‹ Histoire militaire de la campagne de Russie en 1812 (volume 2)Chapitre 204 sur 208 · CHAPITRE XÏL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XÏL

Nous avons encore une dernière observation à faire. Quelques personnes prétendent établir que le projet d'attirer l'ennemi au cœur de la Russie était une résolution prise de longue main par notre gouvernement. L'on croit donner plus de relief à nos armes , en ne voulant pas convenir que notre retraite, depuis le Niémen jusqu'à Moscou , fut nécessitée par la faiblesse numérique de nos armées , et en soutenant au contraire que cette retraite n'avait été exécutée qu'en vertu d'un plan profondément combiné. Ceux qui tiennent ce langage auraient dû savoir que la gloire de la Russie n'a pas besoin d'être relevée par l'artifice et le mensonge. L'année 1812 a été la pierre de touche qui a découvert les trésors que notre patrie renferme dans son sein , et nos neveux citeront toujours avec orgueil cette mémorable époque de l'histoire de leur pays. Une relation véridique des faits suffit pour les immortaliser. D'ailleurs , la flatterie est quelquefois si maladroite , qu'en cherchant à embellir les événements, elle ne fait que les rabaisser.

En effet, en admettant l'hypothèse que nos armées eussent pu se soutenir sur le Niémen , n'est-ce pas les rendre responsables de la ruine de millions d'habitants qu'elles auraient dû pro-

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léger ? Pour mettre les faits dans leur vrai jour, nous rappellerons au lecteur le projet de livrer bataille à Witebsk et à Dorogobouge , et le mouve' ment offensif sur Roudnia que les armées russes exécutèrent après leur réunion à Smolensk. Si la retraité eût été l'effet d'un plan prescrit par le gouvernement , nos généraux auraient-ils osé y contrevenir formellement, en se livrant à des opérations offensives ? De plus , les magasins immenses que nous avions établis çn Lithuauie, et que nous fûmes trop heureux de détruire , ne prouvent - ils pas clairement que nous ne pensions à rien moins qu'à nous retirer avec autant de précipitation que nous le fîmes? La vérité est que nous trouvant trop faibles, nous nous sommes d'abord retirés jusqu'à Smolensk pour réunir nos deux armées , et puis de Smolensk siu: Moscou pour nous rapprocher de nos renforts.

Il est incontestable , et nous l'avons déjà dit, que l'empereur Alexandre en commençant la guerre avait résolu de la pousser à outrance , et conséquemment qu'il était résigné à une retraite, quelque longue qu'elle pût être; mais il y a loin de cette résignation, commandée par les circonstances , à l'exécution d'un plan prémédité. D'ailleurs, quel eût été le résultat de ce plan

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