QUATRE-VINGT-DIX-SEPTIÈME GENRE * LES DACTYLOPTÈRES
Une ptite nageoïre cémposée de rayons soutenus par une membrane, auprès de la base de chaque nageoire sectorale.
ESPÈCES. CARACTÈRES
4 22 Six rayons réunis par une mem- LE DACTYLOPTÈRE PI- brane auprès de chaque nageoire RAPÈDE. pectorale.
2e. { Onze rayons réunis par une mem- LE DACTYLOPTÈRE JA-/ brane auprès de chaque nageoire PONAIS. peclorale.
LE DACTYLOPTÈRE PIRAPÈDE !.
Trigla volitans, Linn., Gmel.; Dactylopterus Pirapeda, Lacep.; Dactylopterus communis, Cuv. 5.
Parmi les traits remarquables qui distinguent
ou piquant. — Pungilius pusillus. Mus. Adolph. Frid. {, p.74, tab. 52, fig. 5. — Gastré spinarelle. Daubenton, Enc. méth.— /d. Bouuaterre, pl. de l'Enc. méth.
4 Ge poisson est de la Guyane, et non pas des Indes, comme on l'a toujours dit. Cuv. D,
2 À la membrane des branchies 3 rayons, à la nageoire du dos 16, à chacune des pectorales 20, à chacune des thoracines 4, à celle de l'anus 8. à
3 il. Cuvier admet ce genre, créé par M. de Lacépède. Il le place, comme sous-genre, à la suite des Trigles , dans sa famille des Acanthoptérygiens à joues cuirassées. D.
4 Folodor, eu Espagne.— Rondire, aux environs de Rome. - Rondola, où rondela, sur les bords de l'Adriatique. — Falcone. à Malte et en Sicile. — Flygande fisk, en Suède. — Swallow fish. Kite fish, en Angleterre, — Arondelle, Rondole, Chauve-souris, Ratepenade, dansplus départ. mérid. — Trigle pirapéde". Daubenton et Haüy, Enc. méth.— /d. Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth. — Bloch, pl. 5l.— « Trigla « capite parüm aculealo, pinuulà singulari ad pinnas ven- « trales. » Artedi, gen. 44, syn. 75.— Gronov. Mus. {, n. 102. — « Trigla capite quatuor spondylis armato. » Browne, Jam. 435. — Séba, Mus. 5, tab. 28, fig. 7. — Miivipira, et pira-
5M. Cuvier donne à ce poisson le nom de Dactyloptère commun ou hirondel!e de mer de la Méditerranée. D.
* Ce mot Pirapède n'est autre que le nom brésilien de Pirabébé qu'on
* Nota. Kipaloç veut dire téte, et axavôcs, aiguillon | a défiguré.
ce grand poisson volant et les autres osseux qui doivent appartenir au même genre, il fautcompter particulièrement les dimensions de ses nageoires pectorales. Elles sont assez étendues pour qu’on ait dû les désigner par le nom d’ailes; et ces instruments de natation, et principalement de vol, étant composés d’une large membrane soutenue par de longs rayons articulés que l’on a comparés à des doigts comme les rayons des pectorales de tous les poissons, les ailes de la pirapède ont beaucoup de rapports dans leur conformation avec celles des chauve-souris, dont on leur a donné le nom dans plusieurs contrées ; et nous avons cru devoir leur appliquer la dénomination générique de Dactyloptère, qui a été souvent employée pour ces chauves-souris, aussi bien que celle de Cheïroptère, et qui signifie aile attachée aux doigts, ou formée par les doigts *.
La pectorale des pirapèdes est d’ailleurs double, et présente par conséquent un caractère que nous n'avons encore vu que dans le lépadogastère gouan. À la base de cette aile on voit en effet un assemblage de six rayons articulés réunis par une membrane, et composant par conséquent une véritable nageoire qu'il est impossible de ne pas considérer comme pectorale.
De plus, l’aile des poissons que nous examinons offre une grande surface; elle montre, lorsqu'elle est déployée une figure assez semblable à celle d’un disque, et elle atteint le plus souvent au delà de la nageoire de l'anus et trèsprès de celle de la queue. Les rayons qu’elle renferme étant assez écartés l’un de l’autre lorsqu’elle est étendue, et n’étant liés ensemble que par une membrane souple qui permet facilement leur rapprochement, il n'est pas surprenant que l’animal puisse donner aisément et rapidement à la surface de ses ailes, cette alternative d’épanouissement et de contraction,
bebé. Marcgr., Hist. Brasil., L. 4, c. 41, p. 162. — Hirundo. Plin., Hist. mundi, 1. 9, c. 45, édit. de Deux-Ponts.— Milvus cirratus. Sloan., Jamaïc., t.2, p.288. — Mugil alatus Rondeletii. Jacob. Mus. reg., p. 1, fig. 5, De piscib., p. 59, tab. 2, n.59, — Uligende visc. Valent. Amboin., pisc., t. 5, tab. 32. E.— Omopteros. Klein, Miss. pisc. 4, p. 44, n. 11, — Hirundo aquatica. Bont. Ind. orient., p.78. — Hirundo Plinii. Mus. Worm. 4, p. 266. — Gesner, p. 454, 514, (germ.) fol. 47, b.— Bélon, Aquat. 192. — Salvian., fol. 187. — Aldrov., 1. 2, c. 5, p. 441. — Jonston, L.1,tit. 5, c. f, a.5, tab. 47, fig. 42. — Willughby, p. 285, tab. S, fig. 6. — Ra, P- 89. — Xelid'ov. Arist., L 4, c. 9. — 4rondelle de mer, Rondelet, part. 1,1. 10, c. 1.— Hirondelle de mer, ou rondole. Valmont de Bomare, Dict. d'hist. nat, ‘Aaxrukos veut dire doigt, et TTEpÈv, aile.
ces inégalités successives, qui, produisant des efforts alternativement inégaux contre l’air de l'atmosphère, et le frappant dans un sens plus violemment que dans un autre, font changer de place à l’animal lancé et suspendu , pour ainsi dire, dans ce fluide, et le douent véritablement de la faculté de voler ‘.
Voilà pourquoi la pirapède peut s'élever audessus de la mer, à une assez grande hauteur, pour que la courbe qu'elle décrit dans l’air ne la ramène dans les flots que lorsqu'elle a franchi unintervalle égal, suivant quelques observateurs , au moins à une trentaine de mètres ; et voilà pourquoi encore depuis Aristote jusqu’à nous elle a porté le nom de Faucon de la mer, et surtout d’AHirondelle marine.
Elle traverserait au milieu de l'atmosphère des espaces bien plus grands encore, si la membrane de ses ailes pouvait conserver sa souplesse au milieu de l’air chaud et quelquefois même brülantdes contrées où on la trouve : mais le fluide qu’elle frappe avec ses grandes nageoires, les a bientôt desséchées, au point de rendre très-difficile le rapprochement et l’écartement alternatifs des rayons; et alors le poisson que nous décrivons, perdant rapidement sa faculté distinctive, retombe vers les ondes audessus desquelles il s’était soutenu, et ne peut plus s’élancer de nouveau dans l’atmosphère que lorsqu'il a plongé ses ailes dans une eau réparatrice , et que, retrouvant ses attributs par son immersion dans son fluide natal, il offre une sorte de petite image de cet Antée que la mythologie grecque nous représente comme perdant ses forces dans l’air, et ne les retrouvant qu’en touchant de nouveau la terre qui l’avait nourri.
Les pirapèdes usent d'autant plus souvent du pouvoir de voler qui leur a été départi, qu’elles sont poursuivies dans le sein des eaux par un grand nombre d’ennemis. Plusieurs gros poissons, et particulièrement les dorades et les scombres, cherchent à les dévorer, ettelleestla malheureuse destinée de ces animaux qui, poissons et oiseaux, sembleraient avoir un doubleasile, qu'ils ne trouvent de süreté nulle part, qu'ils n’échappent aux périls de la mer que pour être exposés à ceux de l’atmosphere, et qu’ils n’évitent la dent des habitants des eaux que pour être saisis par le redoutable bec des frégates,
{ Voyez le Discours sur la nature des poissons.
DES PCISSONS.
des phaétons, des mauves , et de plusieurs autres oiseaux marins.
Lorsque des circonstances favorables éloignent de la partie de l'atmosphère, qu’elles traversent des ennemis dangereux, on les voit offrir au-dessus de la mer un spectacleassez agréable. Ayant quelquefois un demi-mètre de longueur, agitant vivement dans l’air de larges et longues nageoires, elles attirent d'ailleurs l’attention par leur nombre, quisouventest de plus de mille, Mues par la même crainte, cédant au même besoin de se soustraire à une mort inévitable dans l'Océan, elles s’envolent en grandes troupes ; et lorsqu'elles se sont confiées ainsi à leurs ailes au milieu d’une nuit obscure, on les a vues briller d’une lumière phosphorique, semblable à celle dont resplendissent plusieurs autres poissons, et à l'éclat que jettent , pendant les belles nuits des pays méridionaux, les insectes auxquels le vulgaire a donné le nom de Vers luisants. Si la mer est alors calme et silencieuse on entend le petit bruit que font naitre le mouvement rapide de leurs ailes et le choc de ces instruments contre les couches de l'air; eton distingue aussi quelquefois un bruissement d'uneautre nature, produit au travers des ouvertures branchiales par la sortie accélérée du gaz que l'animal exprime, pour ainsi dire, dediverses cavités intérieures de son corps, en rapprochant vivement leurs parois. Ce bruissement a lieu d'autant plus facilement, que ces ouvertures branchiales étant très-étroites , donnent lieu à un frôlement plus considérable; et c’est parce que ces orifices sont très-petits, que les pirapèdes, moins exposées à un desséchement subit de leurs organes respiratoires, peuvent vivre assez longtemps hors de l’eau ".
On rencontre ces poissons dans la Méditerranée et dans presque toutes les mers des climats tempérés ; mais c’est principalement auprès des tropiques qu’ils habitent. C'est surtout auprès de ces tropiques qu’on a pu contempler leurs manœuvres et observer leurs évolutions. Aussi leur nom et leur histoire ne sont-ils jamais entendus avec indifférence par ces voyageurs courageux qui, loin de l'Europe , ont affronté les tempêtes de l'Océan, et ses calmes souvent plus funestes encore. Ils retracent à leur souvenir leurs peines, leurs plaisirs, leurs dangers, leurs succès. Ils nous ramènent, nous qui tâchons de dessiner leurs traits, vers ces compagnons de
* Discours sur la nature des poissons,
nos travaux , qui, dévoués à la gloire de leur pays, animés par un ardent amour dela science, dirigés par un chef habile, conduits par le brave navigateur Baudin, et réunis par les liens d'une amitié touchante ainsi que d’une estime mutuelle, quittent, dans le moment même où mon cœur s’épanche vers eux, les rivages de leur patrie, se séparent de tout ce qu’ils ont de plus cher, et vont braver sur des mers loiniaines la rigueur des climats et la fureur des ondes, pour ajouter à la prospérité publique par l’accroissement des connaissances humaines. Noble dévouement, généreux sacrifices! la reconnaissance des hommes éclairés, les applaudissements de l'Europe, les lauriers de la gloire, les embrassements de l’amitié, seront leur douce et brillante récompense.
Cependant quelles sont les formes de ces poissons ailés dont l’image rappelle des objets si chers , des entreprises si utiles, des efforts si dignes d’éloges ?
La tête de la pirapède ressemble un peu à celle du céphalacanthe spinarelle. Elle est arrondie par devant, et comme renfermée dans une sorte de casque ou d’enveloppe osseuse à quatre faces, terminée par quatre aiguillons iarges et allongés, et chargée de petits points arrondis et disposés en rayons. La mâchoire supérieure est plus avancée que l'inférieure. Plusieurs rangs de dents très-petites garnissent l’une et l’autre de ces deux mâchoires ; et l’ouverture de la bouche est très-large, ce qui donne à la pirapède un rapport de plus avec une hirondelle. La langue est courte, épaisse, et lisse comme le palais. Le dessous du corps présente une surface presque plate. Les écailles qui couvrent le dos et les côtés , sont relevées par une arête longitudinale.
Le rougeâtre domine sur la partie supérieure de l'animal, le violet sur la tête, le bleu céleste sur la première nageoire du dos et sur celle de la queue, le vert sur la seconde nageoire dorsale ; et pour ajouter à cet élégant assortiment de bleu très-clair, de violet, de vert et de rouge, les grandes ailes ou nageoires pectorales de la pirapède sont couleur d'olive, et parsemées de taches rondes et bleues, qui brillent, pour ainsi dire , comme autant de saphirs, lorsque les rayons du soleil des tropiques sont vivement réfléchis par ces larges ailes étendues avec force et agitées avec vitesse !. :
4 À la membrane branchiale 7 rayons, à la première Da-
On compte plusieurs appendices ou cœcums auprès du pylore; et les œufs que renferment les doubles ovaires des femelles, sont ordinairement tres-rouges.
La chair des pirapèdes est maïgre; elle est aussi un peu dure, à moins qu’on ne puisse la conserver pendant quelques jours.