INTRODUCTION
Pour bien comprendre les multiples changements survenus dans l’organisation et l’activité de l’atelier monétaire de Genève, de 1792 à 1848, il importe de connaître, dans ses traits principaux, l’histoire politique de cette ville durant ces cinquante-six années.
Vers la fin de 1792, une révolution démocratique, dès longtemps préparée décidait de légalité politique de tous les Genevois; le 12 décembre elle fut consacrée par un vote populaire. Non content de ce résultat, le parti révolutionnaire extrême s’empara de la ville dans la nuit du 27 décembre, et provoqua la nomination d’une assemblée nationale, dont les travaux durèrent environ une année. Le 5 février 1794, la nouvelle constitution genevoise était votée; le gouvernement était composé d’un Comité législatif de quarante membres et d'un Conseil administratif de quatre syndics et de neuf administrateurs.
Ce nouveau gouvernement se trouva, dès le début, aux prises avec de grandes difficultés, suscitées principalement par les clubs. Organisés révolutionnairement, comme ceux de Paris, les clubs genevois avaient, dès 1792, pris une part importante aux événements. Pendant l’année 1793 leur pouvoir s’était accru, et avec lui
leurs prétentions, si bien que le nouveau gouvernement, issu de l'assemblée natio-
‘ Ce mémoire fait suite à l'Histoire monétaire de Genève de 14535 à 1792, impr. dans les Mémoires et Documents publiés par la Société d'histoire et d'archéologie de Genève (abréviation M. D. G.), série in-4°, t. I, 4887, p. 57 et suivantes.
nale, se trouva, dès l’abord, en présence d’un pouvoir égal au sien et qui ne devait pas tarder à l’ahsorber en entier.
Prétextant un soi-disant complot, une partie des clubs s’insurgent dans la nuit du 18 au 19 juillet, s'emparent de la ville et font des prisonniers; puis, le lendemain, ils nomment une Commission révolutionnaire qui se constitue en tribunal et envoie à la mort un certain nombre de personnes. Les pouvoirs de cette Commission ayant expiré le 10 septembre 1794, les clubs nomment, le 13 du même mois, une nouvelle Commission dite nationale, chargée de préparer la formation d’un comité lhiquidateur de la situation financière et d’un comité d'industrie, des arts, du commerce et des monnaies. À partir de ce moment, tout rentre insensiblement dans l’ordre, et les pouvoirs sont peu à peu ramenés au gouvernement constitutionnel tel qu’il existait avant l'insurrection du 18 juillet.
Pendant trois années, la République vécut dans une tranquillité relative. Mais les orages qui de, 1792 à 1794, l'avaient affaiblie et ébranlée devaient se former de nouveau, non plus, cette fois, pour modifier la forme du gouvernement, mais pour amener la chute de la République elle-même et sa réunion à la France. Nous n'avons pas à développer ici les causes de ce fatal événement qui survint en 1798. La Convention nationale avait pris sous sa protection tous les peuples soi-disant opprimés; Genève ne pouvait échapper longtemps à la sollicitude du Directoire, et pendant seize années cette ville, comme tant d’autres nations, courba la tête, victime de deux despotismes également odieux, celui de la Révolution française et celui de Napoléon Bonaparte.
Pendant quelques années la ville de Genève, chef-lieu du Département du Léman, reçut un atelier monétaire et frappa des pièces de cuivre et d’argent.
La restauration de la République de Genève en 1813, et son entrée dans la Confédération suisse comme vingt-deuxième Canton, marquent les débuts d’une ère de paix et de relèvement. Au point de vue monétaire, Genève a recouvré ses droits d'État souverain; elle en usera jusqu’en 1848, époque à laquelle la nouvelle Constitution fédérale enlèvera aux Cantons Suisses la régale des monnaies pour la remettre entre les mains du pouvoir central.
La variété des régimes politiques qui se sont succédé à Genève de 1792 à 1848