LE SYNGNATHE DEUX- PIQUANTS
CINQUIÈME SOUS-GENRE
Deux piquants sur la tête.
Point de nageoïre de la queue : des nageoires pectorales : point de nageoïre de l'anus.
7° Se LE SYNGNATHE BARBE. { Le corps à six pans.
SIXIÈME SOUS-GENRE
Point de nageoire de la queue, de nageoires pectorales, ni de nageoire de l'anus.
: Le corps très-délié; trente- ï NGNATHE OPHI- k als LE SyNGn | rayons à la nageoire du dos.
LE SYNGNATHE TROMPETTE ft.
Syngnathus Typhle, Linn., Gmel., Lacep., Cu.
De toutes les manières dont les poissons viennent au jour, il n’en est point de plus digne d’attention que celle que l’on observe dans la famille des syngnathes, de ces cartilagineux trèsallongés, dont les nageoires sont très-petites, et qui par ces deux traits ressemblent beaucoup aux serpents les plus déliés. En effet, non-seulement les femelles des syngnathes ne déposent pas les œufs, comme celles du plus grand nombre de poissons, sur des bancs de sable, sur des rochers , sur des côtes plus ou moins favorables au développement des fœtus ; non-seulement elles ne les abandonnent point sur des rivages, mais on dirait que, modèles de la véritable tendresse maternelle , elles consentent à perdre la vie pour la donner aux petits êtres qui leur devront leur existence. On croirait même qu’elles s’exposent à périr au milieu de douleurs cruelles, pour sauver les jeunes produits de leur propre substance. Jamais l’imagination poétique, qui a voulu quelquefois élever l'instinct des animaux, animer leur sensibilité, ennoblir leurs affections, embellir leurs qualités, et les rapprocher de celles de l’homme, autant qu’une philosophie trop sévère et trop prompte dans ses jugements a cherché à les dégrader et à les repousser loin d'elle, n’a pu être si facilement séduite lorsqu'elle a erré au milieu des divers groupes d'animaux dont nous avons entrepris d'écrire l’histoire, et même de tous ceux que l’on a placés, avec raison, plus près de l’homme, ce fils privilégié de ia nature, qu’elle ne l'aurait été parle tableau des soins des syngnathes mères, et de toutes les circonstances qui accompagnent le développement de leurs faibles embryons ; jamais elle ne se serait plu à parer de plus de charmes les résultats de l’organisation desêtres vivants et sensibles. Et combien de fois
4 Gagnole, dans plus. départ. mérid. — Cheval marin trompette, Daubenton, Enc., méth.— Id. Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth, — Fauna suec. 577. — « Syngnathus corpore « medio hexagono, caudâ pinnatä. » Artedi, gen. 4, syn. 4, spec. 5. — Bloch, pl. 94, fig. 1. — Klein, miss. pisC. 4, p. 42. n.2. — Piscis seplimus, Salvian., Aquat., p. 68. — Typhle marina, Bél., Aquat., p. 448. — Trompette, aiguille d’Aristote, Rondelet, part. 1,1. 8, c. 4. -— Willughby, Ichth., p. 158. — Rai, pisc., p. 46. — Gesner, Aquat., p. 9; icon. anim., p.92. —Sea-adder, Borlase, Cornw., p. 267.— Shor ter pipe-fish, Pennant, Brit. Zool. 5, p. 108, n. 2, tab.6, fig. 2. — « Syngnathus pinnis caudæ, ani, pectoralibusque, «-radiatis, Corpore hexagono, » Cammerson, manuscrits déjà cités,
les syngnathes mères n’auraient-elles pas été célébrées dans ces ouvrages charmants, heureux fruits d’une invention brillante et d’un sentiment touchant , que la sagesse recoit des mains de la poésie pour le bonheur du monde, si le génie qui préside aux sciences naturelles avait plus tôt révélé à celui des beaux-arts le secret des phénomènes dérobés à presque tous les yeux, et par les eaux des mers dans lesquelles ils s’opèrent,
et par la petitesse des êtres qui les produisent ! :
Maisau travers de ces voiles précieux et transparents dont l’imagination du poëte les aurait enveloppés, qu'aurait vu le physicien? Que peut remarquer dans la reproduction des syngnathes l’observateur le plus froid et le plus exact?
, Quels sont ces faits à la vue desquels la poésie aurait bientôt allumé son flambeau? Oublions les douces images qu’elle aurait fait naître , et ne nous occupons que des devoirs d’un historien fidèle.
On a pensé que les syngnathes étaient hermaphrodites : un savant naturaliste , le professeur Pallas l’a écrit '; et ses soupçons à ce sujet ont été fondés sur ce que dans tous les individus de ce genre qu’il a disséqués, il a trouvé des ovaires et des œufs. Peut-être dans cette famille, ainsi que dans plusieurs autres de la classe des poissons, le nombre des femelles l’emporte-t-il de beaucoup sur celui des mâles. Mais, quoi qu'il en soit, les observations d’autres habiles physiciens, et particulièrement celles d’Artedi, qui a vu des syngnathes mâles , ne permettent pas de regarder comme hermaphrodites les cartilagineux dont nous traitons dans cet article ; et nous sommes dispensés d'admettre une exception qui aurait été unique non-seulement parmi les poissons , mais même parmi tous les animaux à Sang rouge.
Les jeunes syngnathes sortent des œufs dans lesquels ils ont été renfermés pendant que ces mêmes œufs sont encore attachés au corps de la femelle. L'intérieur de ces petites enveloppes a donc dû être fécondé avant leur séparation du corps de la mère. Il en est donc des syngnathes comme des raies et des squales ; le mâle est obligé de chercher sa femelle, de s’en approcher, de demeurer auprès d’elle au moins pendant quelques moments, de faire arriver jusqu'à elle saliqueur séminale. 11 y a donc un véritable accouplement du mâle et de la femelle dans la
{ Pallas, Spicileg. zoologic. 8, p. 35,
famille que nous examinons ; et la force qui les entraine l’un vers l’autre est d'autant plus remarquable , qu’elle peut faire supposer l’existence d’une sorte d’affection mutuelle, très-passagère à la vérité, mais cependant assez vive, et que ce sentiment, quelque peu durable qu’il soit, doit influer beaucoup sur les habitudes de Panimal , et par conséquent sur l'instinct qui est Le résultat de ces habitudes.
Lorsque la liqueur séminale du mâle est parvenue jusqu'aux œufs de la femelle, ils reçoivent de ce fluide vivifiant une action analogue à celle que l’on voit dans tous les œufs fécondés , soit dans le ventre, soit hors du corps des mères, à quelque espèce d'animal qu'il faille d’ailleurs les rapporter. L’œuf, imprégné de la liqueur du mâle, s’anime , se développe, grossit; et le jeune embryon croît, prend des forces, et se nourrit de la matière alimentaire renfermée avec lui dans sa petite coque. Cependant le nombre des œufs que contiennent les ovaires est beaucoup plus grand à proportion de leur volume et de la capacité du ventre qui les renferme, dans les syngnathes que dans les raies ou dansles squales. Lorsque ces œufs ontacquis un certain degré de développement, ils sont trop pressés dans l’espace qu'ils occupent , ils en compriment trop les parois sensibles et élastiques, pour n’être pas repoussés hors de l’intérieur du ventre, avant le moment où les fœtus doivent éclore. Mais ce n’est pas seulement alors par l’anus qu’ils s’échappent, ils sortent par une fente longitudinale qui se fait dans le corps, ou, pour mieux dire, dans la queue de la femelle, auprès de l’anus, et entre cette ouverture et la nageoire caudale. Cette fente non-seulement sépare des parties molles de la femelle, mais encore elle désunit des pièces un peu dures et solides, Ces pièces sont plusieurs portions de l’enveloppe presque osseuse dans laquelle Les syngnathes sont engagés en entier. Ces poissons sont, en effet, revêtus d’une longue cuirasse qui s’étend depuis la tête jusqu’à l'extrémité de la queue. Cette cuirasse est composée d’un très: grand nombre d’anneaux placés à la suite l’un de l’autre, et dont chacun est articulé avec ce: lui qui le précède et celui qui le suit. Ces an: neaux ne sont pas circulaires, mais à plusieurs côtés; et comme les faces analogues de ces anneaux se correspondent d’un bout à l’autre d: l'animal , l’ensemble de la cuirasse, ou, pou: mieux dire, du très-long étui qu’ils forment, res-
semble à un prisme à plusieurs pans. Le nombre de ces pans varie suivant les espèces, ainsi que celui des anneaux qui recouvrent le corps et la queue proprement dite.
En même temps que la sorte de gaine qui renferme le poisson présente plusieurs faces disposées dans le sens de la longueur du syngnathe, elle doit offrir aussi, aux endroits où ces pans se touchent , des arêtes, ou lignes saillantes et longitudinales, en nombre égal à celui des côtés longitudinaux de cet étui prismatique.
Une de ces arêtes est placée, au moins le plus souvent, au milieu de la partie inférieure du corps et de la queue, dont elle parcourt la longueur. C’est une portion de cette arête qui, au delà de l’anus, se change en fenteallongée, pour laisser passer les œufs; cette fente se prolonge plus ou moins suivant les individus, et suivant l'effort occasionné par le nombre des œufs, soit vers le bout de la queue, soit vers l’autre extrémité du syngnathe:
Cependant les deux pans les plus inférieurs du fourreau prismatique, non-seulement se séparent à l’endroit de cette fente, mais ils s’enfoncent, vers l’intérieur du corps de l’animal, dans le bord longitudinal qui touche la fente , et se relèvent dans l’autre, de manière qu’au lieu d’une arête saillante, on voit un petit canal qui s'étend souvent vers la tête et vers le bout de la queue du syngnathe , bien au delà de la place où la division a lieu. En effet, une dépression semblable à celle que nous exposons s’opère alors au delà de la fente, tant vers le bout de ja queue que vers la tête, quoique les deux pans longitudinaux les plus inférieurs n’y soient pas détachés l’un de l’autre, et qu’ils s’inclinent uniquement l’un sur l’autre, d’une manière trèsdifférente de celle qu’ils présentaient avant la production de la séparation.
Lorsqu'une arête saillante ne règne pas longitudinalement dans le milieu de la partie inférieure de l’animal, le pan qui occupe cette partie inférieure se partage en deux, et les deux lames allongées qui résultent de cette fracture, ainsi que les pans collatéraux, s’inclinent de manière à produire un canal analogue à celui que nous venons de décrire.
C’est dans ce canal, dont la longueur varie suivant les espèces et même suivant les individus , que se placent les œufs à mesure qu'ils sortent du ventre de la mère : ils y sont disposés sur des rangs plus ou moins nombreux se-
lon leur grosseur et la largeur du canal; et ils y sont revêtus d’une peau mince, que les jeunes syngnathes déchirent facilement lorsqu’ils ont été assez développés pour percer la coque qui les contenait.
La femelle porte ainsi ses petits encore renfermés dans leurs œufs pendant un temps dont la longueur varie suivant les diverses circonstances qui peuvent influer sur l’accroissement des embryons; elle nage ainsi chargée d'un poids qu’elle conserve avec soin, et qui lui donne d’assez grands rapports avec plusieurs cancres dont les œufs sont également attachés pendant longtemps au-dessous de la queue de la mère.
Peut-être n’est-ce qu’au moment où les œufs des syngnathes sont parvenus dans le petit canal qui se creuse au-dessous du corps de la femelle, que le mâle s'approche, s’accouple, et les arrose de sa liqueur séminale, laquelle peut pénétrer aisément au travers de la membrane trèspeu épaisse qui les maintient. Mais, quoi qu’il en soit, il paraît que, dans la même saison, il peut y avoir plusieurs accouplements entre le même mâle et la même femelle, et que plusieurs fécondations successives ont lieu comme dans les raies et les squales : les premiers œufs qui sont un peu développés et vivifiés par la liqueur séminale du mâle passent dans le petit canal, qu’ils remplissent, et dans lequel ils sont ensuite remplacés par d’autres œufs dont l’accroissement moins précoce avait retardé la fécondation, en les retenant plus longtemps dans le fond de la cavité des ovaires.
Au reste, le phénomène que nous venons de décrire est une nouvelle preuve de l’étendue des blessures , des déchirements et des autres altérations que les poissons peuvent éprouver dans certaines parties de leur corps , non-seulement sans en périr, mais même sans ressentir de graves accidents.
La tète de tous les syngnathes, et particulièrement de la trompette, dont nous traitons dans cet article, est très- petite ; le museau est trèsallongé, presque cylindrique, un peu relevé par le bout ; et c’est à cette extrémité qu’est placée l'ouverture de la bouche, qui est très-étroite, et se ferme par le moyen de la mâchoire inférieure proprement dite, que l’on a prise à tort pour un opercule, et qui, en se relevant, va s’appliquer contre celle d’en haut. Le long tuyau formé par la partie antérieure de la tête a été regardé comme composé de deux mâchoires réunies
DES POISSONS
l'une contre l’autre dans la plus grande partie de leur étendue ; et de là vient le nom de Syngnathe que porte la famille des cartilagineux dont nous nous occupons.
La trompette, non plus que les autres syngnathes, n'a point de langue , ni même de dents. Ce défaut de dents, la petitesse de l’ouverture de sa bouche, et le peu de largeur du long canal que forme la prolongation du museau, forcent la trompette à ne se nourrir que de vers, de larves, de fragments d’insectes, d'œufs de poissons.
La membrane des branchies des syngnathes, que deux rayons soutiennent, s’étend jusque vers la gorge : l’opercule de cet organe est grand et couvert de stries disposées en rayons; mais cet opercule et cette membrane sont attachés à la tête et au corps proprement dit, dans une si grande partie de leur contour,
qu’il ne reste pour le passage de l’eau qu’un |
orifice placé sur la nuque. On voit donc sur le derrière de la tête deux petits trous que l’on prendrait pour des évents analogues à ceux des raies et des squales, mais qui ne sont que les véritables ouvertures des branchies.
Ces branchies sont au nombre de quatre de chaque côté. Ces organes, un peu différents dans leur conformation des branchies du plus grand nombre de poissons , ressemblent, selon Artedi et plusieurs autres naturalistes qui l’ont copié, à une sorte de viscosité pulmonaire d’un rouge obscur: mais je me suis assuré, en examinant plusieurs individus et même plusieurs espèces de la famille que nous décrivons, qu’ils étaient composés à peu près comme dans la plupart des poissons, excepté que chacune des branchies est quelquefois un peu épaisse à proportion de sa longueur, et que les quatre de chaque côté sont réunies ensemble par une membrane très-mince, laquelle, ne s’appliquant qu’à ieur côté extérieur, forme, entre ces quatre parties, trois petits canaux. ou cellules qui ont pu suggérer à Artedi l’expression qu’il a employée. Au reste, cette couleur rougeâtre, qu’il a trèsbien vue, indique les vaisseaux sanguins trèsramifiés, et disséminés sur ces branchies.
Les yeux des syngnathes sont voilés par unemembrane très-mince, qui est une continuation du tégument le plus extérieur de l’animal.
Le canal intestinal de la trompette est court et presque sans sinuosités.
La série de vertèbres cartilagineuses qui s’é-
tend depuis la tête jusqu’à l'extrémité de la queue, ne présente aucune espèce de côte: mais les vertèbres qui sont renfermées dans le corps proprement dit, offrent des apophyses latérales assez longues, qui ont quelque ressemblance avec des côtes ; et elles montrent ainsi une eonformation intermédiaire entre celle des vertèbres des raies et des squales, sur lesquelles on ne voit pas de ces apophyses , et celle des vertèbres des poissons osseux qui sont garnies de véritables côtes. X
L’étui dans lequel elle est enveloppée présente six pans, tant sur le corps que sur la queue, autour de laquelle cependant ce fourreau n'offre quelquefois que quatre pans longitudinaux. |
Le nombre des anneaux qui composent cette cuirasse est ordinairement de dix-huit autour du corps, et de trente-six autour de la queue.
La trompette a une nageoire dorsale comme tous les syngnathes : maïs elle a de plus des nageoires pectorales, une nageoire de l'anus, et une nageoire caudale ‘ ; organes dont les trois, ou du moins un ou deux, manquent à quelques espèces de ces animaux, ainsi qu’on peut le voir sur le tableau méthodique des cartilagineux de cette famille.
Elle n’a guère plus d’un pied ou d’un pied ct demi de longueur : sa couleur générale est jaune et variée de brun; les nageoires sont grises et très-petites.
On la trouve non-seulement dans l'Océan, mais encore dans la Méditerranée, où elle a été assez anciennement et assez bien observée, pour qu’Aristote et Pline aient connu une partie de ses habitudes , et notamment la manière dont elle vient au jour.
Sa chair est si peu abondante, que ce poisson est à peine recherché pour la nourriture de l’homme ; mais comme il perd diflicilement la vie, qu’il ressemble à un ver, et que, malgré sa cuirasse, qui se prête à plusieurs mouvements, il peut s’agiter et se contourner en différents sens, on le pêche pour l’employer à amorcer des hamecçons.
4 A la nageoïre du dos 18 rayons, aux pectorales 12, à celle de l'anus 5, à celle de la queue, qui est un peu arrondie, 10. Un individu de l'espèce de la trompelte, observé par Commerson , différait assez des autres individus de cette même espèce par le nombre des rayons de ses nageoires, pour qu'on pût le considérer comme formant une variété distincte. Il avait, en effet, à la nageoire dorsale 45 rayons, à chacune des nageoires pectorales 24, à celle de l'anus 5, à celle de la queue 6.
LE SYNGNATHE AIGUILLE !,
Syngnathus Acus, Linn., Gmel., Lacep., Cu.
LE SYNGNATHE TUYAU ?,
Syngnathus pelasgicus, Linn., Gmel., Cuv.