ÉLECTUAIRE
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Extract. Opii Smyrn ...... 50
Extract. Nucis Bethel 30
Extract. Pentaphyl 6 j F. S. A.
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Stanislas de Guaita, qui a reproduit cette formule « d'un effet prompt, véritablement prodigieux, et » dont il est sûr », dit-il, ne conseille cependant à personne d'en faire usage. Il se garde donc d'indiquer la dose d'une prise.
* La racine d'ellébore étant un irritant, ne doit être employée qu'avec précaution.
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" A sa suite, bien qu'il évite de mentionner sa source, j'ai recherché l'origine de cette drogue que j'ai retrouvée dans un ouvrage de magie noire dû à un médecin du xvif siècle. Mais je partage trop son scrupule : il y a dans celte formule des substances dangereuses, et mieux vaut ne pas indiquer la dose.
Grâce à ces moyens, les « honnêtes gens » aussi bien que les « gens de qualité » pouvaient aller au sabbat sans quitter leur logis... Ce n'était là qu'une douce folie causée par le volontaire usage de substances psychiques.
Mais un autre facteur, qu'il ne faut pas omettre, a puissamment contribué à la formation du démon tel qu'il nous apparaît de nos jours.
Pendant toute la période troublée du Moyen Age , il n'existait qu'une seule autorité constituée — fortement constituée : l'Eglise. Le roi était bien loin du peuple ; ses hauts barons, ses feudataires, sans cesse en guerre les uns contre les autres, ne respectaient guère que la population des villes, parce qu'elle pouvait se défendre elle-même, organisée en commune ; et encore n'était-elle pas à l'abri de toute vexation. Quant à la population des campagnes, elle était livrée à toute la sauvagerie des grandes compagnies, des partisans, des routiers, quand ce n'était pas le seigneur même de la région qui, fort de la force de ses hommes d'armes, pressurait ses misérables vassaux jusqu'au sang. La police n'existait que dans les cités, — et encore! La justice n'était qu'un mot...
i66 HISTOIRE MYTHIQUE. DE SHATAN
Alors, pour réfréner les passions que rien ne bridait ici-bas, l'Église eut recours au démon et à la frayeur qu'il inspirait. Elle menaça de l'enfer ceux qu'elle ne pouvait pas menacer des juges. Elle. jEit luire à la vue des puissants, que nul frein n'arrêtait en ce monde, les flammes qui, dans l'Au-delà, devaient dévorer à jamais les criminels. Elle s'ingénia, en un mot, à faire du diable le gendarme, et, pour dire le mot, l'épouvantail de la terre.
D'aucuns lui en ont fait un reproche : je ne suis pas de tel avis. Pour quiconque examine froidement, historiquement, cette période de crimes monstrueux et de lamentables injustices, cepandémonium d'atrocités que fut le Moyen Age, il fallait trouver un frein à tant d'abominations. Celui qu'affirma l'Église arrêta les plus puissants sur la pente du mal : l'Église fi.t donc œuvre saine en produisant, en appuyant de toute sa force un Etre de maudissemcnt, corollaire nécessaire du Dieu de justice qu'il fallait faire flamboyer alors pour mater les puissants, les rois euxmêmes, que, pour la plupart, la seule crainte de Shatan était capable de maintenir dans les voies d'une vague moralité.
Le malheur fut que l'Église, à la longue, se prit à son propre piège. Lorsque l'ordre se fut établi, les mœurs adoucies et la justice introduite dans les relations humaines, l'état de semi-barbarie avait si longtemps duré, que l'existence du démon et de l'enfer de flammes était devenue en quelque sorte un article
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de foi ; tous les clercs étaient arrivés à croire religieusement au diable, et terrifiaient les foules par cet enseignement, Et puis, il est un défaut très humain : c'est qu'on ne renonce jamais facilement aux moyens qui donnent la puissance — et cette croyance assurait trop le pouvoir de l'Église pour que l'Église y renonçât bénévolement. De là cette recrudescence de puissance et de folie qu'acquit Shatan dans les premiers siècles des temps modernes.
Mais une autre forme de cette folie, dangereuse celle-là par ses conséquences, et qu'aujourd'hui l'on appellerait de l'hystérie démonopathique, dévastait l'Europe centrale comme une formidable épidémie.
De toutes parts ce n'étaient que moines ou laïcs, bourgeoises ou nonnes qui se prétendaient possédés du démon, ce qui ne présentait de gravité qu'au point de vue religieux, mais ce qui avait l'issue la plus terrible pour les victimes. Car on n'hésitait pas à accuser le premier venu, parfois par hostilité, souvent au hasard, comme étant Fauteur de la possession. Et alors naissaient ces formidables procès criminels où tout serait grotesque si tout n'y était odieux, si de malheureux martyrs n'en avaient trop souvent payé les frais avec leur sang, avec leur vie !
Mais c'était surtout dans les couvents de filles que semblait alors s'être fixé le démon — hystérie et mysticisme, dirait la Science d'aujourd'hui : — En 1609, le couvent des Ursulines d'Aix; en 1613, celui de Sainte-Brigitte, à Lille; en 1632, celui des Ursu-
Unes de Louduii, et d'autres, sont successivement la proie du diable... on appelle des médecins qui loin de procéder à une cure méthodique, semblent n'attendre la guérison des malades que de l'efficacité des exorcismes...
Et cela se comprend, car la jurisprudence du temps était que « quiconque prétend nier un fait de possession démoniaque, doit lui-même être considéré comme possédé. » Dans de telles conditions, il fallait être doué d'un véritable courage pour oser faire entendre une protestation dont le prix presque assuré était la hart ou le fagot! C'est ce qui explique que cette épidémie démonomaniaque se soit si longtemps prolongée.
Au commencement du xvif siècle, elle atteint son apogée. A cette époque, le diable est partout, en tout, sur tout... Quoi que ce soit qui dépasse les bornes de la compréhension humaine, le diable seul en est cause; c'est lui qui motive tout, c'est lui qui explique tout; on ne peut ouvrir un livre sans en entendre parler, faire un pas sans le rencontrer, un geste sans se heurter à lui : il préside alors à toutes les actions, il mène le monde, il est tout !
Et, dans ce perpétuel affolement que cause sa terreur, les sorciers de bas étage ont beau jeu. C'est sous son égide que la Voisin, la Brinvilliers, la Vigoureux, les Exih, les Lesage et bien d'autres colportent leur pondre de succession ; c'est alors que le roi se voit dans l'obligation de créer, sous le nom
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de Chambre Ardente, un tribunal d'exception chargé de connaître tous les crimes qui s'abritaient sous le voile du satanisme. On cherche le diable partout, à travers les empoisonnements qui atteignent jusqu'au pied du trône, menaçant Louis XIV luimême. Et c'est alors que, au conseiller La Reynie, président de ce tribunal de sang, qui lui demandait si, dans ses entretiens avec les sorciers, elle avait vu le diable, la duchesse de Bouillon, à qui sa haute situation donnait son franc-parler, répondit : « Je le vois en ce moment, la vision est fort laide : il e st déguisé en conseiller d'Etat. »
Mais il fallait que la plaie fut bien profonde pour que les plus grands personnages se vissent inculpés devant le redoutable tribunal. La comtesse de Soissons jugea prudent de se retirer à Bruxelles ; le maréchal de Luxembourg fut jeté à la Bastille, où il demeura quinze mois.
Toutefois il convient de dire que cette juridiction d'exception fut surtout dure aux petits et aux humbles ; ceux qui avaient eu le tort de servir les grands dans la satisfaction de leurs goûts, de leurs vices, de leurs passions, furent impitoyablement frappés. C'est ainsi que la Vigoureux paraît avoir payé pour quelques seigneurs de la cour qu'elle avait aidés de ses conseils et de son entremise. Mais l'affolement était tel que la redoutable « Chambre Ardente » de celte époque fut amenée à répandre des torrents de sang.
C'est qu'aussi nous sommes à une période de
ténèbres intellectuelles et morales, où fleurit le Pacte avec les puissances mauvaises ; partout le maléfice foisonne, le charme opère, l'incantation vénéneuse fait des victimes, les Philtres, Charges et Sortilèges se rencontrent, et l'envoûtement vise même le trône ; le nœud de l'aiguillette est si commun qu'à cette époque l'immonde épreuve publique du congrès est en pleine efflorescence, ce qui amène des résultats étranges comme, par exemple, de voir tel seigneur de la cour déclaré à Paris non marié valablement pour cause d'impuissance, pendant que, simultanément, le parlement de Rennes le condamne comme convaincu d'avoir engrossé plusieurs filles à la fois. L'évocation des morts va de pair, et toutes les horreurs, toutes les abominations s'ensuivent.
J'ai parlé de l'atroce « messe noire » de ce temps : il me reste à dire quelques mots des pactes et des sortilèges démoniaques.
En cette heure mauvaise où chacun croyait ferme-
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ment au diable, prometteur de jouissances inouïes, de richesses immenses et d'un pouvoir au-dessus de toutes les puissances de la terre, il n'était personne, du sommet au bas de l'échelle sociale, qui n'eût le prurit de signer un pacte avec Shatan.
Les uns lisaient leur grimoire, acheté à grands frais, à la page des évocations, et prononçaient les formules conjuratoires y indiquées. Les autres se rendaient à minuit en un carrefour de quatre chemins,
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y sacrifiaient une poule noire et l'enterraient avec des paroles magiques.
Alors les théologiens discutaient gravement — et non sans terreur, semble-t-il — de la validité des pactes, et de leurs différentes espèces.
L'abbé N. S. Bergier, résumant toutes les idées qui avaient cours dans son siècle, écrit sérieusement dans son Dictionnaire théologique : \
(( Un pacte est une convention expresse ou tacite « faite avec le démon, dans l'espérance d'obtenir par (( son entremise des choses qui passent les forces de « la nature. Un pacte peut donc être exprès et formel, « ou tacite et équivalent. Il est censé exprès et force mel : 1° lorsque par soi-même on invoque expressé- « ment le démon, et que l'on demande son secours, (( soit que l'on voie réellement cet esprit de ténèbres, (( soit que l'on croie le voir ; 2° quand on l'invoque par « le ministère de ceux que l'on croit être en relation « et en commerce avec lui ; 3° quand on fait quelque « chose dont on attend l'effet de lui. Le pacte est seu- (c lement tacite ou équivalent, lorsque l'on se borne à « faire une chose de laquelle on espère un effet qu'elle (( ne peut produire naturellement, ni surnaturellement, « ni par l'opération de Dieu, parce qu'alors on ne peut « espérer cet effet que par l'intervention du démon. »
On voit quelle extension avait pris le commerce avec le diable, puisque en se tenant dans les limites du pacte tacite, il était difficile d'entreprendre quel-
* Il a publié son dictionnaire à la fin de sa vie, en 1789 ; mais, né en 1718, il avait vu de près toute la névrose démonopatlîique de cette période.
que chose de hasardeux sans être assuré de ne pas, par suite, se trouver lié avec Shatan.
Les pactes de cette époque foisonnent dans nos annales; ou en rencontre dans toutes nos grandes bibliothèques publiques, au département des manuscrits. Celui sur le vu duquel fut condamné Urbain Grandier n'était qu'uiie copie « l'orignal étant en enfer» dit le texte \ Ces pactes, quand ils sont en original, sont généralement écrits avec du sang, et portent, à côté de la signature humaine, un critérium qui est parfois un trait de plume (Gollin de Plancy, dans son dictionnaire infernal, enregistre plusieurs de ces seings) ; mais le plus souvent c'est une marque particuUère, telle que, par exemple, un trou dont les bords sont brûlés comme si le parchemin avait été traversé d'un fer rouge. Dans le traité de théologie qu'il pubUa en 462S, Gilbert de Vos reproduit une originale signature de démon : c'est une croix à branches égales surmontée d'une silhouette de main. L'explication porte que ce signe a été laissé par le diable apparaissant sous la forme d'une jeune fille...
Au reste alors, même les enfants se livraient couramment au démon. Marie Desvignes ne fut-elle pas sorcière à treize ans, et Catherine Polus ne fut-elle pas condamnée pour ce fait à l'âge de huit ans ? Cette dernière appartenait à une famille dont tous
^ De nos jours, il est encore des gens assez naïfs pour faire ûes pactes. On trouvera dans une brochure de Papus « Peut-on envoûter? la très curieuse reproduction d'un pacte contemporain.
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lés membres, sans exception, se déclaraient voués au démon. Ce seul fait montre à quel point en était arrivée cette épidémie d'hystéro-démonopathie.
Gomment, demandera-t-on, peut-il se faire que telle folie ait pris tant d'extension, puisque l'inexistence de Shatan étant démontrée, la sorcellerie qui semble au prime abord être une émanation diabolique, ne devait posséder aucun pouvoir, arriver à aucun résultat?
Il y a dans cette question, qui à première vue semble logique, une énorme erreur dont successivement le Moyen Age et les Temps Modernes ont été victimes, et dont nous subissons encore les conséquences à l'heure actuelle. Au contraire, les sorciers de jadis avaient un réel pouvoir, lorsqu'ils en étaient convaincus, et ce pouvoir allait jusqu'à produire des effets physiques — je ne parle pas ici des empoisonnements qui trop souvent se commettaient à l'ombre de la magie noire, mais seulement de la puissance étrange que l'homme, dans certains cas, peut exercer sur ses semblables. Je verrai plus loin quelle était la force à laquelle ils faisaient appel, croyant, dans leur ignorance, avoir affaire au diable : il me suffira pour l'instant de faire remarquer d'une part l'étrange analogie que l'on trouve entre les signatures ou pantacles diaboliques apposés sur les pactes, et les signes ou figures obtenues, à l'aide de la seule force psychique par des expérimentateurs de nos jours tels que M. de Guldenstubbé — et, d'autre part, les indé-
niables rapports que l'on rencontre entre le sigillum diaboli ou endroit insensible que présentait à la justice d'alors le corps des anciens pactisants, et l'anesthésie corporelle qu'étudient de nos jours sur les sujets hypnotiques, la Salpétrière et l'école de Nancy.
d° La messe stercoraire.
Que dirai -je de cet office qui symbolise à l'époque contemporaine un des deux courants du satanisme?
Il me suffira de marquer que la messe noire, quelque peu grandiose dans les surgeons du manichéisme, tombée dans l'odieux sanguinaire à la suite du Moyen Age, est de nos jours engluée dans une boue fétide. Il me répugne de salir ma plume à de telles ignominies : aussi serai-je bref.
A plusieurs reprises, il m'a été proposé de me faire assister à la messe noire : on ne me demandait que ma parole d'honneur écrite de ne jamais révéler à qui que ce fût les rites dont je serais témoin.
Au premier abord, il n'y a pas à se le dissimuler, une pareille offre était des plus séduisantes pour qui veut sonder, en haut comme en bas, tous les mystères de l'être, et en somme, pour moi, il y avait là la curiosité d'une étude nouvelle et rare sur le maléfice. Mais un motif m'a toujours fait reculer au dernier moment, — ■ S'il y a des satanisants dont la croyance
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n'est qu'une sorte de mysticisme de folie, dans le plus grand nombre des sectes le dogme semble aujourd'hui basé sur Vantiphysisme — que l'on me pardonne ce néologisme employé à dessein — et, dans l'occurrence d'une descente de police, toujours à redouter en pareille matière, ily ades gens en compagnie desquels il est par trop humiliant de se faire ramasser : c'est une tare que je n'ai jamais ambitionnée, que de voir mon nom accolé, au cours d'une enquête judiciaire, à ceux de X... ou Y..., que l'on rencontre sur les carnets de la brigade des mœurs ! A quelle catégorie appartenait le milieu où l'on m'offrait de m'introduire? C'était pour moi une question capitale — mais une question que, malgré tout mon désir de savoir, je ne . pouvais pas, décemment, poser à mon introducteur éventuel. Je n'ai donc jamais assisté à une célébration de messe noire telle qu'elle se dit à notre époque.
Je n'insiste pas : on me comprendra de reste.
Au surplus je suis heureux de renvoyer le lecteur curieux de ces choses à un maître livre de J.-K. Huysmans, Là-bas, qui résume magistralement cette partie du satanisme contemporain.
Cette partie seulement — car il est une autre face curieuse de ce même satanisme actuel, et cette face est celle-ci : alors que les satanisants proprement dits adorent en Shatan l'éternel adversaire de Dieu, un autre dogme s'est formé, de nos jours, qui voit en Shatan, Dieu lui-même : — c'est le Luciférisme.
Dieu, disent les Lucifériens, a manqué à toutes ses
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promesses; depuis dix-huit siècles, malgré les assurances du Christ, le monde est toujours en proie au mal et à la douleur : Dieu est resté inactif et muet. Donc, le Christ a trompé le monde, et la divinité au nom de laquelle il a parlé est fausse et mensongère. La conséquence en est que le véritable Dieu, le Dieu de force et de bonté, c'est l'adversaire de Yahveh, c'est Shatan, en ce moment enchaîné par son ennemi, mais devant un jour reprendre son rang, annoncé par l'Antéchrist de qui la famille est déjà connue des fervents. Cet Antéchrist, messager du Dieu-Bon Shatan, sera le premier-né d'une femme qui formera la soixante-dixième génération, depuis le commencement de notre ère, d'une famille où ,en ligne directe, chaque femme n'a jamais enfanté qu'une fille \
Entre ces deux extrêmes que représentent Shatandémon et Shatan-Dieu, il y ^ bi^n des dégrés intermédiaires que n'a pas manqué d'occuper la folie humaine. Mais tout ceci n'est plus de l'histoire de Shatan compris en tant que personnalité ; aussi m'excuserat-on de passer rapidement. Qu'il suffise de savoir que dans l'ancien monde et dans le nouveau, ces petites sectes dissidentes sont légion, surtout en Angleterre et aux États-Unis, où il n'est pas rare de voir quelqu'un s'intituler « Divinité » et fabriquer lui-même sa petite rehgion. Les croyances de toutes ces minuscules églises diffèrent naturellement entre elles, mais
* Cette famille, dont le nom est connu, habite à V. .., au nord de l'Alsace.
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en général, elles sont basées sur un lien commun qui est' la prostitution soit féminine, soit masculine.
En France, la plus connue de ces sectes est celle du Garmel de Lyon, qui fut fondée voici plus d'un demi-siècle par Pierre-Eugène Vintras, dit Stratanaël- Elie ; ce prophète des temps nouveaux fut peut-être un escroc, comme le déclarèrent les tribunaux français, mais certes il fut un remarquable thaumaturge. — «. On ne saurait lui refuser un véritable génie et une puissance étonnante d'attraction » dit de lui l'abbé L.-F. André; et Stanislas de Guaita : « Il fut un des plus prodigieux médiums qui aient manifesté jamais le grand livre des ambiances hyperphysiques ». Sous ses pas surgissaient des hosties sanglantes ; détenu corporellement en prison, il apparaissait à ses fidèles; à sa voix les cloches se mettaient toutes seules en branle; le vin emplissait instantanément les calices qu'il prenait ; le sang fusait d'un tableau religieux de son oratoire... Que l'on ne croie pas que ce fût par prestige : plusieurs de ces faits ont été vérifiés et reconnus authenthiques par la justice. Son second successeur est mort à Lyon, d'envoûtement^, et le
* Dans ce travail, je n'ai eu en vue que d étudier la formation — historique, autant que possible — de la personnalité de Shatan. Je suis donc forcé de laisser en dehors toutes sortes de faits secondaires qui ressortissent plutôt de la magie noire et de la sorcellerie : charmes de mal, possession larvaire, etc.; ces faits sont étudiés particulièrement dans un autre ouvrage {Le Ternaire inaqiqiie de Shatan : Envoûtement, Incubât, Vampirisme, chez H. Daragon, éditeur, sous presse), où je donne sur les messes noires et le satanisme contemporain, de nombreux détails qui
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Garmel, après avoir séduit des esprits cepeiidant élevés et causé d'irréparables chutes, suit obscurément sa voie quelque part, peut-être agonisant, peut-être attendant son heure pour reparaître...
Tout ceci ne forme que les éléments d'un satanisme intellectuel, si je puis m'exprimer ainsi. Mais la véritable Eglise de Shatan, c'est le sabbat. Or, aujourd'hui, à l'aube du xx^ siècle, le sabbat réunit-il encore ses fidèles ?
Hardiment je répondrai oui^ parce que j'ai des preuves pour étayer cette affirmation; mais, ces preuves sont de telle nature que je ne puis les produire, au jour sans désobliger certaines personnes vivantes, que je considère par ailleurs comme de parfaitement honnêtes gens. Je laisserai donc le lecteur libre de croire ou non mon affirmation, au reste désintéressée. Je ferai rernarquer seulement qu'il en est du monde moral comme de la science chimique : rien ne s'y crée, rien ne s'y perd, et telle croyance religieuse, disparue depuis des siècles de la surface du monde, possède encore, ici ou là, quelques rares et irréductibles fervents. Les Gnostiques n'ont-ils pas encore leur Église dont le pape, Synésius \ habite à Paris ? La doctrine essénienne,que l'on peut croire morte depuis quinze siècles, n'a-t-elle pas aujourd'hui
n'ont pu trouver place ici, comme ne rentrant pas dans le cadre que je m'y suis tracé,
^ Nom mystique dont le titulaire, sous son véritable nom très connu, et très honorablement connu, a occupé, si je ne me trompe, une haute situation dans un ministère.
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une importante communauté à Lyon ? A Paris même, il y a peu de temps, n'a-t-on pas célébré les mystères d'Isis? Est-ce que chaque année, au printemps, les derniers Druides de France ne se réunissent pas dans une forêt de Seine-et-Oise, à Test de Paris, pour, à l'aube, y cueillir le gui avec la faucille d'or des ancêtres ?
Que l'on en soit donc assuré, le sabbat nocturne et démoniaque est demeuré, peut-être un peu modifié dans son essence, peut être moins publiquement tenu — les règlements de la police moderne ont des rigueurs auxquelles on est forcé de se soumettre — ; mais celui-là se tromperait étrangement qui le croirait avoir, depuis des siècles, rejoint les vieilles lunes.
Ce chapitre ne serait pas complet si ]e ne disais ici quelques mots sur les démonographes contemporains.
Aujourd'hui que le diable est officiellement reçu par l'Église, que son existence y est affirmée, que sa personnalité, bien que tirée comme on l'a vu d'une origine des plus douteuses et basée sur les preuves les plus fragiles et les plus discutables, y est mise hors de doute par dix-huit siècles d'une légendaire possession d'état, les démonographes foisonnent parmi le clergé. Non pas que tous les prêtres catholiques ou ministres protestants soient également convaincus, car un prêtre âgé, avec qui je discutais un jour, cette question, conclut en me disant avec un sourire où la tolérance se mêlait à un léger scepticisme : « Vous savez!... en toutes ces choses, ily a à prendre et à
laisser ! » Sans s'en douter, il exprimait et résumait en langage familier, le décret conciliaire de Trente, si plein de doutes, de déclarations alambiquées et de négations déguisées.
Et, chose éminemment remarquable, qui montre combien le clergé se montre réservé en ces matières, les trois grands démonographes de ce siècle ont été non des prêtres, mais des laïques.
Le premier, M. de Mirville, a écrit, sur le spiritisme, qu'il traite — naturellement • — de satanisme, huit gros volumes in-quarto, où tous les phénomènes psycho-nerveux, quels qu'ils soient, sont indistinctement rapportés au diable. Ce que l'on peut dire de plus indulgent sur son vaste factum^ c'est que l'auteur devait être à tout le moins possédé, lui-même, par le démon du désordre, car, avec son manque de plan, ses discours accessoires et ses volumineux appendices, il est très difficile de se retrouver dans son œuvre.
Le second, J. Bizouard, a écrit une vaste compilation sur les Jiaf'povU de l'homme, et du démon^ en six énormes volumes in-octavo de 700 à 900 pages chacun; l'œuvre eut pu, sans inconvénient, être condensée en un seul volume; néanmoins, elle offre quelque intérêt; mais cet auteur, comme le précédent, comme d'ailleurs tous ses devanciers des siècles antérieurs, part d'un principe absolument faux : l'intelligence humaine sait tout, n'a plus rien à apprendre; donc, ce qui est nouveau pour elle, ce
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qu'elle ne comprend pas, vient forcément de Shatan! Avec cette idée nettement arrêtée, on va loin, et toutes les maladies neuriques que l'on prenait au Moyen Age pour des possessions diaboliques, qu'à notre époque la médecine commence à peine à étudier, sont facilement rangées sous l'étiquette du satanisme. Il en serait probablement de même de la phonographie ^, des ondes hertziennes et des rayons Rontgen, si, à l'époque où écrivait l'auteur (1860), on lui eût parlé de cet ordre de phénomènes, pourtant purement physiques.
J'arrive au principal protagoniste de l'idée satanique, le chevalier Gougenot des Mousseaux ^5 pour qui tout, absolument tout, est satanisme, je veux dire : tout ce qui échappe à son étroite compréhension. Il est, certes, de mauvais goût de médire des absents, mais je ne puis m'empècher de remarquer que sa perspicacité ne paraît pas pécher par excès d'ampleur: à cet égard, son œuvre est on ne peut plus curieuse à consulter!
Où qu'il rencontre une modification physiologique — léthargique, cataleptique ou autre — instantanément produite dans l'organisme d'un sujet par l'ordre d'un hypnotiseur, immédiatement et sans
* Je ne plaisante pas. Le jour où le phonographe Edison 'fut présenté à l'Académie des Sciences, un des membres delà docte assemblée, que je préfère ne pas nommer, se mit en colère, affirmant qu'il y avait un ventriloque dans l'assistance.
" Ouvrages principaux : Dieu et les Dieux — Médiateurs et moyens de la Magie — La Magie au xix" siècle — Mœurs et pra' tiques des démons — Les Hauts phénomènes de la Magie, etc.
plus ample informé, il en rapporte la cause au démon. J'ai, certes, pour ma part, assiste à d'étranges phénomènes; j'ai vu notamment le magnétiseur Donato faire tomber, en soixante-dix secondes, les pulsations artérielles de son sujet Lucile, de soixante-sept par minute à trente-deux, et cela en présence de médecins qui surveillaient euxmêmes le pouls du sujet et qui n'étaient certes pas des compères; jamais l'idée falote ne me fût venue que le diable pût être pour quelque chose dans l'affaire.
Ailleurs, il raconte l'histoire d'une jeune fille « appartenant à cette race de femmes que l'idée, que la vue du bien, quel qu'en soit l'aspect, blesse et détourne plutôt qu'elle ne les ragoûte »... —r Je prie le lecteur de vouloir bien croire que je suis absolument sérieux et que je cite textuellement : Hauts phénomènes de lamagie (p. 377) — , séduite par le diable en personne, qui lui fait signer un pacte, qui prétend agir corporellement en mouvant un cadavre, qui' veut lui enseigner à « tirer les cartes », à empêcher les gens « de boire, de manger, d'allumer le feu », etc. ; bref, le narrateur se fait le responsable éditeur d'un ensemble de faits si lamentablement grotesques, qu'il tient, dit-il, de Monseigneur X... — personnalité demeurée malheureusement dans la couHsse — que l'on se demande à quel étiage a bien pu atteindre la limpide candeur de ces deux hommes, pour ne s'être pas doutés un moment qu'ils
pouvaient avoir affaire à une péronnelle dont la malignité, dans un but de lucre ou autre, s'était f...ichue d'eux avec une imposante maestria.
Au reste, une simple citation montrera mieux que n'importe quelle discussion, ce que l'Église entend aujourd'hui par satanisme.
L'ouvrage précité de Gougenot des Mousseaux [Hauts phénomènes de la magie, Paris, chez Pion, 1864), comporte en son introduction plusieurs lettres approbatives de l'archevêque de Bordeaux, du cardinal-archevêque de Besançon, du P. Voisin, du P. Ventura, toutes conçues dans un même esprit, que résume une seule ligne de l'approbation du P. Ventura de Rauhca, ancien général de l'ordre des Théatins, consulteur de la Sacrée Congrégation des Rites et examinateur des évêques et du clergé romain : « Mais
MAGIE, MESMERISME, MAGNÉTISME, SOMNAMBULISME, SPI- RITISME, HYPNOTISME, NE SONT QUE SATANISME ! (p. iv) ».
Ranger le mesmérisme, le magnétisme, le somnambulisme et l'hypnotisme dans le satanisme, à l'heure où étudiaient Gharcot, Beaunis, Bernheim, Luys, Liébeault et tant d'autres illustres hypnologistes, c'était plutôt... invraisemblable — pour être poli! — Et comment qualifier telle opinion, aujourd'hui que tout hôpital, même de médiocre importance, possède un laboratoire d'hypnologie?
Hélas! depuis de Lancre et Del Rio, depuis des. siècles, les démonographes n'ont rien oublié, rien appris surtout.
, — Heureusement, disait mélancoliquement le savant colonel de Rochas, chassé brutalement de son postç à l'École polytechnique, dont il avait fait comme une avant-garde de la Science dans le Mystère, heureusement qu'on ne nous brûle plus !
Est-ce bien sûr?
Savez- vous, vous qui me faites l'honneur de lire ces pages, à quelle époque a été brûlé le dernier satanisant, suivant la doctrine ecclésiastique, — qu'il ne faut pas confondre avec la doctrine du Christ?
Au ,xvf , xvif siècle au plus tard, croit- on communément?...
Quelle erreur !
' Le 4 avril 1874 — il n'y a pas trente ans — l'alcade Gastillo, de Jacobo (Mexique), a arrêté, jugé et fait brûler vifs José-Maria Bonilla et sa femme Diéga, comme sorciers, après avoir acquis la conviction, dit-il dans son rapport au préfet du district, qu'ils avaient jeté un sort sur un certain Sylvestre Zacharias; quelque temps après, à la demande de plusieurs habitants de Jacobo, le même alcade a fait encore brûler vifs une vieille femme et son fils également convaincus de sorcellerie. Le gouvernement mexicain informé de ces faits, a dû prendre des mesures pour protéger d'autres personnes menacées des mêmes atrocités... Mais je ne sache pas que l'alcade Bonilla ait été déféré à un tribunal quelconque pour répondre de ses crimes, ait été révoqué ou simplement déplacé, ait même reçu aucun reproche...
Par le bien absolu, on arrive à Dieu, cl, par le mal absolu, an diable.
Ch. Baii.ly
vu LE DEVENIR DE SHATAN
Avant d'examiner quel peut être l'avenir qui attend l'entité du mal, dont la personnalité morale et matérielle est certainement appelée à disparaître comme un mauvais songe qui a étreint l'humanité durant une trop longue série d'âges, il me semble à propos de dire quelques mots de la force que, sans s'en douter, mettaient en œuvre les pactisants des siècles passés, et que^ par une erreur dont j'ai expliqué les causes, ils ramenaient fatalement au Shatan biblique devenu le démon du Christianisme.
Sans que les tribunaux d'alors y aient fait attention, le mot de l'énigme a été dit par Eléonore Galigaï à qui ses juges demandaient par quels sortilèges elle avait pu dominer, comme elle l'avait fait durant de longues années, la reine Marie de Médicis : « Par le seul ascendant d'une âme forte sur un esprit faible ! )>
En effet, la volonté humaine est une force dont l'homme ne soupçonne pas la puissance. « Ayez la foi, dit le Christ, et vous transporterez des monta-
gnes! » Oa prend cette parole au figuré, on a tort; elle est vraie à la lettre. La volonté, en politique, c'est ce qui fait les Alexandre, les César, les Pierre le Grand, les Gromwell, les Napoléon; au point de vue de l'art, elle a créé les Michel- Ange, les Shakespeare, les Molière, les Victor Hugo; en toutes choses, elle manifeste l'homme supérieur à son temps, supérieur à son ambiance.
C'est la volonté qui a produit la sorcière du Moyen Age. Sûre d'un pacte imaginaire qu'elle croyait réel, elle était certaine que Shatan lui obéirait dans tout ce qu'elle ordonnait; et ses ordres, sa wlonté mettaient en oeuvre une autre force qu'elle ignorait, que l'occultisme a toujours connue, et que la science actuelle commence à peine à étudier dans ses plus rudimentaires manifestations, une force qui est soumise à l'énergie de l'homme quand l'homme est assez énergique pour la dominer. Et,, grâce à cette force, la sorcière atteignait son but, envoûtait, jetait ses maléfices, et, devant le juge, supportait impassible et stoïque, toutes les tortures des tourmenteurs.
Cette force, maniée par la volonté, c'est celle qui fait aujourd'hui les sujets hypnotiques ^ et les sensitifs psychométriques et télépathiques : la science contemporaine commence à l'étudier. Mais quelle est-elle ?
* Cette force répond tellement à celle qu'on croyait jadis émaner du démon que l'Jiglise englobe, comme on vient de le voir, le mesmérisme, le magnétisme, le somnambulisme et l'hypnotisme dans le satanisme.
LE DKVENIR DE SHATAN i89
« Il existe dans la nature une force Bien autrement « puissante que la vapeur, dit Eliphas Lévi ^ et au « moyen de laquelle un homme qui pourrait s'en em- « parer et saurait la diriger, bouleverserait et change- « rait la face du monde ; elle consiste dans un agent « universel dont la loi suprême est l'équilibre, et dont « la direction tient immédiatement au grand arcane de « la magie transcendante. Parla direction de cet agent « on peut changer l'ordre même des saisons, produire « dans la nuit les phénomènes du jour, correspondre. « en un instant d'une extrémité à l'autre de la terre,
1 Introduction au Dogme de la haute magie. — Voici plusieurs fois que le mot « magie » se présente sous ma plume : je dois à ce propos une explication au lecteur, Je crois à l'existence de la Magie comme à la mienne propre, certes t Mais que l'on ne s'y trompe pas : la Magie à laquelle je crois n'est pas cet « art de faire des choses qui passent les forces de la nature» comme on le supposait à tort autrefois, comme on le suppose encore aujourd'hui. Non 1 la Magie à laquelle je crois est celle qui, rénovée par de grandes intelligences, des Papus, des de Rochas, des Ochorowicz et autres, peut se définir pliilosophiquement : « La science du rapport des choses » et pratiquement : « La science précise de dominer, par la volonté humaine hyperdynamisée, les forces .de la nature — connues, dédaignées ou ignorées de la science officielle, mais étudiées et mises en œuvre par les occultistes. »
De même que l'alchimie, si vihpendée jadis, s'appelle aujourd'hui hyperchimie et est en train de se créer une place au sommet des sciences chimiques, entre la dynamo-chimie, l'électrochimie et la thermo-chimie, de même, la Magie, à l'heure actuelle, abandonne ce nom trop décrié jadis, s'intitule hyperphysique, et, apportant à l'humanité des forces jusqu'alors inconnues du public, tend à se faire place au plus haut point des sciences physiques et naturelles,
C'est à cette magie-là que je crois, et j'y crois fermement, parce que j'ai eu des preuves sans nombre de son existence et de sa réalité en tant que science positive.
D'ailleurs, dans un autre ouvrage, [Au delà, I, vol, in-12 chez Juven, éditeur, sous presse) j'étudie avec quelques détails certaines expériences et certaines théories de cette science encore nouvelle, après avoir été si vieille I
« voir comme Apollonius ce qui se passe à l'autre bout « du monde, guérir ou frapper à distance, donner à la « parole im succès ou un retentissement universels. « Cet agent qui se révèle à peine sous les tâtonnements « des disciples de Mesmer, est précisément ce que les « adeptes du Moyen Age appelaient la matière première « du grand œuvre. Les Gnostiques en faisaient le corps « igné du Saint-Esprit... »
Encore une fois, quelle est cette force ?
Elle est dans un autre monde ou, pour parler plus exactement, sur un autre plan de notre monde, autour de nous, à la portée de chacun de nous sous certaines conditions ; auprès d'elle, tout dynamisme physique n'est que faiblesse ; le pervers peut la diriger vers le mal, comme l'être de bonté peut en faire un agent de bien; elle est effroyablement puissante, puisqu'elle est l'essence de la vie, puisqu'elle est celle-là même dont naissent, vivent, et meurent les mondes comme les individus; elle est si colossalement forte qu'elle peut désagréger instantanément et réduire en poussière quiconque a recours à elle, et qu'elle domine la tombe elle-même...
L'occultisme l'appelle, par allusion aux replis mouvants dont elle enserre notre monde, le Serpent des grandes forces cachées.
Cette force cosmique, souveraine de toutes les autres, qui n'en sont que des émanations ou de pâles reflets, matrice de lumière, de chaleur, d'électricité et de magnétismes, l'homme peut se l'assujettir sous
certaines conditions, mais au péril. de ses jours s'il en ignore le maniement. L'occultiste l'étudié dans sa source et dans ses effets; le magiste la dirige vers des buts de bonté, et le goétien vers des fins mauvaises, car, en soi, elle est neutre et renferme aussi bien la mort que la vie; seul, l'initié supérieur la connaît dans son essence et la peut dominer sans crainte, pour l'utiliser au service d'une volonté toujours tendue vers le bien.
Est-elle donc inconnue de nos jours, cette force assez colossale pour qu'on l'ait crue jadis une émanation de Shatan ?
Point. Mais elle est ignorée officiellement pour ce seul motif que la science officielle la veut ignorer. . . Songez donc, combien de théories magistrales seraient détruites par son introduction dans les études des Facultés !
Au contraire, elle fut connue de tous temps, étudiée par les plus grandes intelligences, et a reçu bien des noms ; souvent, même, on lui a fait jouer un rôle qui n'est pas le sien. C'est d'elle que parlaient certains philosophes de l'antiquité, lorsqu'ils disaient : « Un esprit intérieur, vivifie la matière, et c'est son souffle qui préside à ses mouvements. » C'est la LUMIÈRE ASTRALE dcs Kabbalistes ; I'Azoth des Alchimistes; TAkasa des pliilosophies hindoues ; le Nephesch de la Bible ; le Char subtil de Platon, qui, après la mort da corps matériel conduit l'âme à l'Esprit divin ; c'est l'EsPRiT. vital de Maxwell, le Fluide universel ^
I'Arghéë de la nature qui servit de base aux théories de Van Helmont et de Mesmer ; la matière subtile de Descartes, avec son ce plein » et ses « tourbilr Ions » ; c'est elle que Newton qualifiait d'EspRiT très SUBTIL, pénétrant à travers tous les corps jusqu'au fond de leur substance ; c'est elle que les physiciens contemporains, malgré leur matérialisme, ont été obligés de reconnaître sous le nom d'ÉTHER. C'est la Force dynamique par laquelle Hirn remplaçait 1' « Esprit très subtil » de Newton ; c'est I'Od de Reichembach ; c'est par elle que les intéressantes expériences du colonel de Rochas sur l'extériorisation de la sensibilité et de la motricité peuvent avoir lieu ; elle est le Principe vital de Barthez, la Force psychique d'Aksakow, I'Électricité animale de Pététin, I'Électro-dynamisme de Philips ; I'Influx rayonnant de Dumontpallier, le Fluide universel de Richnowski (de Lemberg), la Forge neurique rayonnante du docteur Barety, la Forge vitale du docteur Baraduc, le Fluide nerveux de quelques physiologistes modernes. C'est aussileFLUiDE magnétique des magnétiseurs, le Fluide PHYSIOLOGIQUE de DurviUc. C'est le Substratum de Kant, l'intermédiaire dont l'esprit a besoin pour agir sur la matière. Sa tonalité est infinie : sans elle, pas de vie physique. C'est par elle que la matière vit, agit, engendre les phénomènes vitaux que la nature nous offre avec une aussi merveilleuse variété. Pour jouer un pareil rôle, il faut que cette substance-force soit autre chose que la matière ; ainsi, c'est à tort
que l'on vient nous parler aujourd'hui clé « matière radiante », de « matière quintessenciée »...
Tant qu'on ne reconnaîtra pas l'existence de cette substance immatérielle — immatière n'est pas zéro — la Science ne sortira pas de l'empirisme dont elle est actuellement victime \
Telle est la force qui, dirigée par une volonté même parfois inconsciente, a produit ces manifestations physiques en dehors des lois connues, et que le passé rapportait indistinctement à Shatan.
Tout ceci' est satanisme ! dit l'Eglise. — Non. C^est l'étude et le maniement d'un dynamisme encore inconnu, colossalement puissant, source, origine et essence de ces autres forces secondaires que nous appelons lumière, chaleur, magnétisme physique et animal, électricité, énergies neurique, psychique, odique, etc., et — ce qui résume tout — vie. Et ce dynamisme sera un
' J. Bouvery, Spiritisme ei Anure/iie. — Et — pourrait-on ajouter — avec la science officielle, tous les naïfs pour qui cette même science officielle a posé, dans sa misérablement fausse impeccabilité, les colonnes d'Hercule au delà desquelles ne doit pas s'aventurer la croyance humaine — comme si, présentement la science savait tout!
Il y a déjà longtemps que le Df Encausse a écrit : « Toute per- « sonne qui, à l'heure actuelle, nie systématiquement les phéno- « mènes du psychisme (quelle qu'en puisse être d'ailleurs « l'explication), fait preuve d'ignorance ou de mauvaise foi ! » (Traité méthodique de Science Occulte).
Hélas ! combien de gens aujourd'hui encore, même parmi ceux qui se considèrent comme instruits, donnent bénévolement, naïvement, cette « preuve d'ignorance ou de mauvaise foi », sous le vain prétexte qu'ils jugent indigne d'eux d'ouvrir un ouvrage relatif à des études que la petite science officielle réprouve parce qu'elles frappent de mort les théories fausses sur lesquelles elle vit l
jour au service de l'homme, et son usage changera du tout au tout les conditions de la vie dans l'humanité.
Aujourd'hui, l'on commence à peine à l'étudier, alors que depuis des myriades d'années l'occultisme le connaît et le met en œuvre, aussi bien dans les temples de l'Himalaya que. dans les cryptes de Thèbes, Hécatompylos ; mais le peuple l'a toujours ignoré, l'ignore encore, l'ignorera sans doute longtemps \.. Et ses manifestations, amenées par une volonté parfois inconsciente elle-même de la force qu'elle manie, ont été qualifiées de miracles ou d'œuvres de Shatan, suivant qu'elles se produisaient dans tel ou tel sens...
Maintenant que j'ai dit ce qu'est exactement cette force que le Moyen Age, les Temps Modernes, et nos jours eux-mêmes ont attribuée au diable, je reviens à Shatan lui-même, dont je vais étudier le devenir
* Il faut l'avoir vu par soi-même, pour se rendre compte de la difficulté qu'éprouvent les connaissances nouvelles à se répandre dans le public ! Combien n'ai-je pas rencontré autour de moi, de personnes que par ailleurs je considère comme intelligentes, mais que leurs occupations ou leur genre de vie tiennent éloignées des progrès de la science, nier fermement la possibilité des phénomènes et même de l'existence de l'hypnotisme, et me regarder comme un mauvais plaisant quand je leur en affirmais la réalité 1... Etroitesse d'esprit, pensera-t-on?,.. Non pas, mais simplement vanité inconsciente de l'homme qui, en général, affirme d'autant plus un savoir supposé universel, qu'il a moins étudié, et qui, surtout, en cette époque où nous abordons à peine l'étude de la haute science, croit qu'il sait tout, et qu'il ne lui reste rien à apprendre. C'est là un travers de l'esprit humain qui subsistera tant que l'homme sera homme, et qui forcera ceux qui savent à employer les coups de maillet pour faire pénétrer une vérité nouvelle sous le front de leurs contemporains et à enfoncer à coups de bélier les portes des académies.
probable — qui est pour lui le Néant d'où l'ont fait sortir seulement la faiblesse, la lâcheté et l'aveuglement de l'homme.
J'hais jusqu'à présent, examiné le mode de formation du double mythe que l'on désigne sous le nom du démon et de l'enfer ; j'ai, fouillant dans les mystères presque scellés du passé, montré leur origine purement légendaire et leur développement simplement traditionnel. Au point de vue dogmatique, il n'existe pas de texte qui détruise la valeur de ceux que j'ai exhumés du passé.
Bien plus ! La croyance à Shatan, dirai -je, ne peut être qu'un blasphème envers la Divinité !
« Admettre qu'il existe un être investi du pouvoir « d'être l'adversaire du créateur des mondes, c'est nier « l'existence de Dieu même, en posant une limite à son « infinie perfection. En effet, Dieu ne serait pas tout « puissant s'il avait un rival en puissance ; il ne serait « point souverainement bon s'il tolérait qu'un être « quelconque, inférieur à lui mais supérieur à l'Iiuma- « nité, pût entraîner de faibles créatures dans les pré- « tendus abîmes de l'enfer et de l'éternelle damnation. « L'homme, dit la croyance des Mages, est né libre et « éternellement perfectible. Le bien et le mal sont les « œuvres de sa liberté. Le mal concourt aux épreuves (( et au triomphe des justes ; le bien, à son tour, pro- (( duit la rédemption des pécheurs. Ainsi se réahse, « dans la succession des temps, l'harmonie de la jus- « tice et de la miséricorde divines » ^.
J'irai même encore plus loin.
' P. Christian, Histoire de la Magie.
Non seulement cette conception du démon et de l'enfer est monstrueuse à tous les points dé vue, mais elle est illogique au premier chef.
Métaphysiquement, peut-on dire, si Dieu est défini : « l'Etre qui nécessairement existe », son rival, son adversaire en tout doit être logiquement qualifié « le non-être qui nécessairement n'existe pas ».
Mais, sans atteindre les hauteurs du raisonnement métaphysique, en interrogeant notre seule raison humaine — qui apparemment, si elle émane de Dieu, nous a été donnée pour que nous le cherchions — que voyons-nous ?
Shatan, rival de Dieu ? Mais où donc est l'absolu . de Dieu comme puissance ?
Un Etre du mal luttant contre un Etre de bonté ? Où donc est l'absolu de Dieu comme bonté ?
L'homme, faible, faiUible et misérable, jeté en proie à toutes les suggestions d'un Prince du Mal incommensurablement plus fort que lui ? Où donc est l'absolu de Dieu comme justice et amour ?
Un logicien, Pierre Bayle, a résumé ces objections dans un remarquable dilemme : « Dieu, dites- vous, est tout-puissant, omniprévoyant^ infiniment miséricordietix el bon. D'autre part, une partie des hommes est promise à l'enfer, puisque l'enfer existe. Donc, Dieu a voulu le mal et Tenfer... Vainement objecteriez-vous l'inviolabiUté du libre arbitre humain, car le mauvais usage que l'homme fait de ce fibre arbitre, si Dieu ne l'a pas prévu, son omniscience est en
défaut ; s'il l'a prévu mais n'a pu l'empêcher, c'est sa toute-puissance que je nie ; si, la prévoyant et pouvant l'empêcher, il ne l'a pas fait, je conteste sa toute bonté. »
De même pour l'enfer de flammes, l'éternité de souffrances...
Se rend-on bien compte de ce qu'est une éternité ? Supposez, pour faire comprendre ce terme, un bloc de métal inoxydable aussi volumineux que la terre ; tous les cent ans, un papillon vient l'effleurer de son aile ; quand, à force d'être effleuré de coups d'aile de papillon, ce bloc aura été usé, ce ne sera rien, il faudra recommencer ; et quand on aura recommencé dix fois, cent fois, mille fois, ce ne sera encore rien : l'éternité ne sera qu'à son début !
En regard de cette incommensurable éternité, plaçons la vie humaine : un atome dans le temps ! Qu'est une faute, dans cet atome de temps ? Un atome dans l'atome.
Et ce serait pour punir quelque chose d'incommensurable tant c'est petit, que l'homme serait jeté à un châtiment incommensurable tant il est grand? Où donc alors est l'absolu de Justice qu'est Dieu ?
Autre chose encore.
Une des plus belles maximes de l'Évangile est celle relative au pardon des injures... Et Dieu ne nous laisserait pas la porte ouverte au pardon possible de nos l'autes? Et il exigerait de nous, qu'il a créés faibles et faiUibles, la clémence même à laquelle il se refuse-
rait, lui, le créateur fort et infaillible? Encore une fois, où donc serait sa justice? Où donc, sa bonté?
Donc je crois avoir prouvé que tant doctrinalement qu'historiquement, au point de vue de la logique aussi bien qu'à celui de la religion pure, le diable ni l'enfer n'existent pas, ne peuvent pas exister, qu'ils ne sont l'un et l'autre que le produit de l'imagination humaine, et n'ont, ne peuvent avoir aucune réalité objective... ce n'est pas parce qu'une erreur est ancienne qu'elle peut devenir une vérité, et vingt-cinq siècles d'évolution n'ont jamais suffi pour constituer une légende en dogme indéniable.
On peut s'extasier sur ce que j'avance et affirmer que je suis dans l'erreur...
N'est-ce pas vous, mes contradicteurs, qui êtes dans
1 erreur ? Etes-vous sûrs que si vous aviez d'autres sens, ou simplement une corpulence différente, ce que vous appelez la vérité ne serait pas pour vous le mensonge, la fausseté?
— D'autres sens? vous plaisantez! quels autres sens pourrait avoir l'homme ? Et en quoi une simple modification de taille chez lui peut-il rendre vrai ce qui est faux ou vice-ver sa ?
— Permettez-moi, en ce cas, de faire une légère digression pour prouver que les idées de l'homme ne tiennent qu'à ses conditions d'être physiques et matérielles.
Les sens, d'abord ! Croyez- vous être complet sous ce rapport ? Détrompez-vous ! Il vous manque des
sens. Lesquels ? Je serais bien embarrassé de vous le dire, mais il vous en manque, et la preuve en est en ceci :
Tout ce qui existe n'est perceptible pour nous que par vibrations. De 32 à 32.000 vibrations à la seconde, nous percevons le son ; un milliard de vibrations nous donne la connaissance de l'électricité ; 281 à 562 suivis de. douze zéros nous fait connaître la lumière blanche ; 376 à 1152 suivis de quinze zéros nous donne la notion de la lumièce noire {rayons Rontgen). Et c'est tout. Mais croyez-vous donc qu'il n'}^ a pas de séries de vibrations de à 32, comme entre le son, l'électricité, la lumière blanche, la lumière noire, et au delà ? Certes, il en existe ; mais nous n'avons pas les sens nécessaires pour les percevoir. Et si nous les percevions, nos notions courantes sur le monde physique et le monde immatériel — pour ne pas dire le monde divin — en seraient assurément modifiées.
Et n'est-il pas indéniable que, seulement au delà et en deçà des couleurs du prisme que nous percevons normalement,- il en existe d'autres que la faiblesse de nos sens ne nous permet que de soupçonner sans que nous puissions même les imaginer ?
J'aborde maintenant la question de stature qui, je le répète, suffirait, changée, pour changer toute notre conception des choses divines ou humaines.
Je ne puis examiner toute l'immense révolution qui s'opérerait alors : je me bornerai à l'étudier à
un point de vue terre à terre : la question de la pesanteur.
Supposez l'homme doué d'un intellect normal mais physiquement mille fois plus petit, pour saisir nettement les forces moléculaires que nous percevons à peine, qu'en résultera-t-il ^ ?
La physique et la chimie de cet homoncule seraient totalement différentes des nôtres. Plaçons ce petit être sur une feuille de chou : la surface lui fait l'effet d'une plaine sans fin; cette surface est constellée de gouttes de rosée, pour lui globes transparents et brillants, dont le plus petit dépasse encore la hauteur des Pyramides. Chacune de ces sphères, par une de ses faces, émet une lumière éblouissante. Mû par la curiosité, notre homoncule s'approche et louche un de ces globes : la surface résiste à la pression à l'instar d'une balle de caoutchouc; pour lui, par conséquent, la surface d'un liquide n'est pas plane mais sphéroïdale et ses molécules extérieures, agglomérées entre elles, forment une sorte de croûte presque solide. Où donc, en ceci, est la pesanteur ?
Mais il a brisé cette enveloppe externe, il est emporté à la surface de la sphère liquide qui roule et tombe, le retenant comme une sorte de glu, sans qu'il puisse se dépêtrer; cependant, peu à peu, il
^ Le savant anglais, W. Grookes (l'auteur de la découverte du quatrième état de la matière) à qui j'emprunte cette ingénieuse hypothèse, ne place pas son « homoncule » au milieu des molécules elles-mêmes, parce que, dit-il, « je serais totalement incapable d'imaginer son ambiance ».
voit les molécules de cette sphère, au soleil, se dilater et s'envoler en forme de nuage : où est encore la pesanteur, pour lui ?
Il voit s'étendre devant ses veux une lar^e surface d'eau... mais au lieu de s'élever au-dessus du sol comme tout à l'heure, cette surface va s'éloignant du bord en formant une immense courbe concave, par le phénomène de la capillarité :.il se demande encore où est la pesanteur qui régit Thorizontalité des liquides.
Supposons maintenant qu'il ait dans sa main un flacon approprié à sa taille ; il le remplit d'eau : mais s'il le retourne ensuite, il s'aperçoit que le liquide ne tombe pas, et que, pour le déloger, il lui faut avoir recours à des chocs violents. Où donc encore est pour lui la pesanteur ? '
Sur le rivage, il s'amuse à jeter des cailloux dans Teau : si ces objets sont mouillés, ils enfoncent, sinon, ils flottent à la surface; d'autres objets plus lourds, en fer ^ se comportent de même et flottent comme du liège. Que peut-il comprendre à la pesanteur?
En arrivera-t-il à la conclusion que la surface des liquides tend toujours à l'horizontalité, et que les solides placés dans un, liquide s'enfoncent ou flottent suivant' leur poids spéciflque? Pas du tout. Il con-
^ L'expérience est facile à faire en émiettant doucement de la limaille de fer à la surface de l'eau : le fer surnagera s'il est sec. . .
dura qu'au repos les liquides prennent une forme curviligne, convexe ou concave, qu'ils ne peuvent pas être versés d'un récipient dans un autre, et qu'en tout ils résistent à la pesanteur. Pour lui, les corps, quel que soit leur poids spécifique, refusent de s'enfoncer dans les liquides; et jugeant d'après la manière dont se comporte un corps placé en contact avec une goutte de rosée, il aura aussi des raisons très plausibles pour douter de l'inertie de la matière.
Supposons de plus qu'il ait reçu de nous la notiop générale qu'un être ne peut voler à moins d'être pourvu d'ailes : que pensera-t-il en voyant une puce s'élever à cinq cents fois sa hauteur, et franchir d'un bond un espace encore plus grand ?
Donc, la façon dont cet homoncuie comprendrait l'univers sensible et le monde divin ne ressemblerait pas du tout à l'idée que nous nous en faisons noitômêmes.
Et c'est quand une simple question de taille suffit pour modifier nos opinions sur la matière, que nous nous permettrions, dans notre grotesque suffisance, de régenter le monde immatériel, de décréter l'existence d'un démon que personne n'a jamais vu et d'un enfer issu de notre démence ? Allons donc !
La manière dont je conçois la théorie des peines et des récompenses de l'Au-delà est tout autre, et plus en rapport, me semble-t-il avec la paternelle équité de l'ineffable lEVE Et cette théorie ne m'est pas
personnelle, loin de là! C'est celle que, depuis des milliers et des milliers d'années enseigne à ses fidèles la doctrine occulte que virent professer tous les centres d'initiation aux âges antiques : Lanka, Guyah et Methrah dans l'Inde primitive; Vahr, Balk et Banyan dans l'Iran; H'Lassa et les sanctuaires du mont Boutala dans le Thibet; Astrakan, Gangawas et Baharein dans le Taratah; Han, Ninweh et Houn dans la Khaldée; Askala , Balbeck , Mambyce, Salem, Roma et Mekka en Syrie et en Arabie ; Thèbes, Memphis et Ham-Mon en Egypte; Rapta et Meroë en Ethiopie; Gog-Haj'^oum et les solitudes de THémus, en Thrace; Delphes et le Parnasse, en Grèce; Bolsène, en Etrurie; Nîmes, en Occitanie; Huesca et Gadès, en Ibérie; Bibracte, Périgueux et Chartres, chez nos ancêtres les Golaks; et tous les sanctuaires où s'est transmis, se transmet, et se transmettra l'enseignement de l'Orient sacré !
Prenez garde, dira-t-on. Vous vous écartez de la doctrine occidentale pour vous rejeter vers une doctrine orientale A quoi bon?
La doctrine orientale n'est pas un dogme : elle est une science ; elle ne s'appuie pas sur une imaginaire révélation, elle se base sur une expérience inaugurée il Y a des milliers d'ans, continuée dans la suite des âges, se poursuivant de nos jours, et qui n'aura d'autre terme que celui de notre monde : la constante communication entre l'homme exilé sur terre et l'humanité désincarnée, entre ce que la doctrine chré-
tienne — plus près qu'elle ne le pense de la réalité des choses parce que, malgré ses erreurs sans nombre, le Christ vit en elle et féconde sa pensée — appelle rÉglise militante et l'Église triomphante.
L'Eglise militante, dans son orgueil de décider de la vie et de la mort des âmes, — ce qui n'était pas de sa compétence, puisque d'un monde au delà du sien,
— a erré à l'écart des droites voies en décrétant l'effroyable iniquité de l'enfer, en prenant pour elle le démon, immonde création de la perversité humaine se divinisant elle-même
L'Église a erré, loin de l'auguste Justice, loin de l'ineffable Vérité, loin de la Bonté suprême que Jésus,
— le maître de morale de l'Occident, morale pure en elle-même, et qui demeurera longtemps sans être dépassée — a placées entre les mains de son Père Céleste' — le nôtre aussi
Et cependant, au moment où j'arrive aux dernières pages de cette étude, un aveu, un Credo, un cri de conscience, une double et formelle affirmation me montent du cœur aux lèvres :
Oui, le démon existe!
Oui, l'enfer existe!
Que l'on ne croie pas, de ma part, à une paUnodie qui serait en ces pages déplacée, et que le lecteur veuille bien me faire crédit du temps nécessaire au développement de ma pensée intime : — Je ne crois pas, il m'est impossible, pour toutes les raisons qui précèdent, de croire au Shatan de Mythe que l'Église
a fait sien, comme un époiivantail de mal; je ne puis croire davantage à un enfer multiple et compliqué qu'à peine ses conciles ont osé affirmer, mais qu'en tous cas ils n'ont jamais défini : — je crois, et j'y crois parce que j'en ai des preuves, à un autre démon, comme à un autre enfer.
Je m'explique.
Il m'a été donné d'étudier autant que peut le faire l'homme, dans une vie déjà longue, le troublant, multiple et incommensurable mystère de l'Au-delà; j'ai sondé l'Inconnu et frôlé l'Arcane; j'ai médité les faits, et pratiqué ou vu pratiquer devant moi la grande majorité des expériences du psychisme et de l'occultisme ; à plus d'une reprise il m'est arrivé de ressentir le frisson plein d'angoisse que produit sur la misérable chair humaine l'approche d'un des êtres qui ne vivent pas de la vie terrestre; j'ai vu l'Énigme se révéler à mes regards mortels; plus d'une fois ma main a touché les matériahsations de l'Ombre et je me suis senti partiellement enveloppé de leur inexplicable aura pleine de douceur frêle et de froid légère
* Si quelque lecteur, peu au courant de cette face de la science esquissait un sourire d'incrédulité comme il est de mode chez certains qui, n'ayant pas étudié eux-mêmes, ne se doutent pas que l'étude puisse exister, je dirai simplement ceci :
L'incrédulité mMndiffère — oh ! profondément... ce n'est pas moi qu'elle atteint, mais des illustrations comme Russel Wallace, W. Grookes, Lodge, Myers, Hodgsion, en Angleterre : Zollner, "Weber, Fechner, Ulrici, Frièze, Garl du Prel, en Allemagne; Aksakoff et Boutlerow, en Russie; Falcomer, Chiaïa, Ermacora, Brofferio, Finzi, Chiaparelli, Lombroso, en Italie; et chez nous en France, les D^^ Gibier, Ch. Richet. Baréty, Encausse, Baraduc, Coste, Ocliorowicz, Figuier, Ghazarainet autres, et
Et je suis arrivé à cette foi — non pas crédule et basée sur un vague Magisier dixit, mais étayée par l'étude, la méditation et l'expérience, et par conséquent point vacillante comme celle qui nous est inculquée par autrui; et, au fond de tous mes recueillements, à la suite de toutes mes enquêtes, au bout de toutes mes recherches, derrière toutes mes expériences, un seul nom m'est apparu qui me donnait la solution de ce colossal problème qu'est le devenir de l'homme, un seul nom qui est la clé de toutes les philosophies possibles, aussi bien celle de l'humble qui se contente de faire obscurément le bien, que celle du savant qui scrute, perplexe, les ténèbres de l'infini — Dieu.
Mais lorsque, m'éloignant de lui, dans une soif âpre de savoir, j'ai cherché Féternel adversaire que lui impose une croyance déviée du vrai chemin, lors-' que j'ai interrogé le résultat de certaines expériences sur l'Au-delà, et les êtres qui — délaissant pour un moment ce qui pour nous est le pays d'ombre, mais est pour eux la région de lumière — se révélaient à mes sens, je n'ai jamais trouvé en dernière analyse, que la folie et la méchanceté, je dirai même la férocité de l'homme, entées sur la brutale inclémence de
les de Rochas, les Sabatier, les Flammarion, les Marillier et tulti quanti — tous savants hors pair qui ont expérimenté les manifestations de l'Au-delà dans notre monde sensible, et ont conclu à leur réalité, à leur authenticité, à leur portée, à leur autorité, à leur crédit... Et il me plait de partager hautainement avec de telles individualités le sarcasme de l'ignorance qui n'a jamais rien êtutlié, et — par suite nécessaire et logique — croit tout savoir.... G. L.
la matière; et, me rappelant le mot de Plaute. : Homo hoî7îini lupus, j'ai murmuré, courbant la tête :
— Homo homini, homo sibi, Shatanl Le démon, pour l'homme, c'est l'homme lui-même !
L'homme a eu la lâcheté de créer un fantôme de mal, et maintenant ce fantôme le terrorise ! Il a voulu décharger, sur une entité de rêve, les remords qui bourrelaient sa conscience devant l'Iniquité dont il a fait lui-même la reine du monde; il a cru trouver le bonheur loin de la responsabilité morale, et aujourd'hui il frissonne, devant cette entité mauvaise qui est son œuvre et qui l'étreint.
Voilà pour le démon, voici maintenant pour l'enfer, que les théories de l'occultisme expliquent avec une autre justice que celle de la doctrine qui se recommande de Jésus et que le Divin Maître s'il revenait, repousserait disant comme il l'a dit : « Pharisien aveugle ! nettoie d'abord le dedans de la coupe et du plat, afin que le dehors en soit net aussi ! »
L'homme est venu sur la terre, par sa propre volonté, pour se soumettre à des épreuves qui devaient, en le faisant progresser dans la double voie de la Science et de la Morale, le rapprocher d'autant de rUnité de Lumière, de l'Absolu du Bien. Or, dans le cours de cette série de difficultés et de désolations, délibérément voulues par lui dans le cycle de ses existences progressives, il en est qu'il a surmontées, ilenestdevantlesquellesila succombé ; et lorsqu'il s'est attaché, lâchement, au mal de la terroj il emporte
avec lui le souvenir de ses iniquités passées, et, dans le pays de Tombre, il erre, ne se sentant pas la force . et le courage nécessaires pour expier par le repentir ce qui fut sa joie ici-bas; il est retenu par la stérile contemplation de ce qui fut sa jouissance terrestre, sa passion matérielle, qu'il ne peut plus posséder et dont néanmoins, s'il ne s'y est pas préparé, il n'a pas l'énergie nécessaire pour se séparer ! Et c'est là son enfer, de regarder une jouissance mauvaise dont il ne peut jouir, en sachant qu'il ne pourra monter qu'après s'en être détaché, qu'après l'avoir expiée par le repentir, mais sans avoir la force voulue pour subir cette volontaire expiation.
C'est ce qu'exprime admirablement le maître EUphasLévi, dans son Dogme de haute magie :
« Les corps ne sont que des écorces temporaires et ' « dont les âmes doivent être délivrées ; mais ceux qui « obéissent au corps en cette vie se font un corps inté- « rieur ou écorcè fluidique qui devient leur prison et « leur supplice après la mort, jusqu'au moment où ils « parviennent à la fondre dans la chaleur de la lumière « divine où leur pesanteur les empêche de monter ; ils « n'y arrivent qu'avec des efforts infinis et le secours « des justes qui leur tendent la main ; et pendant tout « ce temps ils sont dévorés par l'activité extérieure de « l'esprit captif comme dans une fournaise ardente. « Ceux qui parviennent au bûcher de l'expiation s'y « brûlent eux-mêmes comme Hercule sur le mont Œta, «et se délivrent ainsi de leurs gênes ; mais le plus « grand nombre manque de courage devant cette der- « nière épreuve qui leur semble unesecondemort plus
« affreuse que la première, elreslent ainsi dans l'enfer (( qui est éternel de droit et de fait, mais dans lequel « les âmes ne sont jamais ni précipitées ni retenues « malgré elles. »
Voilà le véritable Enfer, équitable avant tout ! Voilà l'Enfer auquel vont mes croyances, parce qu'il est juste sans barbarie, et parce qu'il porte le sceau d'un Dieu que j'aime à me figurer moral, droit et loyal avant tout, suivant la mesure de l'intelligence qu'il m'a départie.
Arrivé au terme de ce travail, il me reste à le résumer et à voir comment, dans l'avenir des temps peut se résoudre la croyance au démon.
Pour faire envisager au lecteur, d'un simple coup d'œil la formation etle double développement mythique de l'idée de Shatan et de l'idée de l'enfer chrétien, il m'a semblé que deux tableaux 'synoptiques feraient mieux comprendre, et d'une façon plus efficace, plus tangible en quelque sorte, le travail d'abord latent, puis apparent, opéré par l'effort successif des siècles sur la conscience humaine au sujet de cette double question. — On trouvera à la fin du volume les deux tableaux dont je parle.
Quant au devenir propre de Shatan, le problème présente deux faces différentes qu'il convient d'envisager successivement.
On a vu, au commencement de ce chapitre, que les sorciers, adeptes avérés de Shatan suivant les
croyances populaires étayées sur les confessions mêmes des intéressés, mettaient en jeu une force particulière, sans se douter de ce qu'était cette force, et en la rapportant invariablement, par suite, à Tentité de Mal à laquelle il se croyaient liés.
Cette force, en notre temps encore ignorée du public, seulement soupçonnée par la science, en partie sous le nom d'Éther, étudiée par quelques hardis pionniers de Tesprit humain, mais connue et utilisée dès le principe par l'occultisme, est celle qui crée le miracle, c'est-à-dire le fait opéré en dehors de toute force physique cataloguée, et souvent contre elle.
Toute religion a ses miracles, puisque l'usage de telle force est basée sur une intensité particulière de volonté et que toute rehgion a ses mystiques et ses ardents. La seule différence est que chaque croyance rapporte à sa Divinité les faits — surnaturels selon la petitesse de l'esprit humain — qui lui semblent l'étayer, et à une entité de Mal ceux qui paraissent dirigés contre elle, sans aucunement se rendre compte qu'il s'agit dans F un comme dans l'autre cas des manifestations d'une force neutre encore inconnue même de ceux qui l'emploient, et dirigée par eux dans tel ou tel sens suivant leur voHtion intense du moment. — Les miracles de l'apôtre Pierre, d'Apollonius de Tyanes ou de Simon le Mage sont identiques, également vrais, et reposent sur une base commune : la volonté hyperdymanisée, et par suite
l'asservissement de cette force particulière qu'aujourd'hui encore — j'en ai donné la preuve plus haut en citant un fragment d'attestation signé du P. Ventura — bien des gens plus pieux qu'éclairés croient fermementêtre une émanation de l'enfer. La bilocation de saint Antoine de Padoue et de saint Alphons e de Liguori, qui les a fait canoniser, est la mênie que celle de Basilide rapportée par Tacite ^ et celles, contemporaines, qu'ont recueillies, mentionnées et étudiées les docteurs Gurney, Myers et Podmore -.
Le Moyen Age et les Temps Modernes, voyant que les sorciers supportaient impassiblement — par le seul effet de cette force — les pires tortures plutôt que de renier le démon à qui ils se croyaient liés, et qu'ils disposaient d'une étrange puissance leur permettant d'envoûter leurs ennemis et de les tuer à distance, le Moyen Age et les Temps Modernes, dis-je, crurent fermement à l'existence du démon, seul capable, pensait-on alors, de produire de tels prodiges.
Mais aujourd'hui de hardis devanciers delà science expérimentent cette force, au moins dans ses manifestations les plus accessibles. Les de Rochas, les Flammarion, les Grookes, les Aksakoff, les Lombroso, les Charles Richet et bien d'autres, glorieux ou obscurs, mais acharnés au problème, consacrent leurs efforts à sa solution.
' Hist.; liv. IV, 81.
* 27)6 Phantasms of livings.
Or, quand, à leur suite, les savants ou érudits de tout ordre auront étudié ce dynamisme plus puissant que tous les autres, que restera- t-il du prodige de jadis que l'on pourra expliquer par A + B ?
Est-ce que, aujourd'hui déjà, au simple point de vue nosologique, les Charcol, les Bernheim, les Liébeault, les Luys, les Beaunis, les Pitres, les Raymond, les Pierre Janet, les Gilles de la Tourette et bien d'autres pour ne parler que des médecins français, n'apportent pas tout simplement leur volonté — mais une volonté ferme et infrangible qui met en œuvre la force dont je parle — à soulager leurs malades en leur disant seulement avec une autorité qui impose : « Allez! vous êtes guéris! »
Et ce n3.est là qu'une des manifestations des plus gimples- -^ les plus enfantines, dirai-je, — de la force dont ils'agit. Que sera-ce quand, après l'avoir plus profondément scrutée, on sera arrivé à la connaître dans ses productions encore ignorées ?
Alors, la puissance fausse de Shatan tombera comme s'affaisse une statue d'argile dont le flot baigne les pieds -^ et, de l'étrange et surhumain pouvoir attribué jadis au diable, la Science de l'avenir fera son profit pour le bien et le progrès de l'être humain.
Et alors que deviendra Shatan lui-même, le démon, l'ombre sinistre qui couvre de son horreur et de ses ténèbres, durant des siècles et. des siècles, la marche douloureuse de la pensée vers l'avenir, quand Shatan sera dépouillé de sa menteuse auréole de force ?
Son lamentable effroi, sous l'angoisse duquel s'est si longtemps débattue l'humanité passée, qui étreint encore de ses crispations l'humanité contemporaine — aujourd'hui à un tournant de la marche du monde, aujourd'hui en travail d'une humanité future — , sombrera dans un immense éclat de rire...
Un éclat de rire ? Non pas, car la souffrance des générations passées est toujours là, dont les larmes ne sont pas séchées, dont le sang est à peine refroidi.
Et ce sera plutôt avec un étonnement grave et triste, devant les erreurs de son passé, que l'homme s'écriera, à l'imitation du prophète :
« Comment es-tu tombé de ton ciel, Lucifer — de ton ciel où je t'avais moi-même placé, créature de mes épouvantes ? »
EPILEGOMENE
Le sentiment religieux est incompatible avec l'enfer éternel.
Cil. Fauvety
ÉPILEGOMÈNE
Yod Créateur ! Immanente essence de tout germe de Force et de tout principe de Bonté !
Lorsque, par renombrement de ta toute-puissance, la potentialité d'Etre essaima en le piimitif Adam Kadmon, ton auguste voidoir fut que le pentagramme humain demeurât : dans son identité avec ta Science^ Réalité ; dans son identité avec ta Prémotion, Justice; clans son identité avec ton Verbe, Raison; dans son identité avec ton Idée. Vérité ; et enfin dans son identité avec Toi-même, Être !
Mais l'Adam Kadmon s'est écorcifié ; il est devenir PAdam Bélial, et a renversé la pointe de son pantacle; au lieu de monter vers ton absolu, il est chu vers r abîme ; contre toute Vérité, il émane le mensonge ; contre toute Justice, le despotisme; contre toute Raison, l absurdité; contre toute Science, l'ignorance ; et la pointe qiiil a dirigée vers le gouffre émane, contre tout Etre, le néant!...
Alors, se voyant aussi lamentablement mons-
tnieux, il a refusé de se reconnaître, et, de sa terrifiante et ignoble caricature, il a. fait itn dieu d'ahhne et de mort, ton rival, Yod de Ciel et de Vie !
Et devant la réalisation de son ouvrage, il est tombé à genoux, frémissant, ne songeant pas : « Cette idole du mal est mon œuvre parce qiCelle est moi ! » — mais clamant : « Cette idole sera mon dieu et je la rendrai puissante, mur ni adorer en elle ! »
Et alors, il a pris ses vices un à un, et avec amour, il en a exorné l'Etre immonde issu de luimême.
Lui communiquant son orgueil., il en fit un dominateur sinistre.
Lui infusant son avarice, il lui rendit les doigts crochus et mua ses ongles en griffes.
A laide de sa gloutonnerie, il en fit un être émacié mais sans cesse dévorateur.
Son envie creusa lorbite des yeux du spectre et lui aiguisa les crocs.
Sa colère en forma une entité de rage et fit jaillir de sa gorge des hurlements rauques.
Sapropre.mollesse.se centupla, et, passant. dans rêtre de malédiction, s'avilit en lâcheté,, lui déprima le front, lui donna l'allure oblique et la démarche louche.
Et la luxure humaine allongea le visage de l'immonde Panthée en un faciès de bouc aux lèvres
ÉMLÉGOMÈNE 219
tombantes^ mit une flamme sombre dans son regard et lui créa le corps velu d'un segipan.
Or, ï homme alors regarda son œuvre et la trouva assez hideuse, assez ignoble pour qu'elle lui fit horreur.
Et, se redressant, il s'écria dans r orgueil de ses délices : « Maintenant je puis être criîninel sans remords : voici lendosseur de mes perversités futures ! Maintenant, ma conscience pourra cla?ner en vain : j'ai créé pour l'avenir le meurtrier de ma conscience / »
Et cependant, l'homme n'était pas encore satisfait : son œuvre, suffisamment dépravée, suffisamment exécrable pour exciter son dégoût, n'était pas encore assez monstrueuse pour l'épouvanter.
Alors, dans sa démence d'infamie, l'ouvrier dit Mal se rua sur ton auguste et sereine majesté, ô Yod primordial, ô Yod suprême, et sur elle, il porta sa main sacrilège.
Il te vola ton éternité, ô Générât eiir des temps pour la donner au monstre !
il te ravit ton immensité, ô Créateur des espaces sans fin, pour en douer son effigie mauvaise !
Il te spolia de ta puissance, ô Père de toute force, pour en jeter les lambeaux sur les épaules de son idole!
Il te dépouilla de ton omniscience, ô Source de tout savoir, pour en glisser les déchets sous le front bas de son épouvantail.
Et, de ce qui fut toi, de ce qui est et sera éternellement toi, ô Yod, matrice du Bien, lliomme, ouvrier m,èfaste de Mal, arracha tout ce qu'il put te voler -pour le donner à sa créature de corruption.
Et alors, la voyant dans toute la sinistre splendeur de sa mal faisante personnelle , dans r effroyable épanouissement de son propre vice, t homme clama: « Voici le dieu que j'adorerai en l' épouvante de mon être ! » Et il s'est prosterné, avec un tremblement, devant l'idole de sa consternation, les sens crispés de soldeur, et le cœur ivre de désespoir, en face de l'œuvre créée par sa perversité néfaste.
Mais il n'avait pu te voler ton auguste Justice qui plane et te fait éternel quand même, ô Fonde- 7nent de tout Droit!...
Mais il n avait pu te dérober ta suprême et sereine Bonté qui est ta réelle toute-puissance, et te fait fort de toute force, ô Source immanente du Bien éternellement sublime !...
Mais il n avait pu arracher de ton front ta rayonnante Vérité dont l'éclat chasse les ténèbres maudites, ô Yod, Maître du Fait, ô Yod, Émanateur du Principe !
Queût fait d'ailleurs de cette pure triade l'image infâme qu'il avait ouvrée?
Et, dans ce siècle, peu, à peu, lente mais sûre, ta Justice luit, désillant les yeux de l'homme et luimon-: trant l'horreur de sa chimère ! Et ta Vérité j^esplen^
ÉPILÉGOMÈNE 221
dit y éclairant r ignominieuse fausseté de l'idole! Et la Bonté qui te revêt garde toujours et malgré tout^ dans un de ses plis ^V aumône du pardon pour qui découvre et Fabomination, et le mensonge^ et la fragilité du mo7istre, et pour qui s'écrie en le reconnaissant comme le plus détestable ouvrage de l'homme : Phy diabolo ! terque quaterque isti phy !