‹ Histoire naturelle des araignées (aranéides)Chapitre 37 sur 211 · L. de Doumerc, L. Doumercii, Walckenaer, Europe · texte numérisé non relu

L. de Doumerc, L. Doumercii, Walckenaer, Europe

Si l'on en retranche les espèces à mandibules énormes; celles dont les yeux postérieurs sont très-éloignés de ceux de la seconde ligne, et dont le corselet est en talus, sous le nom de cyrtonote; celles dont les palpes sont épineux, sous celui d’héliophane; celles enfin qui ont la forme de fourmis, sous celui de Saltique; il reste un noyau d'espèces, type de toute la famille, et qui conserve à juste titre le nom d’atte, donné par Walckenaer à tous les genres que je viens de citer. Le genre atte ainsi composé, et quoique encore fort nombreux, est parfaitement caractérisé et indivisible; aucun de tout

Lt sara. à

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l'ordre des aranéides ne diffère moins quant à la taille et à la forme de ses nombreuses espèces. M. Koch a eu tort, je crois, de donner une valeur générique aux sousgenres que je viens d'indiquer sous les noms de phyale d'Euophrys, de marpissa, de dendryphantes, etc., qui ne peuvent êre caractérisés que par la grandeur et la hauteur du corselet, ou quelquefois par la longueur relative des pattes, ce qui est douteux et très-difficile à vérifier, à cause de la petitesse des individus et de la presque impossibilité d'étendre ces pattes.

« Le genre atte, dit Walckenaer, un des plus nom- « breux de tout l'ordre des aranéides, est un de ceux où « la nature a le mieux marqué la distinction des espèces, « par la riche diversité des couleurs et la variété des des- «Sins qui ornent leur abdomen. Mais la petitesse du « plus grand nombre des espèces, leur peu de fécondité, « qui est la cause qu'on ne rencontre chacune d'elles que «rarement, en rend l’étude difficile. Aucun genre ne «Séloigne en apparence plus fortement du type vul- «gaire de l’araignée ou d'un insecte à longues pattes , «courant avec rapidité et se filant une toile. Ce sont de «petits animaux sautant, marchant avec précaution , « épiant à l'entour d'eux, et dont on ne voit la toile que « quand on les prend dans le nid où elles se renferment. »

Alle quiquefide. — A. pubescente. — A. crucigère. — A. en-

tourée. — A. grossipède. — A. lettrée. — A. tardigrade, — A. de Doumerc.

Comme on vient de le voir par la liste précédente, le genre atte est encore fort nombreux, et ses innombrables

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espèces sont à peu près uniformément répandues dans toutes les parties du monde; il me serait impossible de parler de chacune en particulier; aussi je commencera leur étude par décrire les mœurs de l’atte en général, après quoi je me contenterai de mentionner brièvement quelques-unes des plus communes de nos environs, et les particularités qui servent à les distinguer.

Il n’est personne qui, en se promenant, n'ait remarqué sur les murs des habitations, les portes de jardins, les haies, les treillages, etc., ces petites araignées dont l'aspect n’a rien de repoussant, dont la démarche vive et saccadée a quelque chose de particulier que n'offre aucun autre genre d'aranéide. La locomotion ordinaire est une succession de petits sauts rapides et non interrompus; quelquefois encore, c'est une vraie marche très-lente dans laquelle l’atte parcourt les objets sur toutes leurs faces, et explore le dessus et le dessous des branches sur lesquelles elle est placée; mais lorsqu'elle veut saisir sa proie, elle saute sur elle avec force et s’élève souvent à une hauteur de plusieurs centimètres au-dessus du sol.

Comme toutes les araignées vagabondes, l’atte est courageuse et attaque des insectes plus gros qu’elle: lorsqu’elle tient sa proie, elle s'arrête ou se retire dans un abri sûr et tranquille pour sucer sa victime lentement et à son aise, après quoi elle recommence sa chasse.

Lorsqu'il fait chaud et que le soleil donne sur les murs, elle reste souvent à la même place pendant des heures entières, tournant de temps en temps sur ellemème, et soulevant son grand corselet pour agrandir son horizon visuel.

Lorsqu'on eflraie une atte en faisant du bruit auprès d'elle, elle se dresse sur ses pattes antérieures, et pour

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voir d'où vient le danger, se tourne et se retourne, agite ses palpes de haut en bas, en signe de crainte : si l'ennemi s'éloigne, elle reste quelque temps dans cette position, et ne recommence à chasser que lorsque tout danger est passé ; si au contraire l'ennemi s’avance toujours, elle prend la fuite, court et saute avec une telle rapidité qu’elle échappe à la main qui veut la saisir.

La première paire de pattes étant toujours plus robuste que les autres et souvent renflée, Walckenaer pensait qu'elle seule servait au saut, mais Dugès voulant s'assurer du fait, opéra la section successive des quatre paires de pattes, et remarqua qu'aussitôt que la quatrième manquait, l'atte cessait de sauter, mais qu’au contraire l’amputation de la première, de la seconde et même de la troisième paires de pattes ne gênait en rien cet exercice; il en a conclu que la quatrième paire sert seule au saut; il est cependant utile que le point d'appui formé par la première paire soit assez solide.

La nuit, dans l'heure du repos, ou pendant l’hiver, les attes se retirent dans des coques d’un tissu trèsblanc et très-épais, d'une douceur et d’une chaleur remarquables, d’une forme aplatie et ovalaire, qu’elles appliquent contre ou plus souvent sous l'écorce des arbres, entre les pierres des murs, sous les corniches des bâtiments, quelquefois même à l'intérieur des coquilles vides de limacons. Cette chambre soyeuse n’a qu'une ouverture, qui est très-petite et arrondie. Au printemps latte pond ses œufs, qui sont gros, de couleur jaune, et en très-petit nombre. Le tissu qui recouvre immédiatement les œufs est peu épais, transparent et collé au sol : l'araignée recouvre ce cocon de plusieurs enveloppes blanches superposées, entre lesquelles elle se tient, tou-

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jours immobile; elle ne prend point la fuite, même lorsqu'on déchire ces enveloppes, et se laisse prendre sans faire aucun mouvement. La plupart de ces cocons renferment de dix à quarante œufs seulement. Au mois d'avril dernier, j'en ai pris un à Chaville, près de Paris; il était à peine gros comme un pois, et ressemblait beaucoup au cocon d’une Iycose quant à la contexture de l'enveloppe, à la forme et à la grosseur; mais ce cocon était fixé sur la pierre, et auprès d'un ancien cocon de callophyle éclos depuis longtemps et abandonné. Les œufs n'étaient qu'au nombre de dix-huit, et non agglutinés entre eux.

Les espèces les plus communes aux environs de Paris, sont :

L’atte quiquefide (dia), dont l'abdomen porte une raie longitudinale d’un blanc vif, bordée par deux bandes noires se rejoignant près des filières et formant deux triangles ; le corselet est orné, dans le mâle, de cinq petites raies noires longitudinales. Elle a été trouvée dans diverses parties de l'Europe.

L'atte pubescente (ino) a l'abdomen comme chiné de blanc et de brun, quatre points gris sont plus marqués que les autres et disposés en carré sur le dos; moins commune que la quiquefide, elle habite comme elle Ja France et l'Allemagne.

L'atte entourée (euophrys) est brune et a l'abdomen bordé d’une ligne blanche; cette espèce compte parmi les plus communes, et est, pendant l'été et l'automne, uniformément répandue dans toutes les parties de la

L'atte nidicole a l'abdomen jaune doré avec des lignes

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de points blancs, et se reconnait à la grosseur exagérée du corselet. Walckenaer l'a trouvée plusieurs fois à Paris dans sa coque qui était établie à l'extrémité des tiges de plantes et d'arbustes, ou dans des feuilles sèches, roulées.

L'atte frontale, que M. Koch considère comme le type du genre, est petite et jaune, elle porte une grosse tache noire sur le front et de petites lignes brisées noires sur l’abdomen. Walckenaer la dit assez rare en France: en Belgique et en Allemagne, au contraire, c'est la plus commune de toutes: aux environs de Spa, on ne peut soulever une pierre sans voir une ou plusieurs de leurs coques blanches. Elles ne se font point la guerre, et souvent on trouve cinq ou six de ces coques, rangées à côté les unes des autres ; les œufs, qui sont jaunâtres, sont régulièrement au nombre de douze.

L’atte lettrée (pandora) se fait remarquer par sa grosseur, la brièveté de ses pattes et la lenteur de ses mouvements ; elle habite les marais et établit sa coque entre les roseaux; j'ai eu l’occasion de l’observer à Fontenay, près d'Arpajon; sa coque, de la grosseur d’une noix et d'un tissu très-fin, était placée entre plusieurs roseaux qu'elle retenait unis, son ouverture était à la partie inférieure.

L’atte crucigère (pales) est noire, son abdomen est entouré d’une fine ligne blanche, et orné d’une petite croix de points blancs ; elle se trouve communément en France.

L’atte grossipède (maturna) se distingue de toutes les autres espèces, par le renflement de sa première paire de pattes.

L'espèce qui a souvent été prise comme le type et le représentant le plus parfait du genre, est l’atte tardigrade

(dendryphante). Sa taille est plus forte que celle de ses congénères, sa couleur est grise et variée de brun, de roux et de noir; c’est elle que l’on voit le plus souvent courir sur les murs des maisons. :

On peut encore citer comme habitant nos environs, les attes tigrée, bicolore, nègre, etc., etc.

Enfin il est impossible de passer sous silence la trèsrare espèce à laquelle Walckenaer a donné le nom de M. Doumerc qui la découvrit, et observa ses mœurs intéressantes.

Nous avons déjà vu (page 516) que ses caractères anatomiques l’éloignent de toutes les autres espèces, et forcent d’en former un sous-genre à part.

Mais ce sont surtout ses mœurs qui la rendent intéressante; en effet, comme l'avait remarqué M. Doumerc qui l'a trouvée dans le bois de Boulogne, et comme j'ai eu l’occasion de l’observer cette année dans les environs de

Fig. 150. Spa, cette araignée, pour pondre ses œufs et construire son cocon ne se réfugie pas, comme ses con- # génères, sous les pierres ou sous Ÿ) les écorces, mais se met, au contraire, en évidence, monte sur de petits arbustes, se rend à la der- Cocon de latte (Lagénicole) nière extrémité des ramuscules, et

de: POS là, construit avec un art merveilleux un cocon composé d'un tissu solide, imperméable et du plus beau blanc. Get édifice, qui est long d’un centimètre environ et qui a la forme d’une petite bouteille, est suspendu sous la branche par un pédicule étroit, qui s'élargit à son insertion : il est divisé à l'intérieur en deux loges par une cloison horizontale; la chambre supérieure

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contient des œufs jaunes et non agglutinés ; la chambre inférieure est vide et est destinée à recevoir les jeunes après leur éclosion.

Après avoir gardé le nid de cette atte depuis le 15 juin jusqu’au 5 juillet, M. Doumerc vit ce jour-là une petite crevasse qui se formait à la partie antérieure, et il en sortit 12 à 15 petites araignées longues d’une ligne.

C'est le 15 août que j'ai trouvé ce cocon suspendu à

une tige de bruyère ; c’est lui que j'ai figuré ici.

62° GENRE. CEXRTONOTE, Cyrtono/a, Eug. Simon. (xÜ2rd<, bossu ; voroy, dos.)

Synonymie : Salticus, Latreille; Attu$, Walckenaer, Lucas; Mevia, Phidippius, Plexippus, Thiania, Icelus, Hyllus, Alcmena, Cocalus, Asaracus, Philia, Calliethera, Koch.

Yeux et bouche, comme ceux des attes (voir p. 310). je

C'orselet, plus large que celui des attes, à dos en forme de talus, élevé dans le milieu et s’abaissant Fig. 151. vers les extrémités, de sorte que les yeux sont sur un plan incliné.

Abdomen, court et ovale.

Pattes, plus longues, plus inégales et plus

robustes; la première paire dépasse généralement les autres.

Taille, de 3 à 20 millimètres.

Couleur: corps noir, recouvert d'écailles microscopiques blanches, jaunes, rouges ou vertes.

Patrie : la plupart sont exotiques.

1e" sous-genre. Mogvia, Koch ([latin] nom de femme). — Yeux latéraux antérieurs un tiers du diamètre dés intermédiaires, — yeux postérieurs de la même grosseur que ces derniers; — yeux de la seconde ligne trèspetits, plus près des antérieurs, — corps étroit, presque cylindrique, terminé par des filières fort longues, — pattes de la première paire beaucoup plus épaisses et plus longues que les autres, — mandibules verticales courtes et renfoncées, — coloration fauve, des bandes longitudinales.

M. en pinceau, M. penicillata, Koch, Pensylvanie. M. crétée, M. cristala, Koch, Pensylvanie.

M. soufrée, M. sulphurea, Koch, Pensylvanie.

M. peinte, M. picla, Koch, Inde.

M. petite, . M. paula, Koch, ile Bintang.

M. entourée de jaune, M. flaro-cincla, Koch, île Bintang. M. muselée, M. capistrala, Koch, ile Bintang. M. rayée, M. lineata, Koch, Pensylvanie.

M. de Vinson, M Vinsonii(lineata Nu) Vinson, ile de la Réunion, M. tibiale, M. tibialis, Koch, Pensylvanie.

M. pâle, M. pallida, Koch, Pensylvanie.

M. annulipède, M. annulipes, Koch, Pensylvanie. M. étincelante, M. micans, Koch, ile Bintang. M. brillante, M. chrysea, Koch, Pensylvanie.

M. dorée, M. aurulenla, Koch, Pensylvanie.

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