‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 73 sur 470 · DE LA RABOTEUSE · texte numérisé non relu

DE LA RABOTEUSE

divisés, sont réunis par une peau couverte de petites écailles, de manière à n’être pas distingués les uns des autres et à ne former qu’une patte épaisse et arrondie, au-devant de laquelle leurs extrémités sont seulement indiquées par les ongles. Ces ongles sont au nombre de cinq dans les pieds de devant et de quatre dans les pieds de derrière; d'assez grandes écailles recouvrent le bas des pattes, et comme elles n’y tiennent que par leur base , et qu’elles sont épaisses et quelquefois arrondies à leur sommet, on les prendrait pour des ongles attachés à divers endroits de la peau. L’individu que nous avons décrit avait dix pouces de long , huit pouces de large et près de quatre pouces d’épaisseur. La couverture supérieure de la tortue géométrique est des plus convexes. Les couleurs dont elle est variée la rendent très-agréable à la vue. Les lames qui revêtent les deux couvertures, et qui sont communément au nombre de treize sur le disque, de vingt-trois sur les bords de la carapace, et de douze sur le plastron , se relèvent en bosse dans leur milieu; elles sont fortement striées, séparées les unes des autres par des espèces de sillons assez profonds, et la plupart hexagones. Leur couleur est noire; leur centre présente une tache jaune à six côtés, d’où partent . plusieurs rayons de la même couleur; elles montrent ainsi une sorte de réseau de couleur jaune, formé de lignes très-distinctes, dessinées sur un fond noir, et ressemblant à des figures géométriques; et c’est de là qu'a été tiré le nom que l’on donne à l'animal. On trouve cette tortue en Asie, à Madagascar, dans l’ile de l’Ascension, d’où elle a été envoyée au Cabinet du Roi, et au cap de Bonne- Espérance, où elle pond depuis douze jusqu'à quinze œufs ‘. Plusieurs tortues géométriques diffèrent de celle que nous venons de décrire , par le nombre et la disposition des rayons jaunes que présentent les écailles, par l'élévation de ces mêmes pièces, par une couleur jaunâtre, plus ou moins uniforme sur le plastron , et par le peu de saillie des lames qui garnissent cette couverture inférieure. Nous ignorons si ces variétés sont constantes ; si elles | dépendent du sexe ou du climat, ete. Quoi qu’il en soit, nous croyons devoir rapporter à quel-

! Note communiquée par M. Bruyère, de la Sociélé royale | de Montpellier.

qu’une de ces variétés, jusqu’à ce que de nouvelles observations fixent les idées à ce sujet, la tortue terrestre appelée Hécate par Browne!. Cette dernière est, suivant ce voyageur, naturelle au continent de l'Amérique, mais cependant très-commune à la Jamaïque où on en porte fréquemment. Sa carapace est épaisse et a Souvent un pied et demi de long : la surface de cette couverture est divisée en hexagones oblongs; des lignes déliées partent de leurs circonférences et s'étendent jusqu’à leurs centres qui sont jaunes.

Nous pensons aussi que cette hécate de Browne, ainsi que la géométrique, sont peutêtre la même espèce que la T'errapène de Dampier. Les Terrapènes de ce navigateur sont beaucoup moins grosses que les tortues qu'il nomme Hécates , et qui sont les terrapènes de Browae, ainsi que nous l’avons dit. Elles ont le dos plus rond, quoique d’ailleurs elles leur ressemblentbeaucoup. Leur carapaceestcomme naturellement taillée, dit ce voyageur, elles aiment les lieux humides et marécageux. On estime leur chair; il s’en trouve beaucoup sur les côtes de l’île des Pins, qui est entre le continent de l'Amérique et celle de Cuba : elles pénètrent dans les forêts, où les chasseurs ont peu de peine à les prendre. Ils les portent à leurs cabanes; et, après leur avoir fait une marque sur la carapace, ils les laissent aller dans les bois, bien assurés de les retrouver à si peu de distance , qu’après un mois de chasse, chacun reconnaît les siennes, et les emporte à Cuba ?, Au reste, nous ne cesserons de le répéter , l’histoire des tortues demande encore un grand nombre d’observations pour être entièrement éclaircie; nous ne pouvons qu’indiquer les places vides, montrer la manière de les remplir, et fixer les points principaux autour desquels il sera aisé d’arranger ce qui reste à découvrir.

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