‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 53 sur 470 · LE CARET · texte numérisé non relu

LE CARET

Caretla imbricata, Merr.; Testudo imbricata, Linn., Schæpff,

Le philosophe mettra toujours au premier rang la tortue franche, comme celle qui fournit la nourriture la plus agréable et la plus salutaire ; mais ceux qui ne recherchent que ce qui brille, préféreront la tortue à laquelle nous conservons le nom de Carét, qui lui est généralement donné dans les pays qu’elle habite ; c’est principalement cette tortue que l’on voit revêtue de ces belles écailles qui, dès les siècles les plus reculés, ont décoré les palais les plus somptueux : effacées dans des temps plus modernes par l'éclat de l’or et par le feu que la taille a donné aux pierres dures et transparentes, on ne les emploie presque plus qu’à orner les bijoux simples mais élégants de ceux dont la fortune ést plus bornée, et peut-être le goût plus pur. Si elles servent quelquefois à parer la beauté, elles sont cachées par des ornements

4 M, le chevalier de Widerspach.

2 Note communiquée par M. le chevalier de Widerspach.

5 La Tuilée. M. Daubenton, Encycl. méth.—Tortue caret. Rochefort.—Testudo imbricata, Hist. nat. des Tortues, par M. Jean Schneider.—Testudo caretta. Catesby, Hist. nat. de la Caroline, vol. If, p.59.— Gronov. Zoophy. 72. — Rai, Synopsis Animalium quadrupedum, pag. 258, Testudo carelta dicta.— Bont. jav. 82, Testudo squamata ?— The haswk’s bill Turtle. Testudo À major, unguibus utr'inque quatuor. Browne, Hist. nat. de la Jamaïque, Londres, 1756, page 465.—Séba, mus, 1, tab. 80, fig. 9.— Testudo caretta, Sloane. Voyage aux îles Madère, Barbade, etc., vol. II.—Caret, Du Tertre, tome If, page 229, n° 24. — Caret, Labat, p: 315.—Caret, Dict. d'Hist. uat. par M. Valmont de Bomare,

plus éblouissants ou plus recherchés qu’on leur préfère, et dont elles ne sont que les supports. Mais si les écailles de la tortue caret ont perdu de leur valeur par leur comparaison avec des substances plus éclatantes , et parce que la découverte du Nouveau-Monde en a répandu une grande quantité dans l’ancien, leur usage est dévenu plus général : on s’en sert d’autant plus qu’elles coûtent moins ; combien de bijoux et de petits ouvrages ne sont point garnis de ces écailles que tout le monde connaît, et qui réunissent à une demi-transparence l’éclat de certains cristaux colorés, et une souplesse que l’on a essayé en vain de donner au verre!

Il est aisé de reconnaître la tortue caret au luisant des écailles placées sur sa carapace, et surtout à la manière dont elles sont disposées. Elles se recouvrent comme les ardoises qui sont sur nos toits ; elles sont d’ailleurs communément au nombre de treize sur le disque, et elles y sont placées sur trois rangs, comme dans la tortue franche; le bord de la carapace, qui est beaucoup plus étroit que dans la plupart des tortues de mer, est garni ordinairement de vingt-cinq lames.

La couverture supérieure, arrondie par lé haut et pointue par le bas, a presque la forme d’un cœur : le caret est d’ailleurs distingué des autres tortues marines par sa tête et son cou, qui sont beaucoup plus longs que dans les autres espèces; la mâchoire supérieure avance assez sur l’inférieure, pour que le museau ait une sorte de ressemblance avec le bec d’un oiseau de proie; et c’est ce qui l’a fait appeler par les Anglais bec à faucon !. Ce nom a un peu servi à obseurcir l’histoire des tortues ; lorsque les naturalistes ont transporté celui de carel à la caouane, ils n’en ont point séparé le nom de bec à faucon, qu’ils lui ont aussi appliqué ? ; et, en histoire naturelle ; lorsque les noms sont les mêmes, on n’est que trop porté à croire que les objets se ressemblent. On rencontre le caret, ainsi que la plupart des autres tortues , dans les contrées chaudes de l’Amérique *; mais on le trouve aussi dans les mers de PAsie. C’est de ces dernières qu’on apportait sans doute les écailles fines dont se servaient les anciens, mème avant le temps de

1 Cateshy, Hist. nat. de la Caroline, vol. IH, pag. 59. ? Browne, Hist. gén. de la Jamaïque; Lonüres,1756, p. 468.

* Suivant Dampier, on n'en voit point dans la mer du Sud,

Pline, et que les Romains devaient d’autant plus estimer, qu’elles étaient plus rares et venaient de plus loin; car il semble qu’ils n’attachaient de valeur qu’à ce qui était pour eux le signe d’une plus grande puissance et d’une domination plus étendue.

Le caret n’est point aussi grand que la tortue franche; ses pieds ont également la forme de nageoires, et sont quelquefois garnis chacun de quatre ongles. La saison de sa ponte est communément, dans l'Amérique septentrionale, en mai, juin et juillet; il ne dépose pas ses œufs dans le sable, mais dans un gravier mêlé de petits cailloux : ces œufs sont plus délicats que ceux des autres espèces de tortues, mais sa chair n’est point du tout agréable, elle u a même, dit-on, une forte vertu purgative !; elle cause des vomissements violents ; ceux qui en ont mangé sont bientôt couverts de petites tumeurs, et attaqués d’une fièvre violente, mais qui est une crise salutaire lorsqu’ils ont assez de vigueur pour résister à l’activité du remède. Au reste, Dampier prétend que les bonnes ou mauvaises qualités de la chair de la tortue caret dépendent de l'aliment qu’elle prend, et par conséquent très-souvent du lieu qu’elle habite.

Le caret, quoique plus petit de beaucoup que la tortue: franche , doit avoir plus de force , puisqu'on l’a cru plus méchant; il se défend avec plus d’avantage lorsqu'on cherche à le prendre , et ses morsures sont vives et douloureuses ; sa couverture supérieure est plus bombée , et ses pattes de devant sont, en proportion de sa grandeur , plus longues que celles des autres tortues de mer ; aussi , lorsqu'il a été renversé sur le dos, peut-il, en se balançant ,. s’incliner assez d’un côté ou de l’autre, pour que ses pieds saisissent la terre , qu’il se retourne , et qu’il se remette sur ses quatre pattes. Les belles écailles qui recouvrent sa carapace pèsent ordinairement toutes ensemble de trois à quatre livres ? , et quelquefois même de sept à huit *. On estime le plus celles qui sont épaisses , claires , transparentes , d’un jaune doré , et jaspées de rouge et de blanc, ou d’un brun presque noir “. Lorsqu'on veut les facon-

4 Dampier, tome 1. — ? Idem, ibid.

5 Raï, Synopsis quadrupedum, pag. 258.

4 Mémoires manuscrits, rédigés et communiqués par M, de Fougeroux.

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