CHAPITRE I ÉTABLISSEMENT D'UN HOTEL DES MONNAIES FRANÇAIS À GENÈVE
Dans le traité qui réunissait Genève à la République française, un des paragraphes de Part. 12 stipulait que le Directoire exécutif employerait ses bons offices auprès du Corps Législatif pour faire placer un hôtel des Monnaies dans la Commune de Genève”. Le 18 septembre de la même année, le ministre des finances posait à l'administration du département du Léman les questions suivantes : « Quelle est la situation de l'hôtel des Monnaies de Genève? Les machines el les ateliers sont-ils en bon état? Suffirait-1l d'y envoyer des coins pour mettre les ateliers en activité? Quels sont ceux des employés qui y travaillent qu’il convient de maintenir ou de nommer aux places créées par les lois françaises *? »
Nous ne connaissons pas la réponse que fit le préfet à ces questions multiples,
1 Nous avons fait de vaines recherches. soit à Paris, soit à Genève, pour retrouver les archives de l'hôtel des Monnaies de Genève pendant la domination francaise. On peut supposer qu'elles étaient conservées au ministère des Finances. et qu'elles ont été détruites en 4871 lors de l'incendie de ce ministère. La majeure partie des renseignements que nous avons pu recueillir sur l'activité de l'atelier de Genève à cette époque, nous a été fournie par M. L. Sudre, chef des bureaux de l'administration des Monnaies et Médailles, à Paris: nous lui adressons ie1 nos sincères remerciements. Les chiffres fournis par M. Sudre proviennent des dossiers de l'administration des monnaies. Ils ne sont pas tirés des registres de fabrication de la Monnaie de Genëve qui n'existent plus, mais ils ont été pris dans des relevés faits postérieurement par les suins de l'administration.
2 PH, n° 5539, — * Jhad., n° 5548.
mais on peut supposer qu'elle fut de nature à faire pressentir au ministre les difficultés qui allaient surgir.
Le traité de réunion que nous avons mentionné" stipulait, article 5, que les biens déclarés communaux appartiendraient en toute propriété aux Genevois qui en disposeraient selon leurs convenances. Une Société économique avait été créée dans le but de gérer ces biens, parmi lesquels le matériel de l'ancienne Monnaie de Genève se trouvait compris. Dans sa séance du 27 mai 1799", cette Société fut nantie d’une lettre émanant du ministre des Finances par laquelle 1} réclamait les ustensiles et outils de l'ancienne Monnaie de Genève qui devaient, disait-1, appartenir au gouvernement français. Le ministre prétendait qu’en accordant à Genève un hôtel des Monnaies, il avait été sous-entendu que le matériel de l’ancien atelier était réservé pour le même usage. Mais la Société économique n’admit pas cette prétention, et malgré une nouvelle missive * du gouvernement français, elle refusa de livrer Le matériel demandé. Restait la question du local.
Le bâtiment du bastion de Hollande qui, dans les derniers temps de la République, avait servi d'atelier monétaire, se trouvait faire parte des fortifications, et, à ce titre, il n’appartenait pas aux biens communaux régis par la Société économique. Le ministre de la guerre, à qui la demande en avait été faite, jugeant que ce bâtiment pouvait servir à la défense de la place, avait fait des difficultés pour consentir à ce qu'il fut distrait de sa destination primitive. Aussi on jeta les yeux sur le temple de la Fusterie que la Société économique refusa de vendre '; par deux fois * le ministre des Finances revint à la charge pour la cession de ce temple, la Société demeura inébranlable. Pendant ce temps, la municipalité de Carouge offrait un local convenable et l’on allait se trouver contraint, ou d'accepter cette offre, ou de construire à grands frais un bâtiment spécial à Genève, lorsque le ministre de la guerre, Lazare Carnot, se trouvant de passage dans cette ville. consentit enfin à céder le pavillon de l'Unité du basuon de Hollande’. La nature
du bätiment nécessitait du reste des réparations et des agrandissements”, si bien
1 Voy. ci-dessus, p. #3. — * R. S. E. vol. 14, p. 601. — % Jhid., p. 644. # R.S.E., vol. 4. p. 701. — 5 Jhid., p. 827 et 882. — 5 Ibad., p. 743. — 7 Iid., vol. IL p. 3. $C. M, vol. 4, 26 hartie, p. 224 et suivantes,
que ce n’est guère que dans le courant de 1803 que les locaux furent complète-
ment achevés. Mais dès le 23 juillet 1800, la fabrication avait commencé.
M. Schmidtmeyer * fut nommé commissaire du gouvernement français pour la Monnaie de Genève; D’Arbigny. ancien premier commis et caissier de la Monnaie de Paris, fut nommé directeur de celle de Genève le 23 février 1799*. IT signait ses monnaies d’un lion passant. Étienne-Augustin Froidevaux, ancien manufacturier d’armes à Genève, lui succéda le 5 juillet 1804; sa signature était un poisson. Paul Binet fut nommé caissier de la Monnaie de Genève le 7 février 1800.
L'atelier monétaire de Genève avait comme différent la lettre G. On observe encore sur les monnaies françaises de cet atelier la signature d’Augustin Dupré, graveur général, consistant en une petite figure debout et tirant de l’arc, et celle de Pierre-Joseph Tiolier, successeur de Dupré, qui signait avec les lettres Tr. Augustin Dupré fut graveur général de 1795 à 1803*, ct Pierre-Joseph Tiolier de 1803 à 1816.
L'atelier de Genève fut fermé par arrêté du 13 février 1805". Le 7 juin 1811}, le matériel de cet atelier fut détruit.