SYPHILIS FORTES , 17 CAS
SYPHIUS FAIBLES. 26 CAS.
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Un coup d'oeil jeté sur ce tableau sufQt à résumer Ten^
seignement que j'en veux déduire. Il montre la différence essentielle qui existe, quanta leur évolution, entre la vérole forte et la vérole faible. Dans la première, une série de poussées nombreuses et séparées par de courts intervalles ; dans la seconde , un nombre moins considérable de poussées, espacées par de longs intervalles. Ce résultat est acquis à l'histoire empirique de la syphilis : il ne demeurera point stérile pour celui qui saura y chercher un élément de pronostic.
Il résulte aussi de ces chiffres que, lorsqu'on veut apprécier la signification pronostique d'une poussée, lorsqu'on cherche à déterminer ce qu'elle peut faire présager, il ne faut pas considérer exclusivement la nature des accidents en lesquels elle consiste.
Sans doute , la nature des lésions qui constituent une poussée est le meilleur moyen de bien apprécier la gravité de celle-ci. Si à une éruption roséolique pour première poussée, a succédé, pour la seconde, une syphilide squameuse, accompagnée d'onyxis ou d'albuginite , le pronostic est, bien entendu, tout différent de celui que feraient porter des poussées consistant en lésions d'une gravité successivement décroissante. Mais, à côté de l'essence propre à chaque poussée, il ne faut jamais perdre de vue le degré de rapidité avec lequel elles se succèdent, on doit toujours prendre en considération le plus ou moins de temps qui a séparé une poussée de celle précédemment observée. Il se peut, par exemple, qu'une éruption papuleuse survenue au bout de trois mois, soit un présage moins sinistre qu'une simple roséole apparue 25 à 30 jours après la poussée précédente. — Qu'il nous sufQse d'avoir énoncé cette donnée. Le calcul de compensation qu'elle nécessite ne peut se régler d'après des bases fixes : ce sont là de ces tâches qui incombent au praticien et qui mettent au plus haut point
1 i i DE LA SYPHIUS.
en œuvre, pour leur accomplissement, toutes les qualités dont se compose ce qu'on appelle son tact.
Nous connaissons à présent. Messieurs, les signes d'après lesquels on peut présager les divers degrés de la syphilis. Nous savons plus : nous sommes en mesure, appelés à n'importe quelle phase de la maladie, de déterminer où elle en est actuellement de sa marche, de lui tâter le pouls en quelque sorte, de prédire ce que, à un moment donné, elle recèle de menaces ou offre de garanties pour l'avenir.
Il faut maintenant utiliser ces données pronostiques eu vous disant quand... je me trompe, comment, l'art doit intervenir. Car, même lorsqu'il renonce aux spécifiques, le médecin syphiligraphe a toujours quelque chose à faire. En possession de l'hygiène, en présence d'une affection totius substantiœ, est-il jamais autorisé à désanner?
Mais, tel que je le comprends, son office est aussi difficile que varié, aussi complexe qu'important. Dès 1797, l'un des pères de la vérole, Léonicène, émettait cette pensée qu'un poëte lyonnais vient de traduire exprès pour vous :
Du méchant savetier qui voudrait, sans mesure.
Faire entrer tous les pieds dans la même chaussure,
Médecins mes amis, vous offririez les traits,
Si, comme ce butor, dénués de logique,
Vous vouliez, comptant là trouver gloire et succès,
Donner, dans chaque cas, une drogue identique
A tous les malheureux souffrant du mal français !
Léonicène a raison ; et notre doyen est encore aujourd'hui notre meilleur guide. Après 366 ans, on peut répéter, sous foime d'une trop juste critique, ce qu'il énonçait comme simple avertissement : « Cavendum est à medicis ne, more
mali sutoris eodem calceo pedes omnes induere laborantis, ipsi quoque morbum Gallicum eadem in omnibus medicina sanare studeant. »
Cet art de varier, qui n'est autre chose que l'art de pratiquer, je m'efforcerai, Messieurs, de vous en enseigner les principes dans la prochaine séance. Car il est temps qu'on ne fasse plus d'un seul médicament une chaussure à tous pieds; il est temps qu'on apprenne ici à reconnaître, à aider le pouvoir de la nature; que, en syphiligraphie comme partout ailleurs, on consente à poser l'indication selon les cas; il est temps, en un mot, que le spécialiste devienne médecin.
Thérapeutique des syphilis faibles et fortes.
Messieurs,
Quatre malades, quatre syphilitiques vont consulter. b^el^dîf rt
L'un a un chancre ; l'autre une érosion chancriforme ; le ^^^^^^^^^[1 troisième, une roséole de première poussée ; le dernier, une ^^^^ "'®'" éruption squameuse, de récidive.
Leurs médecins ne sont pas moins dissemblables que leur état morbide. L'un d'eux a étudié à Paris; l'autre à l'extrémité opposée de la France.... à Montpellier; le troisième a l'accommodante laxité des doctrines italiennes ; le dernier la précision sévère des méthodes anglaises.
Eh bien! dans les quatre cabinets, je l'affirme, l'arrêt sera le même et la formule identique : « Prenez du mercure. ))
« Mais, à ce prix, docteur, me répondez-vous, au moins, d'une guérison complète ?
— Nullement.
— Et que ferai -je si la maladie revient?
— Vous reviendrez.
— Et que prendrons-nous alors, après le mercure ?
— Nous y reviendrons. »
Or, Messieurs, comment un pareil dialogue a-t-il pu devenir la langue médicale courante ? comment le mercure s'est-il accrédité?
Il guérit certaines lésions syphilitiques; et celles qu'il a le privilège de guérir sont justement les plus graves de toutes. C'est là un hommage bien mérité, que- je me plais à lui rendre.
Or, les anciens médecins n'ayant pas en leur pouvoir d'autre agent curatif; — craignant, dans toute syphilis, de voir apparaître, à toute échéance, toutes les lésions possibles; — ignorant que plusieurs de ces lésions guérissent spontanément... les anciens médecins, dis-je, s'habituèrent vite à juger le mercure nécessaire dans tous les cas. C'est ainsi qu'il s'imposa. Moitié frayeur de l'avenir, moitié reconnaissance de quelques services rendus, n'est-ce pas là la double racine de toute tyrannie?
On crut donc le mercure indispensable contre toutes les lésions syphilitiques; on l'administra dans tous les cas. Et comme, pendant ce temps, la syphilis guérissait, on s'accoutuma à le réputer spécifique indispensable.
Nous avons tous été élevés dans cette croyance. Messieurs, tous nous ordonnons le mercure. Comme la religion, pour plusieurs d'entre nous, c'est une habitude congéniale, que nous continuons sans la raisonner. Ainsi qu'au xvi* siècle, tous nos malades passent par la casserole^ dont, nous qui tenons le manche, nous sommes obligés, pour les y re-
tenir, de leur répéter : « Hors de la casserole, point de salut I »
Et pourtant. Messieurs, c'est un étrange remède que celui dont le nom seul soulève, d'instinct, l'horreur, la répulsion universelles;
Que celui qui ne serait jamais accepté, s'il n'avait soin de se déguiser, par exemple, sous le pseudonyme d'Aydrargyre;
Que celui qui, de peur d'accidents trop probables, ne marche jamais sans ses deux fidèles satellites, sans ses deux correctifs aussi peu infaillibles que peu inoffensifs, les chlorates et l'opium ;
Que celui qu'un médecin prudent n'ordonnera jamais sans écrire, à la suite : « s'il fait du mal, soyez attentif et prompt à en suspendre l'emploi. »
A un autre point de vue, jugé a priori et par analogie, c'est un singulier spécifique que celui qui, si l'on en croit ses partisans, est nécessaire et efficace indistinctement dans n'importe quel cas... Eh quoi 1 tandis que les vrais spécifiques, le quinquina, lecopahu ont leurs contre-indications, leur moment opportun, leur insuffisance et parfois leur inutilité reconnues, le mercure, au contraire, guérirait toutes les formes, toutes les phases, tous les degrés de la syphilis! Et il n'y aurait aucune forme, aucune phase, aucun degré qui pût guérir sans lui !!....
Dès le XVI» siècle, ainsi que nous le verrons tout à l'heure, des médecins autorisés, ceux que nous appelons avec un juste orgueil les Pères de la vérolSj avaient donné le signal de la réaction contre cette foi aveugle. — Il y a quarante ans, Broussais releva le drapeau de l'opposition. Mais comme, pour preuves de l'inutilité du mercure, il produisait des guérisons spontanées de chancrelles et de blennorrhagies; comme surtout il ne voulait détrôner le mercure que pour
lui substituer les saignées et la diète, sa réforme n'obtint ni auprès des savants, ni auprès des praticiens plus de faveur qu'elle n'en méritait. — De nos jours, un mouvement mieux raisonné se prononce dans le même sens; et la littérature anglaise et allemande qui nous en apporte à chaque instant les marques les plus irrécusables, enlève à mon entreprise le caractère d'innovation ou de paradoxe, qui pourrait vous tenir en défiance.
Toutefois, le mercure, parmi nous, règne encore en souverain. Et ce ne sont pas les malades qui seuls ont à souffrir de cette autocratie. Est-il, je vous le demande, rien de plus digne de pitié que le sort du jeune médecin à qui ses maîtres ont enseigné l'infaillibilité du mercure, et qui, tous les jours constate dans sa pratique des récidives de syphilis ! Messieurs, nous avons tous passé, tous vous passerez par cette série fatale d'illusions, de mécomptes et de doutes. Chacun de vos malades aggravera le poids de la responsabilité qui vous attend. Mais combien ne vous paraît-elle pas plus lourde, quand, parmi les confrères autorisés à qui votre perplexité va demander conseil, aucun ne manque de vous répondre : a Moi ! mais je guéris radicalement tous mes syphilitiques par le mercure ! »
C'est là, croyez-le, c'est, surtout pour le médecin d'hôpital, une situation déplorable. Lorsque, il y a vingt ans, je pris le service de l'Antiquaille, je voyais, — comme j'ai vu depuis, — la plupart de mes malades, quoique scrupuleusement et longuement mercurialisés, offrir dés récidives. Dans ma candeur, je me croyais seul coupable ; je me figurais avoir mal observé les règles de la thérapeutique. Alors vous m'eussiez vu, en conséquence, varier la préparation pharmaceutique, changer la voie d'absorption, augmenter soit la dose quotidienne, soit la durée totale du traitement;
itôt me préoccuper d'obtenir une tolérance parfaite des
voies digestives ainsi que des gencives, tantôt aller jusqu'à provoquer intentionnellement, comme critérium, un léger degré de stomatite, recourir aux plus fameuses tisanes^ aux sudations, à l'or, à l'argent, voire au platine... Toujours même résultat, toujours des récidives.
Dans mon découragement, je demandais avis à tous mes collègues. Il en est un surtout, souverainement bon, proverbialement honnête, qui avait le privilège de mes confidences; j'ai nommé le cher et vénéré docteur Bottex. Il n'était pas de semaine, où, gravissant avec lui la rude montée de l'Antiquaille, je ne profitasse des moments où il reprenait haleine, pour lui poser mon éternelle question I... Hélas I comme les autres, c'était la même réponse :
«Moil... je les guéris tous sans récidives, pourvu qu'ils prennent exactement la dose prescrite de liqueur de Van Swieten. »
Sur nouveaux frais, j'interrogeais, je me faisais soigneusement renseigner; je m'enquérais du modus faciendi^ des doses, du régime, de la durée des adjuvants; puis, je me remettais à l'œuvre... et, comme devant, la récidive était la règle, la cure radicale l'exception (1).
C'est pour avoir moi-même traversé ces épreuves, Messieurs, que je veux vous les épargner par une confession
(4) Il arrive fort souvent ceci : Le traitement, fait avec le bi-chlornre, par exemple, a laissé venir une récidive : on donne alors le proto-iodure. Même effet, c'est-à-dire nouvelle récidive : on administre alors le cyanure... Et ainsi de suite, jusqu'à ce que, à force de varier, — ce qui ne peut se faire sans employer un peu de temps, — la maladie finisse par s'éteindre. — Et le dernier traitant, de triompher de ses prédécesseurs, de répéter avec orgueil : « C'est moi qui suis le vrai praticien ; moi seul, j'ai su démêler l'indication, approprier la forme médicamenteuse à l'individualité morbide! » Triomphe éphémère, que le premier cas rabaissera, dès le lendemain, sous les fourches caudines de la loi commune, de la loi des récidives.
ft*aucbe et sincère. Voyons donc de près ce grave problème, si mal posé, si peu résolu jusqu'ici, de la cure spontanée de la vérole.
eifgîîériî La syphilis guérit quelquefois spontanément sans le Mce^^eUe sccours dcs spécifiqucs. Cela me paraît démontré; j'en
it une intoxi-
ition . non donnerai tout à Theure les preuves de fait les plus incon-
ne diathèse.
testables. Mais avant de prouver qu'elle guérit^ peut-être n'est- il pas inopportun de prouver qu'elle peu( guérir. Pardonnez-moi, Messieurs, ce que vos esprits positifs appelleront, je le crains, une digression superflue. Elle n'est pas pour tout le monde aussi oiseuse que, ici, à f école pratique^ on doit le penser.
La syphilis peut guérir spontanément, parce qu'elle est non pas une diathèse (ainsi qu'on le répète, partout), mais bien une intoxication ; et parce que toute intoxication guérit d'elle-même à la condition que l'organisme ait assez de force et qu'on lui laisse assez de temps pour éliminer le poison.
Je dis que la syphilis n'est pas une diathèse. Voici par quels caractères fondamentaux elle diflère de cette classe de maladies, dont je crois pouvoir vous donner, comme exemples-types, la dartre et le rhumatisme.
A. Une diathèse peut naître spontanément ( s'il est quelque chose de spontané dans la nature). — La syphilis, à notre époque, ne résulte jamais que d'une transmission d'individu à individu.
B. Une diathèse ne peut pas être reproduite à volonté sur un sujet quelconque. De cinquante soldats qui subissent les intempéries du campement, à peine dix prendrout-ils un rhumatisme. De vingt épiciers qui manient leurs denrées et leurs drogues , quatre ou cinq tout au plus seront dartreux. D'ailleurs, pour contracter ce genre de maladies, il
faut des conditions de choix, une prédisposition; ce qui justifie parfaitement leur nom de diathèse. Il serait impossible de rendre à volonté un individu rhumatisant ; et pour mon compte personnel, je défie bien qu'on me fasse dartreux. — Au contraire, nous sommes tous passibles de la syphilis; nul n'en affronte impunément la cause. A l'incrédule qui le nierait , rien ne serait plus facile que de donner, hic et ntmc, avec la lancette, un démenti dont sa santé et ses convictions recevraient une égale atteinte. En un mot Végalité devant la vérole est une des conquêtes les moins contestées de la syphiligraphie moderne. Et si, comme l'enseigne encore un de vos maîtres aimés, « une prédisposition est nécessaire pour la prendre, » il est positif, — ainsi qu'il l'avoue ingénument lui-même, — « que cette prédisposition existe, et sans exception aucune, chez tous les hommes. »
C. Une diathèse est héréditaire, mais elle l'est à sa manière. « Que transmettent les parents dartreux, rhumatisants? » dit avec raison M. Dechambre. « Ils transmettent, répond-il, non pas directement l'un ou l'autre des états morbides qu'ils portent eux-mêmes, mais seulement une certaine disposition organique qui prédestine leurs enfants à la dartre, au rhumatisme, le plus souvent pour une époque déterminée de la vie^ celle qui avait été fatale aux parents eux-mêmes. » — « Que transmettent les syphilitiques, continue le même nosographe? — Réellement et immédiatement la maladie dont ils sont atteints. Ce n'est jamais à un âge plus ou moins avancé, mais toujours dans les premières semaines de la vie extra-utérine que se développent les accidents sur le nouveau-né (1). » — La propaga-
(1) L'action de la vie, Texercice des fonctions sert ordinairement à provoquer les manifestations syphilitiques héréditaires. Mais ce n'est pas là, tant s'en faut, une condition indispensable pour qu'elles sur-
tion de la syphilis des parents aux enfants n'est donc qu'une sorte de contagion, que l'un des procédés decemodepathogénique. « Elle ne constitue pas, dit encore M. Dechambre, elle ne constitue pas plus l'hérédité proprement dite, que l'empoisonnement du fœtus par l'injection de la noix vomique dans les veines de la mère ne constitue l'hérédité des comiilsions tétaniques. » — Enfin, dernier trait différentiel, la transmission de la syphilis dans ce cas est tellement peu l'analogue de V hérédité morbide^ — telle que cette propriété est connue, — que le mal, ceci est parfaitement avéré, peut passer noa-seulement de la mère au fœtus, mais aussi du fœtus à la mère.
D. Une diathèse engendre des lésions non contagieuses. — Celles de la syphilis sont justement remarquables et dangereuses par la propriété inverse.
E. Une diathèse, quand elle a envahi l'organisme, ne l'abandonne que très-exceptionnellement d'une manière définitive. — Pour la s^^philis, la guérison est la règle; l'incurabilité une exception.
F. Enfin, — pour abréger, — les manifestations des diathèses n'attaquent ordinairement qu'un système de tissus organiques; elles ont une gravité progressive, et il est quelquefois dangereux de les supprimer. — Au contraire, la syphilis attaque tous les tissus, tous les organes; quand elle est, au point de vue hygiénique, bien traitée, ses manifestations vont en diminuant d'intensité ; et nulle crainte de répercussion ne doit empêcher de chercher à en provoquer
viennent. Rondelet, Doublet, Gilbert, Guérard, Landman, A. Cooper ont vu des nouveau-nés venir au monde avec des lésions syphilitiques manifestes. Ceci seul suffit à prouver que, dans ses rapports avec sa mère syphilitique, le fœtus ne puise pas seulement une prédisposition à la syphilis, mais bien la syphilis môme.
la disparition aussi prompte que possible par le traitement local.
Je termine cette digression, Messieurs, en répétant comme conclusion ce que je disais comme énoncé : la syphilis est une intoxication ; donc elle est spontanément curable.
Mais cette possibilité a-t-elle reçu la sanction de Texpé- ,eciS%?^iâ rience? existe-t-il des cas de syphilis guérie, complètement S^Vu^sy" guérie, sans Tintervention des spécifiques mercuriels? '*^*"'*
Cette question est déjà résolue par l'affirmative, pour la plupart des médecins suffisamment expérimentés et sincères. Il n'en est aucun qui n'ait eu occasion de voir des sujets atteints autrefois de vérole et qui se présentent dans son cabinet entièrement guéris, quoique s'étant passés de traitement, ou l'ayant exécuté avec une négligence qui équivaut à l'omission. On interroge ces malades ; à leurs réponses on reconnaît, à n'en pas douter, qu'ils ont été atteints de véritables symptômes constitutionnels : et il est aussi impossible de leur contester leur qualité d'ex-syphitiquesque leur brevet de parfaite santé actuelle. Moi-même, Messieurs, je vous ai, dans mes deux premières leçons, cité plusieurs faits de ce genre.
Mais il faut apporter à l'élucidation de ce point capital des éléments positifs; des preuves directes. J'en ai, je puis dire, les mains pleines : et j'ose espérer que vous ne trouverez pas la rigueur de la démonstration au-dessous de l'importance du problème.
Depuis le mois de mars 1855, j'ai traité sans mercure un grand nombre de cas de syphilis. Mais sur ce nombre, au moment de l'employer à la démonstration présente, il m'a fallu faire un choix.
J'ai dû éliminer d'abord ceux de mes malades à qui, soit par nécessité reconnue ultérieurement, soit sur l'ordre
156 DE LA SYPHIUS.
d'autres confrères intervenus dans le cours du traitement, une certaine quantité de mercure a été administrée.
Je n'ai pas non plus voulu faire figurer ici de nombreuses guérisons que je crois solides, mais qui sont trop récentes encore, pour avoir sufflsamment subi Tépreuve décisive et indispensable du temps.
Plusieurs enfin se sont éliminés eux-mêmes : ce sont les malades qui ont guéri, que j*ai toute raison de croire aujourd'hui bien portants, mais que je n'ai plus eu occasion de revoir. J*ai renoncé à user d'un procédé trop commode pour n'être pas très-répandu, lequel, pour certains médecins, consiste à compter comme guéri tout client qui n'est pas revenu les consulter dans un délai de... !
Or, ces légitimes défalcations faites, il me reste un total de dix-huit syphilitiques traités sans mercure, complètement guéris, et dont la guérison (datant, pour quelquesuns, d'une époque antérieure à 1855) remonte
pour trois à 3 ans et demi,
pour trois à 4 ans,
pour quatre. . . . à 4 ans et demi,
pour trois à 5 ans,
pour un à 5 ans et demi,
pour un à 6 ans,
pour un à 8 ans ,
pour un à 9 ans ,
pour un à 16 ans.
(ce temps est compté à partir de la disparition du dernier accident syphilitique observé, jusqu'au dernier jour où j'ai revu l'ex-malade).
Ces dix-huit observations seront, pour la plupart, rapportées avec tous les détails nécessaires (1).
(h ) Voyez Note 3.
î} est donc prouvé qu'on peut guérir la syphilis sans . Légiumiié
Q6S CSSftlS uO
mercure. ^^^^^ sponta-
née de la sy-
Mais vaut-il mieux tenter cette cure -là? Le praticien p^"*'* consciencieux est-il en droit de refuser ou de différer, de propos délibéré, l'administration du mercure à un sujet chez qui il a reconnu l'existence de la syphilis?
La question est grave, Messieurs. Pour être autorisé à la résoudre par l'affirmative, il faut avoir établi les quatre propositions suivantes :
r Que l'emploi du mercure a, par lui-même, des inconvénients sérieux ;
T Que le traitement mercurîel laisse se développer, laisse revenir, laisse persister les lésions syphilitiques ;
3" Que le médecin peut discerner suffisamment à temps les cas de syphilis qui sont susceptibles de guérir sans mercure, d'avec ceux qui en réclament l'emploi ;
4** Que si le médecin a erré dans ce diagnostic prévisionnel , il ne résultera pas, de l'ajournement du mercure, un danger pour le malade.
Reprenons et démontrons ces quatre propositions.
1* Inconvénients du traitement mercuriel. — La défiance Nocuité du
mercure.
que soulève ce métal ne date pas d'hier : elle est aussi ancienne que générale. Dès l'année 1532, Massa avait à examiner les raisons de ceux qui prétendaient que le mercure attaque les nerfs, nocet nervis ; et il est obligé de concéder qu'il ne faut l'ordonner qu'après avoir bien pesé s'il fera plus de bien que de mal, an sit majus juvamentum quàm nocumentum. C'est dans ce cas seulement qu'il en autorise l'emploi.
Montanus déclare qu'il n'y a rien de pire pour les véroles que de leur donner, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur, sous forme d'onguent ou de fumigation, de l'argent vif. Et testor Deum, dit-il, joignant l'exemple au précepte, aderatque
excellentissimus Fracastorius^ ex inunciione mercurii statim quemdam incidisse in epilepsiam^ et vix potuit curari ab eâ^ et nullam causam habuit nisieamoccasionem.
£n vain, les protestations et les explications se multiplièrent-elles pour dissiper cette horreur du mercure, que Brassarole avoue être, de son temps, universelle. En vain, ajoute-t-il : inunctio salutaris est, à Diis potius quam ab hominibus inventa. Déjà nous voyons la défiance que ce métal inspirait aux médecins consciencieux se traduire par deux signes où notre doctrine a trouvé avec orgueil ses parchemins.
Benedictus, ce professeur émérite qui n'a écrit son Traité qu'à rage de soixante-dix ans, ne recommande que comme troisième ressource les frictions mercurielles, qu'un médecin prudent, dit-il, ne doit jamais employer qu'avec frayeur et précaution, nisi cum timoré et cautelâj « nam haec tertia cura, conclut-il, est satis mendax, fallaxque et periculosa.»
Enfin Vigo, encore plus positif, a pour méthode générale de traiter la maladie un an par des remèdes simples non mercuriels. Si, à ce terme,- elle a résisté au temps et à ces remèdes, alors on la déclare morbum gallicum confirmalunif et alors seulement on la traite par les frictions mercurielles. — Cette sage recommandation édictée par Vigo ne semble-t-elle pas résonner encore à nos oreilles, puisque après plusde trois siècles, aucun pharmacien ne se permet d'ajouter de mercure à l'emplâtre qui porte son nom, si le médecin ne lui en a pas fait l'injonction formelle par les mots sacramentels : Vigo cum mercurio !
Mais examinons le traitement mercuriel tel qu'il s'ordonne et se pratique de nos jours, avec tous ses perfectionnements qui , veuillez le remarquer, ont surtout été faits en vue de le rendre moins dangereux.
La somme de nos griefs et de ses méfaits n'a pas besoin d'être exagérée. Je ne renouvellerai donc pas contre lui la vieille imputation calomnieuse qui lui. attribuait tous les accidents de la syphilis. Je ne crois pas non plus, avec les Allemands (et bien que Virchow ait trouvé deux fois, et Hyrtl trois fois du mercure dans le tissu osseux d'un squelette), que ce métal produise la carie. Je m'inscris enfin contre cette pensée du docteur Milton, qui met à la charge du mercure la céphalée par laquelle se marque le début de l'évolution syphilitique.
Non, le mercure ne produit ni la céphalée, ni l'alopécie, ainsi que le vulgaire s'obstine à le croire. Mais il est certain qu'il peut, donné inopportunément ou à trop haute dose, augmenter ces accidents. Car vous vous rappelez qu'ils dépendent de la chloro-anémie, qu'ils sont un effet de la déglobulinisation du sang. Or, en pareil cas, n'est-ce pas à une aggravation qu'on doit s'attendre par l'efiTet d'un médicament altérant, qui appartient à la classe des antiplastiques? De plus, par son action irritante sur le canal intestinal , le mercure contribue très-souvent à entraver la nutrition en rendant la digestion imparfaite.
Cette débilitation générale éclate quelquefois par une sorte de contre - épreuve plus manifeste que la preuve même. Un individu a la syphilis et en même temps il prend du mercure. S'il se plaint de se sentir plus faible, de manquer de forces, d'éprouver une certaine dépression intellectuelle, vous ne savez, le plus souvent, pour quelle part la maladie contribue à produire cet état, et pour quelle part y contribue le médicament. Mais suspendez le dernier, et parfois vous serez surpris du résultat. — Un brave jeune homme, qui avait été mercurialisé à l'excès et mis au régime par deux médecins de Grenoble, ne guérissait pas et maigrissait à vue d'œil. Je ûs cesser l'hydrargyre ainsi que
les gratins ; et au bout d'un mois notre ami avait repris la belle et prospère apparence qu'on se plaît tant à lui voir aujourd'hui. — En |U)ût 1857, un chef de cuisine était traité pour des plaques muqueuses persistantes des amygdales, par mon cher et savant collègue et ami le docteur Potton, ex-médecin de TAntiquaille. Il prenait depuis deux mois du proto-iodure de mercure à doses très-rationnelles, trèsmodérées; mais la guérison se faisant attendre, j'eus à lui donner un conseil. Sans le désapprouver le moins du monde, je fis, par essai, suspendre l'emploi des pilules. Huit jours après, il revenait me voir : a Je me sens renaître, s'écria-t-il en entrant; depuis que je ne prends plus de remèdes, mes forces reviennent de jour en jour. »
Une autorité imposante confirme cette opinion. Ricord place l'influence de traitements mercuriels emtérieurs parmi les causes qui peuvent imprimer au chancre la déviation phagédénique. Le mercure a donc, selon notre maître, uue influence réelle sur la constitution; et cette influence, bien entendu, ne peut être que débilitante.
piyaUsrae L'effet du mercurc sur la muqueuse buccale est bien connu : mais c'est à tort qu'on se flatte de le prévenir ou de le maîtriser à coup sûr par la modération des doses, par la suppression du remède en cas d'accident, et par l'emploi (même prophylactique) des chlorates alcalins. Et ici, Messieurs, je ne fais pas allusion à ces salivations atroces, qu'on recherchait autrefois comme un critérium de l'efficacité du remède, que nous redoutons tous, et dont cependant chacun de nous a, malgré toutes les précautions, observé dans sa propre pratique quelques cas. Ces exemples sont rares ; ils ne doivent pas entrer ici en ligne de compte. Je veux seulement parler de ces érosions ulcéreuses, attaquant le bord libre des gencives, déchaussant les dents, et
donnant à la bouche une disgrâce non moins perceptible par Todorat que par la vue. Eh bien 1 cet état est souvent, très-souvent, le résultat de doses très-usuelles, trèsmédicales, de mercure. Il s'observe à la suite des traitements les plus rationnels, en dépit de l'avis donné et exécuté de cesser le remède aussitôt qu'il fatigue les gencives. On sait le soulager sans doute, on parvient à l'atténuer, on finit par le guérir; mais, sur beaucoup de sujets, on ne le guérit qu'à la longue. Et l'habitude de la fluxion étant prise, elle persiste et reproduit parfois, pendant plusieurs années, d'incessantes exaspérations d'un mouvement morbide dont d'ailleurs, dans l'intervalle, les effets apparents ne se dissipent jamais d'une manière tout à fait complète.
L'action nuisible du mercure sur les voies digestives '^y'P^^P»'®n'est pas moins évidente. Mais, à Tinverse de la stomatite, ici ce sont des accidents assez légers qui s'observent le plus fréquemment. Qu'un homme qui se mercurialise éprouve incidemment de la diarrhée, de la pesanteur à l'épigastre, un peu d'inappétence, voire quelques nausées ou vomissements, je suis trop juste pour en faire un crime au mercure; car, à ce compte, il faudrait aussi nous priver des services de l'émétique à haute dose, du copahu, et même du fer.
Mais ce que je signale, ce que je déplore, ce que je dois enregistrer comme conséquence de la médication mercurielle, ce sont les cas de dyspepsie, de dyspepsie prononcée et durable, qui se produisent quelquefois sous son influence. Cet accident ne me préoccupe pas tant par sa fréquence que par la difficulté ou l'impossibilité de le prévenir. Ainsi un malade prend des pilules de Dupuytren ou de
Ricord ; il les supporte moyennement bien. Pour les rendre
plus tolérables, vous usez des divers moyens en usage ; vous discontinuez, de temps en temps, le remède; vous y associez Topium ; vous administrez, après la pilule, une tasse de boisson émoUiente; vous éloignez l'heure des repas; vous réglez le régime alimentaire ; votre surveillance s'étend même jusqu'au choix du pharmacien. Bref, tant de soins paraissent avoir leur récompense : malgré quelques incommodités légères (auxquelles d'ailleurs le médecin doit bien s'attendre dès qu'il a écrit le mot mercure)^ tout marche à peu près bien ; et vous persistez, avec raison, à préférer l'ingestion du remède par la bouche à une autre voie d'absorption plus innocente mais moins efficace. Mais, bientôt, ce qui n'était qu'un accident passager devient l'état habituel; les digestions sont laborieuses, la barre ou le poids épigastrique, après le repas, constant; certains aliments indigèrent ; la constipation, les éructations, l'inappétence ou une sorte de faim vorace complètent l'ensemble pathologique. Peu à peu l'amaigrissement se prononce, le moral est frappé d'une mélancolie ou d'une irascibilité anormales, en d'autres termes, la dyspepsie est confirmée : elle a marché, malgré la suppression immédiate du mercure, en dépit de tous vos soins.
Cinq malades de ma clientèle, que j'ai pu observer dans l'espace de trois ans, m'ont fourni les traits de ce tableau. Conduits, sous le rapport des doses, avec toute la prudence, tous les ménagements possibles, ils ont offert les symptômes graves et variés que la dyspepsie engendre. L'un d'eux, chef d'institution, avait pris, quoique maigrissant néanmoins, une boulimie telle que les quatre repas de ses jeunes élèves avaient, pour l'heure des siens, des intervalles trop éloignés. Un second était devenu tellement faible qu'une angoisse précordiale constante et de fréquentes lypotymies prouvaient l'insuffisance extrême de la nutrition. Aux plus heu-
ment.
reux il a fallu deux ans , une ou deux saisons de Vichy, et les soins diététiques les mieux ménagés pour se remettre de cette atteinte. Les autres en souffrent encore, ils m'ont, bien entendu, retiré leur confiance ; et ils ne me rencontrent jamais sans que leur regard m'apprenne ce que nous devons, eux et moi, de reconnaissance au remède qui a créé entre nous de tels rapports.
Les lésions de l'appareil de l'innervation, qu'un préjugé invincible attribue au mercure, sont nombreuses et variées.
Plusieurs, sans doute, sont ou chimériques ou dues à d'au- Trembifltrès causes. Mais il en est une, au moins, dont cet agent est certainement responsable : c'est le tremblement nerveux. Cet état, je l'ai noté plusieurs fois, développé sous mes yeux, à la suite de l'administration modérée du remède, faite soit par moi, soit par des confrères. Un docteur de mes amis, qui avait gagné la vérole en accouchant une femme syphilitique, voulut, pour épargner les voies digestives, user du mercure à l'extérieur. Dès la troisième friction^ il sentit une trémulation involontaire des mains, manifeste surtout en écrivant. Suspendant aussitôt la médication, il mit fin à cet accident..., et à la maladie, qui, sous ma direction, a guéri sans qu'il ait eu besoin de revenir aux mercuriaux. — Un monsieur, âgé de 49 ans, client de mon excellent et si aimable ami, le docteur Yvaren, avait gagné, à un traitement mercuriel, d'ailleurs aussi indispensable que modéré, un tremblement, tel que, à chaque instant, écrivant sous mes yeux, il faisait, par exemple, un p pour un 6. — Je pourrais citer plusieurs autres cas beaucoup plus graves, entre autres, celui d'un pauvre clerc de notaire, dont vous n'entendrez pas, sans intérêt, la triste histoire :
Un confrère très-expérimenté, de Paris, M. le docteur
Laiiglebcrt, lui avait ordonné, le 18 juillet 1857, 5 centigrammes de proto-iodure de mercure par jour, pour une syphilis datant d'un mois, et que je m'étais d'abord, moi, cru autorisé à traiter sans mercure. Il continua le protoiodure jusqu'au 9 septembre, jour où un peu de salivation m'engagea à le suspendre. — Il le reprit le 15 septembre, mais le 20 de ce même mois , il commença à sentir (je lui laisse la parole telle qu'il la prit dans mon cabinet, le 23), à sentir « des fourmillements par tout le CDrps, plus prononcés aux épaules, aux genoux, sur les côtés de la poitrine, aigus surtout dans les doigts, accompagnés d'un sentiment de raideur et de crampes, tel qu'il n'est plus complètement maître de ses mouvements pour écrire (ce qui l'a obligé de cesser ses occupations), ni pour boutonner ses habits. » D'ailleurs, appétit et sommeil normaux, pas de fièvre, aucun désordre intellectuel.
Malgré tous mes soins, et les traitements les plus variés, auxquels le malade se prêtait avec empressement afin de pouvoir reprendre son travail, le tremblement a duré plus de deux mois chez ce jeune homme, médiocrement constitué, il est vrai, un peu lymphatique, mais sans aucune apparence morbide. Le 18 novembre, il me disait encore que, lorsqu'il écrivait un peu longtemps, sa main devenait agitée et lui refusait le service. — Quant à la syphilis, elle ne reparut plus que sous forme de quelques plaques muqueuses amygdaliennes et anales, et de plaques lichénoïdes du gland. — Le mercure, bien entendu, n'a pas été recommencé, et j'ai revu, pour la dernière fois, ce malade parfaitement guéri, le 12 février 1859.
Accidents Démêler ce qui, dans la production de ces accidents, tient
apoplecti-
fonnes. à la sypliilis et ce qui tient aux spécifiques, est une œuvre aussi difficile qu'importante. Comme elle nécessite des dé-
veloppements étendus, des citations complètes, permettezmoi d'en renvoyer Texposé à une autre place (1).
Ici nous ne pouvons pas, — j'oserai dire : nous ne vou- ^j^JJ^jj* " drions pas^ — arriver à la certitude. Aussi me contenteraije d'un résumé très-succinct des faits de cet ordre qui ont passetsous mes yeux, vous laissant le soin de prononcer sur le rapport soit de coïncidence, soit de causalité, qui a pu unir le désordre cérébral à l'administration du spécifique. Deux obstacles empêcheront longtemps d'obtenir, sur ce sujet, une solution positive. Ainsi d'abord, on voit sans doute beaucoup d'individus devenir fous pendant ou après l'usage médical du mercure. Mais y a-t-il plus de fous sur un nombre donné de gens mercurialisés que sur le même nombre de gens non mercurialisés? Tant qu'une statistique précise n'aura pas répondu à cette question, les partisans du mercure seront en droit de soutenir que cet agent ne préserve certes pas de la folie, mais qu'il n'y dispose point.
En second lieu, il est rare qu'un individu prenne du mercure sans avoir la vérole. S'il devient fou, lequel des deux, le mal ou le remède, est-il juste d'accuser?... Autre question, autre cause d'obscurité, encore plus difQcile, presque impossible à élucider.
Je pourrais néanmoins citer un cas, mais un seul, où l'influence de la syphilis fut nulle. Vers le milieu de 1856, un étudiant en médecine, à Montpellier, eut deux blennorrhagies, puis une chancrelle. Se croyant syphilitique, il fut très-longtemps (aussi longtemps que les blennorrhagies durèrent) traité par les pilules de Dupuytren et la liqueur de Van Swieten ; — le seul fou, ou le plus fou, fut-il ici le client? — En novembre 1857, revenu à Lyon, ce jeune homme, dont
(4 ) Voyez Note 4.
la famille ne présente aucun antécédent de ce genre, offrit une morosité et une diminution de mémoire que ses camarades commencèrent à remarquer. Ces accidents allèrent en augmentant. Il quitta de nouveau Lyon, éprouva des accidents aigus, qu'on déguisa sous le nom de fièvre cérébrale, tomba dans une lùanie continue, et alla mourir dans un établissement spécial.
Grâce au progrès des saines doctrines, nous avons bien rarement aujourd'hui l'occasion d'observer des exemples où, comme ici, le mercure ait seul pu agir, la syphilis étant absente. Mais quand j'ai vu la perturbation mentale frapper parmi des sujets syphilitiques et mercurialisés, J'ai remarqué qu'elle choisit plutôt celui qui a pris beaucoup de mercure que celui qui a une syphilis grave. Je l'ai vu sévir, de préférence, chez les individus qui poursuivent le rêve de Vextinction radicale de la diathèse, et croient le réaliser par des doses soit considérables, soit prolongées outre mesure. Je l'ai constatée encore chez les gens, assez peu malades, qui, n'ayant que des lésions réfractaires à l'influence curative du traitement interne seul (des plaques muqueuses buccales, par exemple), exagèrent ce traitement, ignorant son impuissance pour ce cas, et s'obstinent à vouloir obtenir de la saturation mercurielle la guérison qu'une ou deux applications d'un caustique quelconque leur donneraient en douze ou quinze jours.
J'ai pu observer, dans ma pratique spéciale, toutes les variétés, tous les degrés de l'aliénation mentale. Les uns bizarres, étourdis, vaniteux, insouciants, ayant perdu le goût du travail et l'aptitude à s'y livrer, appartiennent tout uniment à la grande classe des toqués ; ils dissipent follement leur fortune, étonnent leurs amis, inquiètent leur famille. « Il a mal tourné, » répète-t-on; et tout est dit, sans que nul autre que le médecin ait connu la vraie cause.
D'autres présentent un appareil pathologique plus sérieux, nosographiquement mieux classé, et c'est parmi ceux-là que je vais voias citer quelques-uns des exemples que je possède.
En 1854, je soignais un jeune homme blond, pour quelques impétigos tenaces du cuir chevelu. Sur sa demande expresse, et quoiqu'il n'eût pas d'autres symptômes, je le mercurialisai, et si fortement (outrepassa-t-il, à mon insu, les prescriptions ?) que, à la suite de plusieurs stomatites, la couronne d'une de ses molaires devint friable et tomba. Ce jeune homme, dont le caractère était remarquablement froid et positif, devint hypochondriaque, eut des hallucinations, recherchant la solitude, fuyant ses amis. Il ne se préoccupait plus de sa syphilis, mais me disait sans cesse qu'il se sentait devenir fou. Il partit pour son pays, m'écrivit plusieurs lettres empreintes d'un trouble psychique croissant; puis, j'ai cessé d'avoir de ses nouvelles.
Un autre jeune homme, d'excellente et très-saine famille, prit du mercure pour une vérole dont il s'obstinait à ne pas se croire guéri, bien qu'il n'en eût plus aucun symptôme. On le vit d'abord offrir des inégalités d'humeur, puis des excentricités de plus en plus étranges, puis de véritables hallucinations. Une mouche ne se posait pas sur son nez, on ne lui remettait pas dans la rue un simple prospectus d'habillements^ sans qu'il demandât tout haut pourquoi ses ennemis le persécutaient à ce point... Mort parfaitement fou- Un négociant de Ghambéry avait eu, soit dans sa ville natale, soit à Paris, plusieurs maladies vénériennes. Pressé de reprendre le cours de ses plaisirs, il s'en faisait guérir le plus vite possible; mais une fois l'accident local disparu, il se mercurialisait largement pour détruire le virus. — A l'âge de 32 ans, il olfrit les signes les plus irrécusables de
168 DE LA SYPHIUS.
la manie orgueilleuse, tomba finalement dans la démence, dont nous le \îmes atteint lorsqu'il dut être placé dans notre établissement-modèle de Lyon, chez le docteur Binet.
Tout le monde a connu la fin déplorable d'un membre du barreau, mort fou dans le même asile. Mais ce qu'on ignore, c'est que ce malheureux , voulant en vue d'un mariage prochain se guérir de plaques flssuraires récidivantes des bords de la langue, avait, on peut le dire, pris du mercure dans tous les cabinets et dans toutes les officines. Ricord, mon camarade le docteur Gromier et moi, nous avions été alternativement consultés par ce client intrépide, qui avait bien soin de cacher à chacun de nous l'ordonnance de son confrère, et qui semblait n'avoir qu'un but, se faire prescrire le plus de mercure possible.
De ces tristes histoires faut-il conclure que l'emploi du mercure engendre l'aliénation mentale?... Le crussé-je, c'est à peine si j'oserais le dire. Volontairement, j'ajourne donc jusqu'à plus ample informé toute conclusion précise. L'enquête est ouverte : à vous, Messieurs, de la poursuivre. Observez, sans parti pris, sans préjugés ni pour ni contre. Ne provoquez pas les faits surtout; sachez les attendre. Et je me trompe fort si votre expérience ne finit pas par vous enseigner, à l'égard du mercure, la devise qui me sert de règle de conduite : « Pas d'abstention systématique , mais circonspection prudente. »
objpciion. Tout homme qui, sur des questions jugées, arbore le drapeau du libre examen, a à compter avec le camp des optimistes. Ici, leur langage se traduit, à mon égard, par une formule tout particulièrement désagréable. « Vous me croirez si vous voulez, — me disait l'autre jour le plus aimé, le plus éminent d'entre eux,— vous me croirez si vous voulez; mais je vous déclare que jamais, dans ma pratique, je n'ai
eu à observer le moindre accident qui fût imputable à l'action du mercure. »
A ceci, Messieurs, je n*ai qu'une réponse à faire : « Vous me croirez lors même que je ne le voudrais pas ; mais je vous déclare que j'ai eu à observer, moi , et assez souvent, dans ma pratique, des accidents évidemment dus à l'action du mercure. » — Entre une dénégation que je dois croire sincère, sinon exacte, et un aveu auquel nul assurément ne soupçonnera de motifs intéressés, c'est avons de prononcer, Messieurs. Mais rappelez-vous seulement que tout système, comme toute politique, a, jusqu'au jour de sa chute, à compter avec deux catégories distinctes : les satisfaits à tout prix, les opposa^ts convaincus. Et, entre ceux qui s'obstinent à vous faire du mercure un type d'innocence et ceux qui, sans exagération ni réticences, vous signalent, à côté de ses qualités, ses défauts, dites où sont les imprudents amis^ où est le sage ennemi !
En somme, — et je termine par cette maxime vulgaire dont l'expérience me démontre de plus en plus la profonde justesse, — le mercure est une lessive. Gomme l'autre lessive, n'oubliez pas que celle-ci use le linge; et ne donnez le vôtre à blanchir que lorsqu'il en a réellement besoin.
2* Impuissance du traitement mercuriel. — Ainsi, le mer- Preuves de
•» ' 1 impuissance
cure est dangereux : vous venez de voir comment et dans ^" «ercuro. quelles limites. Je dis maintenant qu'il est impuissant : impuissant à prévenir l'éclosion des symptômes généraux ; impuissant à en empêcher les récidives ; impuissant à faire disparaître quelques-uns d'entre eux. C'est ce que je vais prouver.
Mais ici, Messieurs, la nécessité de la démonstration me met dans une position des plus délicates, et pour laquelle j'ai à réclamer toute l'indulgence de mes auditeurs ainsi
que de mes confrères. Quand, tout à l'heure, je voulais prouver qu'on guérit sans mercure, c'est à ma pratique seule que j'ai dû emprunter des exemples. Et à présent que je veux établir l'impuissance du mercure, ce n'est que dans la pratique d'autrui que je vais puiser mes arguments. Mais, je le répète, c'est pour ma thèse une nécessité impérieuse. Tiendrait-on pour valable, consentirait -on à imputer comme grief au mercure un échec qu'il aurait eu, administré par moi, par moi son adversaire? Non, sans doute ; ce n'est que lorsqu'il a failli entre les mains de ceux qui ont eu foi lui, que cet insuccès montre son impuissance. Que mes chers confrères me pardonnent donc de les mettre en scène à leur désavantage, d'exciper publiquement de leurs revers. Chacun d'eux, — si c'est là un baume suffisant pour sa blessure, — chacun d'eux va voir qu'il est en bonne et nombreuse compagnie.
A. Impuis- Le mercure, administré aussitôt qu'on peut soupçonner
sance comme ' ~l r r •
î^ufems gé- l'existence de la syphilis, c'est-à-dire alors que le chancre néraux. g^^j existc, cmpêchc-t-il réclosion ultérieure des accidents généraux (de ce que autrefois on appelait improprement la syphilis constitutionnelle?)
C'est par des faits, uniquement par des faits, qu'il faut répondre à cette première question.
Un officier atteint, au mois d'août 1854, de chancre induré, va consulter M. le docteur Rodet, mon successeur à l'Antiquaille, qui lui fait prendre 200 pilules de bichlorure de mercure, dans l'espace de trois mois et demi. — En décembre de la même année, je le vois avec des plaques muqueuses amygdaliennes ulcérées, plaques muqueuses du scrotum, alopécie, croûtes du cuir chevelu.
Le 15 mars 1856, M. le docteur Binet (alors interne de nos hôpitaux), me présenta un jeune homme qui, depuis le
début de son chancre, le 25 janvier, avait pris, sous la direction de M. le docteur Girard, de Marseille, 2 pilules de Ricord, par jour. U en prit 86. — Mais le 6 mars, pendant qu'il continuait ce traitement, il se déclara une roséole, de l'alopécie, et des plaques muqueuses à divers sièges, symptômes dont je constatai la présence.
Un client de notre habile et scrupuleux collègue, M. le docteur Chassagny, eut un chancre. Depuis le premier jour^ il suivit régulièrement un traitement mercuriel. — Au bout de six semaines, il m'offrit une éruption papuleuse générale, des plaques muqueuses labiales et amygdaliennes.
Un jeune homme eut un chancre induré le 5 mai 1855. Mon très-estimé confrère, M. le docteur RoUet, lui fit prendre, pendant six semaines, de la liqueur de Van Swieten, 4 puis 6 cuillerées par jour. — Le 24 juin (le 50* jour), il se plaignit de lassitudes musculaires, céphalée, et eut, peu de jours après, l'adénopathie sous-occipitale, des acnés capitis, des squames palmaires et plantaires.
Un négociant de Tarare a pris, pendant quatre mois, des pilules de Ricord, dont l'administration fut commencée huit jours après le début du chancre. — Néanmoins, lorsque je le vis, quatre mois et trois jours après le commencement de sa maladie, je reconnus la présence de plaques muqueuses larges et ulcérées aux amygdales, à la langue et à la face interne des joues.
Dès le début de son chancre, qui avait commencé le 22 août 1858, un homme prit, de suite, 2 pilules de Ricord pendant deux mois. —A ce terme, et tout en continuant son traitement , il eut une syphilide pustulo-crustacée générale, impétigos capitis, un ulcère profond du pharynx, plus tard des ecthymas des membres, rebelles et récidivants.
Un amateur, de Grenoble, s'aperçut d'un chancre au
mois d'août 1858. Trois jours après cette découverte, il consulta M. le docteur Chauriont, sous l'habile direction de qui il suivit un traitement de 85 jours, par les pilules de Dupuytren. — Le 15 mars 1859, il se déclara une roséole, des plaques muqueuses ulcérées des amygdales, de l'anus, des lèvres, et l'éruption acnéiforme du cuir chevelu.
Un officier eut un chancre, vers les derniers jours de décembre 1862. Dès qu'il s'en aperçut, il s'adressa à M. le professeur Boyer, de Montpellier, qui lui administra 200 pilules de proto-iodure de mercure, à raison de 2 par jour. A ce terme, il demanda à son docteur si la guérison était assurée. « Vous êtes à l'abri (lui aurait, dit-il, répondu M. Boyer); 150 pilules auraient peut-être sufQ. Mais avec 200, vous n'avez rien à craindre ; c'est le maximum. » — Je l'ai vu le 21 avril 1863; il venait me consulter pour trois larges plaques cuivrées du front, et pour des tubercules muqueux de l'anus et des amygdales.
Un monsieur, âgé de 23 ans, extrêmement soigneux, commença, huit jours après avoir constaté la présence d'un chancre, à prendre des pilules de Ricord (2 par jour). Ce traitement, commencé le 30 septembre 1857, fut continué jusqu'au 6 mars 1858, par conséquent cinq mois et six jours 1 Ricord lui fit alors suspendre le mercure et prescrivit de l'iodure de potassium, deux mois. — Je vis le malade à ce moment, et trouvai deux tubercules muqueux amygdaliens ulcérés, de larges et nombreuses squames palmaires. Le docteur Palasciano, de Naples, constata, comme moi, la nature de ces symptômes auxquels, en dépit de nos ofltorts curatifs et malgré l'adjonction des eaux d'Aix, succédèrent plus tard une aphonie spécifique, de larges ecthymas et des onyxis. — Le malade a cependant fini pai* guérir.
M. X... me consulta le 24 octobre 1858. Deux mois avant,
il avait eu un chancre pour lequel il prit, aussitôt après s'en être aperçu, 2, puis 3 pilules de Ricord pendant deux mois. — Lorsque je le vis, il avait une syphilide pustulocrustacée générale, des impétigos capitis, un ulcère profond du pharynx. — Je lui fis prendre 2 cuillerées abouche, par jour, de liqueur de Van Swieten. Plus tard, cependant, il lui vint encore des ecthymas des membres, qui persistèrent très-longtemps.
Un monsieur de 36 ans eut, le 14 février 1855, un chancre. Dès le premier jour, il consulta M. le docteur Chauffard, d'Avignon, qui lui fit prendre 160 pilules mercurielles en un mois. M. le docteur Chauffard fils lui prescrivit ensuite, pour le second mois, 3 et 4 pilules de Dupuytren par jour. Au bout des deux mois, une syphilide générale apparut. On lui fit prendre alors 250 pilules de Ricord, au proto-iodure. — Après plusieurs récidives, toujours renaissantes et touiours mercuriellement combattues durant deux ans, je le vis, triste, affaibli, pâle, découragé, et avec un ulcère profond à l'aile du nez, une périostose au tibia droit ainsi qu'aux deux derniers métacarpiens de la main gauche.
Je pourrais multiplier ces exemples, les multiplier presque à l'infini (1), faire intervenir, faire ainsi témoigner de l'inefficacité du mercure les noms les plus recommandables de notre profession. Mais ce qui précède suffit, je pense, pour donner une idée de l'inanité du secours sur lequel tant de médecins et tant de malades se fient lorsqu'ils donnent et prennent du mercure afin à^^ prévenir le développement des accidents secondaires.
Dira-t-on que, dans les observations ci-dessus, le mer-
(4) Ils sont extraits d'un nombre total de cinquante-sept observations détaillées que, parmi les seuls malades de ma clientèle particulière, j'avais pu recueillir dans l'espace de quatre années.
cure n'avait peut- être pas produit ses effets physiologiques, seule garantie, pour quelques praticiens, de ses effets médicateurs?... Alors je citerais le cas rapporté par le docteur Gore, chirurgien de Tinûrmerie de Limerick, « d'un artilleur qui fut atteint, en janvier 1858, d'un chancre pour la cure duquel il saliva. Pendant qu'il était à l'hôpital, et soms Vinfluence du mercure^ une franche roséole se déclara et rouvrit tout le corps. Il resta quarante-quatre jours à l'hôpital pour en être traité. — Le 26 avril, il y rentra pour une iritis syphilitique de l'œil droit. On le soumit de nouveau à l'administration du mercure. — Le 22 mai, il revint avec une éruption papuleuse sur la face, lé tronc et les bras. On le mit alors à une diète généreuse, associée à l'emploi de la salsepareille et du fer ; et il sortit guéri le 22 juin (1). »
Dira-t-on que le traitement n'a pas été surveillé avec les soins, l'attention, la compétence qui sont nécessaires pour en assurer le succès? A cette objection, juste peut-être pour quelques-uns des cas qui précèdent, voici ma réponse :
Un jeune avocat, hoinme. aussi sérieux qu'intelligent, contracta un chancre. Il alla immédiatement consulter Ricord, qui le mit à l'usage des pilules de proto-iodure, une d'abord, puis deux par jour. Le traitement fut suivi pendant trois mois. Les gencives s'enflammant un peu de temps en temps, Ricord suspendit momentanément, puis
(^) The Lancet^ \\ septembre 4858. — L'auteur fait suivre ce récit de quelques réflexions : « Dans ce cas, dit-il, il est tout à fait clair que l'action existante du mercure n'a pas détruit dans le système le poison qui développa la roséole secondaire, pas plus que le mercure donné la deuxième fois, contre Tirilis, n'a prévenu l'éruption papuleuse ultérieure. — De combien de cas, conclut M. Gore, celui-ci n'est-il pas le type? »
fit reprendre les pilules. — Les trois mois écoulés, natuturellement , la question suivante fut posée au docteur : « Aurai -je des accidents secondaires? — Il est très-probable^ répondit celui-ci, que vous n'en aurez pas. » (C'était là, assurément, tout ce que pouvait, tout ce que devait promettre un maître aussi expérimenté.) Le malade attendit; et, cinq mois et demi après, le 27 octobre 1854, il se présentait dans mon cabinet avec une céphalée, des lassitudes musculaires qu'il prenait pour une courbature accidentelle, et une belle roséole générale.
Saisissez-vous bien la signification de ce fait, Messieurs? Moi je dis qu'un cas semblable tranche, à lui seul, la question. Eh quoi 1 voici un médicament auquel on accorde le pouvoir de prévenir les accidents secondaires. Voilà un malade qui le prend à temps, à doses suffisantes, sous l'œil vigilant d'un maître, disons mieux, du maître. Le remède prouve par des -signes certains (la stomatite), qu'il a été bien préparé, qu'il est absorbé. Il a donc agi, il a fait tout ce qu'il pouvait faire... Eh bien! tout ce qu'il a pu, c'a été de retarder de quelques mois l'invasion des accidents.
Le mercure, administré durant l'existence de svmptômes b. impuis
*' ^ sance coram
secondaires, empêche-t-il ces symptômes, ou d'autres plus PIciXTs^'^^^ ou moins graves, de réapparaître ultérieurement?
Seconde question tout aussi grave que la précédente, et à laquelle je ne veux non plus répondre que par des faits.
Le fils d'un pharmacien, atteint de syphilide pustuleuse, de squames palmaires et plantaires, prit, en trois mois, sept grammes de bicblorure de mercure, puis de l'iodure de potassium, deux mois. — Néanmoins, il eut, au bout de ce temps, une récidive de squames palmaires et plantaires et un éruption croûteuse du cuir chevelu.
Un monsieur des environs de Grenoble prit, pour une roséole, 270 pilules au proto-iodure de mercure, dans Tespace de quatre mois. A ce moment, mon très-estimé et très-aimé collègue, M. le docteur Melchior Robert, de Marseille , consulté par lui, jugea le traitement suffisant. — Depuis lors, il a eu une multitude de récidives à la bouche, au cuir chevelu, des contractures musculaires.... et un tremblement nerveux.
Un homme marié, extrêmement docile, eut un chancre. Un mois après, notre si habile et si soigneux collègue, M. le docteur Rodet, lui administra, pendant plus de quatre mois, des pilules au bichlorure ; traitement qu'il modifia, augmenta, suspendit, selon ce qu'il jugea convenable, le malade se prêtant atout ce qu'on exigeait de lui. Il prit eusuite de riodure de potassium, deux mois. Au bout de quatre ans, ayant déjà eu, depuis lors, plusieurs récidives, il me montra des plaques squameuses circulaires au scrotum, et une périostose de l'humérus, avec douleurs ostéocopes que riodure de potassium fit cesser.
Un lieutenant eut, en 1857, un chancre que, huit jours après, on commença à traiter par trois cent cinquante pilules mercurielles, puis par deux mois d'iodure. Il se marie en mars 1858. Sa femme a, en mai 1858, une fausse couche ; puis (par la transmission venant de l'embryon, et sans avoir eu, elle, de lésion primitive) une roséole générale, et plus tard, à l'humérus, une exostose donnant lieu à des douleurs nocturnes, que l'iodure de potassium dissipa en très-peu de temps.
Un commis eut un chancre en mars 1858. Entré à la maison de santé du faubourg Saint-Denis, il prit, sous l'habile direction de M. le docteur Demarquay, deux, puis trois pilules au proto-iodure, par jour; en outre, dix fumigations de cinnabre. Sorti, après avoir suivi ce traitement deux
mois, il le continua encore trois mois, à raison de trois pilules par jour. Au bout de trois autres mois, il lui vint une éruption générale de lichen et de psoriasis syphilitique, ainsi que des plaques muqueuses labiales.
A partir du quinzième jour de révolution de son chancre, un monsieur prit, en dix-huit mois, douze cents pilules de Ricord (un mois environ après le début du chancre, il avait eu une poussée complète). Ayant donc fait son traitement de dix-huit mois, il va consulter Ricord, qui lui délivre une prescription de pilules mercurielles, avec cette note en tête : « Chancre infectant, il y a dix-huit mois; traitement insuffisant ; accidents secondaires. » Il exécute l'ordonnance de Ricord. Trois mois et demi après, je le vois porteur d'une double albuginite, avec une éruption pustulo-crustacée du front (revenue depuis peu) et tremblement des mains.
Or, Messieurs, que Ricord ait déclaré le traitement tnsuffisant^ie le comprends, puisque, ce jour-là même, il constatait le retour d'accidents secondaires. Mais Ricord, mais aucun de vous. Messieurs, eût-il, sans examiner le malade, formulé, à priori^ après dix-huit mois de traitement, une pareille déclaration d'insuffisance ?
Poursuivons :
Un clerc de notaire (qui ne fait pas double emploi avec celui précédemment cité), contracta un chancre en novembre 1855. Il prit deux, puis trois pilules mercurielles par jour, pendant huit mois, d'après les conseils de M. le docteur Langlebert, qu'il vit vingt fois durant ce laps de temps. Il a eu néanmoins, malgré ce traitement si long, si régulièrement suivi, deux récidives de larges plaques squameuses du cou, de plaques muqueuses et d'acnés capitis.
Un malade d'Annonay avait pris un chancre en novembre 1855. Il en connaissait les conséquences et désirait vive-
ment les prévenir. En conséquence, il se prêta avec la plus grande docilité à suivre le traitement mercuriel, que mon très^stimé et très-savant confrère, M. le docteur Dufour, lui prescrivit. Il continua ce traitement très-exactement pendant onze mois entiers. — En 1859, il lui vint des plaques muqueuses ulcérées au scrotum, impétigo capilis, nodus et ulcères aux mollets et aux pieds (1).
Deux observations déjà publiées ailleurs vont compléter cet ensemble de dociunents. M. le docteur Buzenet ( Thèse inaugurale sur le chancre buccal , 1858) cite le cas d'un employé au théâtre qui, ayant été traité à la consultation de rhôpital du Midi, par le proto-iodure, à partir du 2 août 1859, pour des plaques muqueuses du voile du palais, en présenta, le l*' décembre, de nouvelles situées aux lèvres, et dut revenir plusieurs fois pour des réapparitions de cette même lésion.
M. le docteur de Méric, Tun des plus éminents et des plus consciencieux syphiligraphes de Londres, vient {Letlsonian lectures on syphilis 1858, p. 62), déposer dans le même sens. « J'ai vu récemment, dit-il, un très-désagréable exemple de l'insuffisance du traitement chez un malade qui m'avait été adressé par M. Ricord. Il subit trois traitements mercuriels pour des récidives de symptômes secondaires; après le dernier, comme toute manifestation avait disparu, on lui permit de se marier. Quinze jours après la noce, il vint de nouveau me montrer des plaques de psoriasis syphilitique. Sa femme eut deux fausses couches, dont la première à quatre mois. »
Après tant et de si hautes autorités, dois-je citer mes
(\ ) Ces quelques exemples sont pris parmi quarante et une observations détaillées que, en quatre années, j^ai recueillies dans ma pratique particulière.
propres insuccès ? Ils sont moins démonstratifs sans doute ; car, ici, la force de la preuve est en raison directe du mérite de l'observateur. Vous leur accorderez néanmoins, je Tespère, une certaine valeur, Messieurs, si vous réfléchissez que je ne parle que de cas recueillis par moi il y a six ou sept ans, à une époque, par conséquent, où après douze ou quatorze ans de pratique mercurialisante, je ne pouvais pas être taxé d'inexpérience tout à fait absolue dans l'art d'administrer ce médicament.
Or, le 3 mai 1859, un client parfaitement docile vint me consulter pour une éruption squameuse, à squames petites, arrondies, bien caractérisées, qu'il avait depuis près de cinq semaines. Je lui donnai 10, puis 12 et 15 centigrammes de proto-iodure par jour. Le médicament, bien toléré par les voies digestives, provoqua quelques stomatites légères qui n'obligèrent cependant pas d'en suspendre l'emploi. L'éruption pâlit et s'effaça graduellement. — Malgré ces conditions favorables, je vis, vers le 15 juin, en plein traitement^ apparaître et progresser de nouvelles plaques exactement semblables aux premières... Ainsi, après six semaines, revint la même lésion que le mercure avait paru modifier, ou qui s'était modifiée pendant qu'on en prenait!
Un brave et beau garçon, de mes amis intimes, gagna la vérole, en 1858. Je le traitai, dès le premier jour, par le proto-iodure, qu'il prit avec une régularité pareille à la confiance qu'il avait en moi. — Au bout de deux mois de traitement, il eut une éruption de plaques muqueuses confluentes et très-rebelles, dans la bouche et à l'anus.
Enfin, un jeune homme de 20 ans fit, en 1857, sous ma direction, sous ma surveillance particulière, un traitement par le proto-iodure, pour une syphilis qui avait déjà récidivé, et qui consistait alors en croûtes du cuir chevelu et plaques muqueuses. D'un commun accord, jaloux l'un et
l'autre de metti'e uu terme à ce mal, nous coutinuâmes ie traitement quatre mois entiers. — Le lendemain même du jour où il le cessa, ce jeune homme vint me montrer une nouvelle récidive de plaques muqueuses !
Je borne là ces citations, Messieurs. Je puis m'arrêter. Qui cherché-je, en effet, à convaincre? Vous, Messieurs?... Vous Têtes déjà , je le vois bien. — Les partisans du mercure?... La chose ne me semble pas beaucoup plus difficile. En effet, malgré leur fer\'eur apparente, ils ne s'abusent point sur les défauts de l'objet aimé. Écoutez plutôt leur langage : « Le mercure, dit Ricord, fait disparaître les manifestations actuelles; il ne neutralise pas la diathèse. » — — «Il est véritablement exceptionnel, écrit M. A. Fouruier, que, même après le traitement le plus rigoureux, un chancre induré ne soit suivi d'aucune manifestation constitutionnelle. » — « Par guérison, professe M. Natalis Guillot, il faut entendre ici la guérison des accidents actuels, sans admettre que le germe du mal ait disparu à tout jamais; loin de là, il y a souvent des récidives. » — luvoquerai-je l'autorité de M. Bœck, qui dit : « Après le traitement mercuriel, les récidives ont été observées chez uu tiers, ou même chez une moitié des malades? »
Pesez ces témoignages. Messieurs; jugez ce qu'il a fallu d'évidence pour les arracher à ceux qui continuent à recommander, à formuler le mercure comme spécifique indispensable; et concluez.
c. Impuis- Pour preuve de cette troisième assertion, je ne vous
sance comme
curatif de cer- citerai quc les plaques muqueuses , — lésion éminemment
laiDes lésions
syphilitiques, syphilitique , — et notamment les plaques muqueuses de la bouche. Traitez-les, et pendant des mois entiers ; si ce n'est que par le mercure à l'intérieur, à quelque dose que
ce soit, ce sera inutilement. — Après l'épreuve , faites la contre-épreuve. Éloignez les causes locales irritantes qui favorisent la persistance ou le retour de ce symptôme. Cautérisez les plaques ; cautérisez-les avec une substance liquide (l'acide nitrique, par exemple); cautérisez-les deux fois, et sans mettre plus de cinq ou six jours entre les deux attouchements... Par ce simple traitement, la guérison sera à l'instant obtenue, tout aussi solide qu'après l'emploi le plus prolongé des spécifiques. — Permettez-moi encore, sur ce point, quelques exemples. J'en dois citer, car je vois votre incrédulité; mais je n'en citerai que deux, car je vois aussi votre impatience.
Notre habile confrère, M. le docteur Buzenet, rapporte dans sa thèse l'histoire d'un appareilleur au gaz, qui, entré à l'hôpital du Midi, le 15 mars 1858, pour un chancre lingual, y fut traité par la liqueur de Van Swieten. Le 27 mars, il eut une roséole et des plaques muqueuses sur les amygdales. — Or, il est noté dans l'observation que, le 10 mai, il lui restait « des plaques muqueuses aussi considérables qu'auparavant. »
En 1854, j'eus à traiter un marinier, syphilitique. Cet homme désirait vivement se guérir ; il ne reculait devant aucune dose, et obéissait passivement à mes prescriptions. Je lui donnai le proto-iodure à la dose de 20 à 25 centigrammes par jour. Il le supporta très-bien ; les divers symptômes de syphilis disparurent. Seules, des plaques muqueuses de la bouche résistèrent, et résistèrent pendant (juatre mois à cette dose si considérable de mercure. Je dus finir par les cautériser.
Cette résistance des plaques muqueuses est un fait si réel, que le praticien qui croit à la nécessité des traitements mercuriels prolongés peut l'utiliser avec avantage. Je m'en servais souvent moi-même jadis, dans mon service
à rADtiquaille. Comme, à cette époque, il y a quinze ans, je croyais devoir, dans leur intérêt, forcer mes malades à demeurer à Thospice pendant toute la durée du traitement mercuriel que je jugeais nécessaire, j'avais bien soin de ne soumettre leurs plaques muqueuses à aucune application topique. Le moyen n'échoua jamais. Voyant leur mal de la bouche persister, aucun ne demandait son exeat; et je les gardais à mon gré , autant de temps qu'il me plaisait de différer la cautérisation.
Je conclus, Messieurs : mais veuillez bien ne voir dans mes paroles que ce qui est dans ma pensée. J'ai déjà dit, et à plusieurs reprises, que, si l'on se borne à le considérer comme remède de quelques-unes des lésions de la syphilis, comme capable de les faire disparaître actuellement^ le mercure, sous ce rapport, mérite son titre de spécifique. Tout le monde sait aussi qu'il retarde l'éclosion de chacune des poussées successives de la syphilis. Je ne veux pas non plus nier absolument qu'il ne puisse parfois atténuer jusqu'à un certain point la gravité de ces poussées. Mais j'affirme que, dans aucun cas, à quelque dose que ce remède soit administré, il ne donne de garantie certaine ni contre le retour, ni contre la progression croissante de la maladie.
3** Possibilité de discerner à temps les syphilis susceptibles de guérir sans mercure, — Nous n'avons pas à insister de ' nouveau sur cette possibilité, non plus que sur les moyens de l'acquérir. Ceci a été exposé, démontré, je l'espère, dans la deuxième leçon.
Innocuité de 4® InnocuHé de rajournement du mercure^ lorsque cet
ajournemeni
1 mercure, ajoumemcnt a été causé par une incertitude du diagnostic. —
Une syphilis commençait. On Ta crue faible; et comme telle, on Ta dispensée du mercure. Mais, c'était une erreur : à mesure qu'elle marche, sa gravité se décèle. Des lésions nécessitant le mercure se manifestent.... N'y a-t-il pas eu, par ce retard, inconvénient, péril pour le malade?
Considérons d'abord. Messieurs, que ces cas deviendront de plus en plus rares. Plus on connaîtra, plus on saura appliquer, disons tout, plus se perfectionneront les éléments du diagnostic prévisionnel que je vous ai énumérés dans la dernière séance, et moins on sera exposé à méconnaître longtemps une vérole forte.
Du reste, en cas d'hésitation , faut-il temporiser? Disons mieux : en réalité, temporisera-t-on? J'y suis porté, moi qui ai l'expérience pour me rassurer sur le peu de danger de l'expectation. Mais, de longtemps encore ce n'est pas de ce côté que penchera, que péchera la majorité des praticiens, trop enclins, en vertu des préjugés et des usages actuels, à exagérer la circonspection, à mercurialiser, au lieu de s'abstenir, dans le doute.
Je suis rassuré, vous disais-je, sur l'issue des véroles abandonnées à elles-mêmes. Il me semble ne pas l'être sans raison, quand je jette un coup d'oeil sur le tableau précédent. De quoi se compose-t-il, en effet? De deux séries de cas : la première où le mercure a été donné dès le début de la vérole, aussitôt qu'on s'est aperçu de l'existence du chancre ; la deuxième où le mercure n'a été donné que plus tard, alors que la vérole était déjà en pleine manifestation secondaire. Or, reportez-vous à ces observations. Messieurs. Prenez la peine d'en analyser les détails, et vous reconnaîtrez que les accidents ultérieurs n'ont pas eu plus de gravité dans la seconde série que dans la première. Ce sont, des deux parts, les mêmes lésions qu'on observe, sous les mêmes
184 DE LA SYPHIUS.
noms, avec la même force, la même durée. En deux mots, la syphilis ne s'est pas montrée plus intense dans les cas où le mercure n'a été administré que tardivement, que dans les cas où il a été administré dès l'origine de l'intoxication.
Six mois d'expérience de cette médecine m'avaient, d'ailleurs, suffisamment édifié sur l'innocuité de l'ajournement du mercure. Si cet agent était nécessaire pour atténuer la syphilis, si, comme on le croit, c'était à son influence que fût toujours due la bénignité des accidents qui surviennent après son emploi, évidemment, moi qui ne le donnais pas, je devais m'attendre à une syphilis tout autre que je ne l'avais observée jusqu'alors. Je devais voir éclater le mal avec toute la férocité d'un monstre déchaîné î j'allais avoir sous les yeux une seconde édition des lamentables histoires du temps héroïque de la vérole!... Eh bienl non. La maladie traitée sans mercure a été ce qu'elle était traitée par le mercure. Môme évolution, mêmes récidives, même persistance de certains symptômes; mêmes différences, surtout, entre les divers cas sous le rapport de l'intensité des uns, de la bénignité des autres. Or, notez. Messieurs, que je connaissais la syphilis. Une expérience antérieure de douze années m'avait appris comment se comporte cette maladie, traitée selon les errements usuels. Et lorsque, l'observant ensuite abandonnée à son libre cours, je l'ai vue, sous le même climat, dans la même population, garder la même intensité, je suis bien en droit de conclure qu'on peut différer, — c'est tout ce que j'ai à prouver en ce moment, — qu'on peut différer l'emploi du mercure sans Éiggraver par là la condition des malades.
ected?frai?è- Ce que j'appelle le traitement spontané (c'est-à-dire par ure. "^"^ l'expectation méthodique, les toniques et l'hygiène) , est-il
préférable au traitement par les spécifiques? est-il plus sûr? est-il plus expéditif?
Plus expéditif^ plus sôr, sont ordinairement, en fait de thérapeutique, deux termes inconciliables. Eh bien! je crois, au contraire, être ici parvenu à les rapprocher, et bien près du contact.
Le temps que je demande pour guérir ainsi un syphilitique est certainement très-long si on le compare à celui dont se contentaient les vieux hydrargyrophiles. « Un traitement de deux, au plus de trois mois, très-exactement suivi, disaient-ils; et la vérole est radicalement détruite, les récidives conjurées sans retour ! »
Je ne vous tiendrai pas ce langage, Messieurs. Vous avez tout à l'heure entendu, sous forme d'observations, les dixhuit ou vingt puissants motifs qui me l'interdisent. Mon pouvoir médical est beaucoup plus restreint, je l'avoue ; mais si vous voulez juger celui de mes adversaires, voyez, je vous prie, non pas ce qu'ils promettent, mais, en réalité, ce qu'ils donnent.
On s'est récrié, on m'a, de toutes parts, jeté la pierre, lorsque, en 1858, traçant le cours habituel du mal, et proposant de lui laisser, en certains cas, sa libre allure, je concluais : « Et le malade fait en paix ses douze ou quinze mois de vérole... » Regardons autour de nous, et voyons ce que les mercurialistes, — j'entends les plus autorisés, — réalisent sous ce rapport. Mais l'heure nous presse : je me borne, je puis me borner à un seul exemple.
M. le docteur Langlebert a raconté, et justement aussi en 1858 {Moniteur des hôpitaux, 14 décembre), l'histoire d'un de ses malades, affecté de chancre, puis de vérole. Le traitement fut commencé trois semaines après te coït infectant : —Vu la durée habituelle de l'incubation du chancre^ il
eût été diîQcile, vous le comprenez, de pouvoir agir plus tôt.— En outre, il est bien spécifié par M. Langlebert que le malade « vint le consulter régulièrement jusqu'à sa guérison. » Voilà donc un traitement commencé à temps, formulé par un spécialiste des plus compétents, exactement suivi. Or, savez-vous quelle fut, néanmoins, la durée du mal...? L'auteur nous l'apprend : « plus de dix-huit mois ! »
Ma méthode, vous disais-je encore, donne plus de sécurité au malade. A un point de vue des plus importants, au point de vue de la garantie de l'avenir, elle seule est capable d'en donner. Ricord a proscrit, à très-juste titre, le traitement mercuriel dans les cas de chancre dont la nature infectante reste douteuse. « Abstenez- vous alors, dit-il aux praticiens, laissez simplement agir la nature ; abandonnez la maladie à son développement spontané. Si la diathèse existe, au bout de quelques semaines elle se traduira par des manifestations non douteuses. Dès lors, la lumière sera faite; lumière précieuse, car il n'est rien moins qu'indifférent pour un homme de savoir s'il a ou s'il n'a pas la vérole. »
Or, Messieurs, est-il donc plus indifférent pour un homme de savoir s'ii est, ou s'il n'est pas guéri de la vérole? Assurément, non. Ce problème n'est pas moins important que l'autre; ajoutons qu'il se pose tout aussi fréquemment dans la pratique. Un client est en âge de s'établir; un autre a déjà un engagement pris; celui-ci, marié depuis quelques mois, vous demande s'il peut avoir une progéniture saine... Que leur répondrez-vous si, gorgés jusque-là de mercure, ils ont vingt raisons pour se dire ajournés, pas une pour se croire définitivement exempts? Au contraire, laissez à la maladie son libre cours; rien ne l'ayant entravée, rien ne la tenant en bride, si elle ne paraît pas, c'est qu'elle n'a plus à paraître. Si , à un moment donné, elle n'a, depuis huit ou dix mois, produit aucun désordre, c'est qu'elle est
réellement terminée. Et c'est dans ce cas, mais c'est dans ce cas seulement, que le médecin homme de bien, avec un poids de moins sur la conscience, que le syphiliphobe, avec le premier sourire qui détende ses traits contractés, peut enfin s'écrier : « J'en ai fini avec cette vérole ! »
Mais il est temps. Messieurs, d'énoncer, d'avouer les ob- objections. jections anticipées qu'a déjà soulevées, à peine connue, ma manière de voir. Pour la force des raisons, comime pour le poids des autorités qu'elles invoquent, je puis les résumer toutes dans ce simple mot par lequel Ricord, il y a quinze jours, me marquait la différence qui, sous ce rapport, sépare sa pratique de la mienne :
« Si la vérole est forte, me dit-il, vous conseillez, comme moi, le mercure; et, sur ce point, nous sommes d'accord.
« Si, au contraire, elle est faible, la légère quantité de mercure qui sufQt pour la guérir peut-elle avoir des inconvénients sérieux? »
D'accord, cher maître, lui réponds-je ici. Mais puisque, dès son début, vous traitez par le mercure la vérole que vous croyez faible, comment pouvez-vous savoir si elle est réellement faible, ne la voyant qu'influencée par le mercure ? D'ailleurs, puisque les véroles faibles peuvent guérir sans mercure, à quoi bon en donner, même un atome? Enfin, une vérole, qu'on a cruefaible, étant ainsi traitée, la juste frayeur d'une récidive ne demeure-t-elle pas toute la vie suspendue, comme la classique épée de Damoclès, sur la tête du malheureux, même le plus légèrement atteint?
Mais écoutez, dirai-je aux dissidents, écoutez un seul mot, et nous allons être d'accord. Que craignez-vous? dites-le. Que peut craindre un vérole?... Quatre choses, n'est -il pas vrai : r Les lésions actuelles. — Eh bienl comme vous, je conseille de traiter par le mercure celles qu'on sait ne pouvoir guérir sans lui ; y L'affaiblissement général mo-
mentaiié qui marque le début de Tintoxication. — Or, le mercure ne fait qu'aggraver cet état ; et nous lui connaissons, dans un autre remède, dans les iodurés, un véritable antidote; 3* La possibilité des récidives. — Or, vous avouez vous-même que le mercure ne fait que les éloigner ; 4* La naissance d'enfants infectés. — Et ici, comme vous, je suis d'avis que le mercure reprend tous ses droits; que, grâce à sou pouvoir dilatoire, les parents, tant qu'ils sont sous sou influence, sont plus assurés de procréer des enfants sains. En somme, je donne, moi aussi, le mercure. Seulement, je le donne moins souvent et moins longtemps que dans la pratique usuelle.
Lègiespour Après la critique, la didactique. Messieurs ; car je me reiciflques. prochcrais de vous laisser, quelque justes qu'elles soient, sous l'exclusive impression de ces idées subvei'sives. Je vais donc vous dire ce qu'il y a à faire, ce que je fais contre la syphilis, en un mot, quelles sont mes règles de conduite; ne me bornant pas à les justifier en principe, mais les appliquant à chaque conjoncture, c'est-à-dire à chacune des périodes de la syphilis pendant lesquelles vous pourrez être, pour la première fois, appelé auprès d'un malade.
Chancre. — Avant de porter un pronostic , avant d'écrire une ordonnance surtout, prenez le temps nécessaire pour étudier la lésion. Il existe, à la vérité, des cas tranchés, des indurations hâtives qui , même dès les premiers jours du chancre, ne laissent aucun doute sur sa signification. Mais, le plus souvent, il n'en est pas ainsi. Consulté au début d'une ulcération, ne vous pressez ni de conclure, ni de formuler. Il n'est pas de jour où nous ne voyions, nous spécialistes, quelques clients, porteurs de chancres indurés types, nous aborder avec cette phrase stéréotypée : « Dès que j'ai vu ce
mal, je suis allé trouver mon médecin; il m'a dit que ce ne serait rien î » Or, si Ton peut, à ce moment, se tromper sur la nature du mal, comment ne se tromperait-on pas sur son degré? Si le praticien est exposé à prendre pour chancrelle un chancre naissant, peut-il répondre de discerner au premier jour et du premier coup, s'il s'agit, s'il s'agira d'un chancre ou d'une érosion chaûcriforme ?
Mais la marche du mal a éclairé le diagnostic, ou bien il a pu être tranché dès le premier jour... Eh bien! contre le chancre induré, le chancre huntérien, donnez le mercure (de préférence le proto-iodure, une ou deux pilules de Ricord, chacune de 0,05, par jour). — Contre l'érosion chancriforme, pas de traitement interne. — Dans les cas douteux, expectation jusqu'à ce que les caractères se dessinent. — Telle est ma conduite; et, pour vous donner une idée de ce que j'entends par chancre huntérien, je dois déclarer que, en fait de lésion primitive, j'en vois beaucoup plus de celles qui m'engagent à omettre, que de celles qui m'engagent à ordonner le mercure.
D'ailleurs, certaines conditions extrinsèques sont de nature à influer sur ma décision. Le malade a-t-il plus de 40 ans? Est-il de constitution débilitée? Manifeste-t-il des symptômes accentués d'indocilité ou d'insouciance ? Ai-je lieu de penser qu'il ne pourra ou ne voudra pas s'asservir aux règles de l'hygiène?... En pareil cas, je donnerai plus volontiers le mercure pour tel chancre qui , à ne considérer que ses caractères physiques, m'aurait, avec des conditions contraires, paru pouvoir se passer du spécifique.
Quand j'ai jugé à propos de prescrire du mercure durant cette période de la maladie , je proportionne la force et la durée du traitement au degré de consistance qu'avait la dureté locale ainsi qu'à la résistance qu'elle a manifestée aux effets médicateurs du mercure.
Période prodromique. — A ce moment, ne continuez jamais le mercure sans nécessité, c'est-à-dire à moins que le chancre n'ait eu une dureté véritablement ligneuse. Et encore, même dans ce cas, le suspendrais-je très-volontiers durant dix ou douze jours , lorsqu'éclatent la céphalée, les lassitudes musculaires, la prostration morale, si ces accidents avaient une grande intensité. A plus forte raison fautil s'abstenir de mercure si, jusque-là, on n'a pas cru devoir le donner. Il pourra devenir indiqué plus tard. Mais durant cette phase , il ferait certainement moins de bien que de mal.
Le remède, le vrai spécifique des accidents prodromiques est, je l'ai déjà dit, l'iodure de potassium ou de sodium, à la dose quotidienne moyenne de 1, puis de 2 grammes, pendant une quinzaine de jours. Les ferrugineux sont toujours nécessaires, le quinquina souvent utile, comme auxiliaire.
Première poussée. — Je trouve là de quoi compléter le diagnostic; mais, quant à ma conduite, elle dépend en grande partie de ce qui a été fait précédemment ; cai*, de deux chose l'une :
Ou le malade, a déjà, pendant la durée du chancre ou auparavant, pris du mercure... Dans ce cas, qu'il ait été prescrit par d'autres ou par moi, je ne puis que le continuer. En effet, les accidents qui se déclarent alors, fussentils même légers, ne sauraient compter absolument comme indices d'une vérole faible, puisque, à la rigueur, leur bénignité actuelle peut n'être due qu'à l'influence du spécifique pris antérieurement.
On bien, au contraire, le malade n'avait-il point pris de mercure avant la première poussée?... Alors sans ombre et sans voile, je lis à livre ouvert dans son présent et son avenir. La réponse n'est pas moins précise que la question.
A roséole... expectation.... A syphilide yésiculeuse, squameuse, pustuleuse..., mercure.... A syphilide papuleuse.... expectation, mais surveillance.
La présence des plaques muqueuses, leur confluence, leur aspect variable, leur exulcération plus ou moins profonde, ajoutent peu à ces éléments de l'indication thérapeutique. Trop de causes locales influent sur la fréquence de cette lésion, sur ses caractères, pour qu'on soit autorisé à voir dans sa modalité diverse un indice du degré d'intensité de la vérole. — D'ailleurs, interrogez le mieux possible la plaque muqueuse; tenez rigoureusement compte des influences extrinsèques qui l'aggravent ou l'atténuent. Qu'en tirerezvous?... Rien; rien qu'on ne lise aussi exactement, et plus aisément dans la physionomie de l'éruption cutanée concomitante. Car, l'efflorescence du tégument interne, la plaque muqueuse ne peut guère être, lors de la première poussée, que la reproduction de l'efflorescence du tégument externe, de la syphilide.
Deuxième poussée. — Ici l'intensité de la maladie, le sort du malade, se jugent en dernier ressort. Là aussi peut s'apprécier l'influence des traitements institués jusqu'alors, leur efficacité ou leur insuffisance. D'abord, on le sait, plus l'intervalle entre la première poussée et celle-ci a été court, plus le pronostic s'aggrave. Mais c'est surtout d'après la nature des lésions apparaissant à ce moment, qu'on peut se prononcer sur la curabilité spontanée du mal ou sur la nécessité de lui opposer dès lors et sans plus de retard le mercure.
Ainsi une deuxième poussée constituée par une éruption de même caractère ou de caractère plus bénin que la première, doit, en règle générale, faire ajourner le mercure ou même le contre-indiquer définitivement.
Le mercure est, au contraire, indiqué contre les érup-
tions que j'ai précédemment spécifiées, celles que j'appelle syphilides profondes. Il est également indiqué contre la dysphonie syphilitique (accident que, je Tai ailleurs démontré, le proto-iodure amende en quatre jours, guérit en dix ou douze jours).
Il Test, et à double titre, contre Tiritis syphilitique.
Il Test contre l'albuginite, bien que, dans ce cas. Ton doive presque toujours laisser prendre aux iodurés une part dans l'honneur de la cure.
Il Test contre l'onyxis, contre les squames palmaires et plantaires; lésions qui, d'ailleurs, en fait de traitement local, ne sont justiciables que des topiques mercuriels.
II l'est enfin, et essentiellement, contre toutes les lésions de la syphilis infantile héréditaire.
Combien de temps faut-il continuer le traitement mercuriel? Question longuement débattue, litigieuse s'il en fut, et qui doit surtout l'être pour ceux qui attendent de ce traitement une cure radicale. Plus, en effet, ils voient revenir les récidives (qui sont dans la nature des choses) plus ils s'en prennent à l'insuffisance d'un traitement, qui, soit moitié moindre, soit doublé, n'eût fait ni pis ni mieux. Quant à moi, qui ne demande au mercure que de guérir, de bien guérir la lésion actuelle, j'en prolonge l'administration assez pour opérer cette guérison, c'est-à-dire, en général , autant de temps après la disparition de la lésion qu'il a fallu de temps pour obtenir cette disparition. C'était la pratique de Dupuytren : il est remarquable que, après trente ans, l'expérience m'ait ramené au précepte de mon premier maître.
N'espérant du mercure que la disparition des lésions actuellement existantes, vous pressentez, Messieurs, ce que je pense des traitements dits de précaution^ que tant de
gens, par prudence, avant de se marier, viennent solliciter du médecin. « Le mercure ne peut guérir une lésion absente, leur réponds-je invariablement. Et si elle doit un jour venir, ne vaut-il pas mieux la laisser libre d'éclater à son heure et avec son intensité naturelle , afin que , voyant l'ennemi face à face, on puisse mieux proportionner à son pouvoir réel les forces qu'on doit lui opposer. »
De même, à moins de lésion grave, d'indication urgente, j'aime peu à commencer un traitement mercuriel vers la fin de l'hiver. « Dans un ou deux mois , vous allez savoir à quoi vous en tenir, dis-je alors aux malades. Si le virus est encore en état de provoquer une poussée de quelque intensité, le mois de mai ne se passera pas sans nous l'apprendre. Ajournons donc jusque-là, puisque rien ne presse, un nouveau déploiement de nos ressources thérapeutiques. »
Parfois, il y a eu récidive, récidive évidente; mais ce fait s'est opéré dans des conditions telles qu'il n'implique pas une persistance inquiétante de l'état actif du virus, et qu'il ne nécessite, par conséquent, pas le mercure. Ainsi, un refroidissement a reproduit des plaques muqueuses gutturales (récidive par cause accidentelle). Ainsi, un vésicatoire a fait apparaître à son pourtour une éruption papuleuse circonscrite (récidive par cause locale). Ainsi, un écart de régime a provoqué le retour d'une céphalée mal éteinte (récidive par cause qui peut s'éviter). Dans ces différents cas, le précepte est clairet la conduite toute tracée : neutralisez, éludez, conjurez les influences mauvaises qui ont agi ; mais dispensez-vous d'opposer une médication générale à des causes éminemment passagères ou locales.
Hésitez-vous encore? les indications et contre-indications se balancent-elles à peu près également dans votre esprit? Je vous le dis bien bas, mais je dois tout vous dire, car, en
semblable matière, rien n'est à négliger de ce qui est permis. Du coin de l'œil, observez le malade pendant que vous répondez à ses questions. S'il penche vers la médication hydrargyrique, ne lui marchandez pas l'objet de ses préférences. En effet, que vous donniez du mercure ou non, il y aura presque certainement des récidives. Et quels reproches ne vous ferait pas le client, si vous lui aviez refusé le médicament auquel sa confiance assignait la valeur d'un antidote?... Dans ces termes, — c'est-à-dire lorsqu'il y a à peu près autant de raisons pour donner que pour ne pas donner le mercure , — laissez ainsi à l'intéressé une part de responsabilité dans la décision à prendre. C'était la tactique et le conseil de Wallace. — Mais cependant, je dois le dire, quoique lourd, le mercure, en pareil cas, fait rarement pencher la balance de son côté.
Vous jugez par là, Messieurs, des difficultés d'application de cette méthode, et vous appréciez aussi ses incertitudes. Ces incertitudes, je les confesse sans honte ; en rougir serait rougir de la médecine même, car elles se représentent inévitablement partout, dès qu'on met en œuvre l'intelligence au lieu d'invoquer la routine, dès qu'on fait œuvre de médecin et non besogne de spécialiste. Certes, il est plus expéditif, je le sais, d'avoir pour tous les malades une seule et même formule; de faire, comme certain classique couronné^ de cent dix pilules de Dupuytren l'alpha et l'oméga du traitement de n'importe quel syphilitique... Mais que gagne-t-on à cette précision arbitraire, sinon d'ajouter les mécomptes d'une thérapeutique illusoire aux déceptions de la fausse doctrine qui affirme l'égalité des véroles?
Quoique les règles que je vous ai tracées soient un guide suffisant, rien, vous le comprenez mieux maintenant, ne peut ici suppléer l'observation. Avec un peu d'habitude, on arrive à tenir compte des causes accessoires, à apprécier
les nuances séméiologiques, à acquérir ce qui constitue le tact; en d'autres termes, on devient praticien, on devine d'emblée, on flairé à distance, si vous me permettez l'expression, les véroles à mercure et les véroles à extinction spontanée. Mais, malgré toute son habileté et quelque excellente opinion qu'il ait de lui-même, le meilleur praticien, en cette matière, sera toujours, je dois vous le dire, celui qui ne s'autorisera de sa longue expérience que pour accepter de bonne grâce les démentis que l'évolution du mal donnera plus d'une fois au pronostic qu'il croyait le mieux fondé.
Mais tout n'est pas spécifiques ni médicaments , dans Régies pou
l'application d(
la syphilithérapie telle que je la comprends, telle que je i^ygiène. l'applique. L'hygiène, soit seule, soit à titre d'adjuvant, y a, comme dans toutes les intoxications, un rôle capital à remplir. Quel est ce rôle? dans quel sens a-t-il à agir?
En principe, tout devra être concerté pour obtenir le but que se propose la médication dite reconstituante. Toniques, réparateurs, réconfortants, analeptiques, appelez-les du nom qu'il vous plaira, mais multipliez, associez tous les agents propres à combattre cette débilitation dont l'observation clinique et l'analyse chimique démontrent l'existence chez tous les syphilitiques. Il faut ramener, il faut maintenir les forces de l'organisme au niveau nécessaire pour réaliser l'élimination du virus; il faut rendre ou donner à la constitution assez de force pour empêcher toute fermentation pathogénique de s'opérer dans son sein : voilà l'indication essentielle.
Son importance, ne fût-elle prouvée que par l'échec de la pratique contraire, serait encore suffisamment évidente. Qui a empêché la réforme que j'enseigne de s'établir plus
tôt? Qui l'a reudue impopulaire, inacceptable tant que Broussais en tenait le drapeau?... Tout simplement Tantiphysiologique préférence de ce célèbre utopiste pour les agents débilitants dont l'exclusif emploi constituait le fond de sa médecine soi-disant physiologique. Voici un remarquable exemple du danger de ces aberrations.
Un général, tombé malade à Lyon, me demanda mes conseils. Il avait tout ce qu'il y a de plus simple au monde, uu chancre induré et l'adénopathie de môme nature. Cet état existait depuis trois semaines; et rien, hors l'âge du cUent, n'eût semblé, à priori^ devoir suggérer un pronostic grave. Mais uu médecin militaire, appelé dès le début du mal, a\ait mis le malade au lit, à la diète, en même temps qu'au mercure, et lui avait fait aux aines deux applications Tune de 15, l'autre de 12 sangsues, afin, disait-il, de prévenir la svppuralion du bubon. Or, le bubon, comme bien vous pensez, en sa qualité de bubon induré, n'avait garde de manifester la moindre velléité d'inflammation. Mais notre confrère, s'autorisant de ce succès^ tenait plus que jamais à son régime, et parlait d'une troisième application de sangsues... Exténué, pâle, défait, en proie à l'irascibilité des anémiques, le général m'avait appelé, je puis dire, plutôt au secours qu'en consultation. C'était peu le cas de faire de la conciliation entre les doctrines : j'y parvins, cependant, en émettant l'avis que l'effet des antiphlogistiques était désormais sufQsant; en versant d'une main le fer, le quinquina et riodure, de l'autre le vin et le bouillon, en disant enfin au pauvre Lazare : Surge et ambula!— L'effet de cette substitution fut aussi satisfaisant qu'immédiat : mais la vérole consécutive eut une ténacité exceptionnelle ; et il fallut quatre ans de soins, donnés alternativement par Ricord et par moi, pour mettre le blessé à peu près à flot.
Ixs anciens avaient , cependant , laissé sur ce point des
préceptes et des exemples également admirables. « Plura nocumenta quàm juvamenta secuta sunt phlebotomiam, » écrivait déjà Benedictus, sans doute pour les chirurgiensmajors de son temps. Lisez aussi, afin de voir comment nos pères entendaient l'hygiène, la belle et pratique consultation de Montanus pro nobili viro; pro honesiissima uxore.
Massa connaissait bien l'action débilitante des mercuriaux, et le danger de cette action. Aussi conseillaiWl de laisser reposer les malades après huit ou dix frictions. Il les nourrissait bien, les remettait en point, puis recommençait la cure mercurielle. Il cite d'abord un jeune homme de vingt ans, affecté d'ulcères à la gorge et au palais, qui ne put guérir que grâce à ces prudentes alternatives. Mais l'histoire suivante contient, sous ce rapport, un enseignement si précis que vous ne serez pas fâché de l'entendre tout au long.
Massa eut à soigner, dit-il, un homme riche qui, couvert d'ulcères et de caries, après plusieurs traitement inutiles (subis à Lyon), vint à Venise. Massa lui conseilla d'abord d'attendre le printemps. Alors, en février, puis en août, il fit successivement exécuter deux traitements par le bois indien, mais le tout infructueusement. Le domestique de ce client vint alors, à son insu, chez Massa, et lui révéla la vraie cause de l'insuccès. Le malade avait cru bien faire de s'abstenir de viande et de vin, malgré les prescriptions de son médecin, et d'après la lecture de certains Traités, Massa lui reprocha sa désobéissance, obtint qu'il suivrait un régime plus réparateur, et le guérit en deux mois, par le môme remède qui, sous l'influence d'un régime débilitant, avait échoué. Aussi termine-t-il sa relation par ce précepte formel : « .^ger tamen cum bonis cibariis semper nutriatur. »
198 DE LA SYPHIUS.
L'importance des autres conditions de l'hygiène n'était pas moins connue de nos devanciers. Sans vouloir imposera votre complaisance les produits d'une érudition aussi fastidieuse qu'elle est aisée à acquérir, je veux seulement vous montrer qu'ils appréciaient à sa valeur l'influence du moral sur le cours de la vérole. Torella avait un malade depuis plusieurs nuits privé de sommeil. Le digne évêque-docteur s'assit à côté de son lit, l'encouragea, le réconforta par de bonnes paroles : « Et Deus sit mihi testis, ajoute-t-il, quod ipse retulit mihi quod, nocte illâ, dormivit ex solâ imaginatione firmâ et ex spe salutis. » — Quant aux effets de la gymnastique, Brassavole nous en donne la preuve dans l'histoire de cet homme qui se guérit de douleurs nocturnes en allant souvent tirer la corde de la grosse cloche de l'église de Ferrare ; d'où sans doute le dicton : Dormir comme un sonneur de cloches!
Les agents reconstituants méritent le premier rang, ai-je dit. Cela est si vrai. Messieurs, que lorsqu'un malade a naturellement dans sa constitution les conditions que les agents de cet ordre ont pour but de créer, on voit alors la vérole être, sur lui, bénigne. Un industriel de Lyon, homme de 37 ans, fort vigoureux, sanguin, paradoxalement insouciant, bien mangeant, mieux dormant, vivant au grand air, doué d'une santé jusqu'alors à l'abri de toute atteinte, prend la vérole. Il ne songe qu'au bout de deux mois à consulter. Sa maladie était d'intensité moyenne. EUe guérit dans l'espace de temps ordinaire et guérit parfaitement, sans qu'il eût jamais pu s'astreindre à exécuter, à peu près exactement, le traitement mercuriel que j'avais jugé indiqué.
Mais cet homme était marié. Malgré mes avertissements, il transmit la vérole à sa femme. Celle-ci, maladive déjà, âgée de près de quarante ans, souffrante des suites de plu-
sieurs grossesses, retenue au logis par les soins du ménage et par des yarices sujettes à se rompre, conçut un chagrin profond soit de sa maladie, soit de l'inconduite, par là démontrée, de son mari. Sous ces influences dépreésives, le mal alla en s'aggravant. Et quoique je lui eusse opposé, dès le principe, l'emploi méthodique et très-régulièrement suivi des spécifiques, elle eut une syphilide d'abord papuleuse, puis squameuse, et à une troisième récidive^ pustulo-crustacée serpigineuse du dos et des membres. Elle n'en est pas même guérie aujourd'hui, au bout de sept ans.
L'hygiène des syphilitiques comprend sept choses (c'est le langage de cette science), en d'autres termes, sept prescriptions essentielles, qu'il nous faut passer en reyue.
Alimentation. — Des mets substantiels, aussi réparateurs que digestibles, en forment la base. Proscrivez donc impitoyablement la banale formule régime doux^ que tant de médecins donnent machinalement pour conclusion à leur ordonnance.
Mais le meilleur régime n'est pas celui qu'on impose à l'estomac : c'est celui dont ce viscère s'accommode. Occupezvous donc moins de prescrire les viandes saignantes, le vin de Bordeaux, les consommés^ que de réglementer l'alimentation praticable, habituelle. Dites, dites souvent au client qu'il peut boire du vin, qu'il doit se nourrir confortablement ; il n'est pas inutile de le lui répéter, car, je le sais par expérience , il est immanquablement imbu du préjugé contraire. Mais ne lui recommandez pas cependant, avec trop d'insistance, le régime animal ; car alors il en ferait un usage presque exclusif, le prendrait bientôt en dégoût et, forcé d'y renoncer, finirait ainsi par compromettre sa nutrition.
Loin de là, le syphilitique doit être laissé parfaitement
200 DE LA SYPHIUS.
libre d'user de tout ce qui flatte son appétit. Le vin, le café ou le thé, parfois même un petit verre^ sont plutôt utiles que nuisibles, s'ils font partie des habitudes et facilitent la digestion. Au lieu de fulminer d'oiseuses interdictions, je veille à ce que l'heure des repas soit réglée ; à ce que, malgré les avertissements de l'estomac, mon client ne demeure pas trop longtemps sans manger (abus plus commun qu'on ne le croit , dans le monde dit des affaires ) ; à ce qu'il stimule à l'occasion son appétit par une cuisine un peu plus piquante, plus variée, ou par l'usage des eaux gazeuses. Dans d'autres cas, au contraire j'ai contribué au rétablissement de jeunes gens qui s'affaiblissaient de plus en plus, en les engageant à reprendre place à la table de famille, au lieu de tromper leur faim à raison de 1 fr. 25 la séance, dans les restaurants du quartier.
Air. — C'est le second aliment, celui dont on se passe le plus volontiers, peut-être parce qu'il coûte le moins. Pour des malades qui, comme les syphilitiques, vivent dans les mêmes conditions que les gens bien portants, il n'y a véritablement, sous ce rapport, qu'à rappeler les lois de l'hygiène générale. Souvenez- vous seulement que le bain d'air et de soleil n'est jamais un supplément inutile, devient parfois un secours indispensable à ces sujets chez qui l'action vitale languit. C'est ainsi que le séjour, ou seulement des courses quotidiennes, à la campagne sont l'un des moyens de guérison les plus puissants dont nous disposions pour les habitants étiolés de nos cités populeuses.
Sommeil — Denrée non moins nécessaire, mais non moins dédaignée que la précédente. La jeunesse est l'âge de la vérole : c'est aussi l'âge où l'on emprunte volontiers, sans souci de la restitution, au capital précieux que représentent les nuits. Qu'ils s'y livrent entraînés par l'appât du plaisir, ou qu'ils l'excusent sous prétexte d'habitudes labo-
rieuses, ue tolérez jamais cet abus chez vos malades. Obtenez qu'ils se mettent au lit vers dix heures, afin de se lever plus matin. Un syphilitique n'a plus rien à faire qu'à aller se coucher, quand il a veillé assez tard pour que, la digestion de son dîner terminée, il ait pu prendre sa pilule ou sa dose d'iodure.
Calorique et hygrométrie. — Un appartement sec, exposé au midi, est une condition plus difficile à se procurer que les précédentes ; mais elle n'est pas moins nécessaire. Que de malades désespérés ont dû leur guérison à un changement de résidence, à un séjour en Italie, ou dans les possessions d'Afrique, — iodure de soleil ! — Notre Antiquaille, à Lyon, est admirablement disposée sous ce rapport. Aucune de ses salles n'a de croisée ouverte au nord; et ce berceau des premiers empereurs romains, qui ouvre aujourd'hui libéralement ses portes au plus humble canut^ défie toute concurrence avec les chefs-d'œuvre de l'architecture nosocomiale moderne, sur sa verdoyante colline où il est comme plongé dans un océan d'air, de lumière , de chaleur et de vivifiantes émanations végétales.
J'ai eu, sous les yeux et en fort peu de temps, plusieurs preuves de la nocuité des conditions inverses. Un ingénieur, obligé de descendre, de séjourner de longues heures dans la mine; un glacier, occupé et fort occupé dans l'un de nos premiers restaurants; deux contre-maîtres, employés au percement du tunnel de Saint -Irénée, eurent presque simultanément la vérole, dont je les soignai. Et rien, je vous assure, n'a plus contribué à me démontrer le pouvoir aggravateur du froid humide, que Tintensité et la durée peu communes que la maladie m'ofl'rit chez ces quatre sujets, jeunes d'ailleurs, et se trouvant, sous tous les autres rapports, dans les conditions les plus avantageuses d'une bonne hygiène.
Exercice. — On est conTenu d'entendre, par ce mot, le déploiement plus ou moins actif, plus ou moins répété des forces musculaires. Ne souffrez point que vos malades gardent la chambre. A peine est-ce permis quand c'est nécessaire, quand des lésions, ou trop profondes, ou trop compromettantes par leur siège, imposent une séquestration temporaire. Hors de là, réagissez contre la prostration physique et morale, contemporaine de la période prodromique, qui porte le yérolé à l'inaction. Il faut, dût-il user au début de quelques ménagements, qu'il continue ses occupations ordinaires. Rien n'engendre, n'entretient plus certainement les préoccupations syphilimaniaques, que la renonciation d'un malade aux travaux de sa profession. Pour ce motif, je repousse inexorablement la proposition, d'ailleurs très-flatteuse, de ces clients qui m'abordent en disant : « Docteur, j'ai tout quitté pour venir me mettre entre vos mains. Je m'établis à Lyon ; je ne bouge pas d'auprès de vous que vous ne m'ayez guéri ! » Ce sont là, Messieurs, de mauvaises, d'éminemment mauvaises conditions pour la cure. Loin de leur famille, loin de leurs affaires, se considérant comme des parias, ces malheureux ne songent qu'à leur maladie, comptant les jours d'exil, s'ingéniant à vous arracher, sur les moindres points de détail, un pronostic favorable, auquel ils ne peuvent voir l'événement donner le plus léger démenti sans tomber dans la plus noire mélancolie. Ils prennent scrupuleusement leurs remèdes, et cependant leur mal s'aggrave et s'éternise; nouvelle source d'inquiétude : tandis qu'un congé en bonne forme, les rendant à leurs habitudes, met fin en quelques semaines à cette situation morale si peu faite pour favoriser le mouvement de recomposition, d'où dépend le succès de tout traitement, pharmaceutique ou autre. Que l'homme vérole vive comme il vivait aupara-
vant. Il le peut, dites-le-lui. Il le doit : au nom de ses plus chers intérêts, vous ne sauriez trop le lui répéter.
C'est dans l'exercice méthodiquement réglementé, dans une sorte de demi-entralnement compatible avec une existence confortable, que notre thérapeutique puise ses moyens les plus actifs. L'équitation, l'escrime, la gymnastique, certains jeux, le plus possible pratiqués en plein air, opèrent quelquefois cette rénovation de l'organisme, ce réveil de la nutrition, si précieux pour l'œil du médecin, et qui, avec ou sans spécifiques, a décidé la cure de tant de véroles rebelles.
Tout en conseillant l'usage, je proscris l'excès. Modérez donc l'ardeur chloro-anémique de ces raisonneurs quadragénaires qui, par raison de santé, croient bien faire en s'imposant à l'époque des prodromes, une course quotidienne de tant de kilomètres, pour réagir contre l'affaiblissement dont ils se sentent atteints. — Non plus par calcul, mais par besoin, certains ouvriers veulent, malgré la prostration qui coïncide avec cette période, continuer leur travail fatigant. Obtenez qu'ils terminent leur journée quelques heures plus tôt, sous la promesse, facile à tenir grâce à l'iode et au fer, que ce sacrifice ne sera pas de longue durée.
Continence. — Tous les syphilitiques se ressemblent, sous ce rapport. A notre première interrogation sur son aptitude génésique actuelle, « Ohl docteur, s'écrie le client presque offensé, ne m'en parlez pas, ne m'en parlez plus. La leçon est bonne; elle sufQra. Si jamais on m'y rattrape!... » Trois mois ne sont pas écoulés qu'il revient vous consulter... et vous constatez, non sans une certaine satisfaction, qu'il ne vous accorde pas sa confiance uniquement pour des récidives. Ne faites donc nul fond sur ce découragement passager. Dès qu'il accepte la conversation sur cet
article, dites à votre client la vérité sans hyperbole. A l'âge où Ton prend la vérole, il serait anti-hygiénique de s'astreindre à une continence insolite : j'ai déjà dit qu'il y a inconvénient à prendre alors de nouvelles habitudes. Mais il serait certes plus dangereux encore de s'épuiser en des plaisirs trop fréquents. Je ne demande pas au syphilitique de résister héroïquement, jusqu'à ce que spermatorrhée s'ensuive, à l'aiguillon de la chair. Mais qu'il attende seulement que cet aiguillon se fasse sentir. — Succombez, s'il le faut., s'il y a péril en la résistance ; mais ne vous rendez qu'avec les honneurs de la guerre. Ne courez jamais audevant de la tentation. — Je permets le pot-au-feu pour apaiser la grosse faim normale ; mais point de ces condiments qui entretiennent un appétit factice.
De pareils écarts de régime sont de tous les plus capables de porter atteinte aux forces. Je me rappelle un jeune noble, demi-campagnard, demi-citadin, qui, toutes les semaines pour le moins, venait à Lyon faire un souper longuement et diversement arrosé. La vérole se trouvait fort mal de ce régime, et les récidives se succédaient comme les soupers. Malgré mes avertissements, il persista, et peu à peu le mal passa à l'état tertiaire.
Moral. — Nous avons à apprécier les influences de cet ordre sous un double rapport, selon qu'elles ont ou n'ont pas de rapport avec l'affection principale. Ainsi, un syphilitique a sans doute besoin, pour guérir, que les émotions, les soucis, le travail de tête trop assidu, les préoccupations absorbantes lui soient épargnés ou ménagés. Mais ce sont là des conditions propres à tout malade, à toute maladie, et qui n'ont ici ni exigences plus impérieuses ni moyens d'exécution différents.
Ne nous attachons donc qu'à ce qui a trait à l'objet spécial des craintes de nos clients. L'idée qu'on est atteint de
la syphilis a bien de quoi terrifier. Cet effroi où nous plonge la fatale nouvelle, je le comprends quoique sans l'avoir éprouvé. Mais vous allez, vous-même, Messieurs, m'en fournir à rinstant la preuve. « Voudriez -vous, pour 100,000 francs, prendre la vérole? » Voilà la question que, plus d'une fois, les hasards d'une causerie intime m'ont amené à adresser à quelques confrères ; et si jamais je n'ai obtenu de réponse affirmative, je vois bien, au frémissement qui accueille ma proposition, qu'aucun de vous non plus n'a hâte de demander la parole pour conclure ce marché.
Certes, je ne suis pas ici l'avocat de la vérole ; mais votre répulsion,— qui, d'ailleurs, m'est tout à fait commune, — part, permettez-n;oi de vous le dire, d'un préjugé tenant à notre excès d'instruction. Tous plus ou moins spécialistes, instinctivement nous sommes portés à généraliser ce dont nous avons été quelquefois témoins; nous supposons au virus le plus terrible des pouvoirs, celui d'être à même d'éclater, dans tous les cas, à toute heure, à toute échéêmce, contre toute prévision, malgré tout remède, en effets désastreux, en lésions osseuses, nerveuses ou viscéralesl...
Appliquez plus rationnellement à vos malades les corollaires de la présente étude. Tenez-leur, dès le premier jour, un langage en harmonie avec les rassurants principes que j'ai défendus. « La vérole est forte ou faible, leur direzvous : et son degré, pour nous reconnaissable de très-bonne heure, nous indique à la fois la somme du mal à en attendre, et la nature du traitement à lui opposer. Faible, elle s'épuise en quelques insignifiantes poussées; forte, elle commande l'emploi immédiat de spécifiques qui en font promptement et sûrement justice. »
Jusqu'à quel point ces paroles sont-elles l'expression de la vérité absolue, de la vérité sans exceptions possibles?...
Ce u'est pas dans un amphithéâtre où j'ai le plaisir et le regret d'apercevoir quelques anciens clients que je me permettrai de le dire. Mais la partie saine de mon auditoire comprendra bien ce que je ne puis que sous-entendre. D'ailleurs, s'il est utile, s'il est parfois nécessaire de mesurer la vérité goutte à goutte aux syphilitiques, si , pour sauver ces malheureux , le médecin ne doit jamais hésiter à sacrifier sa réputation d'infaillibilité, cette tâche n'est pas au-dessus de notre courage. Dans combien de maladies réellement incurables, ne sommes -nous pas tenus à une semblable abnégation? Et, sans sortir du sujet, comment les anciens médecins, ceux qui croyaient à la toutepuissance préservative et curative du mercure, s'arrangeaient-ils donc de manière à ce que, durant le long cours de sa vérole, leur client ne perdit un seul instant confiance, ni dans le docteur, ni dans le remède qui, tous deux, lui avaient promis de le guérir radicalement en trois mois?
Mais, en même temps que les choses à faire, je dois signaler les choses à éviter. Les principaux obstacles résultent, je l'ai souvent observé, non pas de la pénurie, non pas de l'impossibilité de satisfaire aux lois de l'hygiène, mais de cette étrange manie qui conduit ceux qui en connaissent le mieux le prix, à les braver ouvertement, par insouciance ou par bon ton ! Ce n'est pas la misère des' pauvres, qui est le grand écueil de nos traitements : c'est la misère des riches. Ai-je tort d'appeler ainsi cette existence de brutes, enviée par de plus brutes encore, qui se passe, la journée à l'écurie ou au chenil, la nuit, au milieu des fiévreuses émotions du jeu, dans une atmosphère échauffée, viciée, empestée par le gaz, l'encombrement et la fumée de tabac, retranchant ainsi à la fois le sommeil nocturne, l'air pur, le calme d'esprit et l'exercice musculaire? Telle est
cependant, Messieurs, la vie aisée^ la vie dont il n'est donné qu'aux heureux du jour de livrer le spectacle à l'admiration, aux jalousies du vulgaire I Quelles perturbations nerveuses, quelles maladies organiques développent ces caducifiantes habitudes? Ce n'est pas ici le lieu d'en essayer l'esquisse ; je laisse ce soin à la science moderne, qui a dû chercher de nouveaux noms pour les produits de l'abâtardissement où s'abîme une génération aussi incapable de sens moral que de sens littéraire. Tout ce que je puis dire, ce que j'affirme, au nom d'une expérience de vingt ans, c'est que c'est dans cette fange, je veux dire dans ces cercles dorés, que la tertiaire lève ses meilleures recrues; la tertiaire, cette vérole , désormais devenue diathèse , et qui , comme telle, a pour règle de ne pas guérir (1). Que d'exemples n'en pourrais-je pas citer ici, de mémoire I Ils se pressent sous ma langue : depuis l'insouciant artiste qui, avec son palais^ y a perdu sa villa; depuis le ponte forcené, dont la docilité, aux meilleurs jours, consistait à se faire adresser, par le pharmacien, ses pilules à son cercle; depuis le jeune néophyte qui, par la stricte observance des gais refrains du Caveau, s*est fait à lui-même, s'est fait, de presque rien, une vérole monstre; jusqu'à ce trop séduisant notaire, que chaque dame de sa connaissance, celle de pique en tête, a de plus en plus engagé dans les sentiers serpigineux qui conduisent au tertiarisme... et à la faillite; jusqu'au joueur incorrigible qui, porteur d'une périostose humérale, me disait, ces jours-ci : « Je sens parfaitement, et seulement les nuits où je joue, les douleurs du bras se déclarer deux heures environ après que je me suis mis au baccarat. »
Il est une autre coutume qui, quoiqu'à un degré infé-
(1) Voyez Note 5.
rieur, agit dans le même sens et fait de non moins nombreuses victimes. Avec Texcès de population et l'excès de production qui caractérisent notre milieu social, il serait peu prudent, pour le manufacturier, de se fier exclusivement aux soins qu'il apporte dans sa fabrication. De là, les voyageurs pour la commission^ leur multitude croissante, et la célérité obligée de locomotion qui les distingue. Il faut devancer le représentant de la maison rivale I... et Ton passe une, deux, cinq, vingt nuits par mois en vagon. — Il faut absolument faire une ville avant ce rival non moins alerte que vous!... et, à peine débarqué, Ton court, par neige, boues et pluie, stationner, — et chapeau bas, s'il vous plaît, — dans dix ou douze magasins froids et humides. — Il faut enfin, hic ia6or, il faut décider le client!... et ici commence l'assaut, au petit verre ; car il est de règle, dans ce monde-là, qu'on n'emmanche ni ne conclut d'affaires ailleurs qu'au café. Point de consommation, point de commission; telle est la charte promulguée par messieurs les limonadiers, je pense, et contre laquelle aucune protestation, aucune gastrite n'a encore pu prévaloir.
Doutez-vous des conséquences de ce régime sur la marche de la syphilis, Messieurs ? Écoutez encore un exemple : ce sera le dernier.
Un marchand de confections prend, en mars 1859, une syphilis de moyenne intensité. Il la donne en mai, à sa femme, chez qui elle commence par un chancre induré très-bien caractérisé de la grande Jèvre gauche. La vérole de madame fut d'abord plus forte que celle de monsieur : céphalée violente, syphilide à macules lie de vin, impétigos capiliSj plusieurs récidives. Tous deux furent traités par les spécifiques, mais tous deux suivirent leur traitement assez irrégulièrement. Un confrère leur donnait alors ses soins en même temps que moi.
r Or, en novembre 1860, madame, bonne ménagère, gardant la maison, soignant ses enfants, était depuis longtemps guérie, sauf quelques plaques blanches presque insignifiantes du bord de la langue.
Monsieur, au contraire, quoique ayant été d'abord moins rudement atteint, ne peut parvenir à se débarrasser. Il a eu, en dernier lieu, le 20 août, puis le 30 septembre, enfin le 15 novembre, des récidives consistant en céphalée, plaques muqueuses gutturales, éruption générale érythématopapuleuse.
Il explique d'ailleurs très-bien ces récidives et leurs époques d'apparition par la coïncidence des époques où il voyage. « En voyage, docteur, me dit-il, vous savez, on est obligé d'accepter de tous, puis de rendre {omnibus dai et ah omnibus accipit) sous peine de ne point prendre de commissions. Je me suis vu forcé quelquefois de boire, en une matinée, jusqu'à quatre verres d'absinthe, que je ne puis souffrir. » Au retour de ces tournées, surmené, abasourdi, la tête lourde, les yeux injectés, souffrant d'éblouissements, de tremblements, il est non-seulement empressé, mais réellement obligé de venir reprendre, dans la vie de ménage, des forces pour uue nouvelle épreuve. Aussi soupire-t-il après le moment où il pourra, en quittant cette vie atroce, quitter aussi sa vérole.
Je ne finirai pas sans dire un mot du tabac, cette volatile poudrette, ce honteux antipode de toute politesse et de toute propreté. Que d'autres l'attaquent au nom de l'hygiène de la bouche, de l'intégrité de l'assimilation digestive, des intérêts du progrès intellectuel, etc., je ne lui fais, moi, qu'un reproche, mais il ne s'en lavera pas : il entretient et propage la vérole. — m'entretient; car le fumeur voit persister ses plaques muqueuses buccales tant qu'il fume, c'est-à-dire
indéfiniment, malgré toutes nos remontrances et malgré
toutes ses promesses (1). — Il la propage; car les plaques muqueuses buccales étant la lésion syphilitique la plus indolente, et partant la plus aisée à méconnaître, c'est par elles que la maladie peut le mieux se transmettre à Tinsu de celui qui la donne comme à Tinsu de celui qui la prend. Que les fumeurs y songent, — ou plutôt qu'on y songe autour d'eux, car cette espèce n'est pas dlsciplinable, — tout
(1) Première visite (après avoir constalé des plaques muqueuses
amygdalines).
Moi : Monsieur, il ne faut plus fumer de quelque temps. Le client : Comment! ne plus fumer du tout?
If ot : Plus du tout l voire guérison est à ce prix. Le client : Allons! c'est dur; mais puisqu'il le faut, on s'y conformera.
Deuxième visite (au bout de quinze jours).
Moi : Et... vous avez fumé.^'
Le client : Oh ! docteur, rien que deux petites cigarettes : Tune en me levant; l'autre, de rigueur, vous comprenez, après dîner.
Moi : A la bonne heure ! mais, je vous le répète, avec ce système-là, vous ne guérirez pas, vous ne guérirez jamais.
Le client : Oh ! alors, si vous le prenez sur ce ton, ma résolution ^st irrévocable, et vous verrez!
Troisième visite (au bout de quinze autres jours).
Moi : Eh bien! avez-vous tenu parole? Ces cigarettes...?
Le client : Ma foi! docteur, j'ai fait ce que j'ai pu. Mais, vous savez, la soirée est longue, on fume autour de moi; l'exemple est contagieux, et...
Moi : Je comprends. Eh bien ! cherchez ailleurs qui vous traite. II m'est impossible de vous guérir malgré vous. Votre gosier restera éternellement malade tant que vous fumerez.
Le client (comme s'il l'entendait pour la première fois) : Du moment que vous me parlez ainsi, mon parti, cette fois, est bien arrêté. En rentrant à la maison, je casse mes pipes et je distribue mes londrès.
Et la quatrième visite?... Elle ressemble exactement à la troisième, ainsi qu'à toutes les suivantes ! Et cette conversation se répète toute j^année chez moi, comme dans le cabinet de tous les spécialistes!
tuyau de pipe non-seulement est une sentine , mais peut devenir un fléau.
En énumérant l'un après l'autre les divers éléments modificateursclont Thygiène dispose, je n'ai pas voulu conseiller de renoncer au puissant moyen d'action qui résulte de leur emploi simultané. Certaines eaux minérales, les bains de mer, les établissements hydrothérapiques, les stations d'hiver offrent réunies les conditions les plus propres à opérer la reconstitution organique. Ne leur demandez pas davantage; mais utilisez le plus souvent possible les ressources que le perfectionnement industriel nous offre sous ce rapport. Un voyage fait à propos, un changement de résidence, d'habitude, d'alimentation, de société (mais toujours en tenant compte des goûts du malade), la guérison d'une autre maladie m'ont plus d'une fois procuré des guérisons que la pharmacie, avec la simple observance des conditions de l'hygiène commune, s'était vue impuissante à réaliser. Je puis vous citer trois exemples décisifs de cette heureuse influence :
La jeune domestique d'un agent d'affaires avait successivement reçu de son maître la vérole, puis son congé. Malheureusement, placée easuite chez un petit débitant, dans un rez-de-chaussée humide, maigrement nourrie, plus elle dépérissait, plus sa syphilis s'aggravait. Enfin, elle avait cessé de me consulter lorsque , quinze mois après , je la revis grasse, fraîche et parfaitement guérie. Qu'avait-elle fait? Pas le moindre traitement, si ce n'est celui d'un traiteur chez qui elle s'était placée; bonne maison où, comme ràne de la fable, elle eût pu dire :
J'attrapais, s'il m'en souvient bien,
Quelques morceaux de choux, qui ne me coûtaient rien.
Ce restaurant , en outre , était à la campagne .y ce qui
avait doublé les chances de sa giiérison, depuis lors restée solide.
J'avais également perdu de vue, après deux ans de soins infructueux, une délicate et blonde petite femme^ qu'un de mes clients, repartant pour TAllemague, avait léguée à mes soins. Lymphatique , mal réglée , gastralgique, Ariane par -dessus le marché, elle était dans les conditions physiques, morales et pécuniaires les plus propres à expliquer la gravité de sa progressive vérole, qui alla jusqu'aux périostoses et à un ulcère perforant du voile palatin. — Je l'avais donc perdue de vue lorsque, il y a un an, elle m'est revenue, méconnaissable sous tous les rapports. Aussi lasse de pleurer que de boire de l'iodure, et ne trouvant pas, me dit-elle, que l'un servît plus que l'autre, elle avait bravement pris son parti... et un atelier de confections. Elle travaille; et dans le travail elle a trouvé le calmp, l'aisance et la santé, sans remèdes.
Un jeune homme de 28 ans .me consulta, le 16 janvier 1859, pour un chancre induré. Il me raconta, en môme temps, que depuis deux ans, il avait par le rectum des pertes de sang qui l'avaient beaucoup affaibli, et lui donnaient des battements de cœur, des vertiges, une pâleur maladive. — Je lui fis prendre du perchlorure de fer à l'intérieur et eu injections. Les hémorrhagies cessèrent; et, quoique la vérole ait suivi son cours, j'ai eu le plaisir de constater que, grâce à la rapide suppression du flux rectal, il n'est jamais retombé, même à l'époque de la chloro-anémic prodromique, à un état de prostration à beaucoup près aussi prononcé que celui où il était avant mon traitement.
Le mariage, avec la vie réglée qu'il comporte, avec les nouvelles et douces préoccupations qu'il crée, est un précieux agent thérapeutique. Plus d'une fois, j'ai fait plus que le permettre à do malheureux jeunes gens, chez qui de
légères, mais interminables récidives étaient dues indirectement à risolement, à la tristesse, au défaut de soins, inhérents h l'état de célibataire. Il est bien entendu qu'en donnant mon consentement, j'ajournais le moment où ils pourraient devenir pères, jusqu'à une époque que je me réservais de fixer ensuite d'après l'évolution morbide ultérieure. Il est bien entendu, encore, que je leur recommandais de suspendre tout rapport intime dans le cas où auraient reparu, soit aux parties génitales, soit à la bouche, des lésions dont ces malades-là ont trop l'habitude pour ne pas les reconnaître à l'instant. ,
Tout ceci ne doit pas se dire à la légère, sur le pas de la porte du cabinet, en reconduisant le client. Ne croyez pas votre devoir rempli quand, par acquit de conscience, vous avez écrit au bas de l'ordonnance : « Distractions, régime fortifiant. » Ce n'est pas ainsi, j'aime à le croire, Messieurs, que votre cœur comprendra le rôle qui vous est assigné. Du premier jour où un syphilitique vous a donné sa confiance, il faut la mériter. Ciommencez donc, et dès le début du chancre, à vous enquérir des conditions intrinsèques et extrinsèques où il se trouve. Prenez en main ses intérêts, agissez en père de famille. Informez-vous de ses habitudes, de sa profession, de l'exposition des croisées de la chambre où il couche, de la manière dont se composent ses repas, de la société qu'il fréquente, de l'emploi de ses soirées, etc. Presque toujours, presque partout, il y a là quelque chose à modifier.
I^ mal progresse-t-il néanmoins, devenez plus explicite, plus impératif, indiquez les sacrifices qu'il est bon, ceux qu'il est obligatoire de s'imposer. Un repas à là fourchette de plus par jour, un voyage d'agrément, une saison de villégiature, une promenade quotidienne à cheval, sont qiielquefois le coup de fouet nécessaire pour donner à la
nature languissante le ressort sans lequel rien ne se répare, rien ne s'élimine.
Insistez pour obtenir, en ce genre, ce qui vous paraît être indispensable. Parfois le client est persuadé; mais sa parcimonie prend le dessus. Faites-lui observer qu'en le dispensant de fumer ^ ainsi que d'acheter quinze bouteilles de sirop dépuratif, à 10 fr. l'une, vous économisez, à son profit, une assez jolie somme, dont il vous permettra bien de lui indiquer l'emploi le plus utile. — Dans quelques cas, au lieu de vagues exhortations, en présence d'un malade dépouiTu d'initiative, vous aurez à lui suggérer vos idées, à combiner avec lui tout un plan de résistance contre l'action délétère du virus. — Enfin, est-il besoin de rappeler au médecin les cas où, la consultation terminée, sa main devra s'ouvrir^ mais non pour recevoir? Qu'il ait agi par le bienfait, par le conseil, ou par l'influence de recommandations, toujours puissantes dans notre bouche, que jamais il ne se lasse. Il est bien payé de sa peine lorsque, sous ses yeux, grâce à lui, s'opère une de ces résurrections graduelles où la cure spéciale n'est qu'un effet du retour de la santé générale, et qui défient en solidité les plus brillants résultats de l'emploi des spécifiques.
Encore un mot, Messieurs; mais ce n'est plus le professeur qui vous parle. Lorsque je formai le projet de venir exposer ici, à Paris, une manière nouvelle d'envisager la syphilis, je sentais toute la témérité de cette entreprise. Je résistai cependant aux prudents ou timides conseils qui me prêchaient l'abstention. Trop de motifs me poussaient à marcher en avant. L'époque d'abord : c'était le moment de l'année où un cours sur la matière est toujours particulièrement bien venu; où, après les orages du carnaval, vous
aimez assez, je le sais par expérience, entendre parler de thérapeutique spéciale. — Je me disais aussi que je ne venais pas seul parmi vous; que j'y représentais TÉcole syphiligraphique lyonnaise, cette école si ardemment investigatrice, si consciencieusement indépendante; cette école de laquelle il m'est permis, même à moi. Messieurs, de dire tout le bien que j'en pense, en vous rappelant qu'elle a commencé par M. Baumes, et qu'elle se continue aujourd'hui par un homme tel que M. RoUet. — Enfin n'était-il pas le plus malheureusement opportun pour un tel enseignement, le jour où notre illustre maître, où Ricord, privé de son fauteuil, attend encore la chaire du haut de laquelle j'espère bien l'entendre prochainement développer ses brillantes doctrines, telles que l'expérience lui aura appris à les perfectionner?
Si j'avais hésité, cependant. Messieurs, vous ne m'auriez pas laissé un seul instant regretter d'avoir plus écouté mon zèle que mes forces. Votre bienveillance ingénieuse a cherché, a su découvrir tous les prétextes pour me faire un accueil dont vos plus dignes maîtres pourraient être jaloux. Est-ce le professeur inconnu, toutefois, est-ce seulement le syphiligraphe que vous applaudissiez si chaleureusement dès notre première entrevue? Non. D'obligeantes indiscrétions m'avaient ici devancé. L'on vous avait dit, sans doute, que ma main ne touche pas exclusivement le porte-nitrate; qu'elle tient aussi une plume, et que cette plume a toujours été vouée à la défense de vos intérêts, j'entends de ces intérêts que vos véritables amis peuvent ostensiblement épouser : l'extension libérale des moyens d'instruction, et le rétablissement du concours pour tous les degrés de la hiérarchie enseignante.
Mais ces rapports que votre sympathie vient d'établir entre nous, doivent-ils se rompre aussi aisément qu'ils se sont
formés?... L'émotiou que j'éprouve en vous disant adieu, me défend de le croire. Laissez-moi partir sous de meilleurs auspices, Messieurs. Permettez-moî d'espérer que, de votre côté comme du mien, aucune occasion ne sera négligée pour resserrer des liens dont je m'étais fait une si prompte et si douce habitude. Et lorsque, dans vos veilles studieuses, lorsque, durant vos efforts pour le perfectionnement de notre belle science, mon nom se présentera à votre pensée, dites-vous, dites-vous bien que c'est le nom d'un homme que vous avez rendu heureux, d'un homme qui, grâce à vous, emporte avec lui un souvenir qui lui est plus précieux, plus cher que tous les rubans et tous les titres.