‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 154 sur 470 · DE’ LA ROUSSE · texte numérisé non relu

DE’ LA ROUSSE

d'avec les autres , par une tache noire qu’elle a entre les yeux et les pattes de devant. Elle paraît, au premier coup d’œil, n’être qu’une variété de la grenouille commune ; mais comme elle habite dans le même pays, comme elle vit, pour ainsi dire, dans les mêmes étangs, et qu’elle en diffère cependant constamment par quelques-unes de ses habitudes et par ses couleurs, on ne peut pas rapporter ses caractères distinctifs à la différence du climat ou de la température, et l’on doit la considérer comme une espèce particulière. Elle a le dessus du corps d’un roux obscur, moins foncé quand elle a renouvelé sa peau, et qui devient comme marbré vers le milieu de l’été. Le ventre est blane et tacheté de noir à mesure qu’elle vieillit. Les cuisses sont rayées de brun.

Elle à au bout de la langue une petite échancrure dont les deux pointes lui servent à saisir les insectes qu’elle retient, en même temps, par l’espèce de glu dont sa langue est enduite, et sur lesquels elle s’élance comme un trait, dès qu’elle les voit à sa portée. On l’a appelée la Mueile, par comparaison avec la grenouille

commune, dont les cris désagréables et souvent répétés se font entendre de très-loin.

Cependant, dans le temps de son accouplement ou lorsqu'on la tourmente, elle pousse un cri sourd, semblable à une sorte de grognement, et qui est plus fréquent et moins faible dans le mâle.

Les grenouilles rousses passent une grande partie de la belle saison à terre. Ce n’est que vers la fin de l’automne qu’elles regagnent les endroits marécageux ; et, lorsque le froid devient plus vif, elles s’enfoncent dans le limon du fond des étangs , où elles demeurent engourdies jusqu’au retour du printemps. Mais, lorsque la chaleur est revenue, elles sont rendues à la vie et au mouvement. Les jeunes regagnent alors la terre pour y chercher leur nourriture : celles qui sont âgées de trois ou quatre ans, et qui ont atteint le degré de développement nécessaire à la reproduction de leur espèce, demeurent dans l’eau jusqu’à ce que la saison des amours soit passée. Elles sont les premiè-

ovip., fol. 58, Rana gibbosa. — Aldr. ovip., 89, Rana. — Jonst. Quadr., t.75, f. 5, 6,7, 8. — Rai, Synops. Quadr., 247, Rana aquatica.—Bradl. natur., tab. 21, fig. 4. — Batracos, Aristote, Hist. des animaux, liv. IV, chap. 9.— Frog common, British Zoology, vol. III. Lond., 1776. — Rana temporaria, Wulff. Ichthyologia, cum amphibiis regni Borussici.—Rana vespertina, supplément au Voyage de M. Pallas.

res grenouilles qui s’accouplent, comme les premières ranimées. Elles demeurent unies pendant quatre jours ou environ.

Les grenouilles rousses éprouvent, avant d’être adultes , les mêmes changements que les grenouilles communes ; mais il paraît qu’il leur faut plus de temps pour les subir, et que ce n'est qu'à peu près au bout de trois mois qu’elles ont la forme qu’elles doivent conserver pendant toute leur vie.

Vers la fin de juillet, lorsque les petites grenouilles sont entièrement écloses , et ont quitté leur état de tétard, elles vont rejoindre les autres grenouilles rousses dans les bois et dans les campagnes. Elles partent le soir , voyagent toute la nuit, et évitent d’être la proie des oiseaux voraces, en passant le jour sous les pierres et sous les différents abris qu’elles rencontrent, et en ne se remettant en chemin que lorsque les ténèbres leur rendent la süreté.

Cependant, malgré cette espèce de prudence, pour peu qu'il vienne à pleuvoir, elles sortent de leurs retraites pour s’imbiber de l’eau qui tombe.

Comme elles sont très-fécondes et qu’elles pondent ordinairement depuis six cents jusqu’à onze cents œufs, il n’est pas surprenant qu’elles se montrent quelquefois en si grand nombre, surtout dans les bois et les terrains humides, que la terre en paraît toute couverte.

La multitude des grenouilles rousses qu’on voit sortir de leurs trous lorsqu'il pleut a donné lieu à deux fables ; l'on a dit non-seulement qu’il pleuvait quelquefois des grenouilles, mais encore que le mélange de la pluie avec des grains de poussière pouvait les engendrer tout d’un coup. L’on ajoutait que ces grenouilles ainsi tombées des nues, ou produites d’une manière si rapide par un mélange si bizarre, s’en allaient aussi promptement qu’elles étaient venues, et qu’elles disparaissaient aux premiers rayons du soleil.

Pour peu qu’on eût voulu découvrir la vérité, on les aurait trouvées, avant la pluie, sous des tas de pierres et d’autres abris, où on les aurait vues cachées de nouveau après la pluie, pour se dérober à une lumière trop vive‘; mais on aurait eu deux fables de moins à raconter , et combien de gens dont tout le mérite disparaît avec les faits merveilleux!

! Roësel, pages 15 et 14,

On a prétendu que les grenouilles rousses étaient venimeuses; on les mange cependant dans quelques contrées d'Allemagne ; et M. Laurenti ayant fait mordre une de ces grenouilles par de petits lézards gris, sur lesquels le moindre venin agit avec force, ils n’en furent point incommodés ". Elles sont en très-grand nombre dans l’île de Sardaigne ?, ainsi que dans presque toute l’Europe; il paraît qu’on les trouve dans l’Amérique septentrionale, et qu’il faut leur rapporter les grenouilles appelées Grenouilles de terre par Catesby Ÿ, et qui habitent la Virginie et la Caroline. Ces dernières paraissent préférer, pour leur nourriture, les insectes qui ont la propriété de luire dans les ténèbres, soit que cet aliment leur convienne mieux , ou qu’elles puissent l’apercevoir etle saisir plus facilement lorsqu'elles cherchent leur pâture pendant la nuit. Catesby rapporte en effet qu’étant dans la Caroline, hors de sa maison, au commencement d’une nuit très-chaude, quelqu’un qui l’accompagnait laissa tomber de sa pipe un peu de tabac brülant qui fut saisi etavalé par une grenouille de terre, tapie auprès d’eux, et dont l'humeur visqueuse dut amortir l’ardeur du tabac. Catesby essaya de lui présenter un petit Charbon de boïs allumé, qui fut avalé et éteint de même. Il éprouva constamment que les grenouilles terrestres saisissaient tous les petits corps enflammés qui étaient à leur portée, et il conjectura, d’après cela, qu’elles devaient rechercher les vers ou les insectes luisants qui brillent en grand nombre pendant les nuits d'été, dans la Caroline et dans la Virginie *.

4 Laurenti specimen medicum ; p. 154.

2 Hist, nat. des Amphibies et des Poissons de la Sardaigne, par M. François Cetti.

5 « Le dos et le dessus de cette grenouille ( la grenouille de terre) sont gris et tachetés de marques d'un brun obscur, fort proches les unes des autres : le ventre est d'un blanc sale et légèrement marqueté : l'iris est rouge. Ces grenouilles varient quelquefois par rapport à la couleur, les unes étant plus grises, et les autres penchant vers le brun ; leurs corps sont gros, et elles ressemblent plus à un cra- : paud qu'à une grenouille; cepenilant elles nerampent pas comme les crapauds, mais elles sautent. On en voit davantage dans les temps humides : elles sont cependant fort comuues dans les terres élevées, et paraissent dans le temps le plus chaud du jour. » Catesby, vol. EE, p. 69 *. 4 Catesby, au même endroit. ;

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* Cette grenouille de terre de Catesby paraît se rapporter à l'espèce du crapaud criard, bufo musicus; Latr., Daud., Merr. D.

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