‹ Histoire naturelle de LacépèdeChapitre 63 sur 535 · TILLE · texte numérisé non relu

TILLE

LE CALLIONYME LYRE ‘.

Callionymus Lyra, Linn., Lacep., Cuv. ?.

Callionyme *, lyre; quelles images agréables, quels souvenirs touchants rappellent ces deux noms ! Beauté céleste, art enchanteur de la musique, toi qui charmes les yeux, et toi qui émeus si profondément les cœurs sensibles, ces deux noms ingénieusement assortis renouvellent, pour ainsi dire, en la retraçant à la mémoire , votre douce mais irrésistible puissance. Vous que la plus aimable des mythologies fit paitre du sein des flots azurés ou sur des rives fortunées, qui près des poétiques rivages de la Grèce héroïque formâtes une alliance si heureuse, confondites vos myrtes avec vos lauriers, et échangeâtes vos couronnes, que vos images riantes embellissent à jamais les tableaux des peintres de la nature : béni soit celui qui, par deux noms adroitement rapprochés, associa vos

! Lavandiére, sur quelques côtes franc. de l'Océan.—Callionyme lacert, Daubenton, Enc. méth. — Id. Bonuaterre, pl. de l'Enc. méth. — Fann. suc. 304. — Strom. sondm. — : Urauoscopiis, ossiculo primo, etc. » Gronov., Mus 1, n.64. — « Cottus, ossiculis pinnæ dorsalis longitudine corporis. » Gronov.. Act Ups., 4740, p. 421, tab. 8. — Bloch, pl. 161.— : Corystion ossiculo pinnæ dorsalis primo lougissimo. » Klein, Miss. pisc. 8, p. 95, n. 14. — « Lyra harvicensis. » Petiv., Gazoph. 4, p. 1, n. 4, tab. 22, fig. 2. — « Exocæti «tertium geuus. » Séba, Mus. 5, tab 50, fig. 7, — I. Bélon, Aquat., p. 225. — Fe/low jurnard, Tyson , Act. angl. 24, 0.295, 1749, fig. 1.—Dracunculus, Gesn., Aquat., p. 80; Icon. anhn., p. 84. — « Cottus, pinnà secundà dorsi albä. » Artedi, Gen. 49, syn. 77. — Id, Aldrov., Pisc., p. 262. — Id. Jonst., Pise. p. 91, tab. 24, fig. 4. — Id. Willughby, Ichth., tab. H, 6, ñg. 5. — Lacert, Rondelet, part. 4, 1.10, 41. — Gemmeous dragoned, Pennant, Brit. Zool, 5, p. 164, n. 69, tao. 27. — Douret, et Souris de mer, Duhamel, Traité des pêches, part. 2, sect. 5, c.5, art, 2.

3 Du genre Callionyme.Cuv. D.

# Callionyme vient du grec. etsignifie beau nom,

al.

emblènres comme vos deux pouvoirs magiques avaient été réunis, et qui ne voulut pas qu’un des plus beaux habitants d’une mer témoin de votre double origine püût exposer aux regards du naturaliste attentif ses couleurs brillantes, ni l’espèce de lyre qui parait s'élever sur son dos , sans ramener l'imagination séduite et vers le dieu des arts, et vers la divinité qui les anime et dont le berceau fut placé sur les ondes! Non, nous ne voudrons pas séparer deux noms dont l’union est d’ailleurs consacrée par le génie; nous ne ferons pas de vains efforts pour empêcher les amis de la science de l'être aussi des grâces; nous ne croirons pas qu’une Sévérité inutile doive repousser avec austérité des sentiments consolateurs; et si nous devons chercher à dissiper les nuages que l’ignorance et l’erreur ont rassemblés devant la nature, à déchirer ces voiles ridicules et surchargés dornements étrangers dont la main maladroite d’un mauvais goût froidement imitateur a entouré le sanctuaire de cette nature si admirable et si féconde, nous n’oublierons pas que nous ne pouvons la connaître telle qu'elle est, qu’en ne blessant aucun de ses attraits.

Nous dirons done toujours Callionyme Lyre.

Mais voyons ce qui a mérité au poisson que nous allons examiner, l'espèce de consécration qu’on en a faite, lorsqu'on lui a donné la dénomination remarquable que nous lui conservons.

Nous avons sous les yeux l’un des premiers poissons jugulaires que nous avons cru devoir placer sur notre tableau ; et déjà nous pouvons voir des traits très-prouoncés de ces formes qui attireront souvent notre attention, lorsque nous décrirons les osseux thoracins et les osseux abdominaux. Mais à des proportions particulières dans la tête, à des nageoires élevées ou prolongées , à des piquants plus ou moins nombreux, les callionymes, et surtout la lyre, réunissent un corps et une queue encore un peu serpentiformes, et une peau dénuée d’écailles facilement visibles. Ils montrent un grand nombre de titres de parenté avec les apodes que nous venons d’étudier.

Et si de ce coup d'œil général nous passons à des considérations plus précises, nous trouverons que la tête est plus large quele corps, trèspeu convexe par-dessus, et plus aplatie encore par-dessous. Les yeux sont très-rapprochés Pun de l’autre. On a écrit qu’ils étaient garnis d’une

membrane clignotante: mais nous nous sommes

asaurés que ce qu’on a pris nour une telle membrane, n’est qu’une saillie du tégument le plus extérieur de la tête, laquelle se prolonge un peu au-dessus de chaque œil, ainsi qu'on a pu l’observer sur le plus grand nombre de raies et de squales.

L'ouverture de la bouche est tres-grande; les lèvres sont épaisses, les mâchoires hérissées de plusieurs petites dents, etles mouvements de la langue assez libres. On voit à l'extrémité des os maxillaires un aiguillon divisé en branches dont le nombre paraît varicr. L'opercule branchial n’est composé que d’une seule lame: mais il estattaché, ainsi que la membrane branchiale, à la tête ou au corps de l'animal, dans une si grande partie de sa circonférence, qu il ne reste d’autre ouverture pour la sortie ou pour l'introduction de l’eau, qu’une très-petite fente placée de chaque côté au-dessus de la nuque, et qui, par ses dimensions, sa position et sa figure, ressemble beaucoup à un évent.

L'ouverture de l’anus est beaucoup plus près de la tête que de la nageoire de la queue. La ligne latérale est droite.

Sur le dos s'élèvent deux nageoires: la plus voisine de la tête est composée @e quatre ou de cinq et même quelquefois de sept rayons.

Le premier est si allongé et dépasse la membrane en s'étendant à une si grande hauteur, que sa longueur égale l'intervalle qui sépare la nuque du bout de la queue. Les trois ou quatre qui viennentensuite sont beaucoup moinslongs, et décroissent dans une telle proportion, que le plus souvent ils paraissent être entre eux et avec le premier dans les mêmes rapports que des cordes d’un instrument destinées à donner, par

les seules différences de leur longueur, les tons |

ut, ut octave, sol, ut double octave, et #1, c’està-dire l'accord le plus parfait de tous ceux que la musique admet. Au delà, deux autres rayons plus courts encore se montrent quelquefois et paraissent représenter des cordes destinées à faire entendre des sons plus élevés que le à; et voilà donc une sorte de lyre à cordes harmoniquement proportionnées, qu’on à cru, pour ainsi dire, trouver sur le dos du callionyme dont nous parlons ; et comment dès lors se serait-on refusé à l'appeler Lyre ou Porte-Lyre"?

1 À la membrane des branchies 6 rayons, à la première nageoire dorsale, de 4 à 7, à la seconde nageoire du «los 10, à chacune des pectorales 48, à chacune des nageoires jugulaires 6, à celle de l'anus 10, à celle de la queue, qui est arroudie, 9,

Les autres nageoires, et particulièrement celle de l'anus et la seconde du dos, qui se prolongent vers l'extrémité de la queue en bandelette membraneuse, ont une assez grande étendue, et forment de larges surfaces sur lesquelles les belles nuances de la lyre peuvent, en se déployant, justifier son nom de Callionyme. Les tons de couleur qui dominent au milieu de ces nuances , sont le jaune, le bleu, le blanc, et le brun, qui les encadre, pour ainsi dire.

Le jaune règne sur les côtés du dos, sur la partie supérieure des deux nageoires dorsales , et sur toutes les autres nageoires, excepté celle de l’anus. Le bleu paraît avec des teintes plus ou moins foncées sur cette nageoire de l’anus, sur les deux nageoires dorsales où il forme des raies souvent ondées, sur les côtés où il est distribué en taches irrégulières. Le blanc occupe la partie inférieure de l'animal.

Ces nuances, dont l'éclat, la variété et l’harmouie distinguent le callionyme lyre , sont une nouvelle preuve des rapports que nous avons indiqués dans notre Discours sur la nature des poissons, entre les couleurs de ces animaux et la nature de leurs aliments : nous avons vu que très-fréquemment les poissons les plus richement colorés étaient ceux qui se nourrissaient de mollusques ou de vers. La lyre a reçu une parure magnifique, et communément elle recherche des oursins et des astéries.

Au reste, ce callionyme ne parvient guère qu'à la longueur de quatre eu cinq décimètres : on le trouve non-seulement dans la Méditerranée, mais encore dans d’autres mers australes ou septentrionales ; et on dit que, dans presque tous les climats qu'il habite, sa chair est blanche et agréable au goût.

LE CALLIONYME DRAGONNEAU ‘.

Callionymus Dracunculus, Linn., Lacep. 2.

Ce callionyme habite les mêmes mers que la lyre, avec laquelle il a de très-grands rapports ; il n’en diffère même d’une manière très-sensi-

+ Callionyme dragonneau , Daubenton, Enc. méth. — Id. Bounaterre, pl. de l'Enc. méth.— Müller, Zoolog. dan., tab. 20. — « Uranoscopus ossiculo primo pinnæ dorsalis « primæ unciali. » Gronov., Mus. 1, 0.65. — Bloch , pl. 162, fig. 2. — Sordid dragoned, Pennant, Brit. Zool. 5, p. 167, tab. 27. :

2 M.Guvier dit que ce poisson ne diffère du cailionyme 1yre que parce que sa première dorsale est courte el sans filet. Il ajoute qu'on le croit sa femelle. D.

DES POISSONS

ble que par la brièveté et les proportions des rayons qui soutiennent la première nageoire dorsale, par le nombre des rayons des autres nageoires ‘, par la forme de la ligne latérale qu'on a souvent de la peine à distinguer, etpar les nuances et la disposition de ses couleurs. Beaucoup moins brillantes que celles de la lyre, ces teintes sont brunes sur la tête et le dos, argentées avec des taches sur la partie inférieure de l'animal ; et ces tons simples et très-peu éclatants ne sont relevés communément que par un peu de verdâtre que l’on voit sur les nageoires de la poitrine et de l'anus, du verdâtre mêlé à du jaune qui distingue les nageoires jugulaires, et du jaune qui s’étend par raies sur la seconde nageoire dorsale, ainsi que sur celle de la queue.

D'ailleurs la chair du dragonneau est, comme celle de la lyre, blanche et d’un goût agréable. Il n’est done pas surprenant que quelques naturalistes, et particulièrement le professeur Gmelin, aient soupçonné que ces deux callionymes pourraient bien être de la même espèce, mais d’un sexe différent. Nous n'avons pas pu nous procurer assez de renseignements précis pour nous assurer de l'opinion que l’on doit avoir relativement à la conjecture de ces savants; et dans le doute, nous nous sommes conformés à l’usage du plus grand

nombre des auteurs qui ont écrit sur l’ichthyologie, en séparant de la lyre le callionyme dragonneau, qu'il sera, au reste, aisé de retrancher de notre tableau méthodique.

LE CALLIONYME FLÈCHE 2,

Callionymus Sagitta, Pall., Lacep., Cuv.

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