LE SEPS
Zygnis chalcidicus, Fitz ; Seps chalcidica, Merr,; Lacerta Chalcides, Linn,; Chalcides tetradactyla, Laur..; Chamæsaura Chalcis, Schneiïd.; Chalcides Seps, Latr ; Seps tridactylus, Daud.
Le Seps doit être considéré de près, pour n'être pas confondu avec les serpents. Ce qui en effet distingue principalement ces derniers d'avec les lézards, c’est le défaut de pattes et d'ouvertures pour les oreilles ; mais on ne peut remarquer que difficilement l’ouverture des oreilles du seps; et ses pattes sont presque invisibles par leur extrême petitesse. Lorsqu’on le regarde, on croirait voir un serpent qui, par une espèce de monstruosité, serait né avec deux petites pattes auprès de la tête, et deux autres très-éloignées, situées auprès de l’origine de la queue. On le croirait d'autant plus, que le seps a le corps très-long et très-menu , et qu’il a l’habitude de se rouler sur lui-même comme les serpents?. À une certaine distance, on serait même tenté de ne prendre ses pieds que pour des appendices informes. Le seps fait done une des nuances qui lient d’assez près les quadrupèdes ovipares avec les vrais reptiles. Sa forme peu prononcée, son caractère ambigu, doivent contribuer à le faire reconnaître. Ses yeux sont très-petits, les onvertures des oreilles bien moins sensibles que dans la plupart des lézards : la queue finit par une pointe trèsaiguë ; elle est communément très-courte; cependant elle était aussi longue que le corps dans l'individu déerit par Linnée, et qui faisait partie de la collection du prince Adolphe. Le seps est couvert d’écailles quadrangulaires , qui forment en tous sens des espèces de stries.
La couleur de ce lézard esten général moins foncée sous le ventre que sur le dos, le long
4 La Cicigna, en Sardaigne. —Le Seps. M. Daubenton, Eneycl. méth.—ZLacerta Seps, 17. Linn., Amphib. rept. 2 Hist, nat, de la Sardaigne, par M. François Cetti
duquel s'étendent deux bandes, dont la teinte est plus ou moins claire, et qui sont bordées de chaque côté d’une petite raie noire.
La grandeur des seps, ainsi que celle des autres lézards , varie suivant la température qu’ils éprouvent, la nourriture qu’ils trouvent, et la tranquillité dont ils jouissent. C’est done avec raison que la plupart des naturalistes ont cru ne devoir pas assigner une grandeur déterminée, comme un caractère rigoureux et distinctif de chaque espèce; mais il n’en est pas moins intéressant d'indiquer les limites , qui, dans les diverses espèces , circonscrivent la grandeur, et surtout d’en marquer les rapports, autant qu’il est possible, avec les différentes contrées, les habitudes, la chaleur, etc. Les seps, qui ne parviennent quelquefois en Provence, etdansles autres provinces méridionales
de France, qu’à la longueur de cinq ou six.
pouces , sont longs de douze ou quinze dans des pays plus conformes à leur nature. Il y en a un au Cabinet du Roi, dont la longueur totale est de neuf pouces neuf lignes; sa circonférence est de dix-huit lignes, à l’endroit le plus gros du corps ; les pattes ont deux lignes de longueur, et la queue est longue de trois pouces trois lignes. Celui que M. François Cetti a décrit en Sardaigne avait douze pouces trois lignes de long (apparemment mesure sarde).
Les pattes du seps sont si courtes, qu’elles n’ont quelquefois que deux lignes de long, quoique le corps ait plus de douze pouces de longueur '. A peine paraissent-elles pouvoir toucher à terre, et cependant le seps les remue avec vitesse , et semble s’en servir avec beaucoup d'avantage lorsqu'il marche *. Les pieds sont divisés en trois doigts à peine visibles , et garnis d'ongles, comme ceux de la plupart des autres lézards. Linnée a compté cinq doigts dans le Seps qui faisait partie de la collection du prince Adolphe de Süède; mais nous n’en avons jamais trouvé que trois dans les individus de différents pays que nous avons décrits , et qui sont au Cabinet du Roi, avec quelque atteniion que nous les ayons considérés , et quoique nous nous soyons servis de très-fortes loupes.
C’est au seps que l’on doit rapporter le lézard indiqué par Rai, sous le nom de Seps, ou
# Hiist. nat. de la Sardaigne, p. 28 et suiv. * Jdéin, ibid, :
de Lézard chalcide. Linnée nous paraît s'être trompé ‘ en appelant ce dernier lézard Chalcide, et en le séparant du Seps?. La description que
| l’on trouve dans Rai convient très-bien à ce
dernier animal ; les raies noires le long du dos, et la forme rhomboïdale des écailles, que Raï attribue à son lézard, sont en effet des caractères distinctifs du seps. Le lézard désigné par Columna, sous le nom de Seps ou de Chalcide*, séparé du seps par Linnée, et appelé Chalcide par ce grand naturaliste, est aussi une simple variété du seps, assez voisine de celle que l’on trouve aux environs de Rome, ainsi qu’en Provence, et dont on conserve un individu au Cabinet du Roi. Le lézard de Columna avait, à la vérité, deux pieds de long, tandis que le seps des environs de Rome , que l’on peut voir au Cabinet du Roi, n’a que sept pouces huit lignes de longueur ; mais il présentait les caractères qui distinguent les véritables seps.
L'animal que Linnée a rangé parmi les serpents, qu’il a appelé Anguis Quadrupède , et qu’il dit habiter dans l’île de Java” , est de même un véritable seps; tous les caractères rapportés par Linnée conviennent à ce dernier lézard , excepté le défaut d'ouvertures pour les oreilles, et les cinq doigts de chaque pied ; mais Linnée ajoutant que ces doigts sont si petits qu'on a bien de la peine à les apercevoir , on peut croire que l’on en aura aisément compté deux de trop. D'ailleurs les ouvertures des oreilles du seps sont quelquefois si petites , qu’il paraît en manquer absolument.
C’est également au seps qu'il faut rapporter les lézards nommés vers serpentiformes d’Afrique, et dont Linnée a fait une espèce particulière sous le nom d’Anguina. Il suffit, pour s’en convaincre, de jeter les yeux sur la planche de Séba, citée par le naturaliste suédois; la forme de la tête, la longueur du corps, la disposition des écailles , la positionet la brièveté des quatre pattes, se retrouvent dans ces pré-
4 Voyez, dans cette Histoire naturelle, l’article du Chal-
cide.
2? Systema Naturæ Amphib. reptilia. Lacerta, editio 45.
5 « Seps serpens pedatus potins est quàm lacerta. Parvus « erat, rotundus, lineis nigris in dorso parallelis secundum « longitudinem ductis distinctus... in acutam caudam desi- « nebat... Squamæ reticulatæ, rhomboides. » Raï, Synopsis Animalium, fol. 272.
i Fabii Columnæ ecphra. Seps, lacerta chalcidica, seu chalcides.
5 Systema noturæ amphih., ed. 15, t, H, fol, 390,
DU SÉPS.
tendus vers comme dans le seps ! ; et ce n’est que parce qu’on ne les a pas regardés d’assez près , qu’on a attribué des pieds non divisés à ces animaux, que Linnée s’est cru obligé par là de séparer des autres lézards. Suivant Séba, les Grecs ont connu ces quadrupèdes ; ils ont même cru être informés de leurs habitudes en certaines contrées , puisqu'ils les ont nommés acheloi et elyoi, pour désigner leur séjour au milieu des eaux troubles et bourbeuses. On les rencontre au cap de Bonne-Espérance, vers la baie de la Table, parmiles rochers qui bordent la rivière. Suivant la figure de Séba , ces seps du cap de Bonne-Espérance ont la queue beaucoup plus longue que le corps ?.
Column, en disséquant un seps femelle, en tira quinze fœtus vivants , dont les uns étaient déjà sortis de leurs membranes, et les autres étaient encore enveloppés dans une pellicule diaphane, et renfermés dans leurs œufs comme les petits des vipères. Nous remarquerons une manière semblable de venir au jour dans les petits de la salamandre terrestre; et ainsi, non- seulement les diverses espèces de lézards ont entre elles de nouvelles analogies , mais l’ordre entier des quadrupèdes ovipares se lie de nouveau avec les serpents , avec les poissons cartilagineux et d’autres poissons de différents genres , parmi lesquels les petits de plusieurs espèces sortent aussi de leurs œufs dans le ventre même de leur mère.
Plusieurs naturalistes ont cru que le seps était une espèce de Salamandre. On a accusé la salamandre d’être venimeuse ; on a dit que le seps l'était aussi. Il y a même longtemps que l’on a regardé ce lézard comme un animal malfaisant, le nom de Seps que les anciens lui ont appliqué , ainsi qu’au chalcide, ayant été aussi attribué par ces mêmes anciens à des serpents très-venimeux, à des mille-pieds et à d’autres bêtes dangereuses. Ce mot Seps, dérivé de cérw (sepo, je corromps), peut être regardé comme un nom générique que les anciens donpaient à la plupart des animaux dont ils redoutaient les poisons, à quelque ordre d’ailleurs qu'ils les rapportassent. On peut croire aussi qu'ils ont très-souvent confondu , ainsi que le plus grand nombre des naturalistes venus après
eux, le .chalcide et le seps, qu’ils ont appelés tous deux non-seulement du nom générique de
* Systema naturæ amphibia reptilia, ed. 45, vol. I, p.374. * Séba, 2, pl. 68, fig.7 et 8.
seps, mais encore du nom particulier de chal. cide *. dé FU
Quoi qu’ilen soit, lesobservations de M. Sauvage paraissent prouver que le seps n’est point venimeux dans les provinces méridionales de France. Suivant ce naturaliste, la morsure des seps n’a jamais été suivie d’aucun accident : il rapporte en avoir vu manger par une poule, sans qu’elle en ait été incommodée. II ajoute que la poule ayant avalé un petit seps par la tête sans l’écraser, il vit ce lézard s’échapper du corps de la poule, comme les vers de terre de celui des canards. La poule le saisit de nouveau ; il s’échappa de même , mais à latroisième fois elle le coupa en deux. M. Sauvage conclut même, de la facilité avec laquelle ce petit lézard se glisse dans les intestins, qu’il produirait un meilleur effet, dans certaines maladies, . que le plomb et le vif argent ?. M. Francois Cetti dit aussi que , dans toute la Sardaigne , il n’a jamais entendu parler d’aucun accident causé par la morsure du seps , que tout le monde y regarde comme un animal innocent.
Seulement, ajoute-t-il , lorsque les bœufs ou les chevaux en ont avalé avec l’herbe qu'ils paissent, leur ventre s’enfle.et ils sont en danger de mourir si on ne leur fait pas prendre une boïisson préparée avec de lhuile , du vinaigre et du soufre *.
Le seps paraît craindre le froid plus que les tortues terrestres , et plusieurs autres quadrupèdes ovipares ; il se cache plutôt dans la terre aux approches de l’hiver. Il disparait, en Sardaigne , dès le commencement d'octobre, et on ne le trouve plus que dans des creux souterrains ; il en sort au printemps pour aller dans les endroits garnis d'herbe, où il se tient encore pendant l’été, quoique l’ardeur du soleil l’ait desséchée.
M. Thunberg a donné, dans les Mémoires de l’Académie de Suède, la description d’un lézard qu’il nomme Abdominal, qui se trouve à Java et à Amboiïine , qui a les plus grands rapports avec le seps, et qui n’en diffère que par la très-grande brièveté de sa queue et le
4 Conradi Gesneri, Hist. Anim., lib. IL, de Quadrup. ovip., pe Pre sur la nature des Animaux venimenx, rouronné par l’Académie de Rouen, en 1754.
5 M. François Cetti, Hist. nat. de la Sardaigne, p. 28 et HT François Ceiti, Hist. nat. de la Sardaigne, p. 28 et
suiv, 5 Mém. de l'Acad. de Stockholm, trime d'avril 1787,
ts
nombre de ses doigts. Mais comme il paraît que M. Thunberg n’a pas vu cet animal vivant, et que, dans la description qu’il en donne, il dit que l'extrémité de la queue était nue et sans écailles , on peut croire que l'individu observé par ce savant professeur avait perdu une partie desa queue par quelque accident. D’ailleursnous nous sommes assurés que la longueur de la queue des seps était en général très-variable. D'un autre côté, M. Thunberg avoue qu’on ne peut, à l’œil nu, distinguer qu'avec beaucoup de peine les doigts de son lézard abdominal. Il pourrait donc se faire que l’animal eût été altéré après sa mort, de manière à présenter l’apparence de cinq petits doigts à chaque pied, quoique réellement il n’y en ait que trois, ainsi que dans les seps, auxquels il faudrait dès lors le rapporter. Si au contraire le lézard abdominal a véritablement cinq doigts à chaque pied, il faudra le regarder comme une espèce distincte du seps , et le comprendre dans la quatrième division où il pourrait être placé à la suite du sputateur. Au reste, personne ne peut mieux éclaireir ce point d'histoire naturelle que M. Thunberg.
LE CHALCIDE.
Chalcis Cophias, Merr.; Chalcides flavescens , Bonn. ; Chamæsaura Cophias, Schneid. ; Chalcides trydactylus, Daud.
Le seps n’est pas le seul lézard qui, par la petitesse de ses pattes à peines visibles, et la grande distance qui sépare ceiles de devant de celles de derrière, fasse la nuance entre les lézards et les serpents ; le Chalcide est également remarquable par la brièveté et la position de ses pattes, de même que par l’allongement de son corps. Linnée , et plusieurs autres naturalistes, ont regardé, ainsi que nous , le chalcide comme différent du seps, et ils ont dit que ces deux lézards sont distingués l’un de l’autre, en ce que le seps a la queue verticillée, tandis que le chalcide l’a ronde, et plus longue que le corps. Quelque sens qu’on attache à cette expression verticillée, elle ne peut jamais représenter qu’un caractère vague et peu sensible. D’un autre côté, il n’y a rien de si variable que les longueurs des queues des lézards, et par conséquent toute distinction spécifique fondée sur ces longueurs doit être regardée comme nulle , à moins que leurs diffé-
n HISTOIRE NATURELLE
rences ne soient très-grandes. Nous avons pensé d’après cela que le lézard appelé Chalcide par Linnée pourrait bien n’être qu’une variété du seps, dont plusieurs individus ont la queue à peu près aussi longue que le corps. Nous l’avons pensé d'autant plus qu’il paraît que Linnée n’a point vu le lézard qu’il nomme Chalcide'. Nous avons en conséquence examiné les
divers passages des auteurs cités par Linnée,
relativement à ce quadrupède ovipare. Nous avons comparé ce qu'ont écrit à ce sujet Aldrovande , Columna, Gronovius, Rai et Imperati : nous avons vu que tout Ce que rapportent ces auteurs, tant dans leurs descriptions que dans la partie historique , pouvait s’appliquer au véritable seps ?. 11 paraît donc qu’on Goit réduire à une seule espèce les deux lézards connus sous le nom de seps et de chalcide. Mais il y a , au Cabinet du Roi, un lézard qui ressemble au seps par l'allongement de son corps, la petitesse de ses pattes, le nombre deses doigts, et qui est cependant d’une espèce différente de celle du seps, ainsi que nous allons le prouver. Ce lézard n’a vraisemblablement été connu d'aucun des naturalistes modernes qui ont écrit sur le chalcide : c’est, en quelque sorte , une espèce nouvelle que nous présentons , et à laquelle nous appliquons ce nom de Chalcide, qui n’a été donné par Linnée et les naturalistes modernes qu’à une variété du seps.
Notre chalcide, le seul que nous nommerons ainsi, diffère du seps par un caractère qui doit empêcher de les confondre dans toutes lescirconstances. Le dessus et le dessous du corps et de la queue sont garnis dans le seps de petites écailles, placées les unes sur les autres comme les ardoises qui couvrent nos toits; tan- | dis que , dans le chalcide, les écailles forment des anneaux circulaires très-sensibles , séparés les uns des autres par des espèces de sillons, et qui revêtent non-seulement le corps, mais encore la queue.
Le corps de l'individu conservé au Cabinet du Roi a deux pouces six lignes de longueur ; il est plus court quela queue , et entouré de quarantehuit anneaux. La tête est assez semblable àcelle
du seps, ainsi que nous l’avons dit, mais il n’y
4“ I. chalcides, M. Linn., Amphib. rept.—Lé Chalcide. M. Daubenton, Encycl. méth,
2 Aldrov., de Quadrup. digit. ovipar., lib. I, fol. 638.—Co: lamn. ecphr. 1, fol. 55, t.56.—Gronov Zooph., 43.—Rai, Quadr., 272,—Imperat, Nat., 917. :