant de ce désordre, leur prit
/ soixante-un canons et près de 4 mille prisonniers. L'amiral, qui suivait de près son avantgarde, poussa jusqu'à Ochmiany. Le comte Wittgenstein seportaà Woïstom. Le quartier-général du maréchal fut porté à Molodeschno.
La division Loîson et celle des Napolitains
a qui appartenaient au ii^corps, et qui de Kœnigsberg étaient venues à Wilna, présentaient un total de f 4 mille hommes , formant la dernière réserve des ennemis en deçà du Niémen. Le duc de Bassano , qui se trouvait à Wilna , donna l'ordre à la division Loison de se porter sur Ochmiany pour assurer le passage de Napoléon. Les Napolitains demeurèrent à Wilna. La division Loison , dans sa marche de Wilna à Ochmiany, obligée de bivouaquer par le froid le plus rigoureux (il gelait jusqu'à 3o degrés), éprouva des pertes accablantes avant d'arriver à ce dernier
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endroit. Cependant , comme c'était encore le seul corps qui gardât ses rangs. Ton fut forcé à l'employer 'en remplacement de l'arrière- garde détruite, pour couvrir la retraite du gros de l'armée.
Le 27, elle fut poursuivie jusqu'à Medniki par le général Tschaplits, qui lui enleva seize canons et i,3oo prisonniers. Le général-major Laskin , avec les hulans de Wolliynie et deux régiments de kosaques, poursuivit la partie de l'armée ennemie, qui d'Ochmiany avait pris sa direction de retraite par Choumsk et Kéna. Le gros de l'armée ennemie arriva à Wilna. L'amiral se porta à Alabourdichki , près de Medniki , et le comte Wittgenstein à Nestowichki. Le détachement du général Borosdin poussa jusqu'à Czervonnoï-Dwor, et celui du général-major Koutousof jusqu'à Nemenczin. Ce dernier , dans sa marche depuis Dolguinow, recueillit plus de mille prisonniers bavarois. Le général Platof, qui longeait toujours la gauche de la grande route, vint à Roudomin. Le quartier-général du maréchal fut transféré à Smorgoni. Le partisan Seslavin , arrivé près de Wilna , attaqua cette ville , où il pénétra momentanément; mais les ennemis qui l'occupaient , se trouvant en forces , l'obligèrent à se désister de son entreprise , et à attendre l'arrivée de l'avant-garde de l'amiral.
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Cependant dans l'état de détresse où se trouvait l'armée française à son arrivée à Wilna, il était impossible qu'elle songeât à se maintenudans cette ville. Tout retard dans la continuation de la retraite n'eût fait que hâter et assurer sa ruine, en donnant le temps aux Russes de tourner Wilna , et de venir s'établir sur les routes de Rowno et de Troki , unique ligne de retraite des Français.
Déterminé par ces raisons , le roi de Naples se remit en marche dans la nuit du 27 au a8 , et se dirigea sur Kowno^ Cette résolution , quoique dictée par la plus impérieuse nécessité, acheva de porter le dernier coup à l'armée 3nnemie.
Les malheureux , qui avaient échappé jusque-là aux horreurs d'une retraite sans exemple , n'avaient été soutenus dans les derniers temps que par la consolante idée de se rapprocher de Wilna, qu'ils regardaient comme un refuge assuré et le terme de leurs souffrances. Que l'on se représente donc leur consternation , lorsqu'ils apprirent qu'il fallait encore s'exposer à de nouvelles fatigues et à de nouveaux dangers! Le découragement devint si général , que près de la moitié de l'armée ne suivit plus le quartiergénéral , et se débanda dans la ville. Ceux qui prirent ce parti , ne dissimulaient pas qu'ils ai-
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maient mieux être faits prisonniers par les Russes^ que de continuer une retraite que leurs forces exténuées ne leur permettaient plus de soutenir. Le 28 , à sept heures du matin , le général Tschaplits partit deMednikiet se porta sur Wilna. Chemin faisant, il recueillit trente- un canons abandonnés par l'ennemi. Arrivé aux portes de Wilna, il attaqua la ville conjointement avec les détachements du général Lanskoï- et des colonels Seslawin et Raïssarof , ainsi qu'avec ceux des colonels Soukhozanett et Tettenborn, qui commandaient les troupes avancées des généraux Borosdin et Koutousof .
Après un combat assez léger, engagé dans les rues, l'arrière-garde ennemie fut débusquée de la ville, qui fut occupée parles Russes. Pendant ce temps le général Plato'f avait tourné la ville , et s'était porté à Pogoulianki, à quatre ou cinq werstes de Wilna, sur la route de Kowno. Il y croisa les colonnes ennemies qui avaient évacué la ville. Après les avoir laissé défiler, pendant quelque temps , sous le feu de la mitraille d'une batterie de dix pièces qu'il établit sur leut flanc gauche , il les fit charger par les hussards d'Ol- ' viopol , les dragons d'Arzamas et de Gitomir, et neuf régiments de kosaques. Par cette attaque il réussit à coupet une colonne ennemie, qui fut |
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enveloppée et entièrement détruite. A cette occasion les Russes enlevèrent deux drapeaux , deux étendards et plus de mille prisonniers , au nombre desquels un général. Platof poursuivit ensuite les ennemis jusqu'à la montagne de Ponary , au pied de laquelle il trouva encore vingthuit canons et le reste des bagages des ennemis, dont les chevaux exténués n'avaient pu gravir cette montée , que la gelée avait rendue glissante. Le gros de l'armée ennemie s'arrêta pour la nuit à Jéwé. Le comte Wittgenstein vint à Swirany. Le quartier-général du maréchal fut porté à Ochmiany.
Les Russes trouvèrent à Wilna de grands magasins de munitions de bouche , et d'effets militaires, outre quarante-un canons à l'arsenal. Le nombre des prisonniers faits dans la ville , en y comprenant les malades laissés aux hôpitaux , s'élevait à environ 1 5 mille , dont 7 généraiix et a 4^ officiers. La route depuis Molodeschno était jonchée de morts et de mourants.
Le 29 9 l'armée ennemie continua sa retraite jusqu'à Roumchichki. L'amiral avec son armée vint à Wilna. Le maréchal y transféra aussi son quartier-général. Le comte Witt^i|stein se porta à Korkogichki. A Aj^ iî
Le 3o, l'armée eunemie%âwa à Kowiio, où /