LA TRACHINE VIVE
Trachinus Draco, Lion.; Trachinus Vividus, Lacep.°.
Cet animal a été nommé Dragon marin dès
‘ Pline, 1. 32, c.7.
3 Houttuyo, Act. Haarlem. 20,2, p.514. — Uranoscopc astrologue, Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth.
5 M. Cuvier n'admet pas cette espèce qu'il soupçonne afpartenir au genre Platycéphale. D.
‘ A la première nageoire dorsale 4 rayons, à la seconde 15, à chacune des pectorales 42, à chacune des jugulaires 8, à
5 Viver, sur plus. côtes franc. de l'Océan — Ar'aigne, snr les rivages de plus. départ. mérid. — Sacrarailla blanc, auprès de Bayonne. — Tragina, en Sicile. — Pisce ragno, dans plus. contrées de l'Italie. — Fiæsing, en Danemarck. — Fjarsing, par les Danois et les Suédois. — Schwert fisch,. dav- vlus. pays du nord de l'Eurone. — Pieterman, ibid. —-
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DES POISSONS
le temps d’Aristote. Et comment n’aurait-il pas, en effet, réveillé l’idée du dragon ? Ses couieurs sont souvent brillantes et agréables à la vue; il les anime par la vivacité de ses mouvements ; il a de plus reçu le pouvoir terrible de causer des blessures cruelles, par des armes pour ainsi dire inévitables. Une beauté peu commune et une puissance dangereuse n’ont-elles pas toujours été les attributs distinetifs des enchanteresses créées par l’antique mythologie, ainsi que des fées auxquelles une poésie plus moderne a voulu donner le jour? Ne doivent-elles pas, lorsqu'elles se trouvent réunies , rappeler le sinistre pouvoir de ces êtres extraordinaires, retracer l’image de leurs ministres , présenter surtout à l’imagination amie du merveilleux ce composé fantastique, mais imposant, de formes, de couleurs, d'armes, de qualités effrayantes et douées cependant d’un attrait invincible, qui servant, sous le nom de Dragon, les complots ténébreux des magiciennes de tous les âges, au char desquelles on l'a attaché, ne répand l'épouvante qu'avec l'admiration, séduit avant de donner la mort, éblouit avant de consumer, enchante avant de détruire ?
Et afin que cette même imagination fût plus facilement entraînée au delà de l'intervalle qui
Weever, par les Anglais. — AP2X4tva, par les Grecs modernes. — Aranéole, Boisdereau , et Bois de roc, pendant la jeunesse de l'animal, et sur quelques côtes mérid. de France. — Trachine vive, Daubenton, Enc. méth. — Id. Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth. — Bloch, pl. 61. — « Trschi- « nus maxillà inferiore longiore , cirris destitutä. » Artedi, ee 42, syn. 70. — Apaxu, Arist., 1/8, c. 13. — Apzx0V
ahartuv, Ælian., t.11,c. M; et 1. 44, c. 12. — Oppian., L14,p. 7; et 1.2, p. 46. — Draco marinus, Plin., 1.9, c. 27. — Aruneus, 1d., 1.9, c. 48. —Wotton, L. 8, c. 178, fol. 158, b. — Draco, sive Araneus piscis, Salvian, fol. 71, b. — Araignée de mer, ou Vive, Rondelet, part. 4, 1. 10. c. 10.—Draco marinus, Aldrov., |. 2, €. 50, p. 256. — Jonston, L. 1, tit. 5, c. 5, a, 1, punct. 2, tab. 21, fig. 2, 5, 3. — Charleton , p. 146. — Draco, sive Araneus Plinii, Gesner, p.77.—Willugbhby, p. 288, tab.S, 10, fig. 4. — Raï, p. 91. — Aranea, Cuba, 1.5, ©. 5, fol. 74, b.— Araneus, vel Draco marinus, Schonev., p.16. — Bélon. Aquat., p. 215. — It. scan. 525. — Fauna suecic. 305. — Müll. prodrom. Zool. danic , n. 309. — Trachinus, Gronov., Act. ups. #42, p.93.— Id., Id. Mus. 1, 42, an. 97; Zuoph.. p. 80, n. 274. — Trachinus draco, Brünn., Pisc. massil., p. 19, n. 30. — Corystion simplici galeä , etc., Klein, Miss. pisc. 4, p. 46, n.9. — #ever, Pennant, Brit. Zoo. 5, p.169, n. 71, tab. 28. — La Vive, Duhamel, Traité des pêches, part. 2, sect. 6 ,c. 1, art. 5. — Dragon de mer, Valmont de Bomare, Dict. d'hist. nat.— Trachinus draco, Ascague, pl. 7.
‘M. Cuvier a éclairei la synonymie des Vives. Il résuite de son travail que nos rivages en possèdent quatre espèces , et que la vive comraune n'a été décrite exactement! que par les anciens ichthyologistes depuis Rondelet jusqu'à Artedi et Ascanius. Bloch et Lacépède , parmi les modernes, ont confonau l'histoire des quatre espèces et ont rapporté à ia vive 2ummune les caracteres des autres. D.
sépare le dragon de la fable, de la Vive de la nature, n'a-t-0n pas attribué à ce poisson un venin redoutable? ne s'est-on pas piu à faire remarquer ies brillantes couleurs de ses yeux, dans lesquels on a voulu voir respiendir, comme dans ceux du dragon poétique, tous les feux des pierres les plus précieuses ?
Il en est cependant du dragon marin comme du dragon terrestre‘. Son nom fameux se lie à d'immortels souvenirs : mais à peine l’a-t-on aperçu, que toute idée de grandeur s’évanouit ; il ne lui reste plus que quelques rapports vagues avec la brillante chimère dont on lui a appliqué la fastueuse dénomination , et du volume gigantesque qu’on était porté à lui attribuer, il se trouve tout d'un coup réduit à de très-petites dimensions. Ce dragon des mers, ou, pour mieux dire et pour éviter toute cause d'erreur, la trachine vive, ne parvient, en effet, très-souvent, qu’à la longueur de trois ou quatre décimètres.
Sa tête est comprimée et garnie dans plusieurs endroits de petites aspérités. Les yeux, rapprochés l'un de l’autre, ont la couleur et la vivacité de l'émeraude avec l'iris jaune tacheté de noir. L'ouverture de la bouche est assez grande , la langue pointue; et la mâchoire inférieure , qui est plus avancée que la supérieure, est armée, ainsi que cette dernière, de dents très-aiguës. Chaque opercule recouvre une large ouverture branchiale, et se termine par une longue pointe tournée vers la queue. Le dos présente deux nageoires : les rayons de la première ne sont qu’au nombre de cinq; mais ils sont non articulés, très-pointus et tres-forts. La peau qui revêt l'animal ést couverte d’écailles arrondies, petites et faiblement attachées : mais elle est si dure, qu’on peut écorcher une trachine vive presque aussi facilement qu’une murène anguille. Il en est de même de l’uranoscope rat; et c’est une nouvelle ressemblance entre la vive et cet uranoscope.
Le dos du poisson est d'un jaune brun; ses côtés et sa partie inférieure sont argentés et variés dans leurs nuances par des raies transversales ou obliques, brunätres, et fréquemment dorées ; la première nageoire dorsale est presque toujours noire ?.
4 Voyez j'art. du Dragon dans l'Hist. nat. des Quadru mn ovip.
3 À la première nageoire dorsale 5 rayons, à la seconde 34, à chacune des nageoires pectorales 16, à chacune des jugw
On trouve dans son intérieur et auprès du pyiore, au moins huit appendices ou petits cœcum.
La vive habite non-seulement dans la Méditerranée, mais encore dans l'Océan. Elle se tient presque toujours dans le sable, ne laissant paraître qu'une partie de sa tête ; et elle a tant de facilité à creuser son petit asile dans le limon, que lorsqu'on la prend et qu’on la laisse échapper, elle disparaît en un clin d'œil, et s’enfonce dans la vase. Lorsque la vive est ainsi retirée dans le sable humide, elle n’en conserve pas moins la faculté de frapper autour d’elle avec force et promptitude par le moyen de ses aiouillons et particulièrement de ceux qui composent sa première nageoire dorsale. Aussi doit-on se garder de marcher nu-pieds sur le sable ou le limon au-dessous duquel on peut supposer des vives : leurs piquants font des blessures très-douloureuses. Mais malgré le danger de beaucoup souffrir, auquel on s’expose lorsqu'on veut prendre ces trachines, leur chair est d’un goût si délicat, que l'on va trèsfréquemment à la pêche de ces poissons, et qu’on emploie plusieurs moyens pour s’en proeurer un grand nombre.
Pendant la fin du printemps et le commencement de l’été, temps où les vives s’approchent des rivages pour déposer leurs œufs, ou pour féconder ceux dont les femelles se sont débarrassées, on en trouve quelquefois dans les manets ou filets à nappes simples, dont on se sert pour la pêche des maquereaux. On emploie aussi pour les prendre, lorsque la nature du fond le permet, des dréges ou espèces de filets qui reposent légèrement sur ce même fond, et peuvent dériver avec la marée.
On s'efforce d'autant plus de pêcher une grande quantité de vives, que ces animaux nonseulement donnent des signes très-marqués
d'irritabilité après qu’ils ont été vidés ou qu’on |
leur a coupé la tête, mais encore peuvent vivre assez longtemps hors de l’eau, et par conséquent être transportés encore en vie à d'assez grandes distances. D'ailleurs, par un rapport remarquable entre l’irritabilité des muscles et leur résistance à la putridité, la chair des trachines vives ne se corrompt pas aisément, et peut être conservée pendant plusieurs jours,
laires 6, à la nageoïre de l'anus 25, à celie de la queue, qui est ca peu fourchue, 15.
sans cesser d’être très-bonne à manger ; et c’est à cause de ces trois propriétés qu’elles ont recu le nom spécifique que j’ai cru devoir leur laisser.
Cependant, si plusieurs marins vont sans cesse à la recherche de ces trachines , la crainte fondée d'être cruellement blessés par les piquants de ces animaux, et surtout par les aiguillons de la première nageoire dorsale, leur fait prendre de grandes précautions; et les accidents occasionnés par ces dards ont été regardés comme assez graves pour que, dans le temps, l’autorité publique ait eru, en France, devoir donner à ce sujet des ordres très-séveres. Les pêcheurs s’attachent surtout à briser ou arracher les aiguillons des vives qu’ils tirent de l’eau. Lorsque, malseré toute leur attention, ils ne peuvent pas parvenir à éviter la blessure qu'ils redoutent, ceux de leurs membres qui sont piqués, présentent une tumeur accompagnée de douleurs très-cuisantes et quelquefois de fièvre. La violence de ces symptômes dure ordinairement pendant douze heures ; et comme cet intervalle de temps est celui qui sépare une haute marée de celle qui la suit, les pêcheurs de l'Océan n’ont pas manqué de dire que la durée des accidents occasionnés par les piquants des vives avait un rapport très-marqué avec les phénomènes du flux et reflux, auxquels ils sont forcés de faire une attention continuelle, à cause de l'influence des mouvements de la mer sur toutes leurs opérations. Au reste, les moyens dont les marins de l'Océan ou de la Méditerranée se servent pour calmer leurs souffrances, lorsqu'ils ont été piqués par des trachines vives, ne sont pas peu nombreux; et plusieurs de ces remèdes sont très-anciennement connus. Les uns se contentent d'appliquer sur la partie malade le foie ou le cerveau encore frais du poisson; les autres, après avoir lavé la plaie avec beaucoup de soin, emploient une décoction de lentisque, ou les feuilles de ce végétal, ou des fèves de marais. Sur quelques côtes septentrionales, on a recours quelquefois à de l’urine chaude; le plus souvent on y substitue du sable mouillé dont on enveloppe la tumeur, en tâchant d'empêcher tout contact de l’air avec les membres blessés par la trachine.
L’enflure considérable etles douleurs longues et aiguës qui suivent la piqüre de la vive, ont fait penser que cette trachine était véritablement venimeuse ; et voilà pourquoi, sans doute,
DES POISSONS
on lui a donné le nom de l’araignée, dans laquelle on croyait devoir supposer un poison assez actif. Mais la vive ne lance dans la plaie qu’elle fait avec ses piquants, aucune liqueur particulière : elle n’a aucun instrument propre à déposer une humeur vénéneuse dans un corps étranger, aucun réservoir pour la contenir dans l'intérieur de son corps, ni aucun organe pour la filtrer ou la produire. Tous les effets douloureux de ses aiguillons doivent être attribués à la force avec laquelle elle se débat lorsqu'on la saisit, à la rapidité de ses mouvements, à l'adresse avec laquelle elle se sert de ses armes, à la promptitude avec laquelle elle redresse et enfonce ses petits dards dans la main, par exemple, qui s'efforce de la retenir, à la profondeur à laquelle elle les fait parvenir, et à la dureté ainsi qu’à la forme très-pointue de ces piquants.
La vive n’emploie pas seulement contre les marins qui la pêchent et les grands poissons qui l’attaquent, l'énergie, l’agilité et les armes dangereuses que nous venons de décrire : elle s’en sert aussi pour se procurer plus facilement sa nourriture, lorsque , ne se contentant pas d’animaux à coquille, de mollusques, ou de crabes, elle cherche à dévorer des poissons d'une taille presque égale à la sienne.
Tels sont les faits certains dont on peut composer la véritable histoire de la trachine vive. Elle a eu aussi son histoire fabuleuse, comme toutes les espèces d'animaux qui ont présenté quelque phénomène remarquable. Nous ne la rapporterons pas, cette histoire fabuleuse. Nous ne parlerons pas des opinions contraires aux lois de la physique maintenant les plus connues, ni des contes ridicules que l’on trouve, au sujet de la vive, dans plusieurs auteurs anciens, particulièrement dans Élien, ainsi que dans quelques écrivains modernes, et qui doivent principalement leur origine au nom de Dragon que porte cette trachine, et à toutes les fictions vers lesquelles ce nom ramène l'imagination; nous ne dirons rien du pouvoir merveilleux de la main droite ou de la main gauche lorsqu'on touche une vive, ni d’autres observations presque du même genre : en tâchant de découvrir les propriétés des ouvrages de la nature, et les divers effets de sa puissance, nous n'avons qu'un trop grand nombre d'occasions d’aiouter à lenumération des erreurs de l'esprit hu-
Il parait que , selon les mers qu'elle habite, la vive présente dans ses dimensions, ou dans la disposition et les nuances de ses couleurs, des variétés plus ou moins constantes. Voici les deux plus dignes d'attention.
La première est d'un gris cendré avec des raies transversales, d’un brun tirant sur le bleu. Elle a trois décimètres, ou à peu près, de longueur.
La seconde est blanche, parsemée, sur sa partie supérieure, de points brunâtres, et distinguée d’ailleurs par des taches de la même teinte, mais grandes et ovales, que l’on voit également sur sa partie supérieure. Elle parvient à une longueur de plus de trois décimètres.
C’est vraisemblablement de cette variété qu'il faut rapprocher les trachines vives de quelques côtes de l'Océan, que l’on nomme Saccarailles blanes ‘, et qui sont longues de cinq ou six décimètres.
LA TRACHINE OSBECK 2.
Trachinus Osbeck, Lacep. 3.
C’est dans l'Océan Atlantique, et auprès de l'ile de l'Ascension, qu’habite cette trachine, dont la description a été publiée par le savant voyageur Osbeck. Les deux mâchoires de ce poisson sont également avancées , et garnies de plusieurs rangs de dents longues et pointues, dont trois en haut et trois en bas sont plus grandes que les autres ; des dents aiguës sont aussi placées auprès du gosier. Chaque opercule se termine par deux aiguillons inégaux en longueur. La nagecire de la queue est rectiligne *, Tout l’animal est blane avec des taches noires. Telles sont les principales différences qui écartent cette espèce de la trachine vive.
4 Duhamel, à l'endroit déjà cité.
20Osbeck, Voy. to China, p.96. — Trachine poncluée, Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth.
3 M. Guvier remarque que ce poisson n'ayant qu'une seule dorsale et onze rayons épineux à cette nageoire, ne peut être une vive. Ge serait plutôt un serran. D.
4 À la membrane des branchies 6 rayons, à chacune des nageoires pectorales 18, à chacune des jugulaives 5, à la nageoire de l'anus 41, à celle de la queue 16,