‹ Histoire-musée de la République francaiseChapitre 37 sur 74 · COMPLAINTES · texte numérisé non relu

COMPLAINTES

(Janvier 1793.

liëla»! Mpt mois te p—èrent [sic) Oans celle horrible prison ; J'entends troupes et bataillon, <^)ùi se disent, nous sommes frères; U but garder sans hçoa.

Ne point perdre le Cochon.

A la oooventâoa je iiuie.

On me cimdaicà rinaiani, Pour entendre mon jugement, OA Ton me connaît pour pariure De là je fas ainsilôc Gooduic dcwM l'échafiMid.

Hélas: voilà labime:

Cesc quand on Tient m'arertir On me dit qu'il £aut partir, Que le peuple est sons les ahncs Pour mon dernier jugement :

Allons, panons, il esc temps:

ie> mdiauc q^UfaàL mu, peuple.

Adieu, peuple de la terre :

Adieu donc, peuple français.

Je Tais Toir le roi des rois; Je Tais fiermer la paupière Sous le glaÎTe de la loi,

écanc cÎNleTaiit roi *.

Cette complaiDte était contre Loais XVI. Palissot en composa et pablia une en romance^ qui se vendit presque autant le jour de Texécntion, et qui implore la pitié des Français pour le roinouirtyr. L'air de cette romance , observe l'auteur lui-même, se préstntait de lui^méne; c'était , dit-Il, et ce ne pouvait être que l'air de la paeeîon de Jétuê-Chriet, comme le plus respecté du peuple, et le plus analc^ue à la circonstance.

Français , je suis né votre roi Des droits de mes ancêtres;

^Verries-Tous couler sans ef hvi Le pur sang de vos maîtres?

Vn tribunal de factieux Me condamne au supplice :

Peuple séduit, ouvre les yeux Tu n'es pas leur complice.

^ui leur donna la liberté Dont je suis la rictime^

Ce fut un don de ma bonté.

Ma bonté fut mon crime.

Un jour TOUS pleurera. Français, En lisant num histoire;

Je jouirai de^Tos regrets Au séjoar de la gloire.

Mais en offrant à Dieu pour tous Le sang qu'on n répandre,

Des traits du céleste] courroux Je saurai vous défendre.

Je lui dirai : Dieu de bonté, SauTe un peuple infidèle;

Tu mourus pour l'iniquité.

J'ai sniri mon mod^e. **

* Cette pièce historique fait partie de la collection de M. I..atcrrade. Cesl ce qu'on appelle on tanari du temps.

** Ces strophes furent composée» dans la matinc^dn 21 jaurier 1791. — Le lecteur comprendn quel intérêt liîMoriquc s'attache à ces émanations do l'opinion publique, pour un événement tel <fw^ «tiort tic I/Ouis XVI.

Lt FBIKCB PLEDKÀKT.

HooB avons la betneoiip d'antres coinplaîales et romances sur la mort é/ LoDû XVi. L'nae commeoee par ces deux vers :

Xiînwù U Tcnn, U jutin^ etc., etc.

L'aube dit , sur l'air comment goûter quelque repot

Une dernière eoSa se chante sur l'air fritte raûo», j'abjure ton empire.

Buiilam dee nu. mptn de met lim ; ru., oc.

Le pinceau déplora, lui aussi, l'alTreoBe destinée du ci -devant roi, ou bien célébra le beaujenr du 21 janvier. Comme exemple du premier cas , Toyez cette gravure reiwésentant la froiica ^^simM mr l'une cinéraire de

jMiixri'.

286 HONNKURS A LKPKLLETiRR. (Janvier 1793.

Elle a été publiée en Angleterre , oik la mort de Louis avait soulevé tant ûo haine et d'indignation contre les Jacobins. Comme exemple du second cas , nous citerons une gravure intitulée :

MATIÈRE A BJÊFLBCTION (sxc) POUR LES JONGLEURS COURONNAS.

C'est une main qui tient pat les cheveux latétecoupée de LoiiisXVI. Au bas on lit: Qu'unsang impur abreuve no$ eiUonsI et un extrait de la troisième lettre de Robespierre à ses commettants *.

Quant i la presse républicaine,. elle rendit ainsi compte de l'événement. Marat , dans son journal , dit : qu'en prononçant la mort du tyran , la convention s'était montrée bien grande, la chronique de Parie raconta simplement les faits suivant son habitude. Le Républicain proclama que le peuple €( était à la hauteur de sa souveraineté, » parce qu'il n'avait manifesté ni joie, ni regret, pendant l'exécution. Le pire Dueheene fit l'oraison funèbre de Louis, diatribe. Les Révolulione de Parie mirent pour épigraphe à leur article sur la mort de Louis : Diecite juetiliann moniti. Le journal de Petlet dit que tout cela appartenait i Thistoirequijugeraiten dernier ressort. Le jouma/iiesimii, enfin, journal rédigé par Fauchet , publia une tirade que l'on ne peut appeler que galimathias , et au travers de laquelle il était difficile de démêler les véritables pensées du journaliste. Ce fut, parmi les conventionnels, et parmi les écrivains politiques , un assaut à qui injurierait le plus la mémoire du défunt roi. Lorsqu'ils en parlaient, ils le qualifiaient de Louû le raccourci, ^i appelaient Louis XVK, le Louveteau du Temple**; c'étaient là les termes contractés.

Disons maintenant qnels furent les honneurs rendus i Michel-Lepelletîer , dont la mort fit plus d'effet encore que celle de Louis XVI, qu'elle contre-ba> lança aux yeux des gens indécis sur la justice de la condanmation.

Le 22, Marie- Joseph Chénier prononça devant la convention l'éloge de Lepelletier. Le jeudi 24, i dix heures du matin, son lit de mort fut déposé sur le piédestal où était la statue équestre de Louis XIV, place des Pique» (ci-devant place Vendôme). Deux escaliers garnis de candélabres à l'antique sur leurs rampes, conduisaient au piédestal. Le cadavre de rearce/fenf patriote^ était étendu sur le lit ; il était nu jusqu'à la ceinture, et environné de draps ensanglantés , du sabre de de Paris. On voyait parfaitement biensa large et profonde blessure. Dès que la convention et les diverses autorités furent arrivées sur la place, une musique lugubre se fit entendre. Elle était de la composition de Gossec. La convention se rangea autour du piédestal , et le président posa une couronne de chêne et de fleurs sur la tète du martyr de la liberté , pendant qu'un fédéré prononçait l'éloge du défunt.

* (LiliinettleM. Litcrrade.

** DemicfTf annéet de Lonh Xt'I, par Franco» Uuc.

'Janvier 1793.* convoi de i.epkllbtier. 387

A deux heures, le cortège se mit en marche pour aller au Panthéon. 11 s'avançait dans l'ordre suivant :

Uo détachement de cavalerie précédé de trompettes avec sourdines. — Sapeurs.— Canonniers sans canons. — Détachement de tambours voilés. — Déclaration des droits de l'homme, portée par des citoyens. — Volontaires de six légions, et vingt-quatredrapeaux.— Détachement de tamhours.— Unebanoièresur laquelle était écrit le décret de laconvention, qui ordonne le transport du corps de Lepelletier au Panthéon. — Élèves de la patrie. — Les commissaires de police. — Le bureau de conciliation. — Les juges de paix. — Les présidents et conmiissaires de sections. — Le tribunal de commerce. — Le tribunal criminel provisoire. — Les six tribunaux du département. — Le corps électoral, le tribunal criminel du département. — La municipalité de Paris.— Les districts de Saint-Denis et du bourg de l'Égalité. — Le département. — Le tribunal de cassation, —Figure de la Liberté, portée par des citoyens. — Détachement de tambours. — Le faisceau des quatre-vingt-quatre départemeots, porté par des fédérés. — Le conseil exécutif provisoire. — Détachement de la garde de la convention nationale. — : Les vêtements ensanglantés de Lepelletier, portés au bout d'une pique, avec festons de feuilles de chêne etde cyprès. — Convention nationale : les députés marchant sur deux colonnes de deux. — Au milieu des députés, une bannière, sur laquelle étaient écrites les dernières paroles du martyr : a Je suis êolisfaii de verser tnan sang pour ma fairie.j' espère qu'il servira à consolider la liberté et V égalité, et à faire emnaître nés ennemis. » — Le corps porté par des citoyens, tel qu'il était exposé sur la place des Piques. — Autour du corps, des canonniers, le sabre nu à la main, accompagnés de vétérans. —Musique de la garde nationale, exécutant des airs funèbres pendant la marche. — Famille du défunt. — Groupe de mères <x)nduisant des enfants. — Détachement de la garde de la convention. —Tambours voilés. — Volontaires des six autres légions et vingt-quatre autres drapeaux. — Tambours voilés. — Fédérés armés. — Sociétés populaires. — Cavalerie et trompettes avec sourdines. —

De chaque côté du cortège, des piquiers formaient la haie, en tenant leurs piques horizontalement, à la hauteur des hanches.*

Les stations se firent sur la place du club des Amis de la Liberté et de l'Égalité, vis à vis l'Oratoire, sur le Pont-Neuf, sur la place des séances de la Société des droits de l'homme, au carrefour delà rue de la Liberté (rue Monsieur-le-Prince], place Saint-Michel, et, finalement, sur la placedu Panthéon.

Le corps est entré dans le monument, et a été placé sur une estrade disposée pour le recevoir; la convention s'est rangée autour; on a exécuté un beau chœur religieux de Gossec.ct le frère de Michel Lepelletier a prononcé un dirrours, qu'il a achevé par ces paroles : Je vote, comme mon frère, la mort de*

* Voyez le Monileur universel, numéro du 27 janvier 171^3

288 LA viLLB OB LA NATION. (Janvier 1793.)

tyrani. Les représentants de la nation se sont promis union et fraternité sur le corps du roartyr, et ont juré de veiller au salut de la patrie; puis, tout le monde s'est retiré, pendant qu'un grand chœur à la Liberté terminait la funèbre cérémonie.

11 était impossible de rendre des honneurs plus magnifiques à un citoyen. Le lendemain du convoi de Lepelletier, sa veuve, ses frères et sa fille furent admise la barre. Félix Lepelletier, celui qui avait voté la veille là mort de» tyrans^ prit la parole en ces termes: « Citoyens, permettez-moi de vous présenter ma nièce, la fille de Michel Lepelletier : elle vient vous offrir, ainsi qu'au peuple français,8a reconnaissance de Tétemité de gloire à laquelle vous avez voué son père. » Cela dit, il souleva la jeune citoyenne Lepelletier dans ses bras, et lui faisant porter ses regards vers le président de la convention, il lui dit : ManUce^voilà maintenant tan père. Il s'adressa ensuite à tous les membres de l'assemblée et à tout le public des tribunes, et leur dit : Peuple, voiià voire enfant / .. » En effet, sur les motions du président et de Barrère, la petite Suzanne Lepelletier fut unanimement adoptée par la convention nationale, action bientôt approuvée et ratifiée avec empressement par le peuple français, très-chagrin de la mort de l'excellent patriote, et qui chantait, en pleurant, la complainte composée à propos de ce funeste événement, sur l'air du Mariehal de Saxe. En voici les strophes les plus originales. :

Park e»t dam les larma, Monttre d'aristocratie,

La république est en deuil, Tu nous prends un défenseur.

De voir réduit au cercueil, Pour avoir avec honneur

Gtoyens, rersons des larmes. Bien défendu sa patrie.

Pour nous quel triste fléau Paris, infiftme bourreau.

D'avoir perdu Saint-Fargean. Tu .nous raris Saint-Fargeau. *

La petite Suzanne fut appelée plus tard /U/e de la nation.

Pendant plusieurs jours, tous les départements payèrent leur tribut d'hommage à la mémoire de Lepelletier. Curtius, le marchand de figures de cire, exposa son cadavre sculpté, étendu sur un lit de mort, tel qu'il avait été placé sur le piédestal de la place des Piques, et conduit au Panthéon**. La ville de^ Saint-Germain-en-Laye se distingua à l'occasion du service funèbre. HOIe orateurs exaltèrent les vertus de l'illustre mort, et ne manquèrent pas de jurer, devant son buste, haine aux tyrans et aux oppresseurs.

Louis XVI et Michel Lepelletier avaient succombé presque le même jour, et la mort de chacun d'eux eut un énorme retentissement en France et en Europe. L'échafaud qui s'était dressé pour le ci-devant roi effraya tous les souverains couronnés. Le poignard de de Paris émut plus puissamment qu*au> cune autre action la sensibilité des masses. Ce n'est pas à nous de discuter si

* Collection de M. Laterrade.

■ ** Mvolutions de Paris, par Pntd'homme.

Janvier 1793.) iièFLExiONS sur la mort m lolis. -28d

la condamnatioa de Louis porte, d'ailleurs, les caractères de la saine justice . Cependant , il est un point que nous ne pouvons passer sous silence , sans faillir à notre rôle d'historien. La mort de Louis XVl était>elle opportune , dans la situation où se trouvait la France? Nous ne le croyons pas. Elle rendit implacable notre lutte avec les alliés ; elle força la révolution i subir les attaques de toute l'Europe coalisée. A dater de la mort de Louis XVI , la France devint essentiellement militaire, étant complètement obligée de veiller â l'intégrité de son territoire. Nous ne nions pas que, politiquement parlant, Louis XVl n'eût mérité la mort, — étant condamné, bien entendu , par un autre tribunal que par la Convention ; — mais nous pensons que les juges auraient dû se borner à une détention perpétuelle. La royauté ne péri^s^t pas avec Louis XVI; la légitimité était li pour appeler au >rône Louis XVll, et, au besoin, le comte de Provence. On le sentit si bien, que la question d'opportunité fut soulevée par quelques conventionnels. Louis XVI mort, il n'y avait plus d'alliance possible avec les souverains étrangers. Quant au lien des peuples entre eux, il ne pouvait être durable , en admettant qu il se fût rormé. Les peuples de l'Europe n'avaient pas encore, comme nous, passé par toutes les pbases, par toutes les vicissitudes d'im * régénération politique. La propagande, au cas où le peuple français eût agi prudemment, pouvait se faire par les princip»*s; une fois la querelle envenimée, elle ne put que se blottir sous les drapeaux de la conquête. Qu'on y réfléchisse : la mort de Louis XVI a , plus qu'on ne croit , contribué à faire Napoléon ; et Napoléon n'a-t-ll pas étouffé les ardeurs libérales avec les fumées de la gloire? Ce n'est pas tout encore : Louis XVI prisonnier eût été toujours accablé sous le poids de sa culpabilité qui était réelle; Louis XVI guillotiné devint martyr, et bien vite on oublia le coupable pour plaindre l'infortuné.

La révolution devenue essentiellement militaire ! c'était sa chute et son anéantissement. A l'extérieur, on se battit; à l'intérieur on gouverna par des roots et par du sang, jusqu'à ce qu'un homme se levât pour tout C4)nfisquer à son profit, et pour ramener les choses au temps de l'absolu Louis XIV.

Le système de ceux qui votèrent la mort de Louis XVI, afin de faire peur ûux tyrans, est en tout point erroné. Quoi qu'on fasse, et à moins qu'on n'établisse une république ou une monarchie européenne , il y a une politique de peuple à peuple ; et cette politique consiste à contrebalancer entre eux, dans un juste équilibre, les intérêts de chaque nation. L'esprit de liberté n'avait pas été encore assez répandu en Europe, pour que les peuples voisins imitassent la France et jugeassent leurs souverains. Non , les tyrans ont eu peur, et ils ont entraîné leurs sujets dans leur querelle. Seulement, nous le répétons, ils jurèrent, en apprenant la nouvelle de la mort de Louis XVl, de venger les droits de la royauté.

Nous faisons au reste, une distinction entre la personne politique et la personne privée de Louis XVL Le roi avait manqué à sa conscience qui était la

290 i/homm£ et le roi. (Janvier 179.).;

constitution ; il avait dévié de la route , il avait cru pouvoir arrêter le flot tévolutionnaire : il était coupable. L'homme, au contraire , était une doace et bonne nature , propre à toute chose , excepté à gouverner. Son irrésolution venait moins de la crainte que de son incapacité. Dans tous les temps, Louis XVI eût passé pour un honnête Aomme; pour l'époque où il vivait, c'était un inauvaisroi. En efîet, si on examine sa conduite d'après les principes d'absolutisme, il manqua de cette fermeté qui est l'âme d'un monarque absolu ; si on le juge au point de vue libéral, il ne comprît pas ou ne voulut pas accomplir la tâche que ses propres serments lui avaient imposée. Nous avons gémi sur ses infortunes , sur ses douleurs, sur ses souffrances physiques et morales pendant les derniers mois de sa vie , mais nous n'avons pas pour cela oublié qu'il était roi , et que la Providence lui avait confié une impérieuse mission. Pour parler le style régicide, nous avons des larmes pour Louis Capet, et nous adressons nos reproches à Louis XVI.

La mort et le convoi de Michel Lepelletier donnèrent au peuple la manie des apothéoses républicaines. Il ne faudrait pas se tromper sur la valeur des honneurs qui lui furent rendus par la convention : c'était moins à lui-même, qu'à la cause pour laquelle il avait succombé , que les députés accordèrent leurs hommages. Lepelletier ne jouissait pas d'une réputation bien répandue dans le public. Sa mort seule l'a rendu populaire , ^bien qu'il fût nourri des sentiments les plus républicains. Son convoi appelle ceux de Chàlieretde Marat ; et le temps n'est pas loin où nous verrons accolés partout les noms de ces trois martyrs de la liberté.

FI> DU chaphrb dix-huitièhik.

(Janvier 1793.) bapprochkmkhts. 291

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