DU PORTE-CRÊTE
M. Schiosser est le premier naturaliste qui en ait parlé ‘. Ce lézard est dans l’Asie le représentant du basilic qui habite le nouveau continent ; il a aussi de grands rapports avec la dragonne et les autres grands lézards à queue comprimée , dont le dos parait dentelé, en ce que sa tête est presque quadrangulaire, aplatie, revêtue de tubercules et de grandes écailles : il a les yeux grands et les narines élevées ; les ouvertures. des oreilles laissent voir la membrane nue du tympan ; le dessous de la tête présente une sorte de poche aplatie et très-plissée, à laquelle on a donné le nom de collier. La langue est épaisse, charnue et légèrement fendue ; les dents sont serrées , pointues , et d’autant plus grandes qu’elles sont plus éloignées du devant des mâchoires , où l’on en rencontre huit en haut et six en bas, arrondies, courtes, aigués , tournées obliquement en dehors, et séparées par un petit intervalle des plus grosses ou des molaires ?. Le porte-crête en a ainsi de deux sortes, comme la dragonne à laquelle il ressemble encore par la forme et la disposition des doigts.
Les cinq doigts de chaque pied sont garnis d'ongles, et présentent de chaque côté un rebord aigu, dentelé comme une scie, La queue est Ar. 1 de trois fois plus longue que le corps. La ‘couleur de la tête et du collier est ver dâtre , avec des lignes blanches ; la crêteet le dos sont d’un fauve plus ou moins foncé ; le ventre est d’un gris blanchâtre, et chaque côté du corps présente des taches ou bandes blanches, qui s'étendent jusque sur les pieds ; il parait que, dans plusieurs individus, la couleur générale du porte-crèête est verdâtre, avec des raies noires, et le ventre blanchâtre *. Le mâle diffère de la femelle par une crête beaucoup plus élevée, et par des couleurs plus vives.
Ce lézard n’est pas seulement beau ; il est assez grand , puisqu'il a quelquefois trois ou qua- - tre pieds de long; sa gueule et ses doigts sont bien armés; son (ads et sa queue présentent une sorte de défense ; ses pieds, conformés de maà lui permettre de grimper sur les arbres, nt moins de ressources à sa proie pour lui er; sa tête tuberculeuse et garnie de grandes écailles paraît être à l’abri des blessu-
1 Schlosser, ouvrage déjà cité.
2 M. Hornstedt. Mémoires à l’endroit déjà cité. s M Hornstedt, à l'endroit déjà cite.
| res ; d’après tous ces attributs, on croirait que le porte-crète est vorace, carnassier et. dangereux pour plusieurs petits animaux. Mais nous avons encore ici un exemple de la réserve avec laquelle on doit juger de l’ensemble du naturel , d’après les caractères particuliers de la conformation extérieure, tant l’organisation interne, et même un concours de circonstances locales plus ou moins constantes, agissent quelquefois avec force sur les habitudes.
Le porte-crête habite de préférence sur le bord des grands fleuves ; mais ce n’est point en embuscade qu'on l’y trouve : il ne fait point la guerre aux animaux plus faibles que lui : il se nourrit tout au plus de quelques petits vers ; il passe tranquiilement sa vie sur les rives peu fréquentées ; il dépose ses œufs sur les bancs de sable et les petites iles, comme s’il cherchait à les y mettre en sûreté : il grimpe sur les arbres qui s’élèvent au bord de l’eau , et ycherche en paix les fruits et les graines dont il fait sa principale nourriture. Il n’a donc usé*presque jamais de toute sa force, qui peut-être même n’est pas très-considérable : aussi s’alarme-t-il aisément. Il fuit au moindre bruit sans chercher à se défendre, comme si l’habitutle dg la défense tenait le plus SONERT à celle de. l'attaque. Jl se jette dans l’eau lorsqu'il redoute quelque ennemi; il nage avec d’autant plus de vitesse, que la membrane élevée de sa queue lui sert à frapper l’eau avec facilité ; et il se cache à la hâte sous les roches.
Les fruits dont ce lézard se nourrit lui .don- 2 nent un naturel doux et paisible, et communiquent à sa chair une saveur supérieure à celle qu’elle aurait, s’il choisissait un aliment moins pur. Malheureusement pour cet innocent lézard , le bon goût de sa chair, qu’on dit étre préférable à celle de l’iguane, est assez connu des habitants des contrées qu’il habite, pour qu’on le poursuive jusqu’au milieu des eaux et sous les roches avancées qui lui servent de dernier asile. Il s’y laisse même prendre à la main, sans jeter aucun cri, sanssfaire le moindre mouvement pour se défendre:Cette espèce d’abandon de sa vie ne provient peut-être que du naturel tranquille de cet animal frugivore , qui np’ a jamais essayé ses armes, 1 i Senti tout ce qu'il peut pour sa conservation. On a cependant donné, à sa douceur le nom de Stupidité; mais combien de fois n’a-t-on pas” désigné par un
nom de mépris les qualités paisibles et peu brillantes !
LE GALÉOTE !.
Calotes (Agama) Ophiomachus, err.s Lacerta Ealotes, Linn.; Agama Calotes, Daud.; le GALEOTE COMNUN, Cu.
Ce lézard a, depuis la tête jusqu’au milieu du dos , une crête produite par des écailles sé-
parées l’une de l’autre, grandes, minces et
terminées en pointe. Quelques écailles sembla-
bles s'élèvent d’ailleurs vers le derrière de la
tête, au-dessous des ouvertures des oreilles. Mais cette crête hérissée ne s'étend pas sur la gorse , et depuis le sommet de la tête jusqu’à l’extrémité de la queue , comme dans l’iguane. Toutes les autres écailles qui revètent le galéote présentent une arète saitlante et aiguë, qui le
disposées dans le sens de sa longueur.
ja têtevest aplatie, très-large par derrière, et assez Sembiable par là à celle du caméléon ; les yeux sont gros; les ouvertures des oreilles grandes; la gorge.est un peu renflée, ce qui fui donne un petit trait de ressemblance avec l'iguane ; les pattes sont assez longues , ainsi qué les doigts qui sont très-séparés les uns des autres ; le dos des ongles est noir. La queue est effilée et plus de trois fois aussi longue que le corps. L’individu que nous avons décrit , et qui est conservé au Cabinet du Roi, a trois pouces dix lignes, depuis le bout du museau jusqu’à “Janus ; la queue a quatorze pouces de longueur. Quelquefois la couleur du dos est azurée , et celle du ventre blanchâtre.
Le galéote se trouve dans les contrées chaudes de l’Asie, particulièrement dans l'ile de Ceylan, en Arabie , en Espagne , etc. ; il court dans les maisons et sur les toits, où il donne la chasse aux araignées : on prétend même qu’il est assez fort pour faire sa proie de petits rats, contre les dents desquels il pourrait être un peu défendu par ses écailles aiguës et par la crête qui règne le long de son dos. Ce qui est
{ Par les Grecs, Kolotrs et Askhalabotes.—Par les Latins, Ophiomachus.—Le Galéote. M. Daub nton, Eucycl méih. —Galote. Dict, dE st. nat, par M. Valinout de: Bomare.—
7 Séba. 1. Tab. 89, fi fig. 2; tab. 93 fig. 2; tab. 95, fig. 5, 4. TN, tan. 76.fig. à à.—/guana Calotrs, 75. Larreuti specrinen me-, dicum. —ljuana chaleidica, 69. 1dem, ibidem.—Edwatüs, an ais. "
b'en certain, c’est que ses longs doigts très-di. visés doivent lui donner beaucoup de facilité pour se cramponner sur les toits, et v pour:
suivre les rats et les araignées. Il se bat contre les petits serpents, ainsi que le lézard vert et plusieurs autres [62008