‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 136 sur 470 · DE LA TÉTE-PLATE · texte numérisé non relu

DE LA TÉTE-PLATE

générale de son corps ressemblent à celles du caméléon ; sa queue à celle de la salamasndre aquatique, et ses pieds à ceux du gecko : aussi aucun lézard n’est-il plus aisé à reconnaitre , à cause de la réunion de ces trois caractères saillants ; il en à d’ailleurs de très-marqués, qui lui sent particuliers.

Sa tête, dont la forme nous a suggéré le nom que nous donnons à ce lézard, est très-aplatie; le dessous en est entièrement plat; l'ouverture de la gueule s’étend jusqu’au delà des yeux ; les dents sont très-petites et en très-grand nombre ; la langue est plate, fendue, et assez semblable à celle du gecko. La mâchoire inférieure est si mince, qu’au premier coup d’œil on serait tenté de croire que lanimal à perdu une portion de sa tête, et que cette mâchoire lui manque. La tête est d’ailleurs triangulaire, comme celle du caméléon ; mais le triangle qu’elle forme est très-allongé, et elle ne présente point l’espèce de casque, ni les dentelures qu'on remarque sur cette dernière. Elle est . articulée avec le corps, de manière à former en dessous un angle obtus, ce qui ne se retrouve pas aans la plupart des autres quadrupèdes ovipares. Elle est très-grande ; sa longueur est à peu près ia moitié de celle du corps ; les yeux sont très-gros et très-proéminents; la cornée laisse apercevoir fort distinctement l'iris, dont la prunelle consiste en une fente verticale,

| comme celle des yeux du gecko, et qui doit Les geckottes ne sortent point de leur trou :

ètre trés-susceptible de se dilater ou de se contracter, pour recevoir ou repousser la lumière. Les narines sont placées presque au bout du museau , qui est mousse, et qui fait le sommet de l’espèce de triangle allongé, formé par la

| tête. Les ouvertures des oreilles sont très-peti-

tes; elles occupent les deux autres angles du triangle, et sont placées auprès des coins de la

! gueule ; la peau du dessous du cou forme des | plis :

| plat.

le dessous du corps est entièrement

Les quatre pieds du lézard à tête-plate sont chacun divisés en cinq doigts; ces doigts sont réunis à leur origine par la peau des jambes qui les recouvre par-dessus et par-dessous ; mais ils sont ensuite très-divisés , surtout ceux

des autres, comme dans beaucoup de lézards, de manière à représenter une sorte de pouce.

Vers leur extrémité ils sont garnis d’une membrane qui les élargit; comme ceux du gecko et

du geckotte ; et à cette même extrémité, ils sont revêtus par-dessous de lames ou écailles qui se recouvrent comme les ardoises des toits ; elles sont communément au nombre de vingt, et placées sur deux rangs qui s’écartent un peu l’un de l’autre au bout du doigt; le petit intervalle qui sépare ces deux rangs , renferme un ongle très-crochu, très-fort, et replié en dessous.

La queue est menue, et beaucoup plus courte que le corps; elle paraît très-large et très-aplatie, parce qu’elle est revêtue d’une membrane qui s'étend de chaque côté, et lui donne la forme d’une sorte de rame. Il est aisé cependant de distinguer la véritable queue que cette membrane recouvre, et qui présente par-dessus et par-dessous une petite saillie longitudinale. Cette partie membraneuse n’est point comme dans la salamandre aquatique, placée verticalement, mais élle forme des deux côtés une large bande horizontale.

La peau qui revêt la tête, Le corps , fes pattes et la queue du lézard à tête-plate , tant dessus que dessous , est garnie d’un très-crand nombre de petits points saillants plus ou moins apparents, qui se touchent et la font paraitre chagrinée ; et ce qui constitue un caractère jusqu’à présent particulier au lézard à tête-plate, c’est que la partie supérieure de tout Le corps est distinguée de la partie inférieure par une prolongation de la peau qui règne en forme de membrane frangée, depuis le bout du museau jusqu’à l'origine de la queue, et qui s’étend également sur les quatre pattes, dont elle distingue de même le dessus d’avec le dessous.

Ce lézard n’a encore été trouvé qu’en Afrique ; il paraît fort commun à Madagascar , puisque l’on peut voir, dans la collection du Cabinet du Roi, quatre individus de cette espèce envoyés de cette ile. Cette collection en renferme aussi un cinquième, que M. Adanson a rapporté du Sénégal ; et c’est sur ces cinq individus, dont la conformation est parfaitement semblable, que j’ai fait la description que l’on vient de lire. Le plus grand a de longueur totale huit pouces six lignes, et la queue a deux pouces quatre lignes de longueur. Aucun naturaliste n’a encore rien écrit touchant cet animal ; mais il a été vu à Madagascar par M. Bruyères, de la Société royale de Montpellier , qui a bien voulu me communiquer ses observations au sujet de ce quadrupède ovipare. La couleur du

lézard à tête-plate n’est point fixe, ainsi que celle de plusieurs autres lézards; mais elle varie comme celle du caméléon , et présente successivement ou tout à la fois plusieurs nuances” de rouge, de jaune, de vert et de bleu. Ces effets, observés par M. Bruyères, nous paraissent dépendre des différents états de l’animal, ainsi que dans le caméléon; et ce qui nous le persuade, c’est que la peau du lézard à têteplate est presque entièrement semblable à celle du caméléon. Mais, dans ce dernier , les variations de couleur s’étendent sur la peau du ventre, au lieu que dans le lézard dont il est ici question , tout le dessous du corps, depuis l’extrémité des mâchoires jusqu’au bout de la queue , présente toujours une couleur jaune et brillante.

M. Bruyères pense, avec toute raison , que le lézard que nous nommons Zéle-plate est le même que celui que Flaccourt a désigné par le nom de Famo-cantrata, et que ce voyageur à vu dans l’ile de Madagascar ‘ :

c’est aussi le Famo-cantraton dont Dapper à parlé ?.

Les Madégasses ne regardent le lézard à têteplate qu'avec une espèce d’horreur ; dès qu’ils l’apercoivent ils se délournent, se couvrent même les yeux, et fuient avec précipitation.

Flaccourt dit qu’il est très-dangereux, qu’il s’élance sur les nègres, et qu’il s’attache si fortement à leur poitrine *, par le moyen de la membrane frangée qui règne de chaque côté de son corps, qu’on ne peut l’en séparer qu'avec un rasoir. M. Bruyères n’a rien vu de semblable; il assure que les lézards à tête-plate ne sont point venimeux; il en a souvent pris à la main ; ils lui serraient les doigts avec leurs mâchoires, sans que jamais il lui soit survenu aucun accident. Il est tenté de croire que la peur que cet animal inspire aux nègres vient de ce que le lézard ne fuit point à leur approche, et qu’au contraire il va toujours au-devant d’eux la gueule béante, quelque bruit que l’on fasse pour le détourner; c’est ce qui l’a fait nommer par des matelots français le Sourd, nom que l’on a donné aussi dans quelques provinces de France à la salamandre terrestre. Ce lézard vit

1 Histoire de Madagascar, par Flaccourt, ch ap. 58, p. 183.— Dict. d'Hist. nat. de M. Bomare, art. du Famo-cantraton.

? Dapper, Description de l'Afrique, p. 458,

5 Le nom de famo-cantrata, que l'on a donné à ce lézari daus l'ile de Madagascar, signifie qui saute à la poitrine,

TAPAYE,.

LE

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