‹ Histoire-musée de la République francaiseChapitre 27 sur 74 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Serrice funèbre co mémoire du i o aoûL — Le corp> de voloeuîre» ic wcMyMr de thummn ilé. — Apologie do joonialiilBi jacobim. — rûâlo AMiirtIûuivy;empriM»iicment d^une fMile de nupectt. — Jooniée» da » €C 3 •qptwrtw ; rtxchtiif. — Offirtalei à U ptirie. ~ Voh d«— Vuh. — Toi d« yirâB fbk ■ -» Le poittde lAI Monde ■ejurepaifc-^U ConrcBlrai ovn«w»t<Mec«. — Ua mocar f rifri nw deaei membres — Aboiitioii de la royaalé, et prodamatioii de la r^blique. — AccoBtioa portée contre Marat et oaolve Bobcipiem. —Le ebeval de bob deWoimlle. — Déiaib enr le bonbardcnwDt de la ville de tiUe;fflidiaiMMitadrettfeidetMiieipafism lilloia.

Marat, nouvclleoient Dommé, Robespierre et Daatoo, dominaieot la oommune actuelle. Elle agit de par eux, et fit, le phia tAt qu'il lui fut poaaible, célébrer un service funèbre en mémoire des citoyens morts dans la journée du 10 août. Paris s'en préoccupa beaucoup. Plusieurs curés semblaient être disposés à chanter un De Profundis pour le repos des âmes de ces martyrs patriotes; un d'entre eux fit à cet égard une proposition directe; maison résolut de se passer du ministère des prêtres dans cette circonstance. U fut répondu au pétitionnaire *: « Garde (es prières pour les imbéciles qui croient encore aux momeries sacerdotales. Nos frères morts pour la liberté n'ont pas d'excuses à faire i ton bon Dieu , ni de pardon à lui demander. S'il entend son affaire, il aura pour eux des couronnes toutes prêtes , sinon ils sauront s'en passer. Pour nous , notis ne reconnaissons plus d'autre Dieu que la liberté , d'autre culte que celui de l'égalité.

a Vive la nation ! et au diable le régiment de la calotte! »

Les ordonnateurs de la pompe funèbre n'acceptèrent donc pas les offres qui leur étaient faites, et le service fut célébré à la mantireanUqne.

C'était le dimanche 36 août. Une pyramide 'granitique , de style égyptien , avait été construite sur le grand bassin du jardin des Tuileries. Les

* M. Charpentier, curé de la paroiisc Saint-Laurent. '

(AoAt 1791.] SBBVICB VDRiBU DU 10. 233

quatre faces élaient reoouverlea de serge noire, et couroDoées, au fatte , (TuD drapeau d'étoffe Doire auau. Parmi les inaeriplioiis qui t'y trouyaient» od remarquait celle-ci , yraiiseot lacédémonienne :

Sîl«B««9 ÎU reposent.

L'aaseniblée législative devait se faire représenter par une nombreuse députation.

Le cortège partit de la maison commune entre cinq et six heures *. Un cordon de soie avait cootenu le peuple qui se rassembla en foule sur la place de l'Hdtel-de- Ville pour être témoin des apprêts de la cérémonie.

Une troupe de cavaliers ouvraient la marche ; un d'entre eux portait une bannière, sur laquelle on lisait :

Aux Bume» de» oitejeae IrAafAÎs Morts pour 1a délenee de la liberté , &a patrie teeoimeieeante»

Suivait un autre groupe de volontaires à cheval, lesquels portaient dix bannières commémoratives des principales affaires malheureuses dont on accasait la monarchie d'avoir été l'auteur ; on lisait:

Meaeaore de Vsaeî,

MaMAore de Viemesi

Massacre de MontatiliaB^

Massacre d*AvîgnoB|

Massacre de &a Ohapellsy

Massacre de Oarpentrasi

Massacre du Okamp-de-la-FédératloBt

etc*| etc«| etc.

Des citoyens promenaient l'étemel modèle de la Bastille, sur lequel flottait son ex-drapeau, et quelques autres pris aux Suisses dans la journée du 10 août.

Des femmes vêtues de robes blanches, avec des ceintures noires, portajen tout à côté de la Bastille une arche renfermant la fameuse pétition du Champde-Hars qui avait fait déployer le drapeau rouge, le 17 juillet 1791. Les citoyennes qui l'entouraient invitaient la foule à lire la pétition.

' yvjtMUARéot^nlions Je Paris, parPruclfaoninic. C'csi le seul journ:ilr|ui donne des déuib circonstancié* «ur celle cënémonie.

23<^ 1NSCR1FTION8. (Août 1792.

Le sarcophage des citoyens morts au maimert de la Saint- Laurent, — on surnommaît ainsi la journée du 10 août,— était entouré de candélabres dans lesquels brûlaient des parfums. Il était tfatné par des bœufs, et précédait un groupe de fédérés tenant leurs sabres nus entrelacés de branches de chêne, et faisant flotter dans les airs une bannière sur laquelle on lisait ces inscriptions :

Pleures épousetf mèree,et eoBOTBi Iêm. perte des viotiaee iounolées par lee traitree ; Wona jiir9BS| Boue, 4e lee Tenter.

Une autre bannière disait:

si lee tyrans ont dee aeeaMÎna, Xre peuple a dee loîa TengereMee.

Venaient ensuite la statue de la loi armée de son glaive, et les juges de tous les tribunaux.

La municipalité marchait devant la statue de la Liberté portée à bras par des gardes nationaux, fiera de leur fardeau, dit Prudhomme. On voyait défiler immédiatement après la commission administrative provisoire, nommée en remplacement du directoire du département , et l'assemblée législative dont le président tenait à la main des couronnes civiques pour être déposées aux pieds de la pyramide funèbre»

Il était presque nuit lorsque le cortège atteignit le Pont-Tournant. Les quatre autels entourant la pyramide flamboyaient. En arrivant, on fit le tour du tombeau, sur lequel on déposa les bannières et les couronnes, tandis que des musiciens exécutaient One marche des morts composée par Gossec, avec des chœurs dont voici le refrain :

Vengeance, vengeance éternelle !

Et partout la mort aoz tyrans.

Tout près de là s'élevait une tribune aux harangues; M^ J. Chénier y monta, aussitôt le morceau de musique achevé, et prononça un discours fort applaudi à diverses reprises, éloge funèbre des victimes du 10 août. « Hom* mes généreux, ^'écria-t-il avec entraînement, morts pour la liberté dans cette journée mémorable, vous avez été presque tous moissonnés dans la fleur de votre jeunesse ! La nature vous devait des années plus nombreuses, et vous deviez être plus longtemps les soutiens de la France, notre mère commune: mais^ si vous avez trop peu vécu pour elle, vous avez assez vécu pour la gloire]; votre souvenir ne périra point, vos enfants seront des héros comme

(Août 1793.) MOTION JACOBITE. 935

leon pères; tant que nos belles contrées enranteroQt des hommes Hbres et braves, tous leur servirez de modèles, et la postérité reconnaissante tous proclamera les conquérants de Tégalîté, les libérateurs de la patrie 1 " »

La musique se fit de nouveau entendre, et changea de caractère. Ce n'était plus une marche des morts pour les victimes, mais une apothéose pour des vainqueurs,— avec force motifs gais et brillants.

A 10 heures, la cérémonie était complètement terminée.

Le lendemain, les deux statues de la Liberté et de la Loi furent placées devant et derrière le tombeau pyramidal. Mais, le mardi matin, on les trouva dépouillées de toutes leurs draperies, et exposées nues aux regards des spectateurs. On accusa de ce méfait les prêtres «jaloux, disait-on, de Tencens brûlé la Teille sur d'autres autels que les leurs. ** »

Dans ces honneurs rendus aux vainqueurs du 10 août, nous ne Toyons rien qui soit de funeste présage, si ce n'est le refus de se servir de prêtres pour la cérémonie. Gela ressembla assez à un arrêt de proscription contre eox.

Mais, outre les événements politiques relatés à la fin du chapitre précédent, quelques faits nous démontreront l'animosité des esprits contre les aristocrates et contre les coalisés. La commune fera sentir de quel poids son autorité pèse dans la balance, et les girondins seront forcés de rester spectateurs passifs des actes de Robespierre, Marat et Danton.

Le jour même de la pompe funèbre à laquelle le lecteur vient d'assister, Jean Debry, jacebin avoué, proposa à l'assemblée législative l'organisation d'un corps de douze cenU volontaires, qui se dévoueraient i aller attaquer corps à corps, individuellement, les tyrans qui font la guerre aux principes républicains, et les généraux qu'ils ont préposés pour anéantir en France la liberté publique. La motion eut quelque retentissement. Chabot et Merlin déclarèrent, qu'après avoir quitté leurs fonctions de députés, ils iraient volontiers s'enrôler dans ce corps, qui pourrait être appelé, selon eux, vengeur de Vhumanité. On discuta la proposition contre laquelle Vergniaud s'éleva de toutes ses forces, en faisant remarquer à ses collègues que les tyrannicides amèneraient nécessairement pour représailles les généralieid^, et que la république elle-même, à ne considérer que le point de vue de l'intérêt, serait peut-être la victime d'un principe tel que celui-là. ***

La proposition fut renvoyée à un comité, et n'eut pas de suite.

Le 25, Delaporte, ex-intendant de là liste civile, et Durozoi, auteur du journal VAmi dm rot, avaient été guillotinés; la médaille d'or, autrefois donnée à Lafayette, fut brisée, en place de Gfève, par la main du bourreau.

* Phme extraite du dUcours de M. J. Qiënier. Le peuple lui-même en vota sur place l'impreaiion.

** Réflexions des Révolutions de Paris.

'" Momittur universel, séance du 36 août 1 792.

S36 VISITES DOIIiai.1 AIRES. (Août 1792.)

La seclioo des Quinze- Vingts avait publuiueoieBt déclaré à toute l'Europo que Gorsas, auteur du Courrier du 83 départemenU,

Carra, auteur des Annale$ pairiotiqueê*

Prudhomme, auteur des RéwAuUçng de Pcupitt

Desmoulins, auteur des Rétolutiom dj Brabant»

Avaient bien mérité de la patrie.

— Contre-partie dans les mots de la caricature le Déffêl delatMtiom, où on proclamait leur infamie et leur défaite.

Pendant ce temps, des nouvelles très-peu rassurantes étaient arrivées des frontières. Longwy était au pouvoir des alliés. Les étrangers sortaient de France. A Lyon, les autorités avaient arrêté un régiment à l'instant où il allait se rendre à Tarmée des coalisés. La commune,irinstigationprincipalede Danton, ministre de la justice, ordonna des viêiUi domiciliaires pour la nuit du 29 au 30. Il s'agissait do chercher des armes dans les maisons, ainsi qae desehevuax inutiles, et pouvant servir à la guerre*. Aussitôt, les barrièiim tarent fermées pour quarante-huit heures. Les rues furent cernées. Dès quatre heures du soir, la générale battit, et tous les citoyens durent être rentrés dans leur domicile à six heures précises. Les visites commencèrent vers une heure du matin, et se prolongèrent toute la nuit; en même temps, il se faisait des orgies dahs les cabarets et chez les épiciers. Pendant les visites, un municipal lut tué. Il se nommait Ménier.

Cette mesure servit de prétexte à l'emprisonnement des prêtres insermentés, des personnes qui avaient appartenu à la cour» et de tous les individus suspects. Plus dé douze mille furent incarcérés, selon l'avis de Danton, qui avait dit : « Il faut enchaîner tous les conspirateurs, il faut les mettre dans l'impossibilité de nuire. »^

Cependant, non-seulement I^ngwy est pris, mais encore les Prussiens marchent sur Verdun^ Il serait difficile de peindre l'inquiétude qui saisit alors tous les citoyens de Paris. Les chefs du gouvernement se concertent pour savoir ce qu'il importe de faire. Les avis sont partagés. Les uns veulent qu'on attende l'ennemi à Paris ; les autres opinent pour qu'on se retire à Saumur. Danton seul domine la réunion. « Vous n'ignorez pas, dit-il, que la France est dans Paris ; si vous abandonnez la capitale à l'étranger, vous vous livrez, et vous lui livrez la France... // faut faire pear aux royalisUt.»

Inutile de répéter sa phrase... a De Taudace, encore de Taudace, toi^ours de l'audace. »

On ne peut dire au juste si les visites domiciliaires étaient le prologue du drame de septembre, et si, en emprisonnant les suspects, Danton avaitdéjâ la pensée de les faire égorger. Toutes les apparences néanmoins sont en faveur

* Il c»t à remarquer que les wisilcs domiciliaires furent autorittJus et m^^mc décrùtia par l'AMcniblée K^i*l;Uivc, sur la propositioo de Danton, parlant au nom du contcil exécutif.

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(Septembre 1792.) hamacbbs dbs pbisons. 237

de celle opinion. Quoi qu'il en soit, 1c 2 septembre on apprit i Paris la nouvelle prématurée de la prise de Verdun. Les citoyens furent en proie aux terreurs paniques, et crurent voir les coalisés aux portes de la capitale. Dans la matinée, la commune fit afficher une proclamation qui invitait les Parisiens à se rendre en armes au Champ-de-Mars. Vers les deux heures, le canon d'alarme retentit, la générale fut battue dans toutes les sections, le tocsin sonna SOI églises. Des soldats municipaux à cheval proclamèrent à son de trompe le danger de la patrie, et le drapeau noir flotta sur les tours de Notre-Dame.

Chacun se dît que Longwy est la ville des lâches, qu'il Tant marcher i l'ennemi, courir à Châlons... ou plutAt non, pénétrer dans les prisons, où senties ennemis les plus cruels delà révolution.

Aussitôt on se porta aux prisons, où l'on massacra les détenus, la plupart capttrs depuis l'avant- veille seulement. A l'Abbaye, aux Carmes, i la Force, i Bîcétre, à la Salpétrière, à la Conciergerie, aux Bernardins, au Grand-Châtelet, au séminaire de Satnt-Firmin, des massacres se succédèrent. Un tribuaal de sang prit le nom de commission populaire, et jugea sommairement les conspirateurs. Ce fut Vaffaire de plusieurs horribles journées que nous avons hite de voir loin de nous, et que nous n'essaierons pas de justifier comme l'ont fait quelques historiens. Les journées de septembre sont encore un problème historique, -— seulement quanti la grandeur du crime qu'elles ont accompli. D'un autre côté, nous n'en accuserons pas la France entière, mais la commune seule, qui en fut l'auteur. H se passa d'ailleurs, i ce moment suprême, des actes de bart>arie atroce, et aussi des actes d'héroïsme etdedévouement sans exemple jusqu'alors. Victimes et bourreaux appartenaient à la France, et nous oserons dire que le bien a été assez grand pour faire compensation au mal.

Vous savez le courage de mademoiselleCaiotte, vous savez le dévouement de mademoiselle de Sombreuil. Combien de traits sublimes sont restés inconnus ! combien de tortures inouïes n'ont pas été révélées !

Ici, c'est Billaud-Varennes, avec son écharpe, son petit habit puce et sa perruque noire, qui, marchant sur les cadavres, dit aux massacreurs : ce Peuple, tu immoles tes ennemis, tu fais ton devoir.* » Là, c'est Danjou, gardien principal de la famille royale au Temple, qui, voyant arriver près de la prison des hommes décorés des restes sanglants de la princesse de Lamballe, craint pour sa responsabilité, et fait tendre devant le Temple un ruban tricx)lore, avec l'inscription suivante :

crroTim!

Vou» qni à une juste ven^osiiice Sava allier l'amour de Tordre i Aeipectei cette barrit; Elle est nëccMaire à notre sanrdllance Et à notre responsabilité. '*

• Uémoires $ur les journées ie srfiemhre 1792.

*' ilrmoires de /a princesse de Lambaite, publiés par madame Guénard, Ixironnc de Mvrv,

338 l'exclusif. iSeplembre 1793.)

Tout Paris est dans la gtnpenr, approuve ou laisse faire. Les massacreuTs trmtiilleiHklf^T guise. Paris, Versailles et Orléans ont leur tour. 11 semble. — tant les esprits sont désespérés, tant la terreur est grande partout et chez tous, — que ce soit là un acte, non de vengeance, mais de prudence bien oaturelle. L'idée de Danton n'a pas été le moindrement contrariée dans la mise à exécution. La commune envoie dans les départements une circulaire apologétique des massacres. A peine sont-ils achevés, que la paye ne se Tait point attendre. Une somme de mille quatre cent soiian te -trois livres est allouée en talairt aux travailleurs ; mais cçox-ci ne s'adressentqu'à Danton ou à Billaud- Var«nnes. Pétion et Manuel ne «'occupaient poinl de la ckou. — c'est Ui le véritable motàonployer ici. S'ils ne récompensent pas, ils n'ont pas non plus assez d'énergie pour empêcher le mal ou pour le réparer. Quelques commissaires seulement ont été envoyés pour arrêter les massacres, ils out été méconnus. De l'audace, a dit Danton; et avec de l'audace, en effet, la jcommune l'a emporté définitivement sur l'assemblée nationale, les jacobins ont triomphé. La nomination des membres de la municipalité, au 10 août, a grandi les jacobins pour la lutte avec ia Gironde, et la lutte a été terminée par les masiacres dé septembre.

Seulement , les cimetières, les charniers des é^tsea , les carrières de la Tomt>e-lsoire, servent de sépultures aux cadavres. C'est i ce prix , que les jacobins remportent la victoire.

Dorénavant, le jacobin eat le patriote eaxbmf, le seal vrai . le seul^gruMl. le seul courageux, et c'est sur ce titre de fotriott exdmttf , que quelque esprit indigné compose la caricature suivante , personnification des journées des 2, 3, 4 et 5 septembre.

Les massacreurs reçurent le nom devenu odieux de teptmbritevn. Mille voix vengeresses s'élevèrent contre eux, et voici ce qui arriva k Danton, leur

Septembre 179S) patriotismb. 939

patmo a tous. La coDventîoD y avait inauguré ses séances. Un soir que la salle o'éUit que très-faiblemeni éclairée, Danton pariait à la tribune; il était dans l'ombre et pouvait à peine distinguer les membres de la convention, tl vantait son propre amour de la patrie» sa raison , son bumanité , sa justice. Mais une voix forte et puissante» semblable à celle du remords, prononça lentement le mot : Septembre* I

Danton ne put surmonter le frémissement dont il fut saisi en cette circonstance ; il ajouta aoee midacêf mais d'une voix altérée : k Oui , c'est dans ces jours de septembre que j'ai sauvé la patrie: car l'ennemi était à nos portes, Paris était menacé , et j'armai la population tout entière pour la précipiter dans les camps. » — Excuse des massacres» telle qu'elle a été cbaqne fois renouvelée depuis par les partisans de Danton. Détournons nos regards de ces scènes» racontées par nous à notre corps défendant , et avec le plus de brièveté possible, justement parce que d'autres que nous se sont longuement appesantis dessus.

La prise de Longwy avait doublé l'enthousiasme du peuple français. En apprenant la reddition de Verdun, il se prépara aux plus grands sucrifices. La commune prit les mesures révolutionnaires que vous savez; l'assemblée législative reçut une foule d'offrandes i la patrie. Toutes les grandes villes de France envoyèrent aux députés des dons en argent et en nature, et proposèrent des défenseurs à la patrie, des compagnies franches armées i leurs frais » des piques, des bronzes pour fondre des canons , des fusils, des chevaux, des équipements com|rfets. Les hommesot les femmes se distinguèrent par leur giinérosité; les entants des pensions et des collèges envoyèrent les produits de quêtes faites parmi eux. Les enrôlements volontaires se succédèrent ayec plus de succès encore que par le passé. Nous allons rapporter une anecdote» qui peint mieux que tous les discours» jusqu'oA allait, chez certains individus.» l'amour delà patrie Un citoyen de la section des Lombards, veuf, avancé en âge, avait quatre fils, appuis de sa vieillesse.« Deux se {wésentent à lui, l'air triste et inquiet. Qu'avez-vous , mes enfants ? leur dit-il. — Mon père.... -T- Je devine ce qui vous agite , vous voulez partir pour les frontières. — Cela est vrai» mon père» et ce qui nous afflige, c'est que nous voudrions partir tous les quatre. — Quoi! pas un devops ne veut rester auprès de moi.... Eh bienl ne vous chagrinez pas , j'approuve votre zèle, et quelque peine que j'aie à me séparer de vous» je sens que vous avez raison , et vous en estime davantage. »

Au moment du départ des volontaires , le vieillard se promena sur le boulevard de l'Opéra, aperçut ses fils dans les rangs des soldats, leur serra la main» leur dit adieu , et leur recommanda surtout de bien ee battre. Puis le bataillon se mit en route ; mais le vieillard, les larmes aux yeux, n'a-

* Celait la Toii de Lanjuinait. Mémoires tur les journées de septembre I7()a.

240 VOLS BAM8 PA«i6. (Septembre 1792.)

percevant pins ses enfants , mais découvrant encore le drapeau sous lequel ils marchaient, s'écria: — Mon Dieu! comme ce drapeau s'éloigne vite!... Abl si je n'étais pas si vieux , je les suivrais... * »

Qu'on nous vante après cela la Grèce et Rome 1 Cet homme faisait i la patrie le sacrifice de ses quatre enfants , et quand on lui demanda si le départ de ses fils ne le laissait pas dans la misère, il répondit avec une noble confiance dans le pays : « Mes concitoyens auront soin de moi. »

Il n'y a peut-être qu'une chose pluç magnifique encore que l'action de ce vieillard, c'est sa dernière ^réponise.

Mais des malveillants profitèrent deToecasidn des offrandes pour voler dans Paris. Us se répandirent dans les rues et dans les marchés , en criant qiie les bijoux inutiles devaient être destinés à augmenter la somme du numéraire pour les frais de la guerre. Ce n'était qu'un prétexte inventé par les septembriseurs, désireux de prolonger l'orgie conunencée dans les premiers jours du mois. Ils arrachèrent aux passants leurs montres, leurs bagnes, leurs boudes d'oreilles» au risque de les blesser. Chose singulière, et quipou^ rait faire accuser quelques membres de la commune d'avoir pris secrètement part à ces désordres! Plusieurs de ces Toleurs étaient accompagnés d'hommes portant des balances pour peser les bijoux ; d'autres, avec le plus grand sérieux du monde, en délivraient des reconnaissances ; il s'en trouvait même qui avaient revêtu l'écharpe municipale, afin de donner à leurs rapines un air respectable. — de les rendre meiure rholuiionnaire^ comme les 2 et 3 septembre. Ces volis eurent lieu à Paris , et dans les environs, où quelques laitières, s'en revenant de la ville, furent entièrement dévalisées. Les pillards disaient^'tfs faisaimi l'extérieur^ et que bientôt ce serait le tour de Tintérieur» c'est-à-dire qu'après avoir suffisamment volé dans les rues. Ils s'introduiraientdans les maisons **. Les sections se rassemblèrent, jurèrentde faire respecter les personnes et les propriétés, et firent de nombreuses patrouilles. La municipalité afficha uneproclamatlon; ^étion rendit compte des désordresà l'assemblée. Mais, il faut le dire, le peuple seul , d'après sa seule inspiration, parvînt à étouffer le tumulte, en égorgeant quelques-uns des pillards.

Ces vols précédèrent un vol immense et à jamais célèbre dans l'histoire de France. Le 16, eut lieu ce que l'on a appelé pillage du garde^meuble de ht couronne. Des mallàiteurs se saisirent des bijoux et des pierres précieuses contenus dans l'établissement; ils montaient, dit*on, à la somme de trentesix miUiom. La commune a été accusée d'avoir profité du pillage , sinon de l'avoir dirigé.

Nous donnons, à cet égard , le billet écrit par Pétion , et adressé i San* terre, commandant-général de la garde nationale

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* Lettre d'une citoyenne de la leciion des Lombards, au ivdactcur du Moniteur univeneL

** V. les lUftfolHiioHs de Pans, t. XIH.

*** Voyez \v foc simile d'autographe ci*>joint.

yLtkkxrv) Oc/ û^ilfAAJCM^^ ( <^c/

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