‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 358 sur 470 · LA RAIE ÉGLANTIER · texte numérisé non relu

LA RAIE ÉGLANTIER

Raia Eglanteria, Lacep. 2.

M. Bose, connu depuis longtemps par la variété de ses connaissances en histoire naturelle,

| par son zèle infatigable pour le progrès des

sciences, et par sa manière habile et fidèle d’observer et de décrire, a eu l'attention de me faire parvenir, de Amérique septentrionale , des dessins et des descriptions de plusieurs poissons encore inconnus des naturalistes. Il a bien voulu me faire témoigner en même temps par notre confrère commun, le professeur Alexan-

: dre Brongniart, le désir de voir ce travail pu-

pointus, assez gros, très-courts, très-durs, trèsblancs , et comme émaillés. Cinq de ces tuber-

cules sont très-rapprochés , et forment sur le dos une rangée longitudinale; les autres sont placés sur la queue, plus près du dos que du grand aiguillon dentelé, et à des distances inégales les uns des autres.

Pour peu qu’on jette les yeux sur le tableau du genre des raies, que nous avons publié, on verra que celle dont nous décrivons les formes a beaucoup de rapports, par son aiguillon dentelé et par sa queue déliée, avec la raie aigle, la pastenaque, la lymme, et que, d’un autre côté, elle se rapproche, par ses tubercules, de la raie sephen , dont j’ai découvert que la dépouille était apportée en France sous le nom de Peau de Requin, pour y servir à fabriquer le plus beau Galuchat, celui qui est à grains très-gros et très-aplatis. C’est donc entre la lymme et la sephen qu'il faut placer la raie que nous venons de faire connaître ; et le caractère spécifique qui la sépare tant de l’aigle, de la pastenaque et de la lymme, que de la sephen et de

toutes les raies inscrites dans le troisième sousgenre , est le nombre des tubercules émaillés

blié dans l'Histoire des Poissons. J'ai accepté avec empressement l'offre agréable et utile de M. Bosc. Je ferai donc usage, dans ce volume et dans le suivant, des descriptions qu’il m'a envoyées, ainsi que des dessins qu’il a faits lui-même, et qui ont été gravés avec soin sous mes yeux; et la raie églantier est un de ces poissons dont le public devra la connaissance à ce savant naturaliste,

Le corps de la raie églantier présente à peu près la forme d’un rhomboïde dont toutes les parties saillantes seraient émoussées; il est pare semé d’épines très-courtes , souvent même peu sensibles, excepté sur le milieu du dos, où l’on voit une rangée longitudinale de petits aiguillons qui ont deux ou trois centimètres de longueur.

Les yeux sont saillants; l'iris est blanc; le museau obtus; la langue courte, large, lisse; la forme des dents plus ou moins arrondie; la queue presque aussi longue que le corps, et garnie de plusieurs rangs longitudinaux d’épines

! « Raja eglanteria. — Raja dentibus obtusis, corpore « rhombeo, aculeato, aculeis minutis, caudâ bipinnatä, spinis « numerosis muricatä. — Habitat in mari Americam al- « luente, » Bosc, manuscrits communiqués.

2 Cette espèce dont M. Lesueur a donné une figure dans le Journal de l'acad. des sc. nat. de Philadelphie, appartient à la division des raies proprement dites. D.

recourbées de différentes grandeurs, et dont les plus longues forment les trois rangées du milieu et des côtés.

A l'extrémité de cette queue est une petite nageoire, auprès de laquelle on voit, sur la face supérieure de cette même partie de l’animal, une autre nageoire que l’on doit nommer dorsale, d’après tout ce que nous avons déjà dit, quoiqu’elle ne soit pas placée sur le corps proprement dit de la raie églantier.

On compte cinq rayons à chaque nageoire ventrale.

La raie que nous décrivons est d’une couleur brunâtre en dessus, et blanche en dessous. Elle est assez commune dans la baie de Charleston; elle y parvient à un demi-mêtre de largeur.

D’après les traits de conformation que nous venons d'exposer, on ne sera pas étonné que sur notre tableau méthodique nous placions la raie églantier entre la raie tuberculée et la raie bouclée.

LA RAIE SEPHEN !.

Raia Sephen , Forsk., Gmel., Lecep. ; Trygon Sepben, Cu.

Dans cette même mer Rouge où Forskael a trouvé plusieurs variétés de la pastenaque et la raie lymme, ce voyageur a vu aussi la sephen. Elle a de très-grands rapports de conformation avec la raie aigle, la pastenaque et la Iymme; mais elle en diffère par des caractères assez nombreux pour qu'elle constitue une espèce distincte.

Sa couleur est, sur le corps, d’un cendrébrun, et par-dessous d’un blanc-rougeâtre. Elle parvient à une grandeur très-considérable, puisqu’on a vu des individus de cette espèce dont les nageoires pectorales et le corps réunis avaient trente-six décimètres (onze pieds, ou à peu près) de largeur. L'extrémité postérieure des nageoires pectorales est arrondie, et, dans plusieurs des positions ou des mouvements de l'animal, cache en partie les nageoires ventrales, qui sont tres-petites à proportion du volume de Ja raie.

Malgré la grande étendue du corps, la queue est deux fois plus longue que le corps propre-

1 Raïe sif, Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth. — « R. corpore « suborbiculato, caudâ duplo longiore subtüs alatâ, supra « aculeis duobus longis, utrinque serralis. » Forskael, Faun. arab., p.47, n. 16.

ment dit, comme celle de la raie aiglé, et esta armée de même d’un ou deux aiguillons assez longs, forts, dentelés des deux côtés, et revêtus en partie d’une peau épaisse: mais, au lieu d’être entièrement dénuée de nageoires et de petits piquants, comme la queue de la raie aigle ; au lieu de présenter une nageoire dorsale, comme celle de la pastenaque, ou de montrer sans aucune petite pointe, une sorte de nageoire particulière composée d'une membrane longue et étroite, comme la queue de la lymme; elle est garnie, depuis la place des deux grands dards jusqu’à son bout le plus délié, d'une rangée longitudinale de très-petits aiguillons qui règne sur sa partie supérieure, et d'une membrane longue, étroite et noire, qui s’étend uniquement le long de sa partie inférieure.

L'un de ses caractères véritablement distineüifs est d’avoir le dessus du corps et la partie supérieure de la queue jusqu’à la base des deux pointes dentelées, couverts de tubercules plats, au milieu desquels on en distingue trois plus grands que les autres, d'une forme hémisphérique , d’une couleur blanchâtre, et formant au milieu du dos un rang longitudinal.

Presque tout le monde connaît cette peau dure, forte et tuberculée, employée dans le commerce sous le nom de Galuchat, que l’on peint communément en vert, et dont on garnit l'extérieur des boîtes et des étuis les plus recherchés. Cette peau a recu aussi le nom de Peau de Requin; et c’est par cette dénomination qu'on a voulu la distinguer d’une peau couverte de tubercules beaucoup plus petits, beaucoup moins estimée, destinée à revêtir des étuis ou des boites moins précieuses, appelée Peau de Chien de mer, et qui appartient en effet au squale ou chien de mer désigné par le nom de Rousselte ‘. Ceux qui ont observé une dépouille de requin savent que le galuchat présente des tubereules plus gros et plus ronds que la peau de ce squale, et ne peut pas être cette dernière peau plus ou moins préparée. C’est done une fausse dénomination que celle de Peau de Requin donnée au galuchat. Mais j'ai désiré de savoir à quel animal il fallait rapporter cette production , qui forme une branche de commerce plus étendue qu’on ne le pense, et qui nous parvient le plus souvent par la voie de l'Angleterre. J’ai examiné les prétendues peaux

1 Voyez l'article du Squale Roussette,

. de requin déposées dans les magasins où vont se pourvoir les faiseurs d’étuis et de boites; et quoique aucune de ces peaux ne montrât en

entier le dessus du corps et des nageoires

pectorales, et ne présentât qu’une portion de la partie supérieure de la queue, je me suis assuré sans peine qu’elles etaient les dépouilles de raies sephens. Elles ne consistent que dans la partie supérieure de la tète, du corps, et du commencement de la queue ; mais autour de ces portions tuberculées, et les seules emplovées par les faiseurs d'étuis, il y a assez de peau molle pour qu’on puisse être convaineu qu’elles ne peuvent provenir que d’un poisson cartilagineux, et même d’une raie : et d’ailleurs elles offrent la même forme, la même grosseur, la mème disposition de tuberculés , que la sephen; elles présentent également les trois tubereules hémisphériques et blanchâtres du dos. A lasvérité toutes les prétendues Peaux de Requin que j'ai vues, au lieu de montrer une couleur uniforme, comme les sephens observées par Forskael, étaient parsemées d’un grand nombre de taches inégales , blanches, et presque rondes; mais l'on doit savoir déjà que, dans presque toutes les espèces de raies, la présence-d'un nombre plus ou moins grand de taches ne peut constituer tout au plus qu’une variété plus ou moins constante.

Ces tubercules s'étendent non-seulement audessus du corps, mais encore au-dessus d’une grande partie de la téte. Ils s’'avancent presque jusqu’à l'extrémité du museau, et entourent l'endroit des évents et des veux, dont ils sont cependant séparés par un intervalle.

On reçoit d’Angleterre de ces dépouilles de sephens , de presque toutes les grandeurs , jusqu’à la longueur de soixante-cinq centimetres { deux pieds } ou environ. La peau des sephens parvenue à un développement plus étendu ne pourrait pas être employée comme celle des petites, à cause de la grosseur trop considérable de ses tubercules. Sur une de ces dépouilles, la partie tuberculée qui couvre la tete et le corps avait cinquante-quatre centimètres { un pied sept pouces } de long , et deux décimètres (sept pouces) dans sa plus grande largeur; et celle qui revêtait la portion du dessus de la queue, la plus voisine du dos, était longue de deux décimetres { sept pouces , ou à peu près } !.

4 On peut voir. dans les galeries du Muséum d'histoire naturelle, une de ces dépouilles de sephen.

6 w DES POISSONS.

J'ai pensé que l’on apprendrait avec plaisir dans quelle mer se trouve le” poisson, dont la peau, recherchée depuis longtemps par plusieurs artistes, nous a été jusqu’à présent apportée par des étrangers, qui nous ont laissé ignorer la patrie de l’animal qui la fournit. Il est à présumer que l’on rencontrera la sephen dans presque toutes les mers placées sous le même climat que la mer Rouge; et nous devons espérer que nos navigateurs, en nous procurant directement sa peau tuberculée, nous délivreront bientôt d’un des tributs que nous payons à l’industrie étrangère.

Voilà donc quatre raies, l’aigle, la pastenaque, la lymme et la sephen, dont la queue est armée de piquants dentelés. Ces dards, également redoutables dans ces différentes espèces de poissons cartilagineux , les ont fait regarder toutes les quatre comme venimeuses; ma's les mêmes raisons qui nous ont montré que l'aigle el la pastenaque ne contenaient aucun poison , doivent nous faire penser que l’arme de la se-

‘phen et de la lymme ne distille aucun venin, et

n’est à craindre que par ses effets mécaniques.

LA RAIE POUCLÉE"*.

Raïia clavata, Linn., Gmel., Lacep., Cuv.

Cette raie, à laquelle on a donné le nom de bouclée , ou de clouce , à cause des gros aiguillons dont elle est armée, et qu’on acomparés à des clous ou à des crochets , habite dans toutes les mers de l'Europe. Elle y parvient jusqu’à la longueur de quatre mètres (plus de douze pieds). Elle est donc une des plus grandes; et comme elle est en même temps une des meilieures à manger, elle est, ainsi que la batis, très-recherchée par les pêcheurs : l’on ne voit même

® # Raïie clouée, — Clavelade, dans plus. départ. mérid. — Thornback, etmaids. en Au-leterre. — Rate bouclée, Daubenton, Enc*iméth. — « Raja ordire acuteorum uuguifor: « min, nico in dorso caudaque. » Bloch, Ilist. des pois ons en allemand, pari. 5, p. 65, n. 5, pl. 85. — Raja claraia, Fauna suevica, 295 — Id. It Westgoth., 175.— « Raja acue « leata. dentinus tuberculosis, ca: tilagine trans ersa ia \ene “tre » Artedi, gen. 71, syn. 99 spec. 105. — Raie bouclée, Bonnat:rre," pl. de l'Enc. méth. — Gronov., mus.: 4, 140, Zooph., 154.--« Dasybatus c'avatus. corpore toto maculis ale « biais rotuundis, etc. » Klein, miss. pis. 5, p. 35. u. 4, tab. 4, n.7.— Raja claraia, Act sien. 4, p. 535. — Raie bouclée, Rordelet, part. 4,1. 12, c. 12.— Raja clavata, Gesn., Aquat., 795. — 1d. Willughby, Ichih., 74. — 1d. Raï, pisc. 26.— ARaie bouclée, Bélon, Aquat., p 70. — Thornba k, Pennant, Zuol, brit.5, p.69, n, 5. — Aaic bouclée, Valmout de Bumare. Dict. d'hist. nat. — Duhamel, Traité des pêches, part. 2, sect. 9, p. 280.

le plus souvent dans les marchés d'Europe que la bouclée et la batis. Elle ressemble à la batis par ses habitudes, excepté le temps de sa ponte, qui parait plus retardé et exiger une saison plus chaude ; elle est aussi à beaucoup d’'égards conformée de même.

La couleur de la partie supérieure de son corps est ordinairement d’un brunâtre semé de taches blanches , mais quelquefois blanche avee des taches noires.

La tête est un peu allongée, et le museau pointu ; les dents sont petites, plates, en losange , disposées sur plusieurs rangs, et trèsserrées les unes contre les autres.

La queue, plus longue que le corps et un peu aplatie par-dessous, présente, auprès de son

extrémité la plus menue, deux petites nageoires |

dorsales , et une véritabé nageoire caudale qui la toi

Chaque nageoire ventrale, organisée comme

celles de la batis , offre également deux portions || plus larges l’une que l’autre, et qui paraissent |

représenter, l’une une nageoire. ventrale pro- |

prement dite , et l’autre une nageoire de l'anus. Mais ce n’est qu’une fausse apparence; et ces deux portions, dont la plus large a communément trois rayons cartilagineux et l’autre six, ne forment qu’une seule nageoire,

Presque toute la surface de la raie bouclée est hérissée d’aiguillons. Le nombre de ces piquants varie cependant suivant le sexe et les parages fréquentés par l’animal ; il paraît aussi augmenter avec l’âge. Mais voici quelle ’est en général la disposition de ces pointes sur une raie bouclée qui a atteint un degré assez ayancé de développement.

Un rang d’aiguillons grands, forts et recourbés , attachés à des cartilages un peu lenticulaires , durs , et cachés en grande partie sous la peau qui les retient et affermit les piquants, règne sur le dos, et s'étend jusqu’au bout de

la queue. L’on voit deux piquants semblables

au-dessus et au-dessous du bout du museau; Deux autres sont placés aû-devant des yeux, ettr ois derrière ces organes ; quatre autres trèsgrands sont situés sur le dos, de manière à y représenter les quatre coins d'un carré ; et une rangée d’aiguillons moins forts garnit net nalement chaque côté de la queue. Ce sont toutes ces pointes plus ou moins longues, dures et recourbées , que l’on a comparées à des clous, à des crochets. Mais, indépendamment de ces ?

| grands piquants, le dessus du corps, de la tête | et des nageoires pectorales, présente des aiguillons plus petits, de longueurs inégales ; ét

‘qui, lorsqu'ils tombent, laissent à leur place

une tache blanche comme les piquants grands.

et crochus. Et enfin on voit, sur la partie inférieure de la raie bouclée, quelques autres pointes encore plus petites et plus clair-semées.

Cette tache blanche, qui marque l'endroit que les aiguillons séparés dn corps avaient om-

bragé, recouvert et privé de l'influence de la

| preuve de ce que nous avons exposé sur les

| présentent, et des dispositions que ces nuances | affectent !?

Le foie de la raie boucléeest divisé en trois

| lobes, dont celui du milieu est le moins grand,

| | Volümineux ; il fournit une grande quantité Ld’huile, que les péchetrs, de Norvége recueillent par Leilatinent avec beaucoup de soin.

La vésicule du fiel, rougeâtre, allongée et |'triangulaire , est entre le lobe du milieu du foie et l'estomac.

Ge dernier viscère est assez grand, allongé et situé un peu du eôté gauche de l'abdomen. IL se rétrécit et se recourbe un peu vers le pylore, qui est tres-étroit et n’est garni d’aueumappendice.

Au delà du pylore, le canal intestinal s’élaroit, et parvient à l'anus sans beaucoup de sinuosités.

Mais pourquoi nous étéhdre davantage sur un poisson que l'on a si souvententre les mains, que l’on peut si aisément connaitre, et qui a tant de rapports avec la batis dont nuus avons examiné très en détail et la forme et la manière

rde vivre ? y

.: Qu'il nous suffise donc d’ajouter que l’on pêche les raies bouclées , comme les, autres raies, avee des cordes flottantes * , des folles *, des Han folles *, et des seines *,

Lorsque la bouclée a été prise, on la con-

{ Discours sur la nature des poissons, et plusieurs autres

artiéles de cette histuire. é 2=5-4=5 | y a trois manières principales de pêcher avec des

cordes. -—Premièrementon [eut se se rvir d'une longue corde ,

à laquelle on attache de distauce en distance, des lignes ou “empiles garnies de leurs haëms. Cette:corde principale porte le nom de maütresse cor de, ou de bouffe, surles boris de l'Océan, et celui de muttre de palangre sur les côtes dela Méditerranée, où la dénomisation de palangre remplace celle de corde, et où les pêcheurs qui di des cordes et

| lumière, cette place décolorée n'est-elle pas une.

causes des différentes couleurs que les poissons

Let les deux latéraux sont très-longs : il est très

DES POISSONS

serve pendant quelques jours, ainsi que presque tous les poissons du même genre, afin que sa chair acquiere de la délicatesse et perde toute odeur de marécage ou de marine. Sur plusieurs côtes, on recherche beaucoup de jeunes et trespetites raies bouclées que lon nomme Rayons, Raietons. Ratillons, et, dans quelques ports, Papillons ; dénominations dont on se sert aussi quelquefois pour désigner des morceaux détachés de grandes raies desséchées , et préparées pour de longs voyages.

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