DE LA VÉNALITÉ
DES OFFICES
C'était avec un vif regret que les habitants de Vendôme avaient vu le rétablissement de la vénalité des offices qu'ils
(1) M. de Trémault avait en effet exercé pendant trente années les fonctions de lieutenant-général que son père, qui les avait occupées avant lui, lui avait cédées en 1741. Lui-même s'en était démis en 1771 en faveur de son fils, Jacques -François de Trémault, qui les remplissait encore au mois de juillet 1789.
(') Registre 18, folios gô et 96.
(3) Registre 18, folio 102.
avaient toujours regardée comme funeste et contraire au bon fonctionnement et à la régularité de l'administration de leur ville. Les courants d'opinion, qui agitaient l'esprit public dans ces années déjà voisines de la Révolution, avivaient chez eux le désir de recouvrer le droit d'élire leurs magistrats. Aussi, dans une assemblée du 21 mai 1787, ils exprimaient le vœu que Monsieur (i) voulût bien leur permettre de rembourser les offices, a attendu, est-il dit dans le procès-verbal de la séance, que « rien n'était plus désirable que de voir la municipalité compo- « sée de citoyens choisis pour un temps ; que la vénalité des « charges entraînait des inconvénients sans nombre, et que, quel- « que fût le zèle des officiers en charge pour opérer le bien, une « activité perpétuelle devait se ralentir au détriment du bien « public (2). »
Deux députés furent aussitôt désignés pour aller porter ce vœu au prince. Ce furent le lieutenant-général (3) et M. Raguideau. Les officiers municipaux eux-mêmes, « considérant moins « leur intérêt particulier que le bien général, appréciant d'ail- « leurs l'estime et la confiance de leurs concitoyens, en imitant « la conduite de leur respectable chef (*), ont unanimement, « sauf MM. Colas, 2« échevin, Mereaux, contrôleur et Moulnier « receveur, concouru au vœu de l'assemblée en off'rant de rece- « voir le remboursement de leur charge, si les députés peuvent « réussir à obtenir la permission sollicitée. »
Dès leur retour, les députés rendirent compte de leur mission. Le 2 juin, ils rapportaient que le Conseil du prince était disposé à accueillir la demande de la ville, sous la condition qu'elle donnerait à Monsieur un homme vivant et mowant, et que le prince nommerait à toutes les places, sur la présentation qui lui serait faite de trois candidats pour chacune d'elles (S).
(1) Louis -Xavier comte de Provence, frère de Louis XVL et depuis le roi Louis XVIIL Le duché de Vendôme faisait partie de l'apanage de Monsieur.
(2) Registre 20, folio 5.
(3) M. Jacques -François de Trémault. — M. Raguideau, avocat de talent.
(*) Le maire, M. Gilles-François de Trémault, était alors âgé de 78 ans. (5) Registre 20, folio 10.
Le 29 du même mois, l'assemblée autorisait les députés « qui avaient été chargés de solliciter l'agrément de Monsieur (( pour le remboursement des offices municipaux afin de les « rendre électifs, à consentir au nom de la ville à donner un (( homme vivant et mourant pour assuier les droits de mutation « desdits offices, et à présenter à Monsieur trois sujets pour « chaque place, afin qu'il en nommât un de son choix, b
MM. de Trémault et Raguideau devaient en outre intercéder auprès du prince pour obtenir que, prenant en considération les obligations et les charges de la ville, ainsi que la médiocrité de ses revenus qui étaient évalués à peine à 1800 livres, il voulût bien abaisser autant que possible le montant du droit qu'il exigerait de la ville, qui acceptait de le lui payer, et aussi de réduire à sept le nombre des officiers, savoir : un maire, quatre échevins, un procureur du roi et un receveur greffier (i).
Le zèle avec lequel ces négociations avaient été conduites dès le début ne se soutint pas. Pour des motifs que l'on ne voit pas, peut-être à cause du refus fait par trois des officiers municipaux de recevoir leur remboursement, elles se ralentirent et ne donnèrent, en définitive, aucun résultat.
MORT DK M. DE j^g couiposition de la municipalité n'éprouva pas de modifi-
cation, et M. de Trémault continua de rester maire jusqu'à sa mort survenue le 5 décembre 1788.
Quelques jours après, le i4 décembre 1788, le i*"" échevin, M. Courtin, présidant une assemblée réunie pour s'occuper d'un bureau d'assistance des pauvres, disait : « Le corps municipal (( avait adopté avec empressement cet établissement. Il conip- (( tait sur la force de la souscription de son chef ; mais la mort « lui a épargné de voir inutile l'expression de son cœur. Magis- « trat intègre et éclairé, il n'a descendu de son siège (}) que « pour se livrer avec nous aux soins publics. Vous savez, mes- « sieurs, l'activité qu'il a apportée à rendre praticables les « abords de notre ville, à décorer cet Hôtel, à procurer aux
(1) Registre 20, folio 6.
(2) De lieutenant-général, dont il s'était démis en 1771 en faveur de son fils.
TREMAULT
« citoj^cns, pour le délassement de leurs travaux, des promena-
« des publiques qui l'ont la décoration de cette ville et qui l'en-
« richironl par la suite. Nos regrets ne cesseraient point sans
« l'espoir que nous avons de le voir remplacé par un héritier de
« son nom et de ses vertus (i). »
(1) Registre 20, folio 5i. — Dans tout le cours de sa carrière administrative, soit comme lieutenant-général, soit comme maire, il s'efforça d'améliorer l'état de la ville. Il était lieutenant-général, iursqu'en 1754, la Aille, autorisée par l'intendant, fit planter d'ormeaux le grand chemin qui avait été ouvert en i74t>. f n ligne droite, depuis le couvent des Capucins, à l'extrémité du faubourg Cliartrain, jusqu'à un clos nommé le clos Monfvancourt, situé, semble-t-il, au bas du coteau de Belair et qui formait une belle avenue dite des Capucins /'ay. Dix ans plus tard, on résolut de la prolonger. Le 3o juillet 1766, après en avoir discuté la direction, les habitants de Vendôme délibérèrent de conserver le tracé jusqu'au clos Monfranconvt, et de le prolonger en ligne droite, en passant par le clos Desronziers jusqu'à la maison bâtie sur la hauteur, pour de là gagner le tertre de la Monjoie. Un plan, appuyé d'un mémoire qui en faisait ressortir l'utilité et les avantages, devait être adressé par les échevins à l'intendant, M. de Trudaine (b). En 1778, le mail situé à l'extrémité du faubourg Chartrain, que l'on appelait mail des Capucins ou de Tiron, fut planté par le maire de trois rangs d'ormeaux, ce qui lui valut même pendant quelque temps le nom de mail Tréinanlt (c).
Le petit mail (le mail d'aujourd'hui) avait été planté en 1760 de deux rang de tilleuls (dj ; mais en grandissant, le rang du côté des maisons donna à celles-ci de l'ombre et de l'humidité, ce dont les habitants se plaignirent ; il fut alors supprimé ; et en 1782 on établit des barrières aux deux extrémités du mail pour en faire une promenade publique. L'arrachage fait dans l'hiver de 1896 de deux de ces vieux tilleuls morts de vieillesse, a permis de constater qu'ils avaient été plantés à i"5o en contrebas du niveau actuel de la chaussée, ce qui donne une indication de la surélévation que le sol de ce quartier à subie.
Le quai entre le pont Saint-Michel et les Quatre-Huys, appelé aussi jadis petite avenue Saint-Michel, avait été planté d'ormeaux en 1755. On lui donnait en i j66 le nom de quai Hiiger. M. Huger. avocat au bailliage, était alors un des échevins de la ville. (État des biens de la ville).
On peut encore citer parmi les travaux faits vers l'année 1780 : l'exhaussement des portes de la ville sous lesquelles les voitures, qui avaient un chargement élevé, ne pouvaient passer que difficilement ; la réparation du pavage des rues de la Aille ; celle tlu chemin des Quatre-Hujs, de la rue Bretonnerie, de la rue de la Mare. Dans cette dernière, la construction
(a) Etat des lyiens de la ville.
(b) Registre 17. folio 2/.
(c) Diiclieinin de la Chesnaye, ins. T. l. p. 135. — Voir aussi à la bibliothèque dg Vendôme un état ms. des revenus et domaine de la ville.
(d) État des biens de la ville.
Le lieutenant de maire, M. Compaignon de F'ios ville, avait la direction de l'administration de la ville et la conserva jusqu'à la formation de la nmnicipalité élue.