‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 134 sur 470 · DE GRANDES ÉCAILLES, QUI SE RECOUVRENT COMME LES ARDOISES DES TOITS · texte numérisé non relu

DE GRANDES ÉCAILLES, QUI SE RECOUVRENT COMME LES ARDOISES DES TOITS

ones

LE GECKO *.

Gekko verus. Merr.; Lacerta Gekko, Linn.; Gekko verticillatus et teres, Laur.; G. guttatus , Daud.; Lacerta guttata, Herm.

De tous les quadrupèdes ovipares, dont nous

! On peut voir, dans la nlanche qui représente le Gecko, l'arrangement de ces écailles au-dessous des doigts.

* Tockaïie, par les Siamois.—Le Gecko, M. Daubenton, Encycl. méth.—Séba, 1, tab. 108, fig. 2, 5, 8 et 9.—Hasselq. Iter., 506. Lacerta Gecko.—Gron. mus. 2, p. 78, n° 55.Salamandra.—Bont. jav., lib. II, cap. 5, fol. 57. Salamanara indica.—Jobi Ludolphi alias Leut-Hôlf dicti Historia Æthiopica, lib. F, cap. 15, sect. 5. Ejusdem commentarius, fol, 167,

publions l’histoire, voici le premier qui paraisse renfermer un poison mortel. Nous n’avons vu, en quelque sorte, jusqu'ici les animaux se développer. leurs propriétés augmenter et leurs forces s’accroître, que pour ajouter au nombre des êtres vivants, pour contrebalancer l’action destructive des éléments et du temps; ici la nature parait au contraire agir contre elle-même; elle exalte dans un lézard, dont l'espèce n’est que trop féconde, une liqueur corrosive au point de porter la corruption et le dépérissement dans tous les animaux que pénètre cette humeur active; au lieu de sources de reproduction et de vie, on dirait qu’elle ne prépare dans le gecko que des principes de mort et d’anéantissement.

Ce lézard funeste, et qui mérite toute notre attention par ses qualités dangereuses , a quelque ressemblance avec le caméléon; sa tête, presque triangulaire , est grande en comparaison du corps ; les yeux sont gros; la langue est plate, revêtue de petites écailles , et le bout en est échancré. Les dents sont aiguës, et si fortes, suivant Bontius, qu’elles peuvent faire impression sur des corps très-durs, et même sur l’acier. Le gecko est presque entièrement couvert de petites verrues plus ou moins saillantes; le dessous des cuisses est garni d’un rang de tubercules élevés et creux, comme dans ‘iguane, le lézard gris, le lézard vert, Paméiva, le cordyle, le marbré, le galonné, etc. Les pieds sont remarquables par des écailles ovales plus ou moins échanerées dans le milieu, aussi larges que la surface inférieure de ces mêmes doigts, et disposées régulièrement au-dessus les unes des autres comme les ardoises ou les tuiles des toits ; elles revêtent le dessous des doigts, dont les côtés sont garnis d’une petite membrane, qui en augmente la largeur, sans cependant les réunir. Linnée ditque le gecko n’a point d'ongles, mais dans tous les individus conservés au Cabinet du Roi, nous avons vu le second, le troisième, le quatrième et le cinquième doigt de chaque pied, garnis d’un ongle très-aigu, très-court et très-recourbé, ce qui s'accorde fort bien avec l'habitude de grimper qu’a le gecko, ainsi qu’avec la force avec laquelle il s’attache aux divers corps qu’il touche.

Il en est done des lézards comme d’autres animaux bien différents , et par exemple des oiseaux. Les uns ont les doigts des pieds entiè-

DU GECKO.

rement divisés; d’autres les ont réunis par une peau plus ou moins lâche ; d’autres ramassés en deux paquets, et d’autres enfin ont leurs doigts libres, mais cependant garnis d’une membrane qui en augmente la surface.

La queue du gecko est communément un peu plus longue que le corps; quelquefois cependant elle est plus courte : elle est ronde, menue, et couverte d’anneaux ou de bandes circulaires très-sensibles ; chacune de ces bandes est composée de plusieurs rangs de trèspetites écailles dans le nombre et dans l’arrangement desquelles on n’observe aucune régularité, ainsi que nous nous en sommes assurés par la comparaison de plusieurs individus; c’est ce qui explique les différences qu’on a remarquées dans les descriptions des naturalistes qui avaient compté trop exactement dans un seul individu les rangs et le nombre de ces très-petites écailles.

Suivant Bontius, la couleur du gecko est d’un vert clair, tacheté d’un rougetrès-éclatant. Ce même observateur dit qu’on appelle Gecko le lézard dont nous nous occupons, parce que ce mot imite le eri qu’il jette, lorsqu'il doit pleuvoir, surtout vers la fin du jour. On le trouve en Égypte, dans l'Inde, à Amboine, aux autres iles Moluques , ete. Il se tient de préférence dans les creux des arbres à demi pourris , ainsi que dans les endroits humides ; on le rencontre aussi quelquefois dans les maisons, où il inspire une grande frayeur, et où on s’empresse de le faire périr. Bontius a écrit en effet que sa morsure est venimeuse, au point que si la partie affectée n’est pas retranchée ou brûlée, on meurt avant peu d'heures.

L’attouchement seul des pieds du gecko est même très-dangereux, et empoisonne, suivant plusieurs voyageurs, les viandes sur lesquelles il marche : l’on a cru qu'il les infectait par son urine, que Bontius regarde comme un poison des plus corrosifs; mais ne serait-ce pas aussi par l'humeur qui peut suinter des tubercules creux placés sur la face inférieure de ses cuisses? Son sang et sa salive , ou plutôt une sorte d’éeume, une liqueur épaisse et jaune, qui s’épanche de sa bouche lorsqu’il est irrité, ou lorsqu'il éprouve quelque affection violente, sont regardés de même comme des venins mortels, et Bontius, ainsi que Valentyn, rapportent que les habitants de Java s’en servaient pou: empoisonner leurs flèches.

Hasselquist assure aussi que les doigts du gecko répandent un poison; que ce lézard recherche les corps imprégnés de sel marin , et qu’en courant dessus , il laisse après lui un venin très-dangereux. Il vit, au Caire, trois femmes près de mourir pour avoir mangé du fromage récemment salé, et sur lequel un gecko avait déposé son poison. 11 se convainquit de l’âcreté des exhalaisons des pieds du gecko , en voyant un de ces lézards courir sur la main de quelqu'un qui voulait le prendre : toute la partie sur laquelle le gecko avait passé fut couverte de petites pustules, accompagnées de rougeur, de chaleur, et d’un peu de douleur, comme celles qu’on éprouve quand on a touché des orties. Ce témoignage formel vient à l’appui de ce que Bontius dit avoir vu. Il paraît donc que, dans les contrées chaudes de l’Inde et de l'Égypte, les geckos contiennent un poison dangereux , et souvent mortel ; il n’est donc pas surprenant qu’on fuie leur approche, qu’on ne les découvre qu'avec horreur, et qu’on s’efforce de les éloigner ou de les détruire. Il se pourrait cependant que leurs qualités malfaisantes variassent suivant les pays, les saisons, la nourriture , la force, et l’état des individus !.

Le gecko, selon Hasselquist, rend un son singulier, qui ressemble un peu à celui de Ia grenouille, et qu’il est surtout facile d’entendre pendant la nuit. Il est heureux que ce lézard, dont le venin est si redoutable, ne soit pas silencieux , comme plusieurs autres quadrupèdes ovipares,, et que ses cris très-distincts et particuliers : puis sent avertir de son approche, et faire éviter ses dangereux poisons. Des qu xl a plu , il sort de sa retraite; sa démarche est assez lente : il va à la chasse des fourmis et des vers. C’est à tort que Wurfbaïnius a prétendu, dans son livre intitulé Salamandrologia, que les geckos ne pondaient point. Leurs œufs sont ovales, et communément de la grosseur d’une noisette. On peut en voir la figure dans la planche de Séba, déjà citée. Les femelles ont soin de les couvrir d’un peu de terre, après les avoir déposés ; et la chaleur du soleil les fait éclore.

Les mathématiciens jésuites, envoyés dans les Indes orientales par Louis XIV, ont décrit

1 Les Indiens prétendent que la racine de curcuma (terre

mérite ou safran indien) est un très-bon Pe contre la mérsure du gecko. Bontius. Jav., lib. 11, cap. 5 nie bi

et figuré un lézard du royaume de Siam, nommé Tochkaie, et qui est évidemment le même que le gecko. L’individu qu’ils ont examiné avait un pied six lignes de long, depuis

le bout du museau jusqu’à l'extrémité de la

queue !. Les Siamois appellent ce lézard Tockaie: pour imiter le cri qu’il jette; ce qui prouve que le cri de ce quadrupède ovipare est composé de deux sons proférés durement , difficiles à rendre , et que l’on a cherché à exprimer, tantôt par fockaie , tantôt par Gecko.

LE GECKOTTE ?.

Gekko Stellio, Merr.; Lacerta mauritanica, Lion. ; ïekko muricatus, Laur. ; G. fascicularis, Daud.; le Gekko des murailles, Cuv.; Ascalabotes fascicularis, Fitz.

Nous conservons ce nom à un lézard qui a une si grande ressemblance avec le gecko, qu’il est très-difficile de ne pas les confondre l’un avec Pautre, quand on ne les examine pas de près. Les naturalistes n’ont même indiqué encore aucun des vrais caractères qui les distinguent. Linnée seulement a dit que ces deux lézards ont le même port et la même forme, mais que le Geckotte, qu’il appelle le Maurilanique, a la queue étagée , et que le gecko ne l’a point. Cette différence n’est réelle que pendant la jeunesse du geckotte; lorsqu'il est un peu âgé, sa queue est au contraire beaucoup moins étagée que celle du gecko.

Ces deux quadrupèdes ovipares se ressembleni surtout par la conformation de leurs pieds. Les doigts du geckotte sont, comme ceux du gecko , garnis de membranes , qui ne les réunissent pas, mais qui en élargissent la surface ; ils sont également revêtus par-dessous d’un rang d’écailles ovales, larges, plus ou moins échancrées , et qui se recouvrent comme les ardoises des toits. Mais, en examinant attentivement un grand nombre de geckos et de geckottes de divers pays, conservés au Cabinet du Roi, nous avons vu que ces deux espèces différaient constamment l’une de l’autre par trois caractères très-sensibles. Premièrement, ie geckotte a le corps plus court et plus épais

* Mémoires pour ser vir à l'Histoire naturelle des Animaux, tome ILE, article dun Tockaïe.

2 Le Geckotte M. Daubento:i, Encycl. miéth.—Séba, mus. À, |

tab. 108, fig. 1, 5, 4, 6 et 7.— Gecko verlicillatus, 86. Gecko

muricalus, 38. Laurenli spec, med.

que le gecko ; secondement, il n’a point audessous des cuisses un rang de tubercules comme le gecko; et troisièmement, sa queue est plus courte et plus grosse. Tant qu'il est encore jeune , elle est recouverte d’écailles chargées chacune d’un tubereule en forme d’aiguillon , et qui, par leurs dispositions , la font paraitre garnie d’anneaux écailleux : mais à mesure que l'animal grandit, les anneaux les plus voisins de l’extrémité de la queue disparaissent ; bientôt il n’en reste plus que quelques-uns près de son origine , qui s’oblitèrent enfin comme les autres, de telle sorte que quand l’animal est parvenu à peu près à son entier développement, on n’en voit plus aucun autour de la queue : elle est alors beaucoup plus grosse et plus courte en proportion que dans le premier âge ; et elle n’est plus couverte que de très-petites écailles, qui ne présentent aucune apparence d’anneaux. Le geckotte est le seul lézard dans lequel on ait remarqué ce changement successif dans les ‘écailles de la queue. Les tubercules ou aiguillons qui la revêtent pendant qu’il est jeune se retrouvent sur le corps de ce lézard, ainsi que sur les pattes ; ils sont plus ou moins saillants , et sur certaines parties , telles que le derrière de la tête, le cou, et les côtés du corps, ils sont ronds, pointus , entourés de tubercules plus petits , et disposés en forme de rosette. bas

Le geckotte habite presque les mêmes pays que le gecko, ce qui empèche de regarder ces. deux animaux comme deux variétés de la même espèce, produites par une différence de climat. On le trouve dans Pile d’Amboine , dans les Indes , et en Barbarie, d’où M. Brander l’a envoyé à Linnée. L'on peut voir au Cabinet du Roi un très-petit quadrupède ovipare, qui y a été adressé sous le nom de lézard de Saint- Domingue ; c’est évidemment un geckotte; et peut-être cette espèce se trouve-t-elle en effet dans le Nouveau-Monde. On la rencontre vers les contrées tempérées , jusque dans la partie méridionale de la Provence, où elle est trèscommune !.

On l’y appelle Tarente, nom qui a été donné au stellion et à une variété du lézard vert, ainsi que uous l’avons vu. On le trouve dans les masures et dans les vieilles maisons, où

* Note communiquée par M. Olivier, qui a-bien voulu nous faire part des observat:ous qu'il à faites sur les habitudes de cette espèce de lézii du

ä fuit les endroits frais, bas et humides , et où il se tient communément sous les toits. Il se plaît à une exposition chaude ; il aime le soleil : il passe l’hiver dans des fentes et dans des crevasses , Sous les tuiles, sans y éprouver cependant un engourdissement parfait; car, lorsqu’on le découvre, il cherche à se sauver en marchant lourdement. Dès les premiers jours du printemps , il sort de sa retraite, et va se réchauffer au soleil ; mais il ne s’écarte pas beaucoup de son trou, et il y rentre au moindre * bruit : dans les fortes chaleurs il se meut fort vite, quoiqu'il n’ait jamais l’agilité de plusieurs autres lézards. 11 se nourrit principalement d'insectes. ii se cramponne facilement, par le moyen de ses ongles crochus , et des écailles qu’il a sous les pieds ; aussi peut-il courir, non-seulement le long des murs, mais encore au-dessous des planchers, et M. Olivier, que nous venons de citer, l’a vu demeurer immobile pendant très-longtemps sous la voüte d’une église.

Il ressemble donc au gecko, par ses habitu- !

des autant que par sa forme. On a dit qu’il était venimeux , peut-être à cause de tous ses rapports avec ce dernier quadrupède ovipare , qui, suivant un très-grand nombre de voyageurs , répand un poison mortel. M. Olivier assure cependant qu'aucune observation ne le prouve , et que ce lézard cherche toujours à s'échapper lorsqu’on le saisit.

lorsqu'il doit pleuvoir ; mais jamais ils n’annoncent la pluie par quelques cris , ainsi qu’on l’a dit des geckos ; et M. Olivier en a souvent pris avec des pinces, sans qu’ils fissent entendre aucun son.

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