‹ Histoire militaire de la campagne de Russie en 1812 (volume 2)Chapitre 90 sur 208 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

L'armée de Napoléon n'avait encore eu à souffrir que de la pénurie des vivres; nous allons la voir livrée aux ravages d'un nouvel ennemi, non moins cruel que la famine. Les rigueurs d'un climat glacé vont ouvrir pour elle de nouvelles sources de misère et de destruction. L'automne , qui par extraordinaire, s'était soutenu très-beau jusqu'alors, fit enfin place à Fhiver. Le 26 il tomba de la neige et le froid commença. Les chemins rendus glissants se trouvèrent presque impraticables pour le peu de chevaux qui restaient ^ux ennemis, et qu'ils n'avaient ni le temps ni le moyen de faire ferrer à glace. Les bivouacs de la nuit devinrent mortels pour des hommes exténués, et qui n'étî^ient pas vêtus assez chaudement pour la saison. D'un autre côté , les vivres étaient de plus en plus rares. Dès-lors commencèrent ces scènes d'horreur qui placent la retraite des Français parmi les plus effroyables calamités dont l'humanité ait eu à gémir. Ce n'était plus que par centaines à la fois, que les hommes périssaient d'inanition et de froid. Toute la route était jonchée de cadavres , et présentait le tableau hideux d'un champ de bataille continu. Parmi les cadavres , Ton rencontrait des groupes de mou- ' rants qui, dans un féroce délire , dévoraient les restes de leurs malheureux camarades morts peu

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d'instants auparavant. Par cette pâture aussi dégoûtante qu'atroce , ils cherchaient à soutenir les misérables restes d'une vie qui allait leur échapper à leur tour. Ceux qui n'ont pas été témoins oculaires de ces épouvantables événements , auront peine à ajouter foi aux récits que l'histoire se verra avec regret obligée d'en faire pour l'instruction et l'effroi de la postérité.

i| Le 26, Napoléon avec ses gardes et le maréchal Pavoust avec son corps continuèrent leur marche sur Smolensk. Le vice-roi reçut ordre de prendre la direction de Doukhowtchina et Poreczié sur Witebsk, afin de porter du secours au maréchal Oudinot, que l'on savait être pressé par le comte

JiVittgehstein, En conséquence , le vice-roi passa le Dnieper à Dorogobouge et se porta à Saselié. Cette marche fut très- fatigante pour ses troupes, à cause du mauvais état du chemin qu'elles suivaient. Eu outre, elles furent vivement harcelées par deskosaques de Platof, qui les atteignirent près de Bizakow. Celui-ci poussa jusqu'à Markowa,et détacha le général-major Grékofi^*" avec cinq régiments de kosaques pour se porter sur la route de Smolensk, en suivant la rive droite du Dnieper.

i Le général Miloradowich , de son côté , s'était

; mis en marche à quatre heures du matin. Il attei-

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