LE SYNGNATHE DEUX-PIQUANTS
Syagnathus tetragonus, Linn., Gmel.
Quel contraste que celui des deux images rappelées par ce mot Hippocampe, qui désigne en même temps et un cheval et une chenille!
Quel éloignement dans l’ensemble des êtres vivants et sensibles sépare ces deux animaux, dont on a voulu voir les traits réunis dans l’hippocampe , et dont on s’est efforcé de combiner ensemble les deux idées pour en former l’idée composée du syngnathe que nous décrivons!
L'imagination, qui, au lieu de calculer avec patience les véritables rapports des objets, se plaît tant à se laisser séduire par de vaines apparences , et à se laisser entrainer vers les rapprochémentsles plus bizarres, les ressemblances les plus trompeuses et les résultats les plus merveilleux, a dû d'autant plus jouir en s’abandonnant pleinement au sens de ce mot Æippocampe, que, par l’adoption la plus entière de cette expression, elle a exercé, pour ainsi dire, en même temps, une triple puissance. Reconnaître , en quelque manière, un cheval dans un petit Cartilagineux , voir dans le même moment une chenille dans un poisson, et lier ensemble, et dans un même être une chenille et
4 Cavallomarino, en Italie. — Brunn. pisc. Massil., n. 49,
— Mull, prodrom. Zool. danic., n. 527. — « Syngnathus cor- « pore quadrangulo, pinnâ caudæ carens. » Artedi , gen. 1, 8 yn. 4. — Bloch, pl. 109, fig. 5. — Cheval marin, hippocampe, Daubenton, Enc. méth. — Id. Bonnaterre, pl. de | Enc. méth.— Gronov., Zooph., n. 170. — Browne, Jamaic., p. 444, n. 4. — Crayracion corpore circumflexo, etc., Klein, miss. pisc. 3, p. 25, n.52.— Ælian., lib. 44, cap. 44. — Cheval marin, Rondelet, des Insectes et Zoophytes, c. 9.— Gesner, Aquat., p. 414. — Willughby, Ichth., p. 157, tab. I, 25, fig. 5 et4. — Rai, pisc., p. 45, 46, n. 1, 4. — Hippocampus æquivoca, Aldrov., pisc., p. 716. — Cheval marin, Bélon, Aquat., p. 444.—Geel seepaardje, Valent., Mus., p. 558, n. 150. — Syngnathus hippocampus, le cheval marin. Appendix du Voyage à la Nouvelle-Galles méridionale, par Jean White, pl. 50, fig. 2. — Syngnathus hippocampus, Commerson, manuscrits déjà cités.
3 M. Cuvier annonce qu'il se trouve deux espèces d'hippocampes dans nos mers; l'une à museau court (4. brevirostris), figurée par Willughby. pl. J, 25, fig. 5, et l'autre à museau plus long (4. guitulatus), représentée par le même auteur, pl. J, 25, fig. 5. D.
5 Thunberg, Act. soc. physiogr. lund. 1, 4, p. 3014, n. 30, tab. 4, fig. 1 et 2.—Syngnathus biaculealus, épine double, Bloch, pl. 124, fig, 1 et2.— Cheval marin, épine double, Bonna!erre, pl, de l'Enc. méth.
un cheval, ont été trois opérations simultanées, trois espèces de petits miracles compris dans un seul acte, trois signes de pouvoir devenus inséparables, dans lesquels l'imagination s’est complue sans réserve, parce qu’elle ne trouve de véritable attrait que dans ce qui lui permet de s’attribuer une sorte de force créatrice : et voilà pourquoi cette dénomination d’Hippocampe a été très-anciennement adoptée; et voilà pourquoi, lors même qu’elle n’a rappelé qu’une erreur bien reconnue, elle a conservé assez de charmes secrets pour être généralement maintenue par les naturalistes. Quelles sont cependant ces légères apparences qui ont introduit ce mot Hippocampe, et d’abord quels sont les traits de la conformation extérieure du syngnathe dont nous nous occupons, qui ont réveillé l’idée du cheval à l'instant où on a vu ce cartilagineux? Une tête un peu grosse ; la partie antérieure du corps, plus étroite que la tête et le corps proprement dit ; ce même corps plus gros que la queue, qui se recourbe; une nageoire dorsale dans laquelle on a trouvé de la ressemblance avec une selle ; et de petits filaments qui, garnissant l'extrémité de tubereules placés sur la tête et le devant du corps, ont paru former une petite crinière : tels sont les rapports éloignés qui ont fait penser au cheval ceux qui ont examiné un hippocampe, pendant que ces mémes filaments, ainsi que les anneaux qui revétent ce cartilagineux, comme ils recouvrent les autres syngnathes , l’ont fait rapporter aux chenilles à anneaux hérissés de bouquets de poil.
Mais, en écartant ces deux idées trop étrangères de chenille et de cheval, déterminons ce qui différencie l'hippocampe d’avec les autres poissons de sa famille.
11 parvient ordinairement à la longueur de trois ou quatre décimètres, ou d’environ un pied. Ses yeux sont gros, argentés et brillants. Les anneaux qui l’enveloppent sont à sept pans sur le corps, et à quatre pans sur la queue:
chacun de ces pans, qui quelquefois sont trèspeu sensibles, *est ordinairement indiqué par un tubercule garni le plus souvent d’une petite houppe de filaments déliés. Ces tubercules sont communément plus gros au-dessus de la tête, et l’on eu voit particulièrement cinq d’assez grands au-dessus des yeux. On compte treize anneaux à l’étui qui enveloppe le corps, et de trente-cinq à trente-huit à celui qui renferme la queue, laquelle est armée, de chaque côté, de
trois aiguillons, de deux en haut et d’un en bas. Au reste, ce nombre d’anneaux varie beaucoup, au moins suivant les mers dans lesquelles on trouve l’hippocampe.
Les couleurs de ce poisson sont aussi trèssujettes à varier, suivant les pays et même suivant les individus. Il est ou d’un livide plombé, ou brun, ou noirâtre, ou verdâtre; et quelque nuance qu'il présente, il est quelquefois orné de petites raies ou de petits points blancs ou noirs !.
Les branchies de l'hippocampe ont été mal vues par un grand nombre de naturalistes ; et leur petitesse peut avoir aisément induit en erreur sur leur forme. Mais je me suis assuré par plusieurs observations, qu’elles étaient frangées sur deux bords, et semblables, à très-peu près, à celles que nous avons examinées dans plusieurs autres syngnathes, et que nous avons décrites dans l’article de la trompette.
La vésicule aérienne est assez grande; le canal intestinal est presque sans sinuosités. La bouche de l’hippocampe étant d’ailleurs conformée comme celle des autres cartilagineux de son genre; il vit, ainsi que ces derniers, de petits vers marins, de larves , d'insectes aquatiques, d’œufs de poissons peu développés. On le trouvedans presque toutesles mers, dansl'Océan, dans Ja Méditerranée, dans la mer des Indes.
Pendant qu'il est en vie, son corps est allongé comme celui des autres syngnathes : mais lorsqu’il est mort, et surtout lorsqu'il commence à se dessécher , sa queue se replie en plusieurs sens, sa tête et la partie antérieure de son corps se recourbent ; et c’est dans cet état de déformation qu’on le voit dans les cabinets, et qu’il a été le plus comparé au cheval.
On a attribué à l’hippocampe un grand nombre de propriétés médicinales, et d’autres facultés utiles ou funestes , combinées d’une manière plus ou moins absurde : et comment n’aurait-on pas cherché à douer des vertus les plus merveilleuses et des qualités les plus bizarres, un être dans lequel on s’est obstiné, pendant tant de temps, à réunir par la pensée un poisson, un cheval et une chenille?
Le syngnathe deux-piquants habite dans la mer des Indes. Il est varié de jaune et de brun.
1J1 ya à la membrane des branchies 2 rayons , à chacune ‘es nageoires pectorales 9 (on en a compté 18, parce que chaque rayon se divise en deux, presque dès son origine), à celle de la queue de 16 à 20, à celle de l'anus 4.
Les anneaux qui composent sa longue cuirasse ne présentent chacun que quatre pans; et audessus des yeux on voft deux aiguillons courbés en arrière !.
LE SYNGNATHE BARBE :,
Syngnathus barbatus, Linn., Gmel., Lacep., Cuv. ET LE SYNGNATHE OPHIDION5.
Syngnathus Ophidion, Linn., Gmel., Lacep., Cuv.
Non-seulement le barbe n’a point de nageoire caudale , mais encore il n’a pas de nageoire de l’anus. Aussi le voit-on placé dans un cinquième sous-genre sur le tableau méthodique de la famille que neus décrivons. Son corps est d’ailleurs à six pans longitudinaux “.
L’ophidion est encore plus dénué de nageoires : il n’en a pas de pectorales ; il n’en montre qu'une qui est située sur le dos ‘, et qui est assez peu élevée. De tous les syngnathes il est celui qui ressemble le plus à un serpent, et voilà pourquoi le nom d’Ophidion lui a été donné, le mot grec Ophis désignant un serpent. Nous avons cru d’autant plus devoir lui conserver cette dénomination, que son corps est plus menu et plus délié à proportion que celui des autres cartilagineux de son genre. Il parvient quelquefois à la longueur de deux pieds, ou de plus de sept décimètres. Son museau est moins allongé que celui de la trompette. Cet animal est verdâtre avec des bandes transversales et quatre raies longitudinales, plus ou moins interrompues, d’un très-beau bleu. Il habite dans l'Océan septentrional.
4 À lamembrane des branchies 2 rayons, à chaque nageoire pectorale 21, à celle du dos 54, à celle de l'anus.4, sur le corps 17 anneaux. sur la queue 45.
2 Cheval marin sexangulaire, Daubenton, Enc. méth.— Id. Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth.
5 Sea-adder, sur quelques côtes d'Angleterre. — Hav-hol, en Suède. — Fauna suec. 275. — Otto, schrift. der Berlin, naturf. fr. 3,p. 456. — « Syngnathus teres, pinnis pectoralie « bus caudæque carens. » Artedi, gen. 4, syn. 2, spec, 5. — Gronov., mus. {, n. 2. — Bloch, pl. 91, fig. 5, — Klein, miss. pisc. 4, p. 26, n. 15, tab. 5. fig.4. —-Willughby, 1chth., p. 460, — Rai, pisc., p. 47. — Sajori, Kœmpfer, Japon, 4, p. 455. — Little pipe-fish, Brit. Zaol. 5, p. 109, n.5, pl. 6, fig. 3, — Cheval marin serpent, Daubenton, Enc. méth, — Id. Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth. . 4
4 À chaque nageoire pectorale du barbe 22 rayons, à celle du dos 45.
5 À la membrane des branchies de l'ophidion 2 rayons, à la nageoire dorsale 34.
DES POISSONS