‹ Histoire moderne; rédigé conformént aux programmes officiels du 31 Mai 1902. Classe de seconde A B C DChapitre 5 sur 118 · LIBRAIRIE HACHETTE ET O · texte numérisé non relu

LIBRAIRIE HACHETTE ET O

79, BOULEVARD SAINT-GERMAIX, yj

L'ne tradition séculaire distingue dans l'histoire antérieure à la Révolution française deux périodes : le Moyen Age; les Temps Modernes. On fait généralement commencer l'Histoire Moderne au milieu du quinzième siècle, en 1453. Cette année-là fut en effet marquée en Europe par deux événements considérables. En Orient, les Turcs s'emparèrent de Constantinople et ache vèrent de détruire Tempire Grec, lointain descendant de Tempire Romain. En Occident, les Français, par la victoire de Castillon. se délivrèrent définitivement du péril de la domination anglaise et terminèrent la guerre de Cent Ans.

La distinction entre le .Moyen Age et les Temps Modernes n'est pas une simple distinction d'école, établie par un caprice d'historien. En réalité, chacune des deux périodes a bien eu ses caractères propres, et lorsqu'on étudie l'Europe, spécialement l'Europe occidentale, avant et après le quinzième siècle, la distinction apparaît justitiée par des différences profondes, tant dans l'organisation intérieure des États, que dans les rapports des États entre eux.

A considérer d'abord le Moyen Age. on constate que les politiques y ont successivement obéi à deux idées contradictoires : l'idée unitaire. Vidée pai-ticulariste.

L'idée unitaire était une survivance de l'empire Romain. Quand, après 390, l'empire eut été démembré par suite des invasions barbares, le souvenir de sa « Majesté », avec le regret des bienfaits de la « Paix Romaine », persista d'abord chez les peuples eux-mêmes. Plus tard, quand le temps eut fait son œuvre et qu'il eut amené l'oubli parmi les masses ignorantes, le souvenir se conserva chez les hommes instruits, peu nombreux alors, mais très influents, parce qu'ils appartenaient à peu

A. MALET. — Histoire moderne. I

près tous au cierge. Pour eux l'unité politique romaine, correspondant à l'unité relipeuse chrétienne, demeura l'idéal qu'il fallait tâcher de réaliser à nouveau par l'union en un seul Etat de tous les royaumes barbares. Le rêve des unitaires fut réalisé lorsque dans la nuit de Noël de Tan 800 à Rome, en la basilique de Saint-Jean de Latran, Charlemaane. roi des Francs, fut couronné empereur des Romains.

Le triomphe des unitaires fut de courte durée. .Moins d'un demi siècle après le couronnement de Charlemag^ne, les tendances particularistes l'emportèrent. En 84.3, au traité de Verdun, lempire fut démembré et partagé par les petits-fils de son fondateur en trois royaumes. Le démembrement ainsi commencé se poursuivit, à l'intérieur de chacun des royaumes, et ceu.\-ci se décomposèrent à leur tour, avant même la fin du neuvième siècle, en une multitude de principautés. Cette décomposition des États eut des causes multiples : faiblesse des rois, impuissants à exercer réellement leur autorité sur des territoires trop étendus : invasions barbares, spécialement en France les invasions des Normands, et nécessité pour les populations que les rois trop lointains ne pouvaient ou ne savaient défendre,, de chercher des défenseurs tout près d'elles, parmi les riches propriétaires ou les fonctionnaires royaux, ducs et comtes: ambitions enfin de ces fonctionnaires, désireux de se transformer en souverains dans leurs circonscriptions administratives, duchés, comtés, vicomtes. De cet ensemble de circonstances sortit le régime féodal qui pendant trois cents ans, au cours des dixième, onzième et douzième siècles, dissocia l'Europe en poussière d'États. Les royaumes et les rois subsistèrent. Mais les royaumes ne furent plus que des juxtapositions de principautés ; les rois ne furent plus que des suzerains, c'est-à-dire les présidents, à pouvoirs très limités, d'associations de vassaux à devoirs strictement définis.

Pourtant pendant ces trois siècles, au milieu du morcellement féodal, il resta un principe d'unité : la religion.

Tous les peuples de l'Europe occidentale, partagés entre des centaines de rois et de seigneurs, formaient néanmoins un seul peuple, la peuple chrétien. Ce peuple chrétien avait son chef, le pape, dont l'autorité spirituelle était assez forte pour que les souverains les plus puissants, rois de France, comme Philippe- Auguste, empereurs d'Allemagne, comme Frédéric Barberousse, fussent contraints de compter avec lui. Ce peuple chrétien eut

l-i: .MOYEN AGli. ?,

SCS grandes guerres au onzième et au douzième siècle, les Croisades, où sous le commun étendard de la Croix, l'on vit marcher ensemble les chevaliers de toutes les seigneuries d'Occident.

Dans le même temps la religion et l'I-^glise dominaient tout, jusqu'à la science, inspiraient tcnit, jusqu'à l'art. La science et l'instruction, dans les couvents d'abord, .puis dans les Universités, étaient aux mains des moines et des prêtres. L'art était tout entier résumé dans les cathédrales, où tous les artistes, architectes, sculpteurs, peintres, ciseleurs, orfèvres, donnaient le meilleur de leur génie.

Puis vint une période d'évolution, un nouvel effort pour aller de la division à l'unité, et par suite la décadence du système féodal. Au treizième, au quatorzième et au quinzième siècle, des transformations furent opérées où s'annoncèrent les Temps .Modernes. Dans l'intérieur des États, en France surtout, les rois travaillèrent à devenir vraiment rois, à étendre leur autorité directe à toutes les parties du royaume, à Vunifier, en ruinant l'indépendance des seigneurs leurs vassaux, en se rendant maîtres des principautés féodales.

Par contre, l'idée de Y unité chrétienne alla s'ajfaiblissant et s'effaçant. La puissance du chef de la Chrétienté, le pape, fut brisée à la fin du treizième siècle, après le conflit entre Boniface VIII et Philippe le Bel. Aucun pape ne put dès lors déposer un souverain et le forcer, sous peine de perdre la couronne, à s'incliner devant sa volonté. L'unité de foi subsistait encore, les croyances religieuses demeuraient les mômes chez tous les peuples de l'Occident. Mais cette communauté de croyances ne les déterminait plus à agir en commun : il n'y eut plus de croisades à partir de 1270 et de la mort de Saint Louis devant Tunis. Au lieu des guerres de la Chrétienté, on eut des guerres nationales, telle la guerre de Cent Ans entre la F"rance et l'Angleterre. Chaque peuple apprit à se distinguer des autres peuples et acquit la nette connaissance de ses intérêts particuliers. On ne fit plus la guerre pour délivrer Jérusalem et la Terre Sainte : on la fit pour assurer son indépendance, ou pour agrandir son royaume.

D'autre part, la science et l'art se laïcisèrent. Les clercs ne furent plus seuls à être instruits et à instruire. A la fin du

, lliblUlKE .MODERNE.

quinzième siocle. V imprimerie mil le livre et le savoir à la porlée de tous, laïcs aussi bien que religieux. Au lieu d'ég-lises et Je monuments religieux, on construisit des édifices civils, des hôtels et des palais.

Enfin, une classe nouvelle, la Bourgeoisie, grandit en influence à côté de la Noblesse et du Clergé, qui avaient longtemps seuls compté au .Moyen .\ge. Née vers le douzième siècle, enrichie dans les siècles suivants par le travail, l'industrie et le commerce, la Bourgeoisie fournit en France des conseillers et des fonctionnaires aux rois; et même pendant la guerre de Cent Ans. elle essaya, vainement du reste, de tempérer par les États-Généraux, l'autorité royale et de participer directement au gouvernement du rovaume.

Ces transformations se sont poursuivies dans les Temps .Modernes. La découverte de terres nouvelles fournit de nouveaux éléments d'activité au commerce et à l'intelligence humaine. Le dernier principe d'union, l'unité de croyance, fut détruit au seizième siècle par la Réforme, qui aboutit au démembrement du peuple chrétien en Catholiques et Protestants. Dans l'intérieur des Etats, la puissance des rois s"accrut et tendit vers la monarchie absolue, qui fut établie en France au dix-septième siècle. Au dehors, chacun chercha à étendre ses frontières par la conquête. .Mais en même temps, les États se surveillèrent jalousement les uns les autres. Chaque fois que l'un d'entre eux menaça de devenir trop puissant, les autres se rapprochèrent et se coalisèrent pour entraver son développement et pour assurer le maintien de ce qu'on a appelé Véquilibre européen, c'est-à-dire l'égalité entre les forces des grands États.

Page 1