‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 451 sur 470 · ET LE CYCLOPTÈRE VENTRU · texte numérisé non relu

ET LE CYCLOPTÈRE VENTRU

Cycloptérus ventricosus, Linn., Gmel., Lacep.

C'est au professeur Pallas que nous devors la première description de ces trois cycloptères. Le premier ne pouvait pas être mieux désigné que par le nom de Gélatineux , que nous lui avons conservé. En effet, sa peau est molle, dénuée d’écailles facilement visibles , gluante, et abondamment enduite d’une humeur visqueuse, qui découle particulièrement par vingtquatre orifices, dont deux sont placés entre chaque narine et l’ouverture de la bouche, et dont dix autres règnent depuis chaque commissure des lèvres jusque vers l’opercule branchial qui correspond à cette commissure ; les lèvres sont doubles, épaisses, charnues, et l’intérieure est aisément étendue en avant et retirée en arrière par l’animal ; les opercules des branchies sont mollasses; les nageoires pectorales qui sont très-larges, les inférieures qui sont très-petites, la dorsale et celle de l’anus qui sont très-longues et vont jusqu’à celle de la queue, sont flasques et soutenues par des rayons très-mous; l’ensemble du corps du poisson est pénétré d’une si grande quantité de matière huileuse, qu’il présente une assez grande transparence ; et tous ses muscles sont d’ailleurs si peu fermes, que, même dans l’état du plus grand repos du cyeloptère, et quelque temps après sa mort, ils sont soumis à cette sorte de tremblement que tout le monde connaît, et qui appartient à la gelée animale récente. Aussi la chair de ce cartilagineux est-elle très-mauvaise à manger ; et dans les pays voisins du Kamtschatka, auprès desquels on pêche ce cycloptère, et où on est accoutumé à ne nourrir les chiens que de restes de poisson, ces animaux mêmes, quoique affamés , ont-ils le

4 Pallas, Spicil. zool. 7, p. 19, tab. 5, fig. 1,6. — Bouclier gélatineux, Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth.

2 Palläs, Spicil. zool. 7, p. 6, tab. 1, fig. 4, 4. — Bouclier denté, Bonnaterre, pl. de l'Enc. rméth.

5 Ce cycloptère denté est le même que le cycloptère double-épine de l'article précédent, c'est-à-dire un Gobiésoce de M. de Lacépède. D.

‘ Pallas, Spicil. zool.7, p. 13, tab. 2, fig. 1. 5. — Bouclier ventru, Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth,

dégoût le plus insurmontable pour toutes les portions du gélatineux.

Ce cycloptère parvient ordinairement à la longueur d’un demi-mètre, ou d’environ un pied et demi; son corps est un peu allongé, et va en diminuant de grosseur vers la queue; l'ouverture de sa bouche est tournée vers le haut; sa langue est si petite, qu’on peut à peine la distinguer. Un blanc mêlé de rose compose

sa couleur générale; les opercules sont d'un

pourpre foncé, et les nageoires du dos et de anus, d’un violet presque noir !.

Le denté est ainsi nommé à cause de la force de ses dents, de leur forme, et de leur distribution irrégulière et remarquablet Elles sont coniques et inégales : on en compte à la mâchoire supérieure, quatre à droite, et trois à gauche; et la mâchoire inférieure en présente sept à gauche, trois à droite, et dix dans le milieu. La peau qui le revêt est un peu dure, maigre , sans aiguillons , tubercules ni écailles aisément visibles , rougeâtre sur la partie supérieure du corps, et blanchâtre sur l’inférieure. La tête est aplatie par-dessus et par-dessous,

très-grande, beaucoup plus large que le corps ;

et cependant le diamètre transversal de l’ouverture de la bouche en égale la largeur. Les lèvres sont épaisses, doubles, et garnies, sur leur surface intérieure, de caroncules charnues et très-molles. Les opercules des branchies sont

| durs et étendus. On voit enfin auprès de l’anus

du mâle une prolongation charnue , creuse, percée par le bout, que nous remarquerons dans plusieurs autres espèces de poissons, et qui sert à répandre sur les œufs la liqueur destinée à les féconder ?.

Le denté a le ventre assez gros ; mais le cycloptère ventru a cette partie bien plus étendue encore. Elle est, dans ce dernier cartilagineux, très-proéminente, ainsi que son nom l'indique ; et elle est maintenue dans cet état de trèsgrand gonflement parune vessie urinaire double et très-volumineuse. L'ouverture de la bouche, qui est très-large et placée à la partie supérieure de la tête, laisse voir à chaque mâchoire un grand nombre de petites dents recourbées,

{A chaque membrane branchiale du cycloptère gélatineux 7 rayons, à la nageoire dorsile 51, à chaque nageoire pectorale 50, à celle de l'anus 45, à celle de la queue6.

3? À la membrane des branchies du denté 2 rayons, à la nageoire dorsale 8, à chaque nageoire pectorale 25, à chaque nageoire inférieure 4, à celle de l'anus 6, à celle de la queue, qui est arrondie, 40,

inégales en longueur, et distribuées sans ordre. . Les opercules des branchies sont attachés, dans

presque tout leur contour, aux bords de l’ouverture qu’ils doivent fermer. La peau dont l'animal est revêtu est d’ailleurs enduite d’une mucosité épaisse; toutes les portions de ce cycloptère sont un peu flasques ; et une couleur olivâtre règne sur presque tout le dessus de ce poisson !.

Le ventrü vit, ainsi que le gélatineux, dont il partage jusqu'à un certain point la mollesse, dans la mer qui sépare du Kamtschatka le nord de l'Amérique : on n’y a pas encore observé le denté ; on n’a encore vu ce dernier animal que dans les eaux salées qui baignent les rivages de l’Amé‘ique méridionale. Au reste, le denté est quelquefois long de près d’un mètre, tandis que le ventru ne parvient guère qu’à la longueur de trois décimètres, ou d'environ un pied.

LE CYCLOPTÈRE BIMACULÉ ?,

Cyclopterus bimaculatus, Penn., Lacep.®,

On rencontre auprès des côtes d'Angleterre ce cartilagineux, sur lequel on n’aperçoit aucun tubereule ni aucune écaille, non plus que sur les trois cycloptères que nous venons de décrire dans l’article précédent. La tête de ce poisson, qui n’a présenté jusqu’à présent que de pe- - tites dimensions , est aplatie par-dessus et plus large que le corps. Les nageoires pectorales sont attachées presque sur la nuque; et au delà de chacune de ces nageoires, on voit sur le côté une tache noire et arrondie. La tête et le dos sont d’ailleurs d’un rouge tendre, relevé par la couleur des nageoires qui sont d’un très-beau blane. Pennant a le premier fait connaitre ce joli cycloptère, dont la nageoire caudale est terminée par une ligne droite.

4 À la membrane des branchies du ventru 4 rayons, à la

nageoire dorsale 10, à chaque nageoire pectorale 20, à chaque nageoire inférieure 6, à celle de l'anus 9, à celle de la queue 10, Cette dernière est terminée par une ligne presque droite.

2 Pennant, Zoo!l. brit. 5, suppl., p. 397.— Bouclier à deux taches, Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth.

3 M. Cuvier place ce poisson dans le genre du Porte-écuelle (Lepadogaster Gouan) et dans ie sous-genre qui comprend les Gobiésoces de M. de Lacépède. D.

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