‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 147 sur 470 · DE LA SALAMANDRE A QUEUE PLATE · texte numérisé non relu

DE LA SALAMANDRE A QUEUE PLATE

distance. Sa cerète flotte nonchalamment ; son anus est très-ouvert; il frappe dé temps en temps sa compagne de sa queue, il se renverse même sur elle ; mais reprenant sa première position , c’est alors que , malgré la petite distance qui les sépare, il lance la liqueur prolifique, et les vues de la nature sont remplies, sans qu’il y ait entre eux aucune union intime et immédiate. Cette liqueur active atteint la femelle qui devient immobile, et elle donne à l’eau une légère couleur bleuâtre : bientôt le mâle se réveille d’une espèce d’engourdissement dans lequel il était tombé; il recommence ses caresses , lance une nouvelle liqueur , achève de féconder sa femelle , et se sépare d’elle ?.

Mais, loin de l’abandonner , il s’en rapproche souvent, jusqu’à ce que tous les œufs contenus dans les ovaires, et parvenus à l’état de grosseur convenable, soient entrés dans les canaux, où ils se chargent d’une humeur visqueuse , et qu’ils aient pu être tous fécondés. Ce temps d’amour et de jouissances dure plus ou moins, suivant la température, et quelquefois il est de trente jours ?.

Matthiole dit que, de son temps, on employait dans les pharmacies les salamandres aquatiques à la place des scinques d'Egypte, mais qu’elles ne devaient pas produire Îles mêmes effets ?.

Les salamandres aquatiques jetées sur du sel en poudre y périssent comme les salamandres terrestres. Elles expriment de toutes les parties de leur corps le suc laiteux dont nous avons parlé. Elles tombent dans des convulsions , se roulent , et expirent au bout de trois minutes #. Il parait, d’après les expériences de M. Laurenti , qu’elles ne sont point venimeuses comme l'ont dit les anciens, et qu’elles ne sont dangereuses , ainsi que la salamandre terrestre, que pour les petits lézards *.

Les viscères de la salamandre aquatique ont été fort bien décrits par M. Dufay.

Elle habite dans presque toutes les contrées , non-seulement de l’Asie et de l’Afriquef, mais encore du nouveau continent. Elle ne craint même pas la température des pays septentrio-

! Observations faites par M. Demours, de l'Acad. des Sciences.

? M. l'ibhé Spallanzani , ouvrage déjà cité.

5 Matthiole , diosc.

+ Mémoire de M. Dufay, déjà cité,

5 Laurenti specimen medicum, # Jobi Ludolphi Æthiopica,

naux, puisqu'on la rencontre en Suède, où son séjour au milieu des eaux doit la garantir des effets d’un froid excessif. On aurait done pu lui donner le nom de lézard commun, ainsi qu’on l’a donné au lézard gris, et à un autre lézard désigné sous le nom de Lézard vulgaire , par Linnée ! , et qui ne nous paraît être tout au plus qu’une variété de la salamandre à queue plate. Mais ce lézard, que Linnée a nommé Lézard vulgaire, n’est pas le seul que nous croyions devoir rapporter à la Queue-plate. Le Lézard aquatique , Au même naturaliste ?, nous paraît être aussi de la même espèce. En effet, tous les caractères qu’il attribue à ces deux lézards se retrouvent dans les variétés de la salamandre à queue plate, tant mâle que femelle, ainsi que nous nous en sommes assurés en examinant les divers individus conservés au Cabinet du Roi. On pourrait dire seulement que l’expression de cylindrique (feres et tereliuscula) , que Linnée emploie pour désigner la queue du Lézard vulgaire et celle du Lézard aquatique,nepeutpas convenir àla Salamandre à queue plate. Mais il estaisé de répondre à cette objection. 1° Il parait que Linnée n’avait pas vu le Lésard aquatique, et Gronovius, qu’il cite relativement à ce lézard , dit que cet animal, est presque entièrement semblable à celui que nous nommous Queue-plate* ; il ajoute que la queue est un peu épaisse etpresque carrée. 2° La figure de Séba , citée par Linnée, représente évidemment la Queue-plale *. D'ailleurs ik y a plusieurs individus femelles dans l’espèce qui fait le sujet de cet article, dont la queue parait ronde, parce que les membranes qui la garnissent par-dessus et par-dessous sont très-peu sensibles. Plusieurs mâles, lorsqu'ils sont très-jeunes, manquent presque absolument de ces membranes, et leur queue est comme cylindrique *.

A l’égard de la queue du lézard vulgaire, Linnée ne renvoie qu'à Rai, qui, à la vérité, distingue aussi ce lézard d’avee notre salamandre, mais dont cependant le texte convient entière: ment à cette dernière. Nous devons ajouter que toutes les habitudes attribuées à ces deux prétendues espèces de lézards sont celles de notre salamandre à queue plate. Tout concourt done

4 Lacerta vulgaris, 42. Linn., Amph. rept.

2 Lacerta aquatica, 45, Linn., Amphib. rept.

5 Gronovius, musæum 2, p. 78, n° 52.

4 Séba, mus. 2. Tab. 12, fig. 7. Salamandra ceylanica, 5 Mémoire déjà cité de M, Dufay.

à prouver qu’elles n’en sont que des variétés, et ce qui achève de le montrer, c’est que Gronovius lui-même a trouvé une grande ressemblance entre notre salamandre et le-lézard aquatique, et qu’enfin l’article et la figure de Gesner que Linnée a rapportés à ce prétendu lézard aquatique, ne peuvent convenir qu’à notre salamandre femelle.

C’est donc la femelle de notre salamandre à queue plate qui, très-différente en effet du mâle, ainsi que nous l’avons vu, aura été nommée lézard aquatique par Linnée, et regardée comme une espèce distincte par ce grand naturaliste , ainsi que par Gronovius. Quelques différences dans les couleurs de cette femelle auront même fait croire à quelques naturalistes, et particulièrement à Petiver ‘, qu’ils avaient reconnu le mâle et la femelle, ce qui aura confirmé l'erreur. Quelque autre variété dans ces mêmes couleurs ou dans la taille aura fait établir une troisième espèce sous le nom de lézard vulgaire. Mais ce lézard vulgaire et ce lézard aquatique ne sont que la même espèce , ainsi que Linnée lui-même l’avait soupçonné , puisqu’il se demande? si le dernier de ces animaux n’est pas le premier dans son jeune âge; et ces deux lézards ne sont que la femelle de notre salamandre, ce qui est mis hors de doute par les descriptions auxquelles Linnée renvoie, ainsi que par les figures qu'il cite, et surtout par celles de Séba * et de Gesner‘. Au reste, nous n’avons adopté l’opinion que nous exposons ici qu'après avoir examiné un grand nombre de salamandres à queue plate , et comparé plusieurs variétés de cette espèce.

C’est peut-être à la salamandre à queue plate qu'appartient l’animal aquatique, connu en Amérique, et particulièrement dans la Nouvelle-Espagne, sousle nom mexicain d’Ææolotlÿ, et sous le nom espagnol d’Znguete de aqua. I] a été pris pour un poisson , quoiqu'il ait quatre pattes ; mais nous avons vu que le seinque avait été regardé aussi comme un poisson, parce qu’il habite les eaux. L’axolotl a, dit-on, la peau fort unie, parsemée sous le ventre de pe-

* Petiver, musæum, 18, n° 415.

? Systema Naturæ , amphib. rept., editio 13.

8 Séba, mus. 2, tab. 12, fig. 7.

4 Gesner, de Quadr. ovip. Lacertus aquaticus.

5 L'axolotl est un animal très-différent des salamandres aquatiques ou tritons; c'est le Siren pisciformis de Shaw. M. Cuvier en a donné une description complète dans le Reçueil d'Observations zoologiques de M. de Humboldt. D.

tites taches, dont la grandeur diminue depuis le milieu du corps jusqu’à la queue. Sa longueur et sa grosseur sont à peu près celles de la salamandre à queue plate ; ses pieds sont divisés en quatre doigts , comme dans les grenouilles , ce qui peut faire présumer que le cinquième doigt ne manque qu’aux pieds de devant , ainsi que dans ces mêmes grenouilles et dans la plupart des salamandres. Il a la tête grosse en proportion du corps, la gueule noire et presque toujours ouverte. On a débité un conte ridicule au sujet de ce lézard. On a prétendu que la femelle était sujette, comme les femmes , à un écoulement périodique. Cette erreur pourrait venir de ce qu’on l’a confondu avec les salamandres terrestres, qui mettent bas des petits tout formés. Et peut-être même appartient-il aux salamandres terrestres plutôt qu'aux aquatiques. Au reste, on dit que sa Chair est bonne à manger et d’un goût qui approche de celui de lPanguille'. Si cela était, il devrait former une espèce particulière, ou plutôt, on pourrait croire qu’on n’aurait vu à la place de ce prétendu lézard qu’une grenouille qui n’était pas encore développée , et qui avait sa queue de tétard. C’est à l'observation à éclaircir ces doutes.

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