‹ Histoire naturelle de LacépèdeChapitre 172 sur 535 · LE CORYPHÈNE CASQUE. [l · texte numérisé non relu

LE CORYPHÈNE CASQUE. [l

LE CORYPHÈNE HIPPURUS !.

Coryphæna Hippurus, Linn., Bl., Lacep., Cuv.:.

De tous les poissons qui habitent la haute

4 Dorade. — Rondanino, sur la côte de Gênes. — Zam-

2 Du sous genre des Coryphènes proprement dits, dans le

| grand g*üxre Coryphène de M. Cuvier. D.

DES POISSONS

mer, aucun ne parait avoir reçu de parure plus magnifique que les coryphènes. Revêtus d’écailles grandes et polies, réfléchissant avec vivacité les rayons du soleil, brillant des cou- ‘eurs les plus variées, couverts d’or, pour ainsi dire, et resplendissant de tous les feux du diamant et des pierres orientales les plus vrécieuses , ils ajoutent d'autant plus, ces co- 2yphènes privilégiés, à la beauté du spectacle Île l'Océan, lorsque, sous un ciel sans nuages, 1e légers zéphyrs commandent seuls aux ondes, qu’ils nagent fréquemment à la surface des eaux, qu'on les voit, en quelque sorte, sur le sommet des vagues, que leurs mouvements très-agiles et très-répétés multiplient sans cesse les aspects sous lesquels on les considère , ainsi que les reflets éclatants qui les décorent, et que, voraces et audacieux, ils entourent en grandes troupes les vaisseaux qu’ils rencontrent, et s’en approchent d’assez près pour ne rien dérober à l'œil du spectateur, de la variété ni de la richesse des nuances qu’ils étalent. C’est pour indiquer cette prééminence des coryphènes dans l'éclat et dans la diversité de leurs couleurs, ainsi que dans la vélocité de leur course et la rapidité de leurs évolutions, et pour faire allusion d’ailleurs à la hauteur à laquelle ils se plaisent à nager, que, suivant plusieurs écrivains, ils ont recu le nom générique qu'ils portent, et qui vient de deux mots grecs, dont l’un, zopuyr, veut dire sommet, et l’autre, vé, signifie je nage. On a également prétendu que la dénomination de coryphène, employée dès le temps des anciens naturalistes, désignait une des formes les plus remarquables des poissons dont nous parlons, c’est-à-dire la position de leur nageoire dorsale, qui commence très-près du haut de la tête. Quelque opinion que l’on adopte à cet égard, on ne peut pas douter que le nom particulier d’Hippurus,

pugo, en Espagne, — Dolphin, en Angleterre. — Dorado, dans plus. autres endroits de l'Europe. — Coryphéne dofin, Naubenton, Enc. méth. — Jd. Bonnaterre, pl. de l'Enc. aéth.— NOsbeck, It. 507,—1e Coryphæna caudà bifurcä, etc. » Artedi,gen. 13, syn. 28, — Ÿrroupoc , Arist., L 8, c. 15. — Id. Oppian., 1.1, p. 8. — Zd. Athen., 1. 7, p. 504. — Hippurus, Ovid., v. 95. — Zd. Plin., 1.9, c. 46; et 1. 52, c. 11. — Lampugo, Hippurus, Rondelet, part. 4, 1.8, c. 48. — Jd. Gesner, p. 504 et 425, — (Germ.) fol. 44, a. — Icon. animal., p.75, — Aldrov.,L. 5, c. 17, p. 506. — Jonston , 1. 4, tit. 4, c.4,a,6, tab. 1. — Charlet., p.424. — Willughby, Ichth., p. 215, tab. O, 1, fig. 5. — Rai, p.100, n. 4. — ÆEquisele, Equiselis, Gaz. Arist., 1. 4, ©. 10; et1. 8, ©. 45. —« Hippu- « rus pinnis branchialibus deauratis, etc. » Klein, Miss. pisc. 5, p.55, n. 1,2

ou de Queue de chevat, donné à l’une des plus belles espèces de coryphène, ne vienne de la conformation de cette même nageoire dorsale, dont les rayons très-nombreux ont quelques rapports avec les crins du cheval. Cet hippurus, qui est l’objet de cet article, parvient quelquefois jusqu’à la longueur d’un mètre et demi.

Son corps est comprimé aussi bien que sa tête ; l'ouverture de sa bouche très-grande ; sa langue courte; ses lèvres sont épaisses ; ses mâchoires garnies de quatre dents aiguës et recourbées en arrière. Un opercule composé d’une seule pièce couvre une large ouverture branchiale ‘; la ligne latérale est fléchie vers la poitrine, et droite ensuite jusqu’à la nageoire caudale, qui est fourchue; les écailles sont minces, mais fortement attachées.

À l'indication des formes ajoutons l’exposition des nuances , pour achever de donner une idée de ce superbe coryphène. Lorsqu'il est vivant, dans l’eau, et en mouvement, il brille sur le dos d’une couleur d’or très-éclatante, mêlée à une belle teinte de bleu ou de vert de mer, que relèvent des taches dorées et le jaune doré de la ligne latérale. Le dessous du corps est argenté. Les nageoires pectorales et thoracines présentent un jaune très-vif, à la splendeur duquel ajoute la teinte brune de leur base ; la nageoire caudale , qui offre la même nuance de jaune, est d’ailleurs bordée de vert; celle de l'anus est dorée; et une dorure des plus riches fait remarquer les nombreux rayons de la nageoire dorsale, au milieu de la membrane d’un bleu céleste qui les réunit.

C’est ce magnifique assortiment de couleurs d’or et d’azur qui trahit de loin le coryphène hippurus, lorsque, cédant à sa voracité naturelle , il poursuit sans relâche les trigles et les exocets, dont il aime à se nourrir, contraint ces poissons volants à s’élancer hors de l’eau, les suit d’un regard assuré, pendant que ces animaux effrayés parcourent dans l'air leur demi-cercle, et les recoit, pour ainsi dire, dans sa gueule, à l'instant où, fatigués d’agiter leurs nageoires pectorales, et ne pouvant plus soutenir dans l’atmosphère leur corps trop pesant, ils retombent au milieu de leur fluide natal sans pouvoir y trouver un asile.

Non-seulement les bippurus cherchent ainsi

{ A la membrane des branchies 40 rayons, à la nageoire du

dos 60, à chacune des pectorales 20, à chacune des -thoracines f à celle de l'anus 26, à celle de la queue 20.

à satisfaire le besoin impérieux de la faim qui | les presse, au milieu des bandes nombreuses | de poissons moins grands et plus faibles qu'eux; | mais encore, peu difliciles dans le choix de! leurs aliments , ils voguent en grandes troupes auteur des vaisseaux, les accompagnent avec | constance , et saisissent avec tant d’avidité tout ce que les passagers jettent dans la mer, qu’on a trouvé dans l’estomac d’un de ces poissons jusqu’à quatre clous de fer, dont un avait plus de quinze centimètres de longueur.

On profite d'autant plus de leur gloutonnerie | pour les prendre, que leur ehair est ferme et très-agréable au goût. Pendant le temps de leur | frai, c’est-à-dire dans le printemps et dans l’automne, on les pèche avec des filets aupres des rivages , vers lesquels ils vont déposer ou féconder leurs œufs; et dans les autres saisons, où ils préférent la haute mer, on se sert de lignes de fond ‘, que la voracité de ces coryphènes rend très-dangereuses pour ces ani-| maux. Ce qui fait d’ailleurs que leur recherche | est facile et avantageuse, c'est qu’ils sont en | très-grand nombre dans les parties de la mer qui leur conviennent, parce qu'indépendamment de leur fécondité, ils croissent si vite, qu'on les voit grandir d’une manière trèsprompte dans les nasses où on les renferme !

après les avoir pris en vie.

Ils vivent dans presque toutes les mers chaudes et même tempérées. On les trouve non-seulement dans le grand Océan équatorial , improprement appelé er Pacifique, mais encore dans une grande portion de l'Océan Atlantique , et jusque dans la Méditerranée.

LE CORYPHÈNE DORADON ?.

Coryphæna equiselis, Linn., Gmel.; Coryphæna aurata, Lacep:; Coryphæna bippurus, Cuy.°.

Nous conservons ce nom de Doradon à un coryphène qui a plusieurs traits communs avec Yhippurus, mais qui en diffère par plusieurs

4 Voyez, sur les lignes de fond, l'article de la Raie houclée, et celui de la Muréne congre.

2 Coryphène doradon, Daubenton, Enc. méth.— Jd. | Bounaterre , pl. de l'Enc. méth. — Dorado, Osbeck, It. 508 — Guaracapema, Marcgrav., Brasil, p-. 160. — Zd. Piso, End., p. 160. — Willughby, Ichth., p. 214. — Rai, Pisc., p- 109, n. 2.

* Selon M. Cuvier, il n'est pas bien constant que ce poisson diffère spécifiquement du précédent. D.

autres. Il en est séparé par le nombre des rayons de la nageoire dorsale, qui n’en resferme que cinquante ou environ , par celui des rayons de la membrane des branchies , qui n’en comprend que six, pendant que la membrane branchiale de lhippurus en présente sept et

quelquefois dix, et de plus par la disposition

des taches couleur d’or qui ne sont disséminées que sur la partie supérieure du corps et de la queue. D'ailleurs, en jetant les yeux sur une peinture exéeutée d’apres les dessins coloriés et originaux du célebre Plumier, laquelle fait partie de la belle collection de peintures sur vélin déposées dans le Muséum d'histoire naturelle, et qui représente avec autant d’exactitude que de vivacité les brillantes nuances du doradon , on ne peut pas douter que ce dernier coryphène n’ait chacun des opercules de ses branchies composé de deux lames, pendant que l’opercule de l’hippurus est formé d’une seule pièce. On pourra s’en assurer, en examinant la copie de cette peinture, que nous avons cru devoir faire graver ‘. Au reste, l’agilité, la voracité et les autres qualites du doradon, ainsi que les diverses habitudes de ce poisson, sont à peu près les mêmes que celles de l’hippurus ; et on le trouve également dans un grand nombre de mers chaudes ou tempérées.

LE CORYPHÈNE CHRYSURUS :.

Coryphæna chrysurus, Lacep. ‘.

C’est dans la mer Pacifique, ou plutôt dans le grand Océan équatorial , que ce superbe coryphène a été vu par Commerson, qui accompagnait alors notre célèbre navigateur Bougainville. Il l’a observé sur la fin d’avril de 1768, vers le 16° degré de latitude australe, et le 170° de longitude. Au premier coup-d'œil, on croirait devoir le rapporter à la même espèce que l’hippurus; mais en le décrivant d'apres Commerson, nous allons montrer aisément qu'il en diffère par un grand nombre de caractères.

4 A la membrane des branchies 6 rayons, à la nagecére dor. sale 35, à chacune des pectorales 19, à chacune des thoracines 6, à celle de l'anus 25, à celle de la queue 20.

2 « Coryphus chrysurus. » — « Undique deauratus ; dorso, € pinnis, guttulisque lateralibus, cæruleis, caudâ ex auro fla- « vescente. » Commerson, manuscrits déja cités. — Dnrat de la mer du Sud. Id. ibid.

# Ce poisson n'est pas cité par M. Cuvier. D.

tds

DES POISSONS

Toute la surface de ce corvphène, et particulièrement sa queue, brillent d’une couleur d'or tres-éclatante. Quelques nuances d’argent sont seulement répandues sur la gorge et la poitrine; et quelques teintes d’un bleu céleste jouent, pour ainsi dire, au milieu des reflets dorés du sommet du dos. Une belle couleur d'azur parait aussi sur les nageoires, principalement sur celle du dos et sur les pectorales : elle est relevée sur les thoracines par le jaune d’une partie des rayons, et sur celle de l’anus, par les teintes dorées avec lesquelles elle y est mêlée; mais elle ne se montre sur la nageoire de la queue que pour y former un léger liséré, et pour y encadrer, en quelque sorte, l’or resplendissant qui la recouvre, et qui a indiqué le nom du coryphène ".

Ajoutons, pour achever de peindre la magnifique parure du chrysurus, que des taches . bleues et lenticulaires sont répandues sans ordre sur le dos, les côtés et la partie inférieure du poisson, et scintillent au milieu de l'or, comme autant de saphirs enchâssés dans le plus riche des métaux.

L’admirable vêtement que la nature a donné au chrysurus, est done assez différent de celui de lhippurus, pour qu’on ne se presse pas de les confondre dans la même espèce. Nous allons les voir séparés par des caractères encore plus constants et plus remarquables.

Le corps du chrysurus , très-allongé et très- |

comprimé , est terminé dans le haut par une

} x . a a AE : A sorte de carène aiguë qui s'étend depuis la tête |

jusqu’à la nageoire de la queue ; et une semblable carène règne en dessous, depuis cette même nageoire caudale jusqu’a l’anus.

La partie antérieure et supérieure de la tête représente assez exactement un quart de cerele, et se termine dans le haut par une sorte d’arete aiguë.

La mâchoire inférieure, qui se relève vers la

supérieure , est un peu plus longue que cette |

dernière. Toutes les deux sont composées d’un os que hérissent des dents très-petites, trescourtes, tres-aigués, assez écartées l’une de l'autre, placées comme celles d’un peigne, et très-différentes , par leur forme , leur nombre et leur disposition , de celles de l'hippurus.

On voit d’ailleurs deux tubercules garnis de dents très-menues et très-serrées auprès de

4 Chrysurus signifie queue d'or.

langle intérieur de la mâchoire supérieure, trois autres tubercules presque semblables vers le milieu du palais, et un sixième tubereule tres-analogue presque au-dessus du gosier.

La langue est large, courte, arrondie par de vant, osseuse dans son milieu, et cartilagineuse dans ses bords. L'ouverture de la bouche est peu étendue : on compte de chaque côté deux orifices des narines ; une sorte d’anneau membraneux entoure l’antérieur. Les opercules des branchies sont, comme la tête, dénués de petites écailles; ils sont de plus assez grands, et composés chacun de deux pièces , dont celle de devant est arrondie vers la queue, et dont celle de derrière se prolonge également vers la queue, en appendice quelquefois un peu recourbé.

Six rayons aplatis soutiennent de chaque côté une membrane branchiale, au-dessous de laquelle sont placées quatre branchies trèsrouges, formées chacune de deux rangées de filaments allongés : la partie concave de Pare de cercle osseux de la première et de la seconde est garnie de longues dents arrangées comme celles d’un peigne ; la concavité de l’are de la troisieme et de la quatrième ne présente que des aspérités.

La nageoire du dos , qui commence au-dessus des yeux, et s'étend presque jusqu'à celle de la queue, comprend cinquante-huit rayons ! :

les huit premiers sont d'autant plus longs qu'ils sont situés plus loin de la tête, et la longueur des autres est au contraire d'autant moindre, quoique avec des différences peu sensibles, qu’ils sont plus près de la nageoire caudale.

L'anus est placé vers le milieu de la longueur totale de l’animal ; et l'on voit, entre cet orifice et la base des nageoires thoracines, un petit sillon longitudinal.

La nageoire de la queue est fourchue, comme celle de tous les coryphènes du premier sous-genre ; la ligne latérale serpente depuis le haut de l'ouverture branchiale, où elle prend son origine, jusqu auprès de l’extrémité des nageoires pectorales, et atteint ensuite la nageoïre de la queue en ne se fléchissant que par de légères ondulations; et enfin les écailles qui recouvrent le poisson, sont allongées, arrondies

4 À la membrane des branchies 6 rayons, à la nageotre du

dos 58, à chacune des pectorales 20, à chacune des thoracines 3, à la nageoire de l'anus 28, à celle de la queue 13.

à leur sommet, lisses, et fortement attachées. On a donc pu remarquer sept traits principaux par lesquels le chrysurus diffère de l’hip-

purus : premièrement, le nombre des rayons |

n’est pas le même dans la plupart des nageoires de ces deux coryphènes; secondement, la membrane branchiale du chrysurus ne renferme que six rayons, il y en a toujours depuis sept jusqu’à dix à celle de l’hippurus; troisièmement, le dos du premier est caréné, celui du second est convexe; quatrièmement, l’ouverture de la bouche est peu étendue dans le chry-

surus, elle est tres-crande dans l’hippurus ; | ? Le) PP 1

cinquièmement, les dents du chrysurus sont conformées et placées bien différemment que celles de l’hippurus; sixièmement, l’opercule branchial du chrysurus comprend deux lames, on ne voit qu’une pièce dans celui de l’hippurus ; et septièmement, nous avons déjà montré une distribution de couleurs bien peu semblable sur l’un et sur l’autre de ces deux coryphènes. Ils doivent donc constituer deux espèces différentes, dont une, c’est-à-dire celle que nous décrivons, est encore inconnue des naturalistes ; car elle est aussi très-distincte du coryphène doradon, ainsi qu’on peut facilement s’en convaincre en comparant les formes du doradon et celles du chrysurus.

Au reste, les habitudes du coryphène qui fait le sujet de cet article, doivent se rapprocher beaucoup de celles de l’hippurus. En effet, Commerson ayant ouvert un chrysurus qui avait plus de sept décimètres de longueur, il trouva son estomac qui était allongé et membraneux , rempli de petits poissons volants, et d’autres poissons tres-peu volumineux.

Il vitaussi s’agiter au milieu de cet estomac, et dans une sorte de pâte ou de chyme, plusieurs vers filiformes , et de la longueur de deux ou trois centimètres.

Ce voyageur rapporte d’ailleurs dans les manuscrits qui m'ont été confiés dans le temps par Buffon, que lorsque les matelots exercés à la pêche ont pris un chrysurus, ils l’attachent à une corde, et le suspendent à la proue du vaisseau, de manière que l’animal paraît être encore en vie et nager à la surface de la mer. Ils attirent et réunissent, par ce procédé, un assez grand nombre d’autres chrysurus, qu'ils peuvent alors percer facilement avec une fouine !,

* La fouine est un peigne de fer attaché à un long manche.

Commerson ajoute que les chrysurus l’emportent sur presque tous les poissons de mer par le bon goût de leur chair, que l’on prépare de plusieurs manières, et particulièrement avec du beurre et des câpres.

LE CORYPHÈNE SCOMBÉROIDE !.

Coryphæna scomberoides, Lacep.2.

Nous avons trouvé dans les manuscrits de Commerson la description de cette espèce de coryphène , que ce savant voyageur avait vue, au mois de mars 1768, dans la mer du Sud, ou, pour mieux dire, dans le grand Océan équatorial, vers le 18° degré de latitude australe, et le 134° degré de longitude, et par conséquent à une distance de la ligne très-peu différente de celle où il observa, un ou deux mois après, le coryphène chrysurus.

Le scombéroïde est d’une longueur intermédiaire entre celle du scombre maquereau et celle du hareng. Sa couleur totale est argentée et brillante; mais elle n’est pure que sur les côtés et sur le ventre. Une teinte brune mêlée de bleu céleste est répandue sur le dos; cette teinte s’étend aussi sur le sommet de la tête, où elle est plus foncée, plus noirâtre, et mêlée avec des reflets dorés que l’on voit également autour des yeux et sur les lames des operceules.

Toutes les nageoires sont entièrement brunes, excepté les thoracines, dont la partie extérieure est blanche, et les pectorales, qui sont un peu dorées.

La mâchoire supérieure est plus courte que l'inférieure. Les os qui composent l’une et l’autre, sont hérissés d’un si grand nombre de pe-

On donne aussi ce nom, ainsi que celui de foéne et de fauanne , à uue broche terminée par un dard. Quelquefois on ajuste ensemble deux, trois ou un plus grand nombre de lames, pour former une fouanne, ou foëén£, ou fouine. D'autres fois on emploie ces noms pour désigner une simpie fourche. On attache l'instrument au bout d'une perche,et l'on s'en sert pour percer les poissons que l'on aperçoit au fond de l'eau, ou qui sont cachés dans la vase, les enfiler et les retirer.

4 « Coryphus argenteus. » —« Coryphus pinnà dorsali « longissimä radiorum quinquaginta-quinque, 05se quadra= « tulo in media lingua. » — « Et coryphus argenteus, immae « culatus, pinnis fuseis, dorsali radiorum quinquaginta-quin- «que, auali viginti-quinque, caudà bifurcà fuscescente. » Commerson, manuscrits déjà cités. — Osteoglossus, ostéoglosse , ou languosseux de La mer du Sud, Petile dorade, Id., ibid

2 M, Cuvier ne cite pas ce poisson dans son Mémoire sur les Coruphènes, etc. Mém. du Mus.. t, I, p. S34et suiv. D.

DES POISSONS

tes &ents tournées en arrière, qu'ils montrent la surface d’une lime, et qu’ils tiennent l’animal facilement suspendu à un doigt, par exemple, que l'on introduit dans la cavité de la bouche.

La langue a une figure remarquable; elle ressemble en quelque sorte à un ongle humain : elle est large, un peu arrondie par devant, et néanmoins terminée par un angle à chaque bout de son arc antérieur ; de plus, elle présente dans son milieu un os presque carré, et couvert de petites aspérités dirigées vers le gosier ; sa circonférence est formée par un cartilage qui s’amincit vers le bord; et un frein large et épais la retient par-dessous.

La voûte du palais est entièrement lisse, excepté l'endroit le plus voisin du gosier, où l’on voit de petites élévations osseuses et denticulées.

Deux lames arrondies par derrière, grandes et lisses, composent chaque opercule; six rayons soutiennent la membrane branchiale ; et les branchies sont assez semblables, par leur nombre et par leur conformation, à celles du chrysurus.

La ligne latérale offre plusieurs sinuosités qui décroissent à mesure qu’elles sont plus vaisines de la nageoire caudale.

Les nageoires thoracines sont réunies à leur base par une membrane qui tient aussi à un sillon longitudinal placé sous le ventre, et dans lequel le poisson peut coucher à volonté ces mêmes nageoires. Elles renferment chacune cinq ou six rayons.

Le dessous de la queue est terminé par une carène très-aigué.

La nageoire dorsale règne depuis l’occiput jusque vers l'extrémité de la queue; elle est festonnée dans sa partie postérieure, de manière à imiter les très-petites nageoires que l’on voit sur la queue des scombres : la nageoire de l'anus offre une conformation analogue ; et ces traits particuliers au poisson que nous décrivons , ne servant pas peu à le rapprocher des seombres, avec lesquels d’ailleurs on peut voir, dans cette histoire, que les coryphènes ont beaucoup de rapports, j'ai cru devoir nommer Scombéroïde , l'espèce que nous cherchons, dans cet article, à faire connaître des naturalistes *.

‘A la membrane des branchies 6 rayons, à la nageoire du

Commerson vit des milliers de ces secombéroïdes suivre les vaisseaux français avec assiduité, et pendant plusieurs jours. Ils vivaient de très-jeunes ou très-petits poissons volants : qui, pendant ce temps, voltigeaient autour des navires comme des nuées de papillons, qu'ils ne surpassaient guère en grosseur, et c’est à cause de la petitesse de leurs dimensions, qu’ils pouvaient servir de proie aux scombéroïdes, dont la bouche étroite n’aurait pas pu admettre des animaux plus gros. En effet, l’un des plus grands de ces coryphènes observés par Commerson n'avait qu'environ trois décimètres de longueur. Cet individu était cependant adulte et femelle,

Au reste, les ovaires de cette femelle, qui avaient une forme allongée , occupaient la plus grande partie de l’intérieur du ventre, comme dans les eyprins, et contenaient une quantité innombrable d'œufs ; ce qui prouve ce que nous avons déjà dit au sujet de la grande fécondité des coryphènes.

LE CORYPHÈNE ONDE !.

Coryphæna fasciolata, Pallas, Linn., Gmel.; Coryphæna undulata, Lacep. *.

Pallas a décrit le premier cette espèce de coryphène. L’individu qu’il a observé et qui avait été pêché dans les eaux de l’île d’Amboine, n’était long que de cinq centimètres ou environ. Les formes et les couleurs de cet animal étaient élégantes : très-allongé et un peu comprimé, il montrait sur la plus grande partie de sa surface une teinte agréable qui réunissait la blancheur du lait à l'éclat de l’argent; une nuance grise variait son dos; la nageoire dorsale et celle de l'anus étaient distinguées par de petites bandes transversales brunes; les bandelettes de la pre mière de ces deux nageoires s’étendaient sur la partie supérieure de l’animal, y ondulaient, pour ainsi dire, s’y réunissaient les unes aux autres, disparaissaient vers la partie inférieure du poisson; et la nageoire de la queue, qui était fourchue, présentait un croissant trèsbrun.

dos 53, à chacune des pectorales 18, à chacune des thoracines 6, à celle de l'anus 25, à celle de la queue, qui est fourchue, 15.

1 Coryphène ondoyant. Bonnaterre, pl. de l'Enc. méta.

3 M. Cuvier rapporte ce poisson au pompile décrit ci-après, lequel est pour lui un centrolophe. D.

D'ailleurs ce coryphène avait des yeux assez grands; louverture de sa bouche, étant trèslarge , laissait voir facilement une langue lisse, et arrondie par devant; un opercule composé de deux lames non découpées couvrait de chaque côté un grand orifice branchial ; la ligne latérale était droite et peu proéminente *.

LE CORYPHÈNE POMPILE :.

Coryphæna Pompilus, Linn., Gmel., Lacep.; Centrolophus Pompilus, Cuv.*.

De tous les coryphènes du premier sousvenre , le pompile est celui dont la nageoire caudale est la moins fourchue; et voilà pourquoi quelques naturalistes, et particulièrement Artedi, le comparant sans doute à l’hippurus , ont

écrit que cette nageoire de la queue n'était pas |

échancrée. Cependant, lorsqu'on a sous les yeux un individu de cette espèce, non altéré, on s'aperçoit aisément que sa nageoire caudale

présente à son extrémité un angle rentrant. Les |

anciens ont nommé Pompile le coryphène dont nous traitons dans cet article, parce que, se rapprochant beaucoup par ses habitudes de

l'hippurus et du doradon, on dirait qu'il se |

plait à accompagner les vaisseaux, et que pompe signifie en grec pornpe où corlége. Au

reste, il ne faut pas étre étonné qu'ils aient assez |

bien connu la manière de vivre de ce poisson osseux , puisqu il habite dans la Méditerranée, aussi bien que, dans plusieurs portions chaudes ou tempérées de l'Océan Atlantique etdu grand Océan.

L'ouverture de la bouche du pombpile est très-grande; sa mâchoire inférieure plus avanée que la supérieure, et un peu relevée; les côtés de la tète présentent des dentelures et des

4 A la membrane des branchies G rayons, à la nageoire du los 54, à chacune ées pectorales 49, à chacune des thoracines 5, à celle de l'anus 27, à celle de la queue 17.

2 Coryphene lampuge. Daubeuton, Enc. méth. — 74. Bonnaterre, pl. de l'Euc. méth. — « Coryphæna... lineä late- « rali curvä. » Artedi, gen. 16, syn. 29. — Tourihoc. Ælian., 12,c.15;et 1. 15, c. 25.— /d. Athen., 1.7, p. 282, 285 et 284. — Id. Oppian., Hal. 1.1, p. 8. — Pompilus. Ovid. — Pompilus. Pliu., Hist. mundi, L 52, c. 11. — Pompile. Rondelet, part. 1, 1. 8 0. 15. — XpÜcowpus par plus. anciens sateurs. — Gesner, p. 881, 753: et (Germ.) fol, 60, a, b. — Bidrov.. 1. 5, c. 19, p.525. — Souston, 1, 1, Lit. 4, c. 2, a, 2, tab. 5, fig. 8.— Charlet., p. 124. — Willughby, p.215. — Rai, p- 1.

5 M. Cuvier place cette espèce dans le sous-genre Centrolophe du grand genre Coryphène. D.

enfoncements ; la ligne latérale est courbe; ies nageoires pectorales sont pointues ‘; des bandes transversales, étroites, et communément jaunes, régnent sur les côtés. La dorure qui distingue un si grand nombre de coryphènes, se manifeste sur le pompile au-dessus de chaque œil; et voilà pourquoi on l’a nommé Sourcil d’or, en grec youcoppus.

LE CORYPHÈNE BLEU ?.

Coryphæna cærulea, Linn., Gmel., Lacep. *.

L'or, l’argent et l’azur brillent sur les eoryphènes que nous venons d’examiner ; la parure de celui que nous décrivons est plus simpie, mais élégante. Il ne présente ni argent ni or; mais toute sa surface est d’un bleu nuancé par des teintes agréablement diversifiées, et fondues par de douces dégradations de clarté. On le trouve dans les mers tempérées ou chaudes qui baignent les rivages orientaux de l’Ameérique. Ses écailles sont grandes ; celles qui revêtent le dessus et les côtés de sa tête, sont assez semblables aux écailles du dos. Une seule lame compose l’opercule des branchies, dont l'ouverture est tres-large ; la ligne latérale est plus proche du dos que de la partie inférieure de l’animal ; les yeux sont ronds et grands; et une rangée de dents fortes et pointues garnit chaque mâchoire *.

LE CORYPHÈNE PLUMIER :.

Coryphæna Plumieri, Blocb, Lacep.‘.

Ce coryphène, que le docteur Bloch a fait connaitre, et qu’il a décrit d’après un manuscrit de Plumier, habite à peu près dans les mêmes mers que le bleu : on le trouve particulièrement, ainsi que le bleu , dans le bassin des An-

4 A la nageoire dorsale 55 rayons, à chacune des pectorales 44, à chacune des thoracines 6, à celle de l'anus 24, à celle de la queue 16.

2 Bloch, pl. 176.— Novacula cœærulea. Catesby, Carol, tab. 18. — Coryohène rasoir bleu.

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