MÉTAURE
D’après l’exposé de Tite-Live et de Frontin , l’opinion a généralement prévalu qu’Annibal, trompé par les dé-. monstrations du consul, ne s'était point douté de la diminution des forces dans le camp romain, ni du but de l'expédition, et que c'était pour cela qu'il était resté dans l'inaction, au lieu de profiter de la circonstance pour enlever la position de l'ennemi. Cette hypothèse me paraît pen vraisemblable. Annibal était trop bon connaisseur en fait de ruse pour être ïà dupe d'un stratagème connu, dont lui-même s'était servi maintes fois, et qu’il venait précisément d’employer pour échapper à ce même Néron, et se retirer à Métaponte ”. Le théâtre de la guerre était alors dans l’Apulie et dans la Lucanie, où le sénéral carthaginois
! «Actum erat proeul dubio, si Asdrubal se cum fratre juoxis- «set.» (Flor., Epitom., U, 6.)
2 Vie. Liv. xxvir, 42. — Cet événement avait eu lieu après l'affaire de Grumentum en Lucanie.
DES ÉLÉPHANTS, — LIV. ii, CHAP. IX. 369 avait toujours eu un parti, et où il ne pouvait pas manquer d’éclaireurs. IL devait même s'en être assuré un plus grand nombre, depuis qu’il était dans l'attente de l'arrivée d’Asdrubal. L'absence de Néron fut de quinze jours : est-il vraisemblable que pendant tout ce temps Annibal n'ait pas été informé du départ de ce consul, et d’une partie de l’armée qui était campée en face de lui? est-il vraisemblable qu'il ait ignoré la direction que ces troupes avaient prise ? Il n’est pas nécessaire d’être militaire pour répondre à ces questions, et, quant à moi, je pense que le général carthaginois connut le mouvement, et que peut-être 1l devina les intentions de Néron, mais que des raisons d’une autre nature l'empéchèrent de rien entreprendre.
Le véritable motif, selon moi, qui empêcha Annibal d'attaquer le camp des Romains, c’est qu'il ne se crut pas assez fort pour l'emporter. Il venait de se mesurer deux fois, à Grumentum et à Venusia , avec l’armée de Néron ; et deux fois 1l avait été repoussé avec perte de plus de 10,009 hommes et de 6 éléphants !. Comment aurait-1l pu espérer de forcer dans son camp cette même armée, contre laquelle 1l n'avait pas pu tenir en rase campagne? La diminution des forces de l'ennemi étaitelle assez considérable pour compenser la difficulté de l’attaquer dans ses retranchements ? L'armée du consul formait, avec les renforts que lui avait amenés le préteur Hostilius, un total de 40,060 hommes de pied et de 2,500 chevaux, toutes troupes d'élite, ainsi que le dit positivement l'historien romain ?. Il restait donc encore à Catius, après le départ de Néron, 35,500 hommes, si l’on s’en rapporte au récit de Tite-Live, ou 32,500 au
1 Tit. Liv., xxVIL, 42.
A4d., xxvit.-40:
moins, si l’on adopte la version de Frontin '. Or ce n'était pas chose facile que de forcer un camp romain défendu par plus de 30,000 vétérans, tels qu’étaient ceux de Néron. La moitié et même le quart de ce nombre avait quelquefois suffi pour arrêter devant quelques retranchements des armées victorieuses. Les principales forces des Carthaginois consistaient d’ailleurs en cavalerie, arme à peu près inutile pour l'attaque d’un camp.
Annibal savait et avait vu tout cela, et il n'était pas homme à mettre en jeu ses intérêts et sa réputation avec aussi peu de chances de succès. On dira qu'il aurait pu se mettre à la poursuite du consul avec un fort détachement de cavalerie, et le surprendre au milieu de sa marche. Oui, sans doute, et Néron aurait couru un grand danger : c'était bien ce qu'on craignait à Rome *. Mais, pour réussir dans cette opération, 1l aurait fallu qu'il connût d’avance les projets de son adversaire, et Néron n’en avait fait la confidence à personne; au contraire, il avait donné à entendre qu'il se dirigeait vers la Lucanie. Annibal l’aura cru d’abord lui-même. d'autant mieux que, n'ayant encore recu aucune nouvelle de son frère, il ne pouvait se douter des véritables intentions du consul ; et il ne sera sorti de son erreur qu'au retour des émissaires qui avaient rencontré les Romains sur la route du Picenum. Mais il était trop
1 Frontin., Stratag., 1, 1, n. 9. — Néron, suivant cet auteur, serait parti avec 10,000 hommes; mais c’est une erreur qui provient sans doute de la confusion du nombre de troupes que le consul avait à son départ, avec celui dont il était accompagné lorsqu'il arriva au camp de son collègue.
2 «Quid futurum, si... insequi Neronem, cum sex milhibus ar- «matorum profectum, Annibal toto exercitu velit?» (Tit. Liv., XXVIL, 44.)
DES ÉLÉPHANTS. — LIV. 11, CHAP. IX. 371 tard alors pour se mettre à leur poursuite, car Néron avait pris ses dispositions pour faire faire double et triple étape à ses troupes; tandis qu'Annibal, n'étant pas maître du pays, n'aurait pu marcher qu'avec une extrême diffculté, et devait s'attendre d’ailleurs à être harcelé luimême par les troupes du camp romain, qui avaient les yeux ouverts sur tous ses mouvements.
Voilà quels furent, selon moi, les motifs de l’inaction d’Annibal. Ce qu'il avait de mieux à faire, c'était de se tenir prêt à agir selon les événements. Si son frère parvenait à se faire jour , il se rendait maitre non-seulement du camp de Néron, mais de toute la basse Italie; si, au contraire, la fortune se déclarait pour les Romains, 1l devait conserver ses forces pour leur disputer les fruits de la victoire. Cette tactique expectative était la seule qui lui convint; et il n’y a pas besoin, pour rendre compte de son inaction, de recourir à des suppositions qui seraient en contradiction avec tout ce que nous savons de la vie de ce grand capitaine.
La marche de Néron, depuis les bords de l’Ofante jusqu'au Métaure , est un bel exemple de prévoyance et de promptitude militaire. I y a entre ces deux points plus de 100 lieues de chemin (270 milles d'Italie } : les troupes du consul les firent en huit jours en allant, et en six en revenant. Des environs de Canusium, où elles étaient campées, elles se dirigèrent par la Daunie (la Pouille), sur la côte de l'Adriatique, et traversant le pays des Frentoni, des Marrucint, et le Picenum (Ja Capitanate, les Abruzzes, et la Marche d’Ancône), elles vinrent déboucher à Sera gallica (Sinigaglia), et de là au camp de Livius, qui était à quelques lieues en avant de cette ville, du côté du Métaure. Un jour fut employé à combattre, et Néron se remit en marche la nuit même qui suivit la bataille. Ainsi la durée de l'expédition fut au
juste de quinze jours'. Les soldats secondèrent dignement les intentions de leur chef: ils prenaient leurs repas sans s'éloigner du drapeau, se contentaient du strict nécessaire, marchaient jour et nuit, et accordaient à peine quelques imstants au repos fe
Pour ne pas éprouver de retard, le consul s'était fait précéder de fourriers chargés de préparer les vivres, les fourrages, et les moyens de transport pour les hommes fatigués ; mais les habitants eux-mêmes accouraient en foule sur son passage, et lui apportaient tout ce dont il pouvait avoir besoin. Tout le monde accompagnait de ses vœux cette poignée de braves qui volait au secours de la patrie; et lorsque quelques jours après on revit leurs enseignes couronnées par la victoire, leur marche fut un véritable triomphe, et les transports des populations allèrent jusqu’au délire. Tite-Live, qui consacre la fin de son xxXvII° livre à décrire cette brillante expédition, se montre tellement pénétré de la grandeur du sujet, qu'il donne à sa narration l'intérêt du drame, et presque le sublime de l'épopée. Et réellement, soit qu’on veuille considérer la hardiesse du projet ou l’immensité des résultats, ce coup de main est un des plus étonnants dont il soit fait mention dans l’histoire.
1 Gibbon regarde avec raison cette marche de Néron comme la plus hardie et la plus rapide qui ait jamais été exécutée par un corps d'armée. (Essai sur les grands chemins de l'Empire, à la suite des mémoires de cet auteur, t. 1, pag. 296.) Je regrette seulement qu'il ait cru trop légèrement qu’Annibal avait été entièrement dupe du stratagème du consul.
2 «Modestia certare milites, ne quid ultra usum necessarium «sumerent : mhil morart, nec ab signis absistere cibum capientes; «diem ac noctem ire: vix quod satis ad naturale desiderium cor- «porum esset, quiet dare.» (Dit. Liv., xxvn, 45.)
LAVUVIUIEVEROLS LR VIELELLLVLLLSE LD LIL DE LR ALLIVRE LEUR LULILAN LAS VLALAS VE RLMIALVULLIVLLALLAR SLR
CHA PPTRE "TX,
Les Romains renoncent aux éléphants, et l’usage de ces animaux est abandonné en Occident, — Opinions des grands capitaines de l’antiquité sur l'importance militaire de ces quadrupèdes. — Vaines tentatives des empereurs Claude, Didius Julianus, et Caracalla, pour les remettre en honneur. — État des éléphants à Rome pendant les deux premiers siècles de l'empire. — Ils sont principalement réservés pour les spectacles et pour les grandes cérémonies. — Éléphants lychnophores. — Eléphants blancs. — Eléphants funambules. — Dépôts d’éléphants à Rome et aux environs. — Exposé sommaire des principales occasions où ces animaux ont figuré pendant cette période, — Figures d’éléphants exposées comme décoration dans la ville.
«Nam sicut pleraque nova commeuta mortalium... sine «ullo effectu evanescunt ; ita tum elephanti in acie no- «men tantum siue usu fuerunt. » (Tit. Liv., xz1v, 41.)
Tant d'expériences malheureuses devaient dégoüter du service des éléphants. On finit, en effet, par reconpaître qu'il était impossible de maitriser ces animaux dans les occasions précisément où leur indocilité entrainait le plus de dangers. On comprit que l'embarras et les dépenses qu’ils causaient excédaient de beaucoup l'utilité qu’on pouvait en tirer; et les Romains, qu: les avaient adoptés par imitation, y renoncèrent per raison vers les derniers temps de la république. D'ailleurs ils nue devaient plus, après avoir soumis Carthage et dompté la Syrie et la Macédoine, s'attendre à rencontrer de ces animaux sur les champs de bataille , et c'était un puissant motif pour ne plus en trainer à leur suite.
La défaveur dont les éléphants furent dès lors l’objet gagna jusqu'aux rois de l'Asie; car on n’en vit jamais paraitre dans les armées de Mithridate et de Tigrane, ni dans celles des Parthes, qui pourtant étaient à portée
de s’en procurer facilement, s'ils l'avaient voulu. Quant à ces derniers, leur force principale consistant en cavalerie, 1l est probable qu'ils craignirent de s'embarrasser d’un accessoire qui aurait retardé les évolutions rapides de leurs armées , et porté le désordre dans leurs escadrons.
il n’est pas étonnant, du reste, que des nations barbares, auxquelles les vrais principes de l’art militaire étaient inconnus, aient placé dans les éléphants une confiance illimitée, comme celle qu’ils placaient dans les chars, dans le bruit des instruments, dans l'éclat et dans la richesse des costumes, enfin dans tout ce qui était propre à frapper les sens et à éblouir l’imagination. C'était substituer l'apparence à la force, et masquer une infériorité réelle par une vaine ostentation. Mais les grands capitalnes de l’antiquité, accoutumés à ne compter que sur la bonté des troupes, se sont toujours méfiés de ces auxiliaires dangereux, dont nous avons vu que la férocité pouvait déranger toutes les combinaisons de la science militaire, et donner au hasard une part trop considérable. À la vérité, Alexandre éprouva quelque inquiétude, à son arrivée dans l'Inde, sur l'effet que les éléphants pouvaient produire sur son armée; mais une fois qu'il eut apprécié par ses propres yeux limportance réelle du danger, il se rassura, et depuis 1l fit aussi peu de cas de ces animaux que de ceux qui lesemployaient !. Quinte-Curce lui en fait donner une bonne raison dans la célèbre allocution qu'il adressa à ses soldats sur les bords de ’Hyphasis : «Pour moi, leur dit-il, j'ai eu toujours un tel mépris pour ces quadrupèdes, que , maître d’en opposer à l'ennemi, je n’ai jamais voulu les employer : je savais
! «Hostem belluasque spernebat.» (Quint. Curt., 1x, 2.)
DES ÉLÉPHANTS. — LIV. 11, CHAP. X. 375 trop bien qu’ils sont plus dangereux à l'armée où ils combattent qu'à l’armée ennemie !. »
Nous avons déjà remarqué que les Romains n’attachèrent Jamais une grande importance aux éléphants : en effet, ii les adoptèrent tard et s’en servirent peu. Les Scipion, les Marius , les Pompée, auraient pu en amener dans leurs expéditions, car il y en avait alors beaucoup à Rome; mais ils dédaignèrent d’en tirer parti. César en faisait très-peu de cas, et Hirtius, qui a écrit d'après les inspirations de ce grand capitaine, en parle comme d'un expédient qui ne pouvait mériter aucune confiance. « Ces animaux sauvages, dit-il, même après de longues années d'instruction et de service , Sont souvent dans les combats aussi dangereux pour les amis que pour les ennemis ?. »
Ce mépris pour les éléphants se perpétua jusqu’à la fin de l'empire dans l'esprit militaire des Romains. C’est tout au plus si l'on eut dans une ou deux circonstances une velléité de les remettre en honneur. L'empereur Claude voulut en faire figurer dans son expédition de Bretagne; il en fit même équiper un certain nombre ; mais ce fut peine inutile, et on ne put réussir à en tirer aucun parti”. Didius Julianus, qui n’était pas meilleur général que Claude, désespérant de résister à Septime Sévère, eut également l’idée de lui opposer des éléphants; et 1l se promettait de les employer avec succès contre
! «Equidem sic animalia ista contempsi, ut, quum haberem, «ipse non Opposuerim; satis gnarus plus suis quam hostibus peri- «euli inferre.» (Quint. Curt., 1x, 2.)
? «Rudes enim elephanti, multorum annorum doctrina usuque «velusto vix edocti, tamen communi periculo in aciem produ- «cuntur.» (Hirt., Bell. afric., 27.)
5, Dion. Cass., Lx, 4.
o10 HISTOIRE MILITAIRE
la cavalerie illyrienne, qui suivait les drapeaux de son compétiteur. Il ordonna done d’armer et d'exercer ceux qu'on tenait en réserve pour les spectacles; mais on ne put jamais en venir à bout: ils ne voulaient n1 se laisser monter, ni se laisser charger; ils jetaient bas les hommes et les tours !. La méthode employée autrefois pour dresser ces animaux était sans doute tombée en désuétude, et personne n'était plus capable de l'appliquer. Caracalla, qui s'était épris d’une vive admiration pour Alexandre, menait toujours à sa suite un simulacre de phalange et un train d’éléphants. Il croyait ainsi imiter le conquérant de l'Inde, dont il prenait d’ailleurs souvent les armes et le costume *.
Ces vaines parades, ces essais infructueux prouvent seulement que l'emploi des éléphants n’était plus qu'un souvenir , et que la pratique en était abandonnée. C’est ce que dit positivement Arrien, qui vivait au temps d’Adrien et d’Antonin : «Il serait inutile d'expliquer Îles vieux mots et les ordonnances des chariots et des élépbants, dont l'usage est presque partout aboli *.» Élien, qui dédia sa Tactique à l'empereur Adrien, déclare qu'il ne fait mention des chars et des éléphants, que pour ne rien omettre de ce qui concerne l'histoire de la milice des Grecs. Enfin le passage de Tite-Live que nous avons mis en tête de ce chapitre prouve également le peu de confiance qu’on accordait à ces animaux dès le temps de cet historien.
Réduits à un rôle purement pacifique, les éléphants ne figurèrent plus désormais que dans les Jeux et dans les grandes cérémonies de la ville éternelle. C'est de la
i Xiphilin., Epitom., LXXU, 16. — Herodian. 11, 39. — Gisb. Cuper., de Eleph. in num. obv., excurs. 11, 7, 8.
2 Xiphilin., Epitom., LXXVI, 7.
S Ârrian., Tactic, 22.
DES ÉLÉPHANTS. — LIV. 11, CHAP. X. ant fin de la république que date en quelque sorte la prise de possession du cirque par ces animaux. Ce fut, en effet, seulement alors que, par suite de l'accroissement de leur influence politique, les Romains purent sen procurer régulièrement pour décorer leurs spectacles. Le premier qui exposa dans l'arène ces superbes animaux fut, au dire de Pline, l'édile curule Claudius Pulcher, l'an de Rome 655. Vingt ans plus tard, les deux frères Lucius et Marcus Lucullus, également édiles curules, firent combattre des éléphants contre des taureaux !. Pompée et César, qui tous deux avaient fait la guerre en Afrique, et en avaient ramené des éléphants, voulurent exposer aux yeux du peuple ces trophées de leurs victoires. Le premier donna, à l’occasion de son second consulat, un combat d'environ 20 éléphants contre des chasseurs gétules armés de javelots. Pline décrit les accidents de ce combat, qui faillit être funeste aux spectateurs, car Îles éléphants, devenus furieux , essayèrent de forcer la grille derrière laquelle se tenait le peuple; mais la leçon ne fut pas perdue : ce fut après cet accident que l’on prit la précaution d’entourer l'arène d’un fossé rempli d’eau *.
César fit aussi amener à Rome les éléphants qu'il avait pris à la bataille de Thapsus ; et il s’en servit pour relever la pompe de son triomphe. On sait que, pour éblouir davantage la multitude, il voulut consacrer successivement, par autant de solennités, le souvenir des différentes guerres qu’il avait terminées dans les Gaules,
1 Plin., Hist. nat., Vi, 7.
2 «Pompe quoque altero consulatu pugnavere in: <CITCO. XX, «aut, ut quidam tradunt, xvu, Gætulis ex adverso jaculantibus. » (Plin., Hist. nat., vin, 7. — Cf. Senec., de Brevit. vitæ, 13, et Dion. Hô9s., xxx, 0.)
dans le Pont, en Égypte et en Numidie. Les décorations qu'on avait préparées pour ces différentes cérémonies étaient analogues aux pays où il avait remporté les victoires qu'on voulait célébrer. Le jour du triomphe d'Afrique, on vit 40 éléphants, rangés sur deux files, précéder le dictateur, dans sa marche au Capitole, en portant des flambeaux dans leurs trompes !. L'idée de ce spectacle avait été empruntée aux rois d'Égypte et de Syrie, qui se faisaient quelquefois accompagner ainsi par des éléphants dressés à porter des torches, et auxquels on donnait le nom de duyvovden , c'est-à-dire porte-flambeaux 2.
César donna aussi alors des fêtes brillantes pour célébrer son troisième consulat: Rome n’avait encore rien vu d'aussi surprenant, soit pour la variété des spec-
!«Ascendit Capitolium ad lumina, quadraginta elephantis «dextra atque sinistra Iychnuchos gestantibus.» {Sueton., Jul. Uæs., 31.) — L'auteur d’une traduction récente de Suétone, traduction dont on ne saurait d’ailleurs contester ni la fidélité ni l'élégance, n’a pas bien rendu ce passage : suivant lui, les flambeaux étaient portés par des hommes montés sur les éléphants, fausse Interprétation dont Torrentius avait déjà donné l'exemple. — Dion Cassius rapporte d’ailleurs le même fait (xLut, 4); seulement, d’après son récit, les éléphants lychnophores auraient précédé le dictateur, non pas dans sa marche au Capitole, mais à son retour du Forum.
? On peut consulter à ce sujet Spanhem., de Præstantia et usu numism. antiq., dissert. 11, et Gisb. Cuper., de Eleph. in num. obv. On verra, dans ces ouvrages, des médailles portant au revers l’éléphant lychnophore. Nous avons fait graver un monument semblable, tiré du cabinet du Roi; il forme le n° 5 de la planche qui est en lête de ce volume.
Le Beau a aussi parlé des éléphants lychnophores dans un mémoire sur les médailles de restitution, inséré dans le 21° volume du recueil de l'Académie des inscriplions et belles-lettres (1747 à 1748).
DES ÉLÉPHANTS. — LIV. Il, CHAP. X. 319 tacles, soit pour la magnificence. Mais ce qu’il y eut de plus remarquable, ce furent deux combats d'éléphants : dans le premier, 20 de ces animaux combattirent contre 500 hommes à pied ; dans le second, on en fit combattre un pareil nombre contre 500 fantassins et autant de cavaliers; mais cette fois ils portaient des tours, dans chacune desquelles se trouvaient 3 archers !.
Le dictateur fit ensuite les apprêts de l'expédition qu'il méditait contre les Parthes, et il voulut y comprendre un train d’éléphants, probablement pour frapper les peuples de l’Asie par cet appareil de magnificence royale; car toutes ses pensées étaient alors des pensées de domination et de royauté. Il fit done partir plusieurs convois de ces quadrupèdes pour le port de Brindes, où ils devaient être embarqués avec 10 légions et 10,000 chevaux déjà réunis sur la même côte; mais la fin tragique de cet homme extraordinaire empécha ces troupes de passer la mer. et Antoine, qui aspirait déjà à succéder au dictateur, s’'empara de l’armée et des éléphants. Bientôt, toutefois, le jeune Octave, dont l’ambition commençait aussi à percer, arriva en ltalie, gagna par ses largesses les vieux soldats de César, et ayant rencontré les éléphants sur la route de Brindes , les fit reconduire à Rome ?, pour s’en servir sans doute dans les spectacles qu'il se proposait de donner, et qu'il donna,
1 Phin., ist. nat., vin, 7. — Sueton., Jul. Cæœs!, 39. == Dion, Cass., XLIN, 4. — Appian., Bell. civil., 1, 102.
2 Dion. Cass., xLV, 2. — Appian., Bell. civil, 11, 11, 12. — C'est à ces événements que Cicéron fait allusion, lorsqu'il propose au sénat, daus sa v° philippique, S 17, de décerner des récompenses à Octave pour avoir remis en son pouvoir et en celui du peuple romain des cavaliers, des archers, et des éléphants. «Quod equi- «tes, sagittarios, elephantos in suam populique romani potestatem «redegerit. »
en effet, lorsqu'il se fut emparé du pouvoir. Ce même Auguste fit voir aux Romains, après la conquête de l'Égypte, un rhinocéros , un hippopotame et des crocodiles qu'il avait tirés de cette contrée !. A plus forte raïson dut-il faire venir du même pays des éléphants, que l'on pouvait plus facilement se procurer, puisqu'il y en avait toujours un dépôt à Alexandrie.
Üne particularité assez remarquable, et qui se rattache au sujet de nos recherches, c’est que du temps de cet empereur 1} y eut à Rome un éléphant blanc, et qu’on le donna en spectacle au peuple : c’est un fait qu'on est forcé d'admettre si l’on veut donner un sens au vers si connu d’'Horace,
Sive elephas albus vulgi converteret ora 2.
S'il m'était permis de former des conjectures sur les circonstances qui pouvaient avoir conduit ce rare animal aux bords du Tibre, je serais porté à croire qu'il y avait été amené comme un présent de quelqu'un de ces princes de l'Inde, qui, ainsi que nous l'avons raconté ailleurs, envoyèrent des ambassades et de riches cadeaux à l’empereur Auguste ©.
On peut admettre comme un fait constaté qu’à dater de l’établissement de l'empire, les éléphants figurèrent régulièrement dans les spectacles et dans les orandes
LDion.;Cass. nr, 8:
? Horat., Epist., Lib. n, 1, vers. 196. —— Le poëte bläme le mauvais goût des Romains de son temps, qui, au lieu de prendre plaisir à la représentation de bonnes pièces dramatiques, préféraient voir des expositions de bêtes curieuses, telles que l’éléphant blanc et la girafe, qu'il nomme également. Horace parle donc d’un fait récent et arrivé sous ses yeux; autrement ses réflexions manqueraient de justesse et d'à-propos.
* Voyez ci-dessus, pag. 37. — Un autre éléphant blane, le seul
cérémonies de la capitale. Nous sommes également fondé à croire qu'il y avait à Rome des lieux destinés à la garde des éléphants réservés pour le service ordinaire du cirque et de l’amphithéâtre!, et qu’il existait en outre des dépôts de ces animaux dans les parties maritimes du Latium, et notamment à A4rdea et à Laurentum, d’où on les tirait au besoin, pour les faire paraitre dans l’arène ?,
Parmi les spectacles dans lesquels parurent Îles éléphants, les plus étonnants furent ceux que donna Germanicus. Ces animaux y exécutèrent des tours presque incroyables. Non-seulement on les vit faire des armes et danser la pyrrhique , mais ils donnèrent des représentations burlesques et jouèrent de véritables pantomimes. Douze éléphants parurent dans l'arène, accoutrés d’une manière bizarre, et avec des costumes d'acteurs dramatiques, se divisant et se réunissant comme des chœurs de danse ©. D’autres furent dressés à marcher par groupes de quatre, dont chacun portait dans une litière un cinquième éléphant, qui contrefaisait une nouvelle accouchée > Ils allèrent ensuite s'asseoir autour des tables qu'on
qui, à ma connaissance, soit arrivé en Europe dans les temps modernes, y fut amené par les Hollandais en 1633. Voyez la Gazette de France du 30 juillet de cette année, sous la rubrique d'Amsterdam, du 19 du même mois.
1 Cela me paraît résulter d’un passage de l’Epitome de Xiphilin (lib. zxxut, 16), où il est question des éléphants que Didius Julianus voulut faire armer pour les opposer à Septime Sévère.
2 J'ai réuni dans la note K, à la fin du volume, les documents sur lesquels j'appuie ces conjectures. On y verra aussi que les Romains avaient établi à Tivoli un dépôt pour les éléphants ma- Jades.
Elan, Animal”, 11, V1.
& «Lecticis etiam ferentes quaterni singulos puerperas imitan- «tes, plenisque homine tricliniis accubitum iere per lectos, ita
leur avait dressées, en passant au milieu des convives , à travers les lits sans les déranger, et ils prirent leur repas dans des plats d’or et d’argent, avec une aisance srotesque qui excita au plus haut degré lhilarité des spectateurs !.
Mais l'épreuve la plus extraordinaire pour d'aussi lourds quadrupèdes, c'était de grimper sur un, ou peutêtre sur deux câbles, tendus depuis le fond de l'arène jusqu'au sommet de l’enceinte, et, ce qui est encore plus surprenant, de revenir par ce périlleux chemin. On refuserait de croire à de semblables faits, s'ils. n'étaient attestés par des témoignages contemporains. Nonseulement les éléphants exécutèrent ce tour étonnant aux jeux de Germanicus*?, ils le répétèrent encore en d’autres occasions ; Néron *, Galba *, donnèrent au peuple de semblables spectacles. Mais une chose peut-être plus incroyable encore, c'est qu'il y ait eu des hommes assez | hardis pour se tenir sur ces animaux pendant qu'ils
«libratis vestigiis, ne quis potantium attingeretur.» (Plin., Hist. nat., Nil, 2.)
1 Les Romains avaient porté à une grande perfection l’art de dresser à toute sorte d'exercices les animaux, même Îles plus féroces. On donnait, aux hommes qui se livraient à ce dangereux métier le nom de mansuetarü ; nous fournirons sur eux quelques renseignements dans la note F à la fin du volume. Au reste, même dans les temps modernes, on a constaté l'aptitude de l'éléphant pour la mimique. Busbecq, qui fut ambassadeur de l’empereur auprès de Soliman Il, raconte avoir vu à Constantinople des éléphants danser en cadence, et jouer de la paume.
2 «Postea et per funes incessere... Mirum maxime et adversis «quidem funibus subire, sed regredi magis utique pronis.»(Plin., Hist. nat., VIN, 2, à.)
3 Sueton., Vero, 11.
# «Novum spectaculi genus elephantos funambulos edidit.» (Sueton., Galba, 6.)
allaient et revenaient de cette manière : un chevalier romain donna, suivant Suétone, une semblable preuve d'intrépidité, aux jeux célébrés par ordre de Néron !.
Le plus souvent on faisait combattre les éléphants contre des gladiateurs appelés bestiari, et quelquefois contre d’autres animaux, notamment contre des taureaux. Domitien donna quelquefois ce spectacle, ainsi qu'on peut l’inférer des épigrammes de Martial ?. Héliogabale fit voir, à l’occasion de son mariage avec Cornélia Paula, un combat de tigres contre des éléphants, et l’un de ces derniers animaux y fut tué *.
Lorsque Titus célébra la dédicace de son amphithéàtre, 1l y fit paraitre des éléphants, et , suivant le témoignage de Xiphilin *, l’on vit alors périr 4 de ces animaux. Adrien en tira un parti plus utile, puisqu'il en employa 24 pour déplacer le fameux colosse de Néron et pour le transporter près de l’amphithéâtre auquel il devait donner son nom. Cette opération, regardée à juste titre comme une des plus belles qu’ait exécutées la mé-
1 ANotissimus eques romanus elephanto supersedens per cata- «dromum decucurrit. » (Suet., Vero, 11.)— Le même fait est raconté par Xiphilin, Epitom., 1x1, 17. — Sénèque fait aussi mention des éléphants funambules. «Elephantem minimus Æthiops jubet «subsidere in genua, et ambulare per funem.» ( Epist., LXXxV, fin.) Voyez aussi Just. Lips., Epist. select., cent. 1, ep. 50. — Cet exercice ne pouvait sans doute avoir lieu que sur deux càbles parallèles, car comment concevoir qu’un si énorme quadrupède ait pu croiser les jambes sur une seule corde? Au reste, le docte Peirese assurait avoir vu une médaille impériale, très-rare, portant au revers un éléphant funambule.
2 Martial., epigr. de Spectacul., 17, 19. — Plus anciennement les deux frères Lucullus avaient aussi fait combattre des éléphants contre des taureaux. (Plin., ist, nat., vin, 7.)
3 Xiphilin., Epiom., LxxIx, 9.
4% Id., ibid., LXVI, 25.
canique des anciens, fut confiée à l'architecte Détrianus, ou Démétrianus, qui transporta le colosse suspendu debout, et l’établit sur le nouvel emplacement qui lui était destiné !.
Antonin le Pieux, successeur d’Adrien, donna des spectacles et des combats de bêtes, dans lesquels on vit figurer des éléphants”. Commode en fit aussi paraître souvent dans l'arène. Ce gladiateur couronné y descendait quelquefois lui-même pour se mesurer avec les animaux les plus féroces; et l’on raconte qu'il était d’une force tellement prodigieuse. qu'il attaqua un jour un éléphant, et d’un coup de pique l'étendit mort à ses pieds *. Il répéta ensuite, suivant Dion Cassius et Lampride, le même exploit sur un hippopotame, sur un tigre et sur‘une infinité d’autres bêtes.
Septime Sévère célébra par des jeux magnifiques le dixième anniversaire de son règne : on vit encore COmbattre. dans cette circonstance , beaucoup d'animaux rares, et notamment des éléphants, dont un fut tué *.
1 «Transtulit colossum stantem atque suspensum per Detrianum «architectum, de eo loco in quo nunc templum Urbis est, ingenti «molimine, ita ut operi etiam elephantos xxiH1 exhiberet.» (Æl. Spartian., Ædrian., 19.) — La hauteur de ce colosse était de 120 pieds, suivant Suétone (Wero, 31), et de 110, suivant Pline (Hist. nat., xxxiV, 18). — Les archéologues ne sont pas d'accord sur la matière dont il était formé. — Voyez Nardini, Roma anlica, t. 1, p. 291, et Nibby, la Via sacra, cap. 2, p. 215. |
2 Jul. Capitol., 4nton. Pius, 10. — Les médailles de cet empereur, au revers desquelles on voit un éléphant, avec la lésende MVNIFIGENTIA. AVG. COS. II, étaient sans doute destinées à consacrer le souvenir de ces spectacles.
3 «Virium ad conficiendas feras tantarum fuit, ut elephantum «conto transfigeret.» (Lamprid., Commod., 13.) — On sait que Île contus était une pique renforcée.
& Xiphilin., Epitom., Dion., LXXVI, {.
DES ÉLÉPHANTS. — LIV, 11, CHAP. X. 385 Caracalla donna souvent aussi de semblables spectacles. Les grandes fêtes séculatres par lesquelles l’empereur Philippe célébra le millième anniversaire de la fondation de Rome, furent la dernière circonstance où les éléphants parurent en grand nombre dans les spectacles. On voulait que la magnificence de ces fêtes répondit à la grandeur du souvenir : 32 éléphants y figurèrent parmi les animaux qui furent exposés à la curiosité publique !, Le nombre de ceux que l’on entretenait à Rome était considérablement diminué vingt ou trente ans plus tard, puisque Gallien ne put en faire paraître que dix aux fêtes qu'il donna la dixième année de son règne?. Mais Aurélien en ramena ensuite quelques-uns de l'Orient, et vingt le précédèrent au Capitole , le jour de son triomphe#. Ce fut vers ce temps-là, probablement, que le gouvernement renonça à entretenir des dépôts d’éléphants : en effet, à partir de cette époque , on ne voit plus ces animaux paraître dans le cirque et dans l’amphithéâtre, quoiqu'on ait continué longtemps encore d'y donner des combats de bêtes fauves et de bêtes féroces de toute espèce. Puis, lorsque Rome eut cessé d’être la résidence impériale, on cessa aussi d’y voir de ces fêtes brillantes et dispendieuses.
Un autre usage auquel on employait les éléphants, c'était de les atteler aux chars de parade destinés à porter les images des dieux et des empereurs, dans les grandes cérémonies et dans les apothéoses. Auguste fut le premier qui obtint cette distinction : sa statue était portée, à la marche triomphale du cirque, sur un char
{ Jul. Capitol., Gordian., 33. — On trouvera dans l’appendice r, à la fin du volume, quelques détails sur ces spectacles.
2 Trebell. Pollion., Gallien., 8.
3 Vopisc., Aurelian., 33.
tiré par des éléphants !. Caligula décerna le même honneur à sa sœur Drusiile, et Claude à son aieule Livie, lorsque ces princesses furent mises au rang des dieux*. Septime Sévère fit placer la statue de Pertinax sur un char tiré par des éléphants, et l’accompagna au cirque, où elle fut exposée à la vénération des Romains”. Les médailles qui ont été frappées pour conserver le souvenir des apothéoses de Nerva, d'Adrien, d'Antonin, de Marc- Aurèle, et des deux Faustine, représentent souvent ces personnages sur des chars semblables: en effet, cet animal, à cause de sa longévité, que l’on supposait plus grande qu’elle n’est réellement, était regardé comme le symbole de l'éternité. Aussi lit-on fréquemment sur ces médailles les mots ÆTERNITATI AUG., ou simplement ÆTERNITAS ‘.
Les empereurs voulurent quelquefois paraitre euxmêmes en publie, comme les rois de l'Orient, sur des chars de parade tirés par des éléphants. On croit que ce fut Auguste qui en donna le premier exemple; mais Héliogabale alla plus loin : il donna le spectacle de quatre chars attelés chacun de quatre éléphants, et ne dédaigna pas de remplir lui-même le rôle de cocher *.
Le droit de posséder des éléphants était une prérogative du chef de l'État; on ne l’accorda que rarement à des particuliers $. Cependant Dion Cassius fait men-
! Xiphilin,, Epitom., 1x1, 16. — Sueton., Claud., 11. — Plin., Hist. nat., XXxXWV, 10.
2 Dion. Cass., Lix, 2. — Sueton., Claud., 11.
8 Xiphilin., Epitom., LxxIV, 4. — Noris, de Quadrig. elephantorum. — Scheffer., de Re vehicul., Uib. 1x.
4 Mezzabarba, Numismat. imperator.
5 Æl. Lamprid., Hcliogabal., 23. — Noris, op. cit.
6 C'est pourquoi Juvénal appelle les éléphants le troupeau de
César :
tion d'un général d’Auguste, nommé Cornificius, qui se faisait voir dans les rues de Rome monté sur un éléphant, et qui avait obtenu cette faveur pour avoir sauvé un corps d'armée dans la guerre de Sicile !. Aurélien, qui, avant de monter sur le trône, s'était déjà distingué par des services éminents, eut également la permission de garder un éléphant qui lui avait été donné par le roi de Perse, auprès duquel il avait été envoyé comme ambassadeur *. Dans quelques rares occasions, les empereurs envoyèrent aussi des éléphants aux princes étrangers dont ils voulaient cultiver l’amitié. Nous pouvons, à cet égard, citer l'exemple d’Adrien, qui fit présent d’un de ces animaux à Pharasmane, roi d’Ibérie®.
Pour terminer ce qui est relatif à l’histoire des éléphants pendant les premiers siècles de l'empire, nous ajouterons que , parmi les monuments qui décoraient la ville de Rome, on voyait plusieurs représentations de ces animaux. Pline fait mention de quatre éléphants en pierre obsidienne , qu'Auguste avait fait placer dans le temple de la Concorde “, On possède une lettre, écrite par Cassiodore, ministre de Théodoric, aux magistrats de Rome, pour les engager à faire restaurer les éléphants de bronze qui étaient dans la voie sacrée. Ces monuments consacraient probablementle souvenir de quelque
Cæsaris armentum nulli servire paratum Privato:s . 4 (Sat. x, vers. 106.)
1 Dion. Cass., xLIX, f.
2 Vopisc., Aurelian., 5.
$ Æl. Spartian., 4drian., 17.
# Plin., Hist, nat, xxxvr, 67.
#3 «Relationis vestræ tenore comperimus, In Via Sacra quam «multis superstitionibus ditavit antiquitas, elephantos æneos, vi- «cina omnimodis ruina titubare.» (Cassiodor., Ep., x, 30.)