‹ Histoire militaire de la campagne de Russie en 1812 (volume 2)Chapitre 9 sur 208 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

binneau eu observation devant les gués de la Drissa.

La bataille de Kliastitsy, qui renversa les projets que les ennemis avaient formés contre Pétersbourg , est une nouvelle preuve de bravoure de la part des troupes russes. Les 32 bataillons des divisions Legrand et Verdier , que le maréchal Oudinot avait mis en action , présentaient un total de plus de 2 3 mille hommes d'infanterie (i), tandis que les 36 bataillons que le comte Wittgenstein avait avec lui, ne formaient que 1 8 mille hommes ; d'ailleurs de ces 36 bataillons , il n'y en eut que a6 d'engagés, les 10 restants qui étaient en réserve, n'ayant pris aucune part au combat. Cependant , malgré cette infériorité en nombre des Russes, la victoire ne fut pas longtemps douteuse. Dans la retraite , les Français perdirent presque tout leur bagage et 900 prisonniers , outre un grand nombre de tués.

Il faut observer que le plan adopté par le maréchal Oudinot de se porter par la route de Sébége pour déborder la gauche des Russes , et couper ainsi leurs communications avec Pétersbourg, était bien calculé; mais l'exécution ne

(i) Cette estimation faite sur les états d'entrée en campagne parsât un peu exagérée. ( Editeurs, )

aO CAMPAGNE DE l8l2.

répondit pas à la beauté de la conception. En laissant un corps de i6 mille hommes sur la Drissa, le maréchal français dissémina un peu ses troupes, et ne se trouva plus en état d'opposer aux Russes une masse de forces assez considérable pour mettre toutes les chances de succès en sa faveur. Cette faute était facile à éviter; car les Français, en dégarnissant la route de Polotsk, n'avaient rien à craindre pour leurs derrières, puisqu'en supposant même que les Russes, malgré leur infériorité numérique, eussent remporté la victoire après avoir gagné les communications d'Oudinot avec Polotsk, le maréchal avait toujours la retraite libre, directement sur Witebsk, où l'empereur Napoléon se trouvait à cette époque avec le gi'os de ses forces. Cette retraite eut été encore favorisée par le cours de la Drissa , de la Polota , de l'Obol , de rOuchitsa, et de quelques autres petites rivières qui sillonnent la contrée entre Kliastitsy et Witebsk , et qui eussent fourni d'excellentes positions à l'arrière-garde. Ces raisons nous font croire que la brigade de cavalerie légère de Corbineau eût suffi pour observer les passages de la Drissa; et en attirant à lui la division Merle , Oudinot se serait trouvé à Kliastitsy avec près de [\*i mille hommes, contre lesquels les

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23 mille hommes que le comte Wittgensteia avait à ses ordres, n'auraient pu se soutenir sans difficultés. Le comte Wittgenstein mérite des éloges pour la résolution énergique qu'il prit de marcher contre Oudinot. Pendant le combat, il manœuvra aussi avec ensemble et vigueur. Peutêtre croira-t-on qu'arrivé sur la Nitcha , au lieu de faire mine de passer cette rivière au-dessous de Kliastitsy, il eût mieux fait de manœuvrer par sa droite, pour tâcher de se mettre entrç les troupes battues et la division Merle laissée sur la Drissa , afin d'empêcher ainsi le maréchal Oudinot de réunir de nouveau tout son corps.

Mais il faut observer que le pays sur la droite de la Nitcha , au-dessous de Kliastitsy , est entièrement impraticable pour un corps d'armée.

Le général Koulnef avait reçu l'ordre de ne pousser au-delà de la Drissa que lorsqu'il se trouverait soutenu par le gro^ du corps ; mais , emporté par son ardeur, il passa la rivière le 20, . à la pointe du jour. Il rencontra l'amère-garde l ennemie à ]\]!oskolinki , à cinq verstes de Siwok- i hino, la culbuta facilement, et entraîné par ce succès , il se porta sur Boïartchina , dans la persuasion que l'ennemi étant en pleine retraite, il ne s'agissait que de le poursuivre. Arrivé en présence de la position occupée par Oudinot

aa CAMPAGNE DE l8l2.

à Boïartchina , il fit avancer son artillerie à cheval pour obliger les Français à continuer la retraite. Mais Oudinot, étant informé qu'il n'avait devant lui qu'une forte avant-garde , résolut de tenir ferme , afin de ne pas laisser échapper l'occasion de battre les Russes en détail. Il commença par leur opposer sa grosse artillerie. Koulnef, voyant que l'affaire prenait une tournure sérieuse, se fit renforcer par douze pièces de position et le régiment de Toula, que le général Sazonof lui envoya. Les trois régiments restants de la réserve suivaient de près ce premier renfort.

Le maréchal Oudinot, après avoir laissé entrer l'avant-garde russe dans un défilé qu'il avait devant son front, fit jouer ses batteries disposées en amphithéâtre devant le défilé qu'elles battaient dans toute sa longueur. Cette canonnade mit en désordre la cavalerie russe, placée à la tête de l'avant-garde. Le maréchal français en profita pour lancer en avant ses colonnes. Les Russes , entassés dans le défilé , et surpris de voir les ennemis reprendre l'offensive , furent renversés et poursuivis vigoureusement; ils entraînèrent dans leur déroute la réserve du général Sazonof, qui avait commis rimpi?udence de s'engager aussi dans le. défilé dont nous avons parlé. Les troupes battues repassèrent la Drissa

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