‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 389 sur 470 · LE SQUALE GRISET · texte numérisé non relu

LE SQUALE GRISET

Squalus griseus, Gmel., Lacep. 2.

Ce cartilagineux, dont le nom indique la couleur, a de chaque côté six ouvertures branchiales, et ce nombre d’ouvertures suffit pour le distinguer de tous les autres squales compris dans le sous-genre dont il fait partie.

Le museau est arrondi; l’ouverture de la bouche, grande et demi-circulaire. Les dents, dont la mâchoire inférieure est hérissée, sont très-grandes , très-minces , presque carrées , et dentelées; et celles qui garnissent la mâchoire supérieure sont allongées, aiguës, non dentelées, plus étroites, plus courtes, et plus pointues sur le devant de la gueule que sur les côtés. On voit les narines situées très-près de l’extrémité du museau, dont cependant elles sont moins voisines que les yeux. Ces derniers sont grands, ovales, et assez éloignés des évents, qui sont très-petits. Les six ouvertures branchiales de chaque côté sont très-grandes et très-rapprochées. Il n’y a qu’une nageoire dorsale; elle est placée plus près de la tête que celle de l’anus, à laquelle elle ressembie, mais qu’elle surpasse en grandeur.

4 Chien de mer griset, Broussonnet, Mém. de l'Acad. des Sc., 1780, — Chien de mer griset, Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth.

3 M. de Blainville rapproche cette espèce du perlon , et la place dans la même section du genre Squale, c'est-à-dire dans celle qui comprend ceux de ces poissons qui n'ont qu'une seule dorsale (monopterhinus), D.

DES POISSONS

LE SQUALE AIGUILLAT !.

Squalus Acanthias, Gmel., Lacep., Blainv. ?; Atanthias vulgaris, Risso.

Nous allons maintenant nous occuper du troisième sous-genre compris dans le genre des squales. Cette branche particulière de cette famille remarquable et nombreuse renferme les squales qui ont des évents auprès des yeux, et qui d’ailleurs sont dénués de nageoire de l’anus ; ce qui leur donne une nouvelle conformité avec les raies.

Un des squales le plus anciennement connus de ce sous-genre, est l’aiguillat, qui habite dans toutes les mers,æt particulièrement dans la Méditerranée, où il a été observé par un très-grand nombre de naturalistes depuis le temps d’Aristote jusqu’à nos jours. La tête de ce poisson est aplatie, façonnée en forme de coin, mince par devant, arrondie vers l’extrémité du museau, et plus transparente que celle de plusieurs au- . tres squales. Chaque narine a deux ouvertures petites, presque rondes, et également éloignées du bout du museau et de l’ouverture de la bouche. On voit auprès des yeux huit rangs de pores destinés à laisser échapper une humeur muqueuse. Les dents, qui forment ordinairement trois rangées, sont allongées, aiguës, et garnies, de chaque côté de leur base, d’une

4 Chien de mer. — Aguillat, dans plus. départ. mérid. — Azio, auprès de Venise. — 4guzeo, auprès de Gênes.— Scazone, à Rome. — Pickeddog, Hound-fish, en Angleterre. — Chien de mer aïguillat, Daubenton, Enc. meth. — Id. Broussonnet, Mém. de l’Acad. des Sc., 1780. — Bloch, Hist, pat. des poissons, part. 5, pl. 85. — Chien de mer aiguillat, Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth.-- 4iguillat, Va:mont-Bomare, Dict. d'hist. nat. = Fauna suecica, 295. — Mus. ad.fr., 1, p. 53.—It. Wgoth. 174.— « Squalus pinnà ani nullâ, cor- « pore rotundo , » Art. gen. 66, syn. 94, spec. 102. — Muller, prodrom. Zool. dan., p. 37, n. 511. — Gronov. mus. {, n.154. Zooph., n. 149. — Browne, Jamai., p. 458, n. 5. (Browne a considéré les deux nageoires ventrales comme deux nageoires de l'anus.) — Salv. Aquat., p. 155, b, f, p.136. — Mustelus spinax, Bélon, Aquat., p. 65. — Acanthias, etc., Arist. Hist. anim. l. 6, C. 10.— Aiguillat, galeus acanthias,Rondelet, part. 4,1. 5, c. 1. — Klein, miss. pisc. 5, p. 8, n.1, tab. 1, fig. 5 et 6. — Gesner, Aquat. 607. — Dorhundi, id. (Germ.) f.77, a. — Willughby, Ichth., p. 56, tab. B, 4, fig. 1. — Galeus acanthias, sive spinax, Raï, pisc., p. 21. — Picked dog-fish, Pennant, Zool. brit. 5, p. 77, n. 2.— Charleton, p. 128. — Galeus acanthias, Jonston, 1. 1, tit. 4, c. 5, a 2, punct. 5, tab. 8, fig. 5, — Galeus acanthias, sive spinax,Aldrov., 1.5, c. 40, p. 599.—Canis acanthias, spinax, Schonev., p. 29. — Mustelus spinus, Scaliger.

2 M. Cuvier fait de ce poisson le type d'un sous-genre sous le nom d’AIGUILLAT, Spinax. M. de Blainville le place dans une division du genre Squale, à laquelle il donne la dénomination d'Acanthorinus. D,

{ pointe assez grande ; elles ressemblent beaucoup :

à celles du squale roussette : mais il est aisé de les en distinguer, parce que celles de la roussette sont dentelées, et que si celles de l’aiguillat le sont, ce n’est que légèrement, et lorsque l’animal est déjà très-développé.

La ligne latérale est droite. La première nageoire dorsale est presque aussi avancée vers la tête que les pectorales; la seconde l’est plus vers le bout de la queue que les ventrales : l’une et l’autre sont armées , dans la partie antérieure de leur base, d’un aiguillon ou premier rayon épineux très-dur, très-fort, blane, et presque triangulaire. Cet aïguilion, dont chaque nageoire dorsale est garnie, est formé dans le fœtus, de manière à être très-sensible , quoique un peu mou. On a prétendu que ce dard était venimeux. Nous avons vu que l’on avait attribué la même qualité vénéneuse aux piquants des raies aigle et pastenaque. L’aiguillat, non plus que ces raies , ne contient cependant aucun poison; mais ce sont des effets semblables à ceux qu’on éprouve lorsqu’on a été blessé par l’arme de la raie aigle ou de la pastenaque, qui ont fait penser que celle de l’aiguillat était empoisonnée.

Nous n’avons pas besoin de faire remarquer que des piquants semblables à ceux de ce dernier poisson sont placés auprès des nageoires dorsales du squale philipp.

L'extrémité de la queue de l’aiguillat est comme engagée dans une nageoire divisée en deux lobes, dont le supérieur est le plus long.

Au reste, toutes les nageoires sont noirâtres. Le dessus du corps est d’un noirâtre tirant sur le bleu, et relevé par des taches blanches plus nombreuses dans les jeunes individus : le dessous est blanc, et les côtés sont blanchâtres avec quelques nuances de violet; et des rides ou sillons dirigés obliquement vers la ligne latérale, les uns de haut en bas, et les autres de bas en haut, s’y réunissent de manière à y former des angles saillants tournés vers la tête.

La chair de l’aiguillat est filamenteuse, dure, et peu agréable au goût; mais il est des pays du nord de l’Europe où le jaune de ses œufs est très-recherché. Sa peau est aussi employée dans les arts, et y sert aux mêmes usages que celles du requin et de la roussette.

C’est évidemment à cette espèce qu’il faut rapporter le squale décrit sous le nom de Tollo et de Squalus Fernandinus, dans l’Essai sur

l'histoire naturelle du Ghili, par Molina ‘, et qui ne diffère de l’aiguillat par aueun caractère

constant. Ce sont les piquants de ce squale que |

les habitants du Chili regardent comme un spécifique contre le mal de dents, pourvu qu’on en appuie la pointe contre la dent malade : il serait superflu de faire observer combien leur confiance est peu fondée.

LE SQUALE SAGRE ?.

Squalus Spinax, Gmel., Lacep., Blainv.; Acanthias Spinax, Risso ‘.

Ce poisson ressemble beaucoup à l'aiguillat, et a été souvent confondu avec ce dernier. Mais voici les caractères qui font de ce cartilagineux uné espèce distincte. Les narines sont placées presque à l'extrémité du museau, au lieu d’être situées à une distance à peu près égale de cette extrémité et de l’ouverture de la bouche. Le dos est plus aplati que celui de l’aiguillat. La cou-

leur générale de l’animal est très-brune ; et, ce

qui paraitra surtout remarquable à ceux qui se rappelleront ce que nous avons exposé sur les couleurs et les téguments des poissons dans notre premier discours, la partie inférieure dn corps présente des tubercules plus gros et une couleur plus foncée et plus noirâtre que la partie supérieure. Nous trouverons, dans la classe entière des poissons, bien peu d'exemples de cette disposition extraordinaire et inverse de couleur et de tubercules, qui, ainsi que nous Pavons dit, indique une distribution particulière dans les différents vaisseaux qui avoisinent la partie inférieure de l'animal, et suffit pour séparer une espèce de toutes celles qui ne montrent pas ce caractère, Le sagre vit dans la Méditerranée ; il habite aussi l'Océan, même à des latitudes très-septentrionales.

4 4 Squalus pinnà anali nullâ, dorsalibus spinosis, corpore « tereti ocellato, » Molina etc., p. 208. — Squale dit Tollo, au Chili. Note communiquée par le célèbre voyageur Dombey, qui a péri victime de son zèle pour les progrès des sciences naturelles.

3 Sagree, sur la côte de Gênes. — Chien de mer sagre, Daubenton, Enc. méth. — Id. Bonnaterre, pl. de l’Enc. méth. — Id. Broussonnet, Mém. de l'Acad. des Sc., 1780. — « Squalus pinnâ ani carens, naribus in extremo rostro. » Arted. gen. 67, syn. 95. — Mns. ad. fr. 2, p. 49," — Fauna suecica, 296, — Squalus niger, Gunner, Act. nidros. 2, p. 215, tab. 7 et 8. — « Galeus acanthias, seu spinax fuscus, » Willughby Ichth., p. 57. — Raï, pisc., p. 21. — Mustelus seu spinaæ, Edw. Glan., tab. 289,

3 Le sagre appartient à la division des Aiguillats de M. Cuvier, où à celle des Acanthorinus de M. de Blainville, quilui correspond, D. |

LE SQUALE HUMANTIN 1.

Squalus Centrina, Gmel., Lacep., Blainv. 3.

Le humantin, qui habite l’Océan et la Méditerranée, a, comme l’aiguillat et le sagre, un piquant très-dur et très-fort à chacune de ses deux nageoires dorsales. Ce piquant est néanmoins incliné vers la tête dans la première nageoire du dos, au lieu de l'être dans les deux vers la queue, ainsi que sur le sagre et l’aiguillat, Mais. indépendamment de cette disposition des dards du humantin, il est très-aisé de le distinguer de tous les autres squales par la forme générale de son corps, qui représente un prisme triangulaire, dont le ventre forme une des faces. Le dos est par conséquent élevé en carène; et comme cette dernière partie, exhaussée dans le milieu de sa longueur, s’abaisse vers la queue, et vers la tète qui est petite et aplatie, l’animal montre encore une sorte de pyramide triangulaire, très-basse et irrégulière, à ceux qui le regardent par le côté.

Le humantin est brun par-dessus, et blanchâtre par-dessous. Sa peau, qui recouvre une tunique épaisse et adipeuse, est revêtue de tubercules gros, durs et saillants, Sa chair est si dure et si filamenteuse, qu’elle est constamment dédaignée : aussi pêche-t-on très-peu ie humantin, et va-t-on d’autant moins à sa poursuite qu’il ne fréquente guère les rivages, et qu'il aime à vivre dans la vase et dans la fange du fond des mers ; ce qui lui a fait donner le nom de cochon marin, Sa peau sert néanmoins à polir les corps durs.

Les individus de cette espèce ont un.mètre et demi (uni peu plus de quatre pieds) de longueur, lorsqu'ils paraissent avoir atteint la plus grande partie de leur développement. La mâchoire su-

1 Bernadet, Renard, Humanthin, Porc, dans plus.dépar!. mérid, — Pesce porco, à Rome. — Chien de mer humantin, Daubenton, Enc. méth. — «hien de mer humantin, Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth. — Id. Broussonnet, Mém. de l'Acad. des Sc., 1780. — Humantin, Dessins sur vélin du Muséum d'hist. nat. — Artedi, gen, 67, 5, syn..935. — Muller prodr. Zool, dan.,.p. 57, n. 515. — Bloch; Hist. nat. des poissons, pl. 115. — Klein, miss. pisc. 5, p. 10, n.7. — Fulpecula, Bél. Aquat;, p. 62, 64, — Ælian., Animal., L 4, c. 3à; 1.2, c. 8. — Gesn., Aquat. p. 609, ic. animal., p. 146; Thierb., p. 78, 0. — Salv., Aquat., p. 156, 0. — Porc, et Centrina, Rondelet, part. 4,1.45, c. 8. — Aldrov, pise., p.404. — Jonston, pisc., p.28. tab, 8, fig. 4, 5. — Centrina, Willughby, Ichth , p. 58, tab, B,1 et2.—1d. Rai, pisc., p, 21.— Porc murin, Valmont de Bomare, Dict. d'hist. nat,

2 Ce poisson et l'écailleux forment, dans le régne animal. une petite division sous Le nom d'HUMANTINS, Centrina. M. de Blainville le place avec l'aiguillat et le sagre dans sa division des Acanthorhini. D.

DES POISSONS

périeure est armée de trois rangs, et l’inférieure d’un seul rang de dents aiguës. Les nageoires dorsales sont très-rapprochées de la tête; la seconde est au-dessus des ventrales ; la queue, et la nageoire qui en garnit l’extrémité, sont assez courtes à proportion de la longueur du corps.

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