‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 424 sur 470 · Le corps quadrangulaire ; deux ai · texte numérisé non relu

Le corps quadrangulaire ; deux ai

L'OSTRACION QUADRAN- guillons auprès des yeux, etdeux GULAIBE. autres sous la queue.

15 Le corps quadrangulaire; une bosse

L'OSTRACION DROMA-

rl garnie d'un aiguillon sur le dos

Te

L'OSTRACION TRIANGULAIRE ".

Ostracion triqueter, Linn., Gmel., Lacep., Cuv. 2.

On dirait que la nature, en répandant la plus grande variété parmi les êtres vivants et sensibles dont elle a peuplé le globe, n’a cependant jamais cessé d'imprimer à ses productions des traits de quelques formes remarquables, dont on retrouve des images plus ou moins imparfaites dans presque toutes les classes d’animaux. Ces formes générales, vers lesquelles les lois qui régissent l'organisation des êtres animés paraissent les mener sans cesse, sont comme des modèles dont la puissance créatrice semble avoir voulu s'écarter d'autant moins, que les résultats de ces conformations principales tendent presque tous à une plus sûre conservation des espèces et des individus. Le genre dont nous allons nous occuper va nous présenter un exemple frappant de cette multiplication de copies plus ou moins ressemblantes d’un type préservateur, et de leur dissémination dans presque toutes les classes des êtres organisés et sensibles. Cette arme défensive, cette enveloppe solide, cette cuirasse tutélaire, sous laquelle la nature a mis à l’abri plusieurs animaux dont Buffon , ou nous , avons déjà donné l’histoire, nous allons la retrouver autour du corps des ostracions ; et si nous poursuivons nos recherches jusqu’au milieu de ces légions innombrables d'êtres connus sous le nom d’animaux à sang blanc, nous la reverrons, avec des dissemblances plus ou moins grandes, sur des familles entières et sur des ordres nombreux en familles. L'épaisse cuirasse ét les bandes osseuses qui revêtent les tatous, la carapace et le plastron qui défendent les tortues, les gros tubercules et les lames, très-dures qui protégent les crocodiles, la croûte crétacée qui environne les oursins, le têt solide qui revêt les crustacées, et enfin les coquilles pierreuses qui cachent un si grand

1 Mus. ad, fr. 1, p. 60. — « Ostracion triangulus, tuberculis « exiguis innumeris, aculeis carens. » Artedi, gen. 57, syn. 83.

« Piscis triangularis ex toto cornibus carens. » Lister, Append. Willughby, Ichth., p. 20, tab. j, n. 18. — Raï, p. 4, B. — Séb. mus. 5, tab. 24. fig. 6, 42. — Coffre triangulaire sans épines, Daubenton, Enc. méth.— Coffre triangulaire, Bonnaterre. pl. de l'Enc. méth. — Piscis h'iangularis Clusi, couchon, cochon, ou coffre à la Martinique. Plumier, dessins sur vélin déjà cités. — L’un des poissons coffres, Valmont de Bomare, Dict. d'hist. nat.—Ostracion triqueter, coffre lisse, Bloch, pl. 450.

? M. Cuvier place l'Ostracion triqueter dans sa division du genre COFFRE, qui renferme les espèces à corps triangulair>, sans épines. D.

nombre de mollusques, sont autant d’empreintes d’une première forme conservatrice, sur laquelle a été aussi modelée la couverture la plus extérieure des ostracions ; et voilà pourquoi ces derniers animaux ont reçu le nom qu'ils portent, et qui rappelle sans cesse le rapport, si digne d'attention, qui les lie avec les habitants des coquilles. Ils ont cependant de plus grandes ressemblances superficielles avec les oursins : leur enveloppe est, en effet, garnie d’une grande quantité de petites élévations qui la font paraître comme ciselée ; et ces petits tubercules qui la rehaussent sont disposés avec assez d’ordre et de régularité, pour que leur arrangement puisse être comparé à la distribution si régulière et si bien ordonnée que l’on voit dans les petites inégalités de la croûte des oursins, lorsque ces derniers ont été privés de leurs piquants. La nature de la cuirasse des ostracions n’est pas néanmoins crétacée ni pierreuse : elle est véritablement osseuse ; et les diverses portions qui la composent sont si bien jointes les unes aux autres, que l’ensemble de cette en-" veloppe qui recouvre le dessus et le dessous du corps ne paraît formé que d’un seul os, et représente une espèce de boîte ou de coffre allongé à trois ou quatre faces, dans lequel on aurait placé le corps du poisson pour le garantir contre les attaques de ses ennemis, et qui, en quelque sorte, ne laisserait à découvert que les organes extérieurs du mouvement, c’est-à-dire les nageoires, et une partie plus ou moins grande de la queue. Aussi plusieurs voyageurs, plusieurs naturalistes et les habitants de plusieurs contrées équatoriales, ont-ils donné le nom de Poisson Coffre aux différentes espèces d’ostracions dont ils se sont occupés. On croirait que cette matière dure et osseuse, que nous avons vue ramassée en boucliers relevés et pointus, et distribuée en plusieurs rangs très-séparés les uns des autres sur le corps des acipensères, rapprochée autour de celui des ostracions, y a été disposée én plaques plus minces et étroitement attachées les unes aux autres, et que par là une armure défensive complète a été substituée à des moyens de défense très-isolés, et par conséquent bien moins utiles.

Nous venons de voir que l’espèce de coffre dans lequel le corps des ostracions est renfermé, est en forme tantôt de solide triangulaire, et tantôt de solide quadrangulaire, c'est-à-dire que

| les deux faces qui revêtent les côtés se réunis-

- DES POISSONS

sent quelquefois sur le dos et y produisent une |

arête longitudinale plus ou moins aiguë, et que d’autres fois elles vont s'attacher à une quatrième face placée horizontalement et au-dessus du corps. Mais indépendamment de cette différence, 1 en est d’autres qui nous ont servi à distinguer plus facilement les espèces de cette famille, en les distribuant dans quatresous-genres. LL est de ces poissons sur lesquels la matière osseuse qui compose la cuirasse s’étend en pointes ou aiguillons assez longs, le plus souvent sillonnés ou cannelés, et auxquels le nom de cornes a été donné par plusieurs auteurs. D’autres ostracions n'ont, au contraire, aucune de ces proéminences. Parmi les premiers , parmi les ostracions cornus ou aïguillonnés, les uns ont de longues pointes auprès des yeux ; d’autres vers le bord inférieur de l’enveloppe qui touche la queue; et d’autres enfin présentent de ces pointes non-seulement dans cette extrémité, mais encore auprès des yeux. Nous avons, en conséquence, mis dans le premier sous-genre ceux de ces poissons qui n'ont point d’aiguillons ; nous avons placé dans le second ceux qui en ont auprès des yeux; le troisième comprend ceux qui en présentent dans la partie de leur couverture osseuse la plus voisine du dessous de la queue; et le quatrième renferme les ostracions qui sont armés d’aiguillons dans cette dernière partie de l'enveloppe et auprès des yeux.

Le triangulaire est le premier des cartilagineux de cette famille que nous ayons à examiner. Comme tous les poissons de son genre, le solide allongé que représente sa couverture peut être considéré comme composé de deux sortes de pyramides irrégulières, tronquées, et réunies par leurs bases.

Au-devant de la pyramide antérieure, on voit, dans presque tous les ostracions, louverture de la bouche. Les mâchoires peuvent s’écarter d'autant plus l'une de l'autre, qu’elles sont plus indépendantes de la croûte osseuse, dont une interruption plus ou moins grande laisse passer et déborder les deux, ou seulement une des deux mâchoires. La partie qui déborde est revêtue d’une matière quelquefois assez dure, et presque toujours de nature écailleuse.

Chaque mâchoire est ordinairement garnie de dix ou douze dents serrées, allongées, étroites, mousses et assez semblables aux dents incisives de plusieurs quadrupèdes vivipares.

Dans le triangulaire, les yeux sont situés à une distance à peu près égale du milieu du dos et du bout du museau , et la place qu'ils oceupent est saillante.

L'ouverture des branchies est située de chaque côté au-devant de la nageoire pectorale.

Elle est très-allongée, très-étroite, et placée presque perpendiculairement à la longueur du corps. On a été pendant longtemps dans l’incertitude sur la manière dont cette ouverture peut être fermée à la volonté de l’animal ; mais diverses observations faites sur des ostracions vivants par le savant Commerson et par d’autres voyageurs, réunies avec celles que j’ai pu faire moi-même sur un grand nombre d’individus de cette famille conservés dans différentes collections, ne permettent pas de douter qu'il n’y ait sur l’ouverture des branchies des ostracions un opercule et une membrane. L’opercule est couvert de petits tubercules disposés comme sur le reste du corps, mais moins régulièrement ; et la membrane est mince, flottante, et attachée du même côté que l’opercule.

On ne trouve les ostracions que dans les mers chaudes des deux continents, dans lamer Rouge, dans celle des Indes, dans celle qui baigne l’Amérique équinoxiale. Ils se nourrissent de crustacées el des animaux qui vivent dans les coquilles, et dont ils peuvent briser facilement avec leurs dents l’enveloppe, lorsqu'elle n'est ni très-épaisse ni très-volumineuse. Ces poissons ont, en général, peu de chair ; mais elle est de bon goût dans plusieurs espèces.

Le triangulaire habite dans les deux Indes, Sur cet animal, ainsi que sur presque tous les ostracions, les tubercules qui recouvrent l’enveloppe osseuse sont placés de manière à la faire paraître divisée en pièces hexagones et plus ou moins régulières, mais presque toutes de la même grandeur.

Sur le triangulaire, ces hexagones sont relevés dans leur centre, et les tubercules qui les composent sont très-sensibles. Cette conformation suffit pour distinguer le triangulaire des autres eartilagineux compris dans le premier sous-genre des ostracions, et qui n’ont que trois faces longitudinales.

Le milieu du dos de l’ostracion que nous décrivons est d’ailleurs très-relevé, de telle sorte que chacune des faces latérales de l'enveloppe de ce poisson est presque triangulaire. De plus, la forme bombée des hexagones, et les petits

620 ; tubercules dont ils sont hérissés, font paraitre la ligne dorsale, lorsqu’on la regarde par côté, non-seulement festonnée, mais encore finement dentelée.

Au reste, sur tous les ostracions, et par conséquent sur le triangulaire, l’ensemble de l’enveloppe osseuse est recouvert d'un tégument très-peu épais, d'une sorte de peau ou d’épiderme très-mince, qui s'applique très-exactement à toutes les inégalités, et n’empêche de distinguer aucune forme. Après un commencement d’altération ou de décomposition, on peut hcilement séparer les unes des autres , et cette peau , et les diverses pièces qui composent la croûte osseuse.

Les nageoires du triangulaire sont toutes à peu près de la même grandeur, et presque également arrondies, Celle du dos et celle de l’anus sont aussi éloignées l’une que l’autre du bout du museau *.

La queue sort de l’intérieur de la croûte osseuse par une ouverture échancrée de chaque côté, et l’on en voit au moins les deux tiers hors de l’enveloppe solide. Une plus grande partie de la queue n’est libre dans presque aucune espèce d’ostracions ; et il est, aucontraire, des poissons du même genre dans lesquels la queue est encore plus engagée sous la couverture osseuse. Les ostracions sont done bien éloignés d’avoir, dans la totalité de leur queue et dans la partie postérieure de leur corps, cette liberté de mouvements nécessaire pour frapper l’eau avec vitesse, rejaillir avec force, et s’avancer avec facilité. On doit done supposer que, tout égal d’ailleurs , les ostracions nagent avec beaucoup moins de rapidité que plusieurs autres cartilagineux ; et il paraît qu’en tout ils sont, comme les balistes, formés pour la défense bien plus que pour l’attaque.

Le triangulaire parvient à la longueur d’un pied et demi ou d’un demi-mètre. Sa chair est plus recherchée que celle de presque tous les poissons des mers d'Amérique, dans lesquelles on le trouve. Quoiqu'il ne paraisse se plaire que dans les contrées équatoriales, on pourrait chercher à l’acclimater dans des pays bien plus éloignés de la ligne, les différences de température que les eaux peuvent présenter à différents degrés de latitude étant moins grandes que celles

‘11 y a communément à chaque nageoire pectorale 12 rayons, à celle du dos 10, à celle de l'anus 10, à celle de la queue 10.

que l’on observe dans l’atmosphère. D'un autre côté, on sait avec quelle facilité on peut habituer à vivre, au milieu de l’eau douce, les poissons que l’on n’avait cependant jamais trouvés que dans les eaux salées. Le goût exquis et la pature très-salubre de la chair du triangulaire devraient engager à faire avec constance des tentatives bien dirigées à ce sujet : on pourrait tendre à cette acclimatation , qui serait utile à plus d’un égard, par des degrés bien ordonnés : on n’exposerait que successivement l’espèce à une température moins chaude; on attendrait peut-être plusieurs générations de cet animal pour l’abandonner entièrement, sans secours étranger, au climat dans lequel on voudrait le naturaliser. On pourrait faire pour le triangulaire ce que l’on fait pour plusieurs végétaux : on apporterait des individus de cette espèce, et on les soignerait pendant quelque temps dans de l’eau que l’on conserverait à une température presque semblable à celle des mers équatoriales auprès de leur surface; on diminuerait la chaleur artificielle des petits bassins dans lesquels seraient les triangulaires, par degrés presque insensibles , et par des variations extrêmement lentes. Dans les endroits de l’Europe, ou d’autres parties du globe, éloignés des tropiques et où coulent des eaux thermales , on pourrait du moins profiter de ces eaux naturellement échauffées, pour donner aux triangulaires la quantité de chaleur qui leur serait absolument nécessaire, ou les amener insensiblement à supporter la température ordinaire des eaux douces ou des eaux salées de ces divers pays.

Le corps et la queue du triangulaire sont bruns, avec de petites taches blanches ; les nageoires sont jaunes.

L'OSTRACION MAILLÉ!.

Ostracion concatenatus, Bloch, Lacep., Cu. 2.

C’est d’après un dessin trouvé dans des manuscrits de Plumier ‘que le professeur Bloch a publié la description de ce poisson. Son enveloppe est triangulaire, comme celle de l’ostracion que nous venons d'examiner. À l’aide d’une loupe, ou avec des yeux très-bons et très-exercés , on distingue des rangées de tu-

4 Ostracion concatenalus, Coffre maillé, Bioch, pl. 151. — Coffre maillé, Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth.

3 M. Cuvier place cette espèce dans la division des coffres à corps triangulaire, sans épines. D.

DES POISSONS

. bercules , placées sur des lignes blanches , formant des triangles de différentes grandeurs et de diverses formes, et se réunissant de manière à représenter un réseau ou un ouvrage à mailles. La mâchoire supérieure est plus avancée que l'inférieure. La tête est d’un gris cendré avec des raies violettes; les facettes latérales sont d’un violet grisâtre; le dessous du corps est blanc ; les nageoires sont un peu rouges.

L'OSTRACION POINTILLÉ ?.

Ostracior punctatus et O. lentiginosus, Schn. ?.

Le voyageur Commerson a trouvé ce cartilagineux dans les mers voisinesde l'Ile-de-France.

Il n’a vu de cette espèce que des individus d’un !

demi-pied de longueur. Ce poisson a une enveloppe osseuse, quadrangulaire, c’est-à-dire composée de quatre grandes faces , dont une est placée sur le dos. Cette couverture solide présente un grand nombre de petits points un peu rayonnants, qui la font paraître comme ciselée ; mais elle n’est pas garnie de tubereules qui en divisent la surface en compartiments polygones et plus ou moins réguliers. J’ai tiré le nom que j’ai donné à cet ostracion, de cette sorte de pointillage que présente sa croûte osseuse, ainsi que de la disposition de ses couleurs. On voit, en effet , sur tout l’animal, tant sur l'espèce de cuirasse qui le recouvre, que sur les parties de son corps que ce têt ne cache pas, une quantité innombrable de très-petites taches lenticulaires et blanches, un peu moins petites sur le dos, un peu moins petites encore et réunies quelquefois plusieurs ensemble sur le ventre, et paraissant d’autant mieux , qu’elles sont disséminées sur un fond brun.

Les deux mâchoires sont également avancées ; les dents sont souvent d’une couleur foncée, et ordinairement au nombre de dix à la mâchoire d’en haut et à celle d’en bas.

Au-dessous de chaque œil, on voit une place

4 J1 y a aux nageoires pectorales 12 rayons, à celle du dos 10, à celle de l'anus 9, à celle de la queue, qui est arrondie, 8.

3 a Ostracion tetragonus oblongus muticus, scutis testæ in- « distinctis, toto corpore maculis lenticularibus, sub ventre « majoribus, guttato. » Commerson, manuscrits déjà cités. (J'ai fait graver le dessin que ce naturaliste a laissé de ce Cartilagineux.)

5 Ce poisson , qui est figuré dans l'ouvrage de Séba , L. IT, pl. 24, n° 5, appartient à la division des Coffres, dans laquelle M. Cuvier place les espèces à corps quadrangulaire sans épines. D.

assez large, aplatie, déprimée même, et cisélée d'une manière particulière.

La nageoire de la queue est arrondie !.

ne

L’OSTRACION ?

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