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L. à deux taches, L. biimpressa, Lucas, Algérie

L. sylvicole, L. sylvicola, Lncas, Algérie, L. timide, L. timida, Lucas, Algérie.

4e sous-genre. PotTamiA, Koch (rotiuuocs, vivant dans les fleuves). — Tête large et plate, — les quatre yeux antérieurs écartés entre eux, formant une ligne droite beaucoup plus large que la seconde, touchant presque au rebord mandibulaire; yeux de la seconde ligne moins grands en proportion, — pattes fortes, glabres, étalées, — couleur verdätre; des bandes ou des points marginaux argentés. — Araignées habitant le bord ou le dessus des eaux; cocon gros tout à fait rond, blanc argenté.

P. pirate, P. piratica, Clerck, Europe.

P. pècheuse, P. piscatoria, Clerck, Europe.

P. soyeuse, P. sericata, Koch, Bavière.

P. des marais, P. palustris, Koch, Europe.

P. triton, P. trilon, Abbot, Géorgie P. nautique, P. nautica, Walckenaer, Nonvelle-Zélande

P. bordée d'argent,

P. argenteomarginata. Lucas,

Algérie.

Le genre lycose, qui compose presqu'à lui seul là nombreuse tribu des lycosiens, réalise d’une manière parfaite les caractères de la grande famille, à laquelle il donne son nom : ilest, à juste titre, le plus connu et le plus célèbre, car il fournit à notre pays ces innombrables petites araignées de couleur noire, qui fourmillent sur les gazons, et les grandes et redoutables aranéides connues dans le midi de l'Europe sous le nom de {arentules. Comme on peut le voir tout de suite, le nom de lycose s'applique à des animaux dont la taille est bien diséemblable ; en effet. ilest des araignées-loups qui, dans nos environs, ne dépassent pas 2 à 4 millimètres, il en est d’autres qui, dans les plaines de la Pouille et les environs de Tarente, ont plus de 4 centimètres de long.

Aucun genre cependant ne garde d'une manière aussi constante ses caractères distinctifs et exclusifs, et n’est plus uniforme dans les mœurs et la manière de vivre de ses espèces.

Quelle que soit la taille des lycoses, leur corselet est grand, s'élève en cône à sa partie antérieure, où il semble tronqué; sur le plan vertical et antérieur de ce front sont placés six yeux, dont quatre petits en avant sur une ligne transverse, deux plus gros au-dessus, et deux plus petits et plus écartés sur le dos.

La bouche, très-reculée sous le front, est toujours formée par une lèvre carrée et des mâchoires droites, courtes et larges, quoique arrondies de tous les côtés. Les palpes sont remarquablement courts : les pattes locomotrices sont allongées et fortes, la quatrième paire est toujours la plus longue; les filières sont courtes, égales et cachées. La couleur du corps est noire ou brune; des poils blancs y dessinent quelquefois des points ou des lignes.

La faculté de filer est très-bornée chez les lycoses, aussi ne tendent-elles pas, comme la plupart des araignées, des piéges et des filets compliqués aux insectes dont elles se nourrissent. Pour subvenir à leur existence, elles sont obligées de courir presque constamment; on les rencontre partout, dans les bois et dans les champs, dans la plaine et sur la montagne, sur le bord ou la surface des eaux et dans les lieux les plus secs et les plus arides. Elles changent souvent de domicile, et la plupart des espèces n’ont pas de demeure fixe; c'est pour cette raison que Walckenaer les a appelées araignées vagabondes.

A l’époque de la ponte, ne pouvant rester en repos, sous peine de mourir de faim, la lycose est dans les conditions les plus défavorables pour garder un cocon et soigner une jeune famille; un instinct merveilleux lui apprend alors à attacher ce cocon à ses filières et à le traîner dans sa course vagabonde ; mais ce n’est pas tout : lorsque la nombreuse couvée a brisé sa prison de soie, les jeunes ne pouvant ni filer ni chasser, se répandraient sans force et sans expérience au milieu d’un monde où fourmillent les ennemis et les dangers, et périraient inévitablement, si la mère, en même temps pour les protéger et leur apprendre à vivre, ne les mettait tous sur son dos et ne les portait ainsi par voies et par chemins, comme elle faisait quinze jours auparavant, lorsqu'ils étaient encore à l'état d'œufs.

Quoique nombreux, le genre lycose est difficile à subdiviser à cause de la grande uniformité qui existe entre toutes ses espèces, quelle que soit la disparité de leur taille.

Cependant la largeur de la première ligne d’yeux et son éloignement du rebord mandibulaire ne sont pas iden-

tiques dans toutes les espèces : c'est cette particularité jointe au système de coloration qui a servi de base aux quatre sous-genres tarentula, lycosa, leimonia et potamia, dont j'ai exposé précédemment les caractères,

ESPÈCES PRINCIPALES

Lycose (tarentule) d’Apulie. — L. narbonnaise. — L. tarentuline. — L. vorace.— L. armillée. — L. paludicole. — L. nègre. — L. à sac. — L. rapide. — EL. monticole. — L. pirate. — L, pêcheuse ou accentuée.

Le genre lycose, comme nous l'avons dejà dit, comprend des espèces en apparence très-diflérentes à cause de la disparité de leur taille. Les unes sont ces petites araignées qui courent constamment sur nos gazons et que l’on désigne sous le nom d’araignées-loups ; les autres, d’une grande taille, habitent le midi de l'Europe, où elles sont connues depuis des siècles sous le nom de tarentules. Je parlerai d’abord de ces dernières.

L'espèce que les effets attribués à sa morsure ont de-

Fig. 168.

puis longtemps rendue célèbre, est la tarentule apulienne; elle ne vit que dans les plaines de l’Apulie, et se trouve particulièrement dans les environs de Tarente ; c'est une grosse araignée dont le dos est d'un fauve à peu près

uniforme et dont le ventre est orangé et orné de taches noires.

Valetta a publié un intéressant mémoire sur cette ta-

rentule ; je ne crois pas mieux faire que d’en reproduire une partie. (1706, De phalangio Apulo opusculum.)

« La tarentule, dit-il, se trouve dans les plaines de la Pouille ; elle pratique un trou en terre dans les lieux exposés au soleil et qui s'élèvent en pente douce, dans les endroits incultes et non défrichés, ou que le fer de la charrue n’a pas remués depuis longtemps. J'ai trouvé le plus souvent l'ouverture de ce trou exposé au midi ; par le moyen de ses fils, cette araignée fortifie l'entrée de son habitation avec du chaume ou des plantes desséchées, et forme une sorte de rempart qui s'élève un peu au-dessus du sol. Elle fixe au sol ce rempart par

. le moyen d’une glu tenace dont elle revêt la base et

dont elle enduit le dessous et l’intérieur. Toute cette petite fabrique, séchée par la chaleur du soleil, acquiert la dureté de la pierre; l'inclinaison du terrain et le rempart qu'elle construit, garantissent la demeure de cette aranéide de la pluie et des frimas, et empêchent qu'il n'y puisse rien tomber.

« Elles-ne sortent pas le jour, ou du moins très-rarement, mais seulement lorsque le soleil est couché. Elles errent toute la nuit autour de leur demeure pour chasser après leur proie. Elles se nourrissent de toutes sortes d'insectes. Le jour, elles restent cachées ; cependant lorsque le soleil est près de se coucher, elles ne sont pas oisives, et j'en ai vu à l'entrée de leur trou, les deux pattes antérieures allongées et écartées, épiant leur proie, et toutes prêtes à s'élancer sur les insectes qu’elles apercevaient. Lorsqu'on les regarde dans l'obs-

curité, on distingue bien leurs yeux, qui sont extrèmement brillants. L'hiver, pour se garantir de l'inclémence de l’air, elle bouche entièrement son trou avec des pailles et des végétaux desséchés qu'elle entoure de soie et dont elle forme une masse compacte, que ni la neige ni la pluie ne peuvent amollir. Ainsi renfermée pendant tout le temps de la mauvaise saison, elle ne dort ni ne veille, mais est plutôt engourdie. Sa reclusion dure non-seulement tout l'hiver, mais même pendant une grande partie de l'automne et du printemps, car vers la fin d'octobre on trouve plusieurs trous bouchés, et ils le sont encore pendant tout le mois de mars et même plus tard, si le froid continue. Pendant tout ce temps, ces aranéides ne sortent jamais ; cependant il arrive quelquefois qu’à cette époque le laboureur passant sa charrue dans un lieu en friche ou qui n’a pas été cultivé depuis longtemps, bouleverse et détruit la demeure d’une de nos araignées. Alors, bien loin de chercher à mordre, elle est comme engourdie ou assoupie. Elle paraît revoir à regret la lumière. Elle semble ne savoir où se retirer et fuir, aussi n’a-t-on jamais eu d'exemple que quelqu'un dans la Pouille ait été mordu de la tarentule dans l'automne, l'hiver ou le printemps. »

Valetta n'a pas parlé du cocon de cette espèce, et ce-

pendant c’est le point le plus intéressant de son industrie; ce cocon à la forme d’une boule ronde deux fois grosse comme une petite noisette, et dont la couleur est bleuâtre ou blanche; les œufs qu’il contient sont, suivant Baglivi et Serao, au nombre de 825, de couleur jaune et de la grosseur d’un grain de millet; la tarentule le soigne avec une sollicitude remarquable et ne l’aban-

donne jamais, mème pour chasser ; comme les lycoses de nos environs, elle le traîne attaché à ses filières, malgré la gène que ce fardeau lui occasionne pour courir et sauter. Lorsqu'elle est en repos dans son trou, elle le place au fond, se tient à l'entrée, et le défend avec eourage.

Lorsque les petits sont éclos, ce qui a lieu au mois d'août, ils montent tous sur le dos de la mère qui, dans ses chasses même, les promène ainsi et les protége contre tous leurs ennemis. Elle porte ce précieux fardeau pendant une quinzaine de jours, après quoi toute cette couvée de jeunes tarentules se disperse dans la campagne.

Ce qui a surtout attiré l'attention sur la tarentule apulienne, c'est l'étrange maladie que l’on attribuait à sa morsure, et que l’on trouve décrite dans les auteurs anciens de l'Italie. Suivant eux, celui qui était mordu par cette araignée tombait dans un état d'engourdissement que l’on appelait tarentisme, et qui ne tardait pas à être suivi de la mort. Le seul moyen de guérison était la fatigue et les grandes transpirations; aussi jouait-on de la musique devant le malade, et en particulier deux airs, la Pastorale et la T'arentola, qui avaient la propriété de le réveiller et de le faire entrer dans un état de délire, pendant lequel il faisait mille extravagances, riait, dansait, gesticulait, criait de toutes ses forces, jusqu'à ce qu'épuisé de fatigue et baigné de sueur, il tombât endormi: en se réveillant il était guéri.

Tous ces faits n'existent plus qu’à l’état de traditions; il est reconnu aujourd’hui que les phénomènes nerveux, qui se développaient chez ces malades, étaient dus non pas au venin inoculé par la tarentule, mais seulement à la frayeur qu'inspirait sa morsure; et comme il est ar-

rivé souvent, pendant les xv° et xvi° siècles, dans des circonstances analogues, la bizarrerie même de la maladie contribuait à la propager.

Le midi de la France, l'Espagne, la Grèce, etc., nourrissent de grosses tarentules bien distinctes de l'apulienne, mais tellement voisines par leur organisation et leurs mœurs, qu’elles ont été souvent confondues avec elle. Walckenaer en fait-trois espèces, qui pourraient bien n'être que les variétés d’une même. Il a donné à celle qui habite le littoral de la Méditerranée en France, et le nord de l'Italie, le nom de narbonnaise, à cause de sa plus grande vulgarité aux environs de la ville de Narbonne. Le dos de cette araignée est recouvert d’un épais duvet gris; le corselet est orné de .trois bandes longitudinales blanches , l'abdomen porte une série de triangles plus foncés, le ventre est d’un noir velouté, les pattes sont annelées de petits cercles blancs et noirs. — Ses mœurs ont été observées par M. Chabrier (1).

Je pense, avec M. L. Dufour, que la tarentule inscrite par Walckenaer sous le nom d’hispanique, n’est qu'une variété plus jaune de la narbonnaise. Cet entomologiste a décrit ses mœurs avec tant de soin, que je ne puis m'empêcher de reproduire un passage de l'intéressant mémoire qu'il publia sur ce sujet (2).

« La lycose tarentule habite de préférence les lieux découverts, secs, arides, incultes, exposés au soleil ; elle se tient ordinairement, ou du moins quand elle est adulte, dans des conduits souterrains , dans de véritables

(1) Chabrier, Société des arts et des sciences de Lille, 4° cahier. (2) Dufour, Annales des sciences naturelles, 1835.

clapiers qu'elle se creuse elle-même. Ces clapiers, signalés par plusieurs auteurs, ont été imparfaitement saisis et mal étudiés. Cylindriques et souvent d’un pouce de diamètre, ils s’enfoncent jusqu'à plus d’un pied dans la profondeur du sol. Mais ils ne sont pas simplement perpendiculaires ainsi qu'on l’a avancé. L'habitant de ce boyau prouve qu’il est en même temps chasseur adroit et ingénieur habile. Il ne s'agissait pas seulement pour lui de construire un réduit profond qui pût le dérober aux poursuites de ses ennemis, il fallait encore qu'il établit là son observatoire pour épier sa proie et s’élancer sur elle comme un trait.

« La tarentule a tout prévu ; le conduit souterrain a effectivement une direction d’abord verticale, mais, à h ou 5 pouces du sol, il se fléchit à angle obtus, il forme un coude horizontal , puis redevient perpendiculaire. C’est à l’origine de ce coude que la lycose, établie en sentinelle vigilante, ne perd pas un instant de vue la porte de sa demeure; c’est là, qu'à l'époque où je lui faisais la chasse, j'apercevais ses yeux étincelants comme des diamants, lumineux comme ceux du chat dans l'obscurité. L’orifice extérieur du terrier de la tarentule est ordinairement surmonté par un tuyau construit de toutes pièces par elle-même. Ge tuyau, véritable ouvrage d'architecture, s'élève jusqu’à 1 pouce au-dessus de la surface du sol et a parfois » pouces de diamètre; en sorte qu'il est plus large que le terrier lui-même. Cette dernière circonstance, qui semble avoir été calculée par l’'industrieuse aranéide, se prête à merveille au développement obligé des pattes au moment où il faut saisir la proie.

«Ce tuyau est principalement composé par des frag-

ments de bois secs, unis par un peu de terre glaise et artistement disposés les uns sur les autres ; ils forment un échafaudage en colonne droite dont l’intérieur est un cylindre creux. Ge qui établit surtout la solidité de cet édifice tubuleux, de ce bastion avancé, c'est qu'il est revêtu, tapissé en dedans, d’un tissu ourdi par les filières de la lycose, et qui continue dans tout l’intérieur du terrier. 11 est facile de concevoir combien ce revêtement si habilement fabriqué, doit être utile, et, pour prévenir les éboulements, les déformations, et pour l'entretien de la propreté, et pour faciliter aux griffes de la‘tarentule l’escalade de la forteresse. » L’utilité de cette construction est de mettre le réduit de l’araignée à l’abri des inondations, et de le prémunir contre les corps étrangers, qui, en tombant dans son intérieur, pourraient l’obstruer. Elle est aussi une embuscade derrière laquelle elle attend immobile les insectes qui s’en approchent.

M. Dufour raconte avec de longs détails la singulière manière dont il faisait la chasse aux tarentules, et l’espèce de domesticité dans laquelle il avait réduit l’une de ces redoutables aranéides.

Les tarentules sont souvent en guerre, soit entre elles, comme l'a remarqué M. Dufour, soit avec le scorpion qui, suivant Dugès, est leur plus redoutable adversaire.

M. Brullé (1), qui a observé en Grèce la tarentule hellénique, remarque que les paysans grecs, qui craignent beaucoup les animaux nuisibles, ne redoutent en rien les tarentules qui abondent dans leur pays; la plupart ne la connaissent même pas.

(1) Brullé, Expédition scientifique de Morée, 1832.

Les lycoses tarentuline et ouvrière de taille inférieure s'avancent plus au nord et se rencontrent accidentellement dans les environs de Paris.

La tarentuline, dont le corps est long de 1 centimètre, est entièrement brune; son corselet porte trois bandes jaunes; son abdomen, d'une teinte obscure, est orné d’une succession de triangles noirs, qui ne sont pas visibles chez tous les individus ; le ventre est d’un beau noir, les filières seules sont entourées d’une petite couronne orangée ; on la trouve sous les pierres, ou quelquefois courant à terre dans les bois. Je l’ai prise cette année en Belgique, et je ne sache pas qu'on l'ait jamais trouvée dans cette contrée. Suivant Savigny, elle habite aussi l'Égypte et y est plus commune que partout ailleurs.

La lycose ouvrière a des couleurs à peu près analogues, les triangles noirs de son abdomen sont seulement relevés par un petit contour de poils blancs ; elle est plus répandue : les auteurs l'ont signalée en Italie, en Espagne, en Allemagne, en France et même en Suède.

Les tarentules ne sont représentées dans le Nord que par quelques petites espèces.

La lycose vorace (tarentula), a 4 millimètres de long ; le mâle est orné de couleurs vives et tranchées ; il porte sur le dos une large bande gris clair, qui en renferme une autre d’un brun rougeâtre qui a la forme d’un fer de lance ; les parties latérales du corps et la base des appendices sont d’un noir profond. Dans sa petite taille, cette espèce reproduit exactement les formes de la tarentule narbonnaise ; elle a aussi les mêmes mœurs; on la trouve sous les pierres ; elle se met en embuscade dans les petits trous accidentels.

La lycose armillée (tarentula) a les mèmes formes et la même coloration que l'espèce précédente; pis 160. elle ne s’en distingue que par le renflement globuliforme des pattes antérieures du mâle. |

Ces deux espèces sont lentes, et font les

mortes lorsqu'on veut les saisir. Leur cocon, qui n’est pas très-gros, est d'un blanc assez terne.

La grande taille, chez les lycoses, n’est qu'un fait exceptionnel, et la plus grande majorité des espèces sont de petite dimension.

Il n’est personne qui, en se promenant dans les jardins ou dans les bois, n'ait été étonné de la prodigieuse quantité de petites araignées que l’on voit courir dans l'herbe, sur la terre ou sous les feuilles sèches ; c’est par milliers qu’elles fourmillent dans les allées des bois. Leur couleur est noire, mais quelques-unes portent des bandes de poils blancs ou jaunes.

Le nombre de ces espèces étant très-considérable , je w'entreprendrai pas de décrire en détail les mœurs de chacune en particulier; je développerai d’abord ce que j'ai déjà signalé en commençant, sur les mœurs des lycoses en général, puis j'indiquerai les particularités distinctives des plus communes et des plus connues.

Aucune araignée n’est plus vive et plus précipitée dans sa course, plus brusque et plus courageuse dans son attaque, que la lycose ; aucune n’est plus exclusivement errante et vagabonde ; elle ne se repose jamais deux fois dans le même gîte et court toujours à l'aventure, de côté et d'autre, recherchant les terrains favorables à la chasse, et habités par les fourmis et les petits diptères dont elle fait sa nourriture.

Lorsqu'on observe avec attention les lycoses pendant leur chasse, on voit que leur course varie suivant l'instant où on les considère ; tantôt elle est très-lente, c'est alors que l’araignée épie sa proie, ou qu’elle vient de la saisir ; tantôt elle est tellement rapide, qu'on ne distingue plus le mouvement des pattes ; la lycose parcourt alors plusieurs décimètres par seconde ; d’autres fois encore elle s’effectue par sauts : c'est lorsque l’araignée est poursuivie par un ennemi, ou lorsqu'on essaye de s’en emparer ; si c’est au milieu d’un gazon, elle saute d'herbe en herbe et disparaît au moment où l’on croit la saisir; si c'est au bord d’un ruisseau , elle s’élance sur l’eau et s’y tient sans se mouiller. Lorsque cette araignée s'empare d’une proie, c'est toujours par bonds; si c’est un insecte ailé, elle s’élance sur lui de fort loin, s'arrête un instant pour le tuer, et ensuite recommence sa course en le tenant sous son corps à l’aide de ses mandibules et en le suçant.

J'ai vu souvent ces araignées se jeter sur de grosses mouches qui les faisaient tourner en bourdonnant et qui les enlevaient même à une certaine hauteur, sans parvenir à leur faire lâcher prise. La nuit, ou lorsqu'il pleut, les lycoses cherchent des abris ; c’est généralement sous les pierres ou sous les feuilles sèches qu'elle se réfugient ; néanmoins, ces abris ne suffisent pas pour les protéger contre les orages qui en détruisent un grand nombre.

Cet instinct vagabond est tellement prononcé et caractéristique du genre que, comme je l’ai déjà dit, la lycose le conserve même après la ponte, et que les soins de la maternité s’accommodent à la vie errante et coureuse. Pour cet ellet, au lieu de garder son cocon assidüment, et dans l’immobilité, comme toutes les autres arai-

gnées, elle le prend, le colle à ses fi- Fig. 170. lières, l'entraine avec elle et ne l’a-

bandonne pas même au moment de

la chasse.

Lorsqu'elle a pondu ses œufs, dont le nombre est généralement considérable, mais varie suivant les espèces, de vingt à cent cinquante ; elle les rapproche de manière à en former une petite boule, qu'elle entoure ensuite d’une couche de tissu soyeux peu épais, mais serré et solide. Ce cocon, qui a la forme -et la grosseur d’un pois légèrement aplati et dont la surface est lisse, est le plus souvent gris blanchâtre ; néanmoins, sa couleur varie du bleu foncé au blanc le plus éclatant. Son enveloppe est formée par la réunion de deux moitiés ou valves dont la suture apparaît sous la forme d’une petite ligne circulaire, plus blanche et d’un tissu plus lâche.

La sollicitude de la mère pour ses œufs paraît trèsgrande ; lorsqu'on la poursuit, elle court le plus vite que lui permet le poids de ce précieux fardeau , mais si l’on vient à saisir le cocon, elle s’arrète brusquement et cherche à le reprendre ; elle tourne d’abord lentement autour du ravisseur, se rapproche de lui de plus en plus et par saccades , et enfin se jette violemment sur lui et le combat avec fureur. Mais si le cocon a été détruit , la lycose se retire dans un coin et meurt, au bout de quelque temps, de tristesse et d’engourdissement , car alors elle ne prend aucun exercice,

Après un mois au plus, les jeunes éclosent et sortent de leur prison ; mais, si faibles et ne sachant ni chasser ni construire de toile, ils auraient inévitablement péri, si la mère les avait abandonnés : c’est au contraire le moment où son dévouement maternel redouble : forcée pour

vivre de courir sans cesse, ne pouvant déposer ses jeunes sous un abri qu'elle pourrait bien ne plus retrouver, elle les place sur son dos, et surchargée de ce cher fardeau , elle continue sa course vagabonde. Elle court toujours vite, mais avec moins de brusquerie : elle évite tout

“EME danger et n’attaque plus de proies trop vigoureuses, comme si elle comprenait que les grands mouvements pourraient disperser sa nombreuse famille. Dans cet état, l'aspect de’cette mère si dévouée est hideux et repoussant ; elle paraît couverte de petits parasites se pressant et se mouvant par centaines autour de son abdomen.

Ce fait a été remarqué depuis les temps les plus reculés, et les anciens croyaient que ces araignées nourrissaient leurs petits et les allaitaient comme les mammifères ; il est inutile de dire qu'il n’en est rien : pendant les quinze jours qu'ils restent sur le dos de leur mère, ils ne prennent aucune nourriture.

La lycose fait deux pontes , l’une au printemps, l’autre en automne; il arrive quelquefois, mais très-rarement , qu'il y ait trois pontes ; j'ai trouvé plusieurs fois en Belgique, à la fin de juillet, des lycoses portant leurs petits sur leur dos et traînant un cocon volumineux.

Dans le jeune âge, les lycoses tendent des fils et sont souvent enlevées avec eux.

Elles passent l'hiver sous l'écorce des arbres, sous les pierres, etc. Elles apparaissent en mars et ne disparaissent qu'après les premières gelées; elles résistent aux plus grands froids.

Le nombre des espèces est très-considérable; je ne citerai que les principales et ne dirai que quelques mots sur

chacune d'elles. Les unes, appelées leimonies et lycoses vraies, cherchent les terrains secs ; les autres, nommées potamies, ne vivent qu'au bord des eaux. À

La lycose paludicole (leimonia) à un corselet noir brillant, un abdomen brun avec des lignes noires transverses plus foncées, et des pattes rougeâtres annelées de cercles bruns ; son cocon gris bleu assez foncé contient de soixante à soixante-dix œufs jaune orangé ; ordinairement elle habite les plaines marécageuses.

La lycose nègre (leimonia) est un peu plus grande et entièrement noire; l'abdomen porte de loin en loin de petites touffes de poils blancs; je l'ai trouvée par milliers en avril au-dessus de, Sèvres. Son cocon est bleuâtre.

La lycose agile est une des plus petites; son corps est verdâtre et orné de petites tachettes noires et rouges.

La lycose à sac est la plus répandue, à la ville comme à la campagne, dans les bois comme dans les champs ; son corps, entièrement brun, n’a ni bandes ni taches, mais est légèrement ponctué de roux et de noir. Son cocon est Jaunâtre et contient de vingt à soixante-dix œufs.

Les lycoses saccigère et monticole, très-voisines de la précédente, se reconnaissent aux bandes noires et jaunes de leur céphalo-thorax, et se distinguent entre elles par les annelures de leurs membres.

La lycose rapide est d'une vulgarité remarquable, surtout dans les grandes forêts, dès les premiers jours d'avril jusqu’à la fin de septembre; la femelle ressemble à la lycose à sac, le mâle a un corselet énorme et orné d’une bande d’un blanc vif.

La lycose pirate (potamia), très-abondante au bord des mares, est de couleur verdâtre ; son corselet porte de petites lignes brunes, et son abdomen est orné de points

blancs. Le cocon est argenté et contient cent œufs. Lorsqu'il fait chaud, elle se tient presque toujours sur l’eau, les pattes étalées, et poursuit les insectes sur la surface du liquide qui ne lui mouille ni le corps ni les pattes.

Une espèce voisine est la lycose pêcheuse (potamia) ; elle ne se distingue de la précédente que par ses couleurs plus noires et la petite ligne d'argent qui entoure son corselet. Elle est fort abondante sur les petits ruisseaux qui entourent Spa; j'ai remarqué que lorsqu'elle est poursuivie, elle plonge facilement dans l'eau et peut y rester quelque temps sans venir à la surface.

LYCOSINE. 369

69° GENRE. EWCOSINE, Lycosina, Eug. Simon.

(Diminutif de Lycose.)

Synonymie : Lycosa, Walckenaer; Aulonia, Koch (ad wvt06, qui habite les vallons).

Yeux, au nombre de huit, sur trois lignes; l'anté- kig. 172. rieure, formée de quatre yeux,est très-cour-, e bée en avant; les yeux de la ligne inter- ee médiaire sont au-dessus des plus latéraux 4 de l’antérieure.

L'inégalité des yeux est peu sensible.

Bouche, semblable à celle des Iycoses.

Corselel, grand, presque carré, élevé et pointu en avant.

Abdomen, petit et ovalaire, terminé par six filières, dont deux sont très-longues et ont la forme de petites pattes.

Pattes, longues et fines, non renflées, dans l’ordre #4, 1, 2, 3. Couleur, noir verdàtre uniforme; pattes et palpes plus clairs. Taille, très-petite, ne dépassant pas 2 millimètres.

Patrie : la seule espèce de lycosine est propre à l'Europe. Habiludes : aranéide coureuse et vagabonde; toujours errante,

se réfugiant parfois sous les pierres; traînant un £ocon presque rond et d'un blanc très-pur.

ESPÈCE

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