LE LABRE PAON
Labrus Pavo, Linn., Gmel., Lacep. 5.
Ce labre habite dans la Méditerranée, et particulierement auprès des côtes de Syrie. A l’époque où on commença à l’examiner, à le distinguer, à le désigner par un nom particulier, l’histoire naturelle avait fait peu de progrès ; le nombre des animaux déjà connus n’était pas encore très-grand; on n'avait pas découvert la plupart de ces poissons richement colorés qui vivent dans les mers de l'Asie ou de l'Amérique méridionale : le labre paon dut par conséquent frapper les observateurs par la magnificence de sa parure; et il m'est pas surprenant qu’on lui ait donné le nom de l’oiseau que l’on regardait comme émaillé des nuances les plus vives et les plus variées. Ce labre présente en effet presque toutes les couleurs de l’arc-enciel, que l’on se plait à retrouver étalées avec tant de pompe sur la belle queue de l'oiseau paon ; et d’ailleurs k poli de ses écailles, le contraste éclatant de plusieurs des tons dont il brille, et les dégradations multipliées par les-
{ Forskael, Faun. Arab., p. 46, n. 46. — Sciène tirki. Bonuaterre, pl. de l'Enc. méth.
3 Ce poisson est déjà décrit par M. de Lacépède , sous le nom de Labre huit-raies (voy. page 237); c'est un Diacope, de la famille des Acanthoptérygiens percoïdes de M. Cuvier. D.
57 rayons à la membrane branchiale, 16 à chaque nageoire pectorale , 1 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chacune des thoracines, 17 rayons à la caudale.
{ Pagagallo, dans plus. contr. de l'Italie. — Zabre paon. Daubenton et Haüy, Enc. méth.— /d. Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth.— « Labrus pulchre varius, etc.» Artedi, gen. 54, syn. 55. — Pavo. Säivian., fol. 225, a. ad iconem, et fol. 94 et 254. — Ja. Aldrov., L. 1, c. 4, p. 29. — Jd. Jonston, 1. 4, üt2,c.{,a.5,t.15, n. 12.— Charlet., p, 152. — Seconde espéce de tourd, nommé paon. Rondelet, part. 4, 1. 6, & 6 — « Turdus secundus pavo, etc. » Gesner, p, 1016. — « Tur- «dus perbella dictus, etc. » Willughby, Ichth., p. 522. — Raï, p.157. — Labrus pavo. Hasselquist, Et. 544, n. 77.
5 Ce poisson n'est pas cité par M. Cuvier. C'est un labre, dont l'espèce n'est vraisemblablement pas différente de cell du Labre tacheté de ce naturaliste. D.
DES POISSONS
quelles ses autres nuances s’éteignent les unes dans les autres, ou s'animent pour se séparer et resplendir plus vivement, imitent les reflets rapides qui ge jouent, pour ainsi dire, sur les plumes chatoyantes du paon, et les feux que l'on croirait en voir jaillir. Lorsque le soleil éclaire et dore la surface de la Méditerranée, que les vents se taisent, que les ondes sont paisibles, et que le labre paon nage sans s’agiter au-dessous d’une couche d’eau mince et limpide, qui le revêt, pour ainsi dire, d’un vernis transparent, on admire le vert mêlé de jaune que montre sa surface supérieure, et au milieu duque! des taches rouges et des taches bleues seintillent, en quelque sorte, comme les rubis et les saphirs de l'oiseau de Junon. Des taches plus petites, mais également bleues ou rouges, sont répandues sur les opercules, sur la nageoire de la queue, et sur celle de l’anus, qui est violette ou indigo ; et un bleu mêlé de pourpre distingue le devant de la nageoire dorsale, pendant que deux belles taches brunes sont placées sur chaque côté du poisson, que les thoracines offrent un rouge très-vif, et que des teintes d’or, d'argent, rouges, orangées et jaunes, ébiouissantes ou gracieuses , constantes ou fugitives, étendues sur de grandes places, ou disséminées en traits légers, complètent un des assortiments de couleurs les plus splendides et les plus agréables.
Au reste, ces beaux reflets se déplaient sur un corps et sur une queue allongés et comprimés ; il n’y a qu’un seul rang de dents aux mâchoires ; les nageoires pectorales sont arrondies ; les rayons de la dorsale et de la nageoire de l'anus ont une longueur plus considérable, à mesure qu’ils sont placés plus loin de la tête; et communément le labre paon a trois ou quatre décimètres de longueur totale !.