‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 432 sur 470 · TÊTE · texte numérisé non relu

TÊTE

TROISIÈME SOUS-GENRE

Le corps très-comprimé par les côtés. Point d'aiguillons ; les nageoires

du dos, de la queue et de l'anus, réunies.

LE TÉTRODON LUNE.

LE TÉTRODON PERROQUET :.

Tetrodon testudineus, Linn., Gmel., Cuv.2.

Les poissons cartilagineux que nous allons examiner ont reçu le nom de Téfrodon, qui signifie quatre dents, à cause de la conformation singulière de leurs mâchoires. Elles sont, en effet, larges, dures, osseuses, saillantes, quelquefois arrondies sur le devant, et séparées chacune , dans cette partie antérieure, par une

1! Amoœænit. acad., 1, p. 509, tab. 14, fig. 5. — « Ostracion « oblongus glaber, capite longo, corpore figuris variis or- « nato. » Artedi, gen. 60, syn. 86, n. 235. — T'etrodon testudineus, tête de tortue. Bloch, pl. 459. — « Orbis oblongus « testudinis capite. » Clusii exot., 1. 6, c. 26.— Willughby, p.147, — Rai, p. 43. — Quatre-dents perroquet. Daubenton, Euc. méth. — Id. Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth.

2 M. Cuvier remarque que sous ce nom on a confondu deux espèces; 1° le T. testudineus, BL. 139, et Willughby, ap. 8, fig.; et 2ele T°, testudineus, Linn., Amœænit. acad. 1, XEV, 5, et Catesby, t. IL, pl. 18. Ce dernier est le Telraodon geumetricus de Schneider. D.

côté; une pointe à l'opercule des”

fente verticale, en deux portions auxquelles le nom de dents a été donné. Ces quatre dents, ou ces quatres portions de mâchoires osseuses, qui débordent les lèvres, sont ordinairement dentelées, et ont beaucoup de rapports avec les mâchoires dures et dentelées des tortues. Dans les espèces où leur partie antérieure se prolonge un peu en pointe, ces portions de mâchoires ressemblent un peu aux mandibules du bec d’un perroquet; et de là vient le nom que nous avons conservé au tétrodon que nous allons décrire dans cet article.

Ces mâchoires , placées hors des lèvres, fortes et crénelées , sont très-propres à écraser les crustacées et les coquillages, dont les tétrodons se nourrissent souvent. Ces poissons ont, par la nature de cet appétit pour les animaux revétus d’un têt ou d’une coquille, un rapport d’habitude avec les ostracions , auxquels ils ressemblent aussi par des traits de leur conformation. Comme les ostracions, ils ont une membrane branchiale et un opercule: la membrane est communément dénuée de rayons ; et l’opercule, plus ou moins difficile à distinguer, surtout dans les individus desséchés ou altérés d’une autre manière, consiste ordinairement dans une petite plaque cartilagineuse. Is n’ont pas recu de la puissance créatrice cette enveloppe solide dans laquelle la plus grande partie du corps des ostracions est garantie de la dent de plusieurs poissons assez forts et assez bien armés ; la nature ne leur a pas donné les boucliers larges et épais qu’elle a disposés sur le dos des acipensères; elle ne les a pas revêtus de la peau épaisse des balistes : maïs une partie plus ou moins grande de leûr surface est hérissée, dans presque toutes les espèces de cette famille, de petits piquants dont le nombre compense la brièveté. Ces pointes blessent assez la main qui veut retenir le poisson, ou l’animal qui veut le saisir, pour contraindre souvent à lâcher prise et à cesser de poursuivre le tétrodon; et il est à remarquer que la seule espèce de ce genre que l'on ait vue absolument sans aiguillons, a été douée, pour se défendre, de la force et de la grandeur.

Mais, indépendamment de ces armes, au moins très-multipliées, si elles sont peu visibles, les tétrodons jouissent d’une faculté qui leur est utile dans beaucoup de circonstances, et qu’ils possèdent à un plus haut degré que presque tous les poissons connus.

DES POISSONS. 627

Nous avons vu les balistes, et d’autres cartilagineux , gonfler une partie de leur corps à volonté et d'une manière plus ou moins sensible. Les tétrodons enflent ainsi leur partie inférieure ; mais ils peuvent donner à cette partie ‘une extension si considérable, qu’elle devient comme une grosse boule soufflée, dans la portion supérieure de (laquelle disparait, pour ainsi dire, quelquefois, le corps proprement dit, quelque cylindrique ou quelque conique que soit sa forme. Ils usent de cette faculté, et s'arrondissent plus ou moins, suivant les différents besoins qu'ils veulent satisfaire ; et de ces gonflements plus ou moins considérables , sont venues les erreurs de plusieurs observateurs qui ont rapporté à différentes espèces , des individus de la même, enflés et étendus à des degrés inégaux.

Mais quelle est précisément la partie de leur corps dont les tétrodons peuvent augmenter le volume, en y introduisant ou de l’air atmosphérique, ou un gaz, ou un fluide quelconque? C'est une sorte de sac formé par une membrane située entre les intestins et le péritoine qui les couvre; et cette pellicule très-souple est la membrane interne de ce même péritoine. Au reste, un habile ichthyologiste ! s’est assuré de la communication de l’intérieur de ce sac avec la cavité qui contient les branchies ; il l’a, en effet, gonflé, en soufflant par l'ouverture bränchiale : et ce fait ne pourrait-il pas être regardé comme une espèce de confirmation des idées que nous avons exposées ? sur l’usage et les effets des branchies des poissons? mais quoi qu’il en soit, les parties voisines de cette poche partagent sa souplesse, se prêtent à son gonflement, s'étendent elles-mêmes. La peau de l’animal , ordinairement assez mince et plissée, pouvant recevoir aussi un grand développement, toute la portion inférieure du corps du tétrodon, et même ses côtés, s’enflent et se dilatent au point de représenter un globe plus ou moins parfait, et si grand à proportion du volume du poisson, que l’on croirait, en le voyant nager dans cet état, n'avoir sous les yeux qu’un ballon flottant entre deux eaux, ou sur la surface des mers.

C'est principalement lorsque les tétrodons veulents’élever, qu’ils gonflent ainsi leur corps, le remplissent d’un fluide moins pesant que

* Le docteur Bloch, de Berlin.

* Voyez le Discours sur la nature des poissons.

si

l’eau , et augmentent leur lévèreté spécifique. Ils compriment , au contraire, le sac de leur péritoine, lorsqu'ils veulent descendre avec plus de facilité dans les profondeurs de l'Océan ; et la partie inférieure de leur corps est pour ces cartilagineux une seconde vessie natatoire, plus puissante même peut-être que leur véritable:

vessie aérienne, quoique cette dernière soit assez étendue, relativement à la grandeur de l'animal.

Les tétrodons s’enflent aussi et s’arrondissent, lorsqu'ils veulent résister à une attaque; et ils se boursouflent ainsi non-seulement pour opposer à leurs ennemis un volume. plus grand et plus embarrassant, mais encore parce que, dans cet état de tension des téguments, les aiguillons qui garnissent la peau sont aussi saillants et aussi dressés qu’ils peuvent l’être.

Le perroquet, le premier de ces tétrodons que nous ayons à examiner, a été nommé ainsi, à cause de la forme de ses mâchoires, dont la supérieure est plus avancée que l’inférieure , et qui ont avec le bec des oiseaux appelés perroquets, plus de ressemblance encore que celles des autres cartilagineux de la même famille.

Lorsque ce poisson n’est pas gonflé, il a le corps allongé comme presque tous les tétrodons vus dans ce même état de moindre extension.

Les yeux sont gros; et au-devant de chacun de ces organes, est une narine fermée par une membrane, aux deux bouts de laquelle on voit une ouverture que le perroquet peut clore à volonté , en étendant cette même membrane ou pellicule.

L’orifice des branchies est étroit, un peu en croissant, placé verticalement, et situé, de chaque côté, au-devant de la nageoire pectorale, qui est arrondie, et souvent aussi éloignée de l’extrémité du museau que de la nageoire de l’anus. Cette dernière et celle du dos sont presque au-dessus l’une de l’autre, et présentent à peu près la même surface et la même figure. La nageoire de la queue est arrondie ; et comme aucune couverture épaisse ou solide ne gêne dans le perroquet, ni dans les autres tétrodons , le mouvement de la queue et de sa nageoire, et que d’ailleurs ils peuvent s’élever avec facilité au milieu de l’eau, on peut croiré que ces animaux, n’ayant besoin, en quelque sorte, d'employer leur force que pour s’avancer, jouissent de la faculté de nager avec vitesse.

C’est dans l'Inde qu’habite ce cartilagineux , dont la partie supérieure est communément brune avec des taches blanches et de diverses figures, et dont les côtés sont blancs avec des

bandes irrégulières, longitudinales, et de cou-

leurs foncées.

Des aiguillons revêtent la peau du ventre, et sont renfermés presque en entier dans des espèces de petits enfoncements, qui disparaissent lorsque l’animal se gonfle et que la peau est tendue !.

LE TÉTRODON ÉTOILÉ ?.

Tetraodon cinereus, Commers, Lacep.

Nous avons trouvé la description de ce cartilagineux dans les écrits de Commerson, qui l’avait vu parmi d’autres poissons apportés au marché de l'ile Maurice, auprès de l’Ile-de- France. Ce voyageur compare la grandeur que présente le tétrodon étoilé, lorsqu'il est aussi gonflé qu’il puisse l’être , à celle d’un ballon à jouer, dont ce cartilagineux montrerait assez exactement la figure, sans sa queue, qui est plus ou moins prolongée. Cet animal est grisätre, mais d’une couleur plus sombre sur le dos, lequel est semé, ainsi que la queue, de taches petites, presque rondes et très-rapprochées. La partie inférieure du corps est d’une couleur plus claire et sans taches, excepté auprès de l’anus,où l’on voit une espèce d'anneau coloré, et d’un noir très-foncé.

L'ensemble du poisson est hérissé de piquants roides , et d’une ou deux lignes de longueur. Ceux qui sont sur le dos sont les plus courts et tournés en arrière; les autres sont droits, au moins lorsque le ventre est enflé, et attachés par une base étoilée à cinq ou six rayons. Nous verrons une base analogue retenir les piquants de plusieurs autres poissons, et particulièrement de la plupart de ceux auxquels le nom de Diodon à été donné. Au reste, ces piquants tiennent lieu, sur l’étoilé, ainsi que sur le plus grand nombre d’autres tétrodons, d’écailles proprement dites.

La mâchoire supérieure est un peu plus avancée que l’inférieure. Les deux dents qui garnissent chacune de ces mâchoires, sont blanches,

‘ On compte aux nageoires pectorales 44 rayons, à celle du dos 6, à celle de l'anus 6, à celle de la queue 9.

3 « Tetraodon cinereus, nigro guttatus, hispidus setis à basl « stellata exortis, » Commerson, manuscrits déjà cités,

larges , à bords incisifs , et attachées de trèsprès l’une à l’autre, sur le devant du museau.

Les yeux, séparés par un intervalle un peu déprimé, sont situés de manière à regarder avec plus de facilité en haut que par côté.

On n’aperçoit pas de ligne latérale.

La nageoire du dos, arrondie par le bout, et plus haute que large , est attachée à un appendice qui la fait paraître comme pédonculée La caudale est arrondie; et la partie de la queue, qui l’avoisine, est dénuée de piquants.

L'individu observé par Commerson avait treize pouces de longueur. Il pesait à peu près deux livres.

LE TÉTRODON POINTILLÉ? | Tétraodon punctulatus, Lacep.

C’est encore d’après les manuscrits de l’infatigable Commerson, que nous donnons la description de ce cartilagineux, dont un individu avait été remis à ce naturaliste par son ami Deschamps.

Ce tétrodon est conformé comme l’étoilé dans presque toutes ses parties; il a particulièrement sa mâchoire supérieure plus avancée que celle de dessous, et la base de ses piquants étoilée, comme le cartilagineux décrit dans l’article précédent. Mais ses couleurs ne sont pas les mémes que celles de l’étoilé. 11 a, en effet, nonseulement de petits points noirs semés sur la partie supérieure de son corps, qui est brune, mais encore des taches plus grandes , irrégulières , et d'un noir plus foncé, sur la partie inférieure, qui est blanchâtre. Ses nageoires pectorales présentent, à leur base, une raie large et noire, et sont livides et sans taches sur tout le reste de leur surface. D’ailleurs , la nageoire dorsale est très-étroite, presque linéaire, ne montre aucun rayon distinct, et ce dernier caractère suffit, ainsi que l’a pensé Commerson , pour le séparer de l’étoilé *.

4 Aux nageoires pectorales 47 rayons, à celle du dos 10,à celle de l'anus 40 à celle de la queue 9.

2 « Tetraodon hispidus, punctis in dorso, guttis in ventre « defluentibus atris, pinnà dorsi lineari spuriâ. » Commerson, manuscrits déjà cités.

5 Aux nageoires pectorales 20 rayons, à celle de la queue, qui est arrondie, 9.

Page 1